Jade, l'apprentie humaine

Chapitre 13 : Éléonore, Béatrix, et Hermine

4206 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 12/02/2018 15:25

Chapitre 13 : Éléonore, Béatrix, et Hermine



Après mon départ, Diana laissa sa sœur convalescente sur leur lit, et se dirigea vers la cuisine, silencieuse comme une ombre, presque invisible parmi les égos surdimensionnés des femmes de Malphas qui palabraient a côté d’elle, bien décidée à participer d’une manière ou d'une autre à cette réunion secrète. Sur un grand plateau, elle posa un quart de fromages, deux pots de marmelade, une pile de pain sec, une bouteille de cidre, du beurre et un couteau à beurre. 


— Que fais-tu ?   


La jeune esclave se retourna vers la voix traînante. C’était une des filles de Malphas. Elle devait avoir la quinzaine, plus petite de deux têtes. Ses cheveux courts étaient attachés en un chignon parfait et austère qui allaient de pair avec son air renfrogné et son caractère hostile. Elle était cliente des moqueries, de l'humiliation par les mots. Certaines de ses sœurs, au contraire, préféraient donner des coups. Il en fallait pour tous les goûts… 


— Bonsoir sœur Éléonore répondit Diana d'un ton froid. Je fais à manger pour notre père. Je pense me souvenir qu'il n'a pas mangé de la journée. 

— Quelle délicate attention, répliqua-t-elle narquoisement. Mais, père n'aime pas le pain sec...  

— C'est tout ce qu'il reste...  


Diana prit le plateau et se retourna.  


— Va en acheter du frais, lui ordonna sa sœur.  

— A cette heure-ci ? S'étonna Diana. Le pain est confectionné le matin, chère sœur, désormais, toutes les boulangeries sont fermées. Vous devriez le savoir. 


Éléonore attrapa violemment le bras de sa sœur.  


— Qu'insinues-tu, avec ton ton air méprisant ? 


Diana se mordit les lèvres. En fonction de comment tournerait la discussion, elle risquait de perdre un temps précieux. 


— Rien du tout, chère sœur. Excusez-moi si vous m'avez trouvé méprisante.  

— J'aime mieux ça, sourit-elle, sans lâcher son bras. Il y a tout intérêt à ce que tu t'écrases devant nous autres si tu ne veux pas finir comme ta sœur.  


Un frisson désagréable parcourut l'échine de Diana, ainsi qu'un sentiment longtemps enfoui de haine pur. Elle dévisagea Éléonore d'un air glacial et lugubre. Après une poignée de

secondes, elle eut le courage de répondre.  


— Merci de conseil, ma sœur.  


Et elle essaya de s'extirper de l'emprise d'Éléonore. Au moment où cette dernière la lâchait, deux autres ses sœurs entrèrent dans la cuisine. La première était légèrement plus grande que Diana, et plus forte. C'était une brune aux cheveux ondulés, noirs comme son regard perçant. Un sourire tordit ses lèvres lorsqu'ils se posèrent sur la maigre silhouette de Diana. Il pendait une longue épée à sa taille. Son nom était Béatrix. Quant à elle celle qui suivait, elle était plus mince, moins grande, avec un sourire et un regard sournois. Hermine semblait presque avoir le dos courbé, comme si elle se cachait perpétuellement derrière l'ombre de sa sœur plus forte. Ces deux-là avaient été et étaient toujours les principaux bourreaux des jumelles. Pour elles, ces dernières n'étaient que des jouets, des objets d'expérimentation en tout genres.  


Depuis toute petite, lorsque Malphas quittait la maison, il leur arrivait de s'enfermer avec les esclaves dans leur chambre et de s'amuser à les torturer, à travers des coups ou des chatouilles. Elles avaient organisé un nombre incalculable de piège malsain, comme remplir leurs chaussures de confiture, fermer les toilettes lorsqu'elles en avaient besoin, ou cacher pendant des semaines leurs maigres affaires. Etant donné que personne ne semblait s'occuper de l'éducation des nombreuses jeunes filles, elles s'étaient enfoncées dans ce schéma sadique, jusqu'à atteindre des niveaux de violence à faire froid dans le dos. Leurs actes de méchancetés s'étendaient dans tout le voisinage, parmi les autres enfants qui subissaient aussi.  


Alors que Diana avait une once de rébellion avec ses autres sœurs, comme avec Léonore, ses années de souffrance l'obligeait à trembler à chaque fois qu'elle croisait le chemin de Béatrix et Hermine. Cependant, elle refusait d'être leur esclave pour autant. Si elle pouvait éviter le conflit, elle le faisait dans la limite de l'acceptable, mais préférait encore prendre des coups que de les servir comme elle était contrainte de le faire avec Malphas. Pendant ce temps, les minutes défilaient, et elle n'était toujours pas auprès de ce dernier pour entendre un peu de son plan....  


— Que se passe-t-il ? demanda Hermine en regardant l'emprise d'Éléonore.  

— Rien., répondit celle-ci. J'apprenais le respect à cette mégère, c'est tout...  

— Elle t'a insulté ?!  

— Non, elle n'oserait pas !  

— C'est quoi sur ce plateau ? s'enquit Béatrix, une lueur gourmande dans le regard.  

— C'est... c'est pour Père... ! 

— J'en veux un aussi ! ordonna-t-elle. 

— Très bien, mais avant, je vais lui donner... 

— Non, je vais le faire ! décida d'un coup Béatrix.  


Elle prit le plateau des mains de Diana et se retourna derechef pour sortir de la cuisine.  


— Mais, ma sœur, je voulais le faire ! 

— Pourquoi ? s'enquit Hermine avec un petit rire sournois. Pour être dans les bonnes grâces de Père ?


Son plan était en train de tomber à l'eau. Tout cela à cause de cette bonne à rien de Béatrix, qui à coup sûr, mangerait la moitié du plateau pendant le voyage, avant d'accabler Diana aux yeux de Malphas, lui disant que c'était elle qui n'avait pas préparé suffisamment d'ingrédients. Mais c'était sa seule chance d'assister à la réunion. Il fallait qu'elle insiste, quel qu'en soit le prix. Elle rattrapa Béatrix avant qu'elle ne franchisse la porte, et arracha le plateau des mains de sa sœur. 


— C'est à moi de la faire, désolé sœur Béat...  


Elle s'interrompit en poussant un petit cri de douleur. Béatrix lui avait attrapé les cheveux et l'avait tiré en arrière, lui faisant quasiment perdre l'équilibre. Elle reprit le plateau sèchement, en faisant tomber quelques tranches de pains tellement séchés qu'on pourrait croire qu'ils casseraient le carrelage.  


— Pour qui tu te prends ? Marmonna-t-elle, incrédule. Et pourquoi veux-tu autant voir Père ? Tu sais qu'il est en réunion secrète, n'est-ce-pas ? 


Un grand silence emplit la cuisine. Diana, sur la pointe des pieds, répondit dans un gémissement.  


—Heu... non, je ne savais pas cela, chère sœur. Mais, étant donné que je ne suis qu'un piètre objet, père ne s'offusquera pas de ma venue... 

— J'ai l'impression que tu aimerais bien participer à cette réunion... Tu as l'intention de saboter les plans de père ? 

—Non, pas du tout !  

— Éléonore, s'écria Béatrix d'un ton autoritaire. Surveille cette menteuse ! Je m'occuperais d'elle plus tard.  


Puis elle sortit, accompagnée d'Hermine, son animal de compagnie. Diana resta debout, dégoûtée. Elle n'avait plus d'opportunité de participer à la réunion secrète. Et désormais, elle était soupçonnée... ! Les choses se passaient plus mal que prévu. 




Pendant ce temps, j'étais assise dans une salle sombre, illuminée d'une unique chandelle au milieu d'une table ronde au bois vieux et poussiéreux. Malphas nous avait conduit dans son bureau, avant d'ouvrir la porte du fond. Nous entrâmes alors, lui, moi et Reford dans une petite cabine suspendue en l'air par des câbles qui se mit à brusquement descendre jusqu'ici dans un bruit inquiétant de tintement métallique et d'ancien mécanisme rouillé. Le vieil homme posait en vrac les plans du village, et s'alluma maladroitement une pipe, avant de demander mollement Reford s'il pouvait se rappelaient du plan : 


— Bien sûr maître. Nous n'avons nul besoin d'étudier une nouvelle fois les cartes.  

— Le Roi à changé ses plans, s'exclama-t-il alors en s'asseyant, crachant une bouffé de fumée. Tous les nôtres tombent donc à l'eau. Il a jugé bon de changer ses plans la veille de la cérémonie qu'il à lui-même déplacé ! 

— Quel idiot ce Roi Charles ! 


Malphas regarda subitement autour de lui, les yeux écarquillés de frayeur.  


— Surveille tes paroles, jeune imprudent, grinça-t-il le regard fuyant. Si tes paroles sont rapportés au Roi... ! 


Il passa le doigt sous sa gorge dans un mouvement macabre pour le moins explicite. 


— Cet homme aime beaucoup trop le sang versé... souffla Malphas, encore nerveux.  

— Alors qu'allons-nous pouvoir faire, désormais ? 

— D'après ce que j'ai cru comprendre, le Roi veut brouiller les pistes. Je ne sais pas pourquoi, mais ce vieux gâteux est beaucoup trop méfiant envers son propre peuple. Les dernières attaques ratées contre les villages de Gobelin, ainsi que notre récente et cuisante défaite contre ces derniers a fait soulever un vent de protestation à Thyrène. Il semblerait que les courtisans du Roi soient de plus en plus critiques. Certainement craint-il une attaque surprise. D'après mon indic, le Roi Charles pourrait mettre en place son plan très tard, ce soir ! 

— Alors, il nous faudra improviser ?! Me demandai-je, horrifiée.  

— Certainement pas ! refusa catégoriquement Malphas. Autant se pendre directement. Charles n'est pas aussi idiot que Reford le pense... ! Il nous faut un minimum de préparation.

J'ai donc pensé à quelque chose : il va falloir, toi et Reford, que vous vous infiltriez là-bas. 


La proposition laissa place à un pâle silence. Personnellement, un étincelle d'excitation naquit en moi qui était sur le point de se transformer un feu d'artifices. J'étais curieuse de voir... ou plutôt, de revoir, ce fameux Roi Charles que j'avais déjà croisé après ma première bataille dans la forêt proche de Thyrène. Lorsqu'il m'avait regardé, j'avais eu des visions étranges, comme dans un rêve, et je ne m'étais pas senti très bien.  

Mon ami Reford, par contre, s'était figé en écoutant Malphas, livide de terreur.  


— Mais enfin, maître... nous sommes d'accord que le Roi vit bien dans l'Hôtel de Ville, n'est-ce-pas ? 

— En effet.  

— Mais jamais personne n'a réussi à y entrer ! Il est impossible d'y pénétrer ! C'est même vous qui ne cessiez de me le répéter lorsque je n'étais qu'un jeune ignorant ! Les légendes disent que...  

— Ce que je ne cesse aussi de te répéter, petit bênet, répliqua le vieil homme caché derrière un voile de fumée, c'est que j'ai un ami infiltré là-bas qui m'envoie toutes les informations. Alors comment tu crois qu'il est entré, hein ? 


A ce moment-là, une jeune femme forte et grande ouvrit grand la porte en faisant sursauter tout le monde. C'était Béatrix. Elle avait les lèvres pleines de miettes collées aux tâches de confitures séchés qui entouraient sa bouche. Ses mains aussi étaient sales, par endroits collantes en raison du sucre séché. Quant au plateau de nourriture qu'elle semblait porter, il était quasiment vide.  


— Père, je vous aie cuisiner un petit quelque chose, claironna-t-elle en posant le plateau devant ce dernier. 

— Petit, c'est le cas de le dire ! Répliqua-t-il d'un ton cinglant. Deux pots de confiture et trois pains de mie plus dur qu'un caillou ?  

— Heu... eh... eh bien balbuta-t-il, à la fois en colère et honteuse, en fait, c'est cet garce de Diana qui l'a fait !  

— Et toi tu as tout mangé sur le trajet, hein ? Sale éléphant ! Disparais de ma vue ! Et dis à Diana de m'en faire un autre qu'elle m'apportera personnellement ! Quant à vous deux, allez préparer vos déguisements et revenez ici ! Je vais vous dire quoi faire, vous verrez, c'est très simple !  


Je me levai promptement, plus vite que Reford qui semblait toujours sonné par la nouvelle. Il me lança un regard éloquent et écarquillé de surprise, comme s'il voulait que je me joigne à sa cause. Je lui répondit d'un simple sourire suffisant avant de sortir. Pendant que l'ascenseur remontait le plus bruyamment du monde les quelques mètres qui me séparait du bureau de Malphas, mon cerveau tournait à une vitesse lumière. Cette nouvelle situation m'offrait des opportunités infinies... ! Au fur et à mesure des secondes, un plan se construisait peu à peu qui risquait de marcher si seulement j'avais le temps de parler aux jumelles. 


Immédiatement, je me dirigeai vers leur chambre, mais je n'y vis que Ariane. J'entrai silencieusement après avoir surveillé le corridor des deux côtés, et vint la réveiller à contre-cœur.  


— Oh, Jade... je... 

— Chut, Ariana, écoute-moi ! Je ne sais pas où est ta sœur, mais tu es susceptible de ne pas la voir avant demain. 

— Comment ça ?! S'enquit-il, une lueur d'effarement dans le regard. 

— Ne t'inquiète pas. Les choses ont changé très rapidement ce soir, alors voila ce que tu devras faire. Est-ce que tu peux te lever ? 

— Disons que mes jambes sont en meilleur état que le reste de mon corps, donc oui. 


Je regardai une nouvelle fois vers la porte fermée de la chambre, tendant l'oreille pour entendre le moindre bruit de pas dans le couloir. Je tremblais de nervosité, et je sentais mon cœur s'emballer de plus en plus vite.  


— Très bien. Deuxième question. Sais-tu que Malphas a des fioles avec lui, des sortes de médicaments qu'il me donnait lors des premiers jours pour développer mon corps en celui d'un humain plus rapidement.  

— Oui, haleta-t-elle, les yeux à demi-clos. Je l'ai vu faire avec Reford, avant toi...  


Je la sentais très affaiblie. Pourtant, dans mon plan, elle occupait une place capitale... ! Je décidai d'aller plus vite au fait.  


— Très bien. Voila ce que je veux que tu fasses demain dans la matinée. Une fois que tu verras ou entendras le signal...  

— Quel sera le signal ?! m'interrompit-elle, anxieuse.  

— Tu le sauras, répondis-je sèchement. Dès que tu l'auras vue ou entendue, donc, tu prendras l'épée de Malphas dans son bureau, ainsi qu'une petite fiole verte. L'épée appartient à un barbare enfermé au sous-sol. C'est... 

— C'est celui qui m'a battu à mort ! se rappela-t-elle d'une voix tremblante.  

— Oui, mais... il ne te voulait pas mal... ! 

— Quoi ?! Jade, enfin, regarde mon état ! 

— Chut, ne crie pas... ! chuchotai-je, le doigt devant la bouche. Ecoute... Je leur ais parler. Ils ont été piégés par Malphas. Il leur as dit que c'était toi qui les as enfermé, et ils donc voulu se venger. Mais je leur ais dit la vérité, et ils sont désolé de ce qu'ils ont fait !  

— Et que vient faire l'épée là-dedans ? 

— Tu la prendras avec la fiole, et tu la donneras aux barbares. Grâce à cela, il pourra se libérer et te protéger ! Quant à la fiole, c'est celle dont Malphas s'est servi une fois pour m'endormir. Il faudra que tu l'utilises pour qu'il s'assoupisse pendant les opérations... !  

— Par tous les Dieux... ! murmura-t-elle en me fixant avec des grands yeux écarquillés, comme si j'étais folle.  


Je la pris par les épaules.  


— J'espère que tu retiendras ce plan. C'est notre seule salut ! 

— Mais... enfin... !  

— Je sais que tu peux la faire ! Tu vas le faire ! De notre côté, moi et Diana, on agira aussi ! Et... tout ira bien, d'accord ? 


Elle ne fit que me fixer, l'air hagard, perdue dans ses pensées. Ses yeux semblait être plus brillant reflétant la bougie sur la table de chevet. A ma grande surprise, je sentis aussi mes pupilles se mouiller. Je me rendis compte que c'était peut-être la dernière fois que nous nous verrons. Peut-être mourrai-je là-bas, ou alors n'aurait-elle pas la force de pouvoir faire tout cela...  


— D'accord, finit-elle par répondre dans un murmure.  


Je hochai légèrement la tête, toujours pas rassurée. Je plaçai mon plan dans les mains d'une pauvre jeune fille qui s'était fait battre à mort. Une pauvre jeune fille clouée au lit, que me regardait d'un air presque implorant reculer vers la porte.  


— A demain, dans ce cas. 


Et je sortis rapidement. Au moment où je fermais la porte, je vis Reford marcher vers moi. Je compris qu'il venait juste d'arriver, après avoir pris le lent ascenseur juste après moi. 


— Qu'est-ce que tu faisais là-dedans ? s'enquit-il d'un ton suspicieux, un sourcil en l'air. Tu pleures ? 

— Bien sûr que non ! rétorquai-je d'une voix forte. Je passais juste voir Ariane, elle est mal en point ! 


Où est donc Diana ? Me demandais-je. Je me rappelai alors qu'elle avait cuisiné le plateau de nourriture. Elle devait être à la cuisine. Je contournai Reford et me dirigeai vers ladite pièce, mais le sorcier m'attrapa soudainement par le bras. Je tournai le regard vers lui, interloquée.  


— Quoi ?  

— Malphas a perdu la boule ! On va droit au suicide là !  

— Il fallait y penser avant de devenir son toutou... ! Répliquai-je en essayant de me libérer.  

— Je suis sérieux ! Je sais que son objectif de sauver des troupes armées comme toi ou moi est honorable, mais de là à nous envoyer au casse-pipe ! 

— On en parlera plus tard, tu veux bien ? 


Je me libérai violemment de son emprise et me dirigeai vers la cuisine au pas de course. J'y trouvai Diana, occupée à remplir un nouveau plateau de nourriture. Derrière elle, Béatrix et sa sœur Hermine était assise à la table, s'amusant à jeter des bouts de pain dans le cou de l'esclave. Éléonore, quant à elle, se tenait devant la porte, juste devant moi, comme si elle gardait les lieux. 


— Elle veut quoi la nue-pied ? 


Hermine éclata d'un rire ridicule de petite sourire, tandis que Béatrix tournait la tête. 


— Qu'est-ce tu fais ici, toi ? T'es pas censé te préparer et retourner voir notre père ? 

— C'est précisément ce que je fais, mentis-je ouvertement. Malphas m'a dit de dire quelque chose de très important à Diana. Et il ne faut pas que vous soyez là ! 

— C'est faux ! Cracha Béatrix. Tu es partie de la pièce avant moi !  

— Il me l'a dit pendant la réunion, avant que tu n'arrives ! Répliquai-je en croisant les bras. Alors ? Vous préférez bousiller les plans de votre Père et en subir les conséquences, ou me laisser exécuter les ordres qu'il m'a donné ? 


Les trois sœurs se regardèrent avec un regard éloquent, surprises de mon assurance. Généralement, elles me raillaient pour la forme, et je les évitais autant que possible. Je sentais bien qu'elles n'avaient pas envie d'aller contre les envies de leur Père qui devenait complètement hystérique avec son plan et ses objectifs. Elles sortirent lentement, une à une, en prenant bien soin de me bousculer à l'épaule à chaque fois. Béatrix essaya même de me marcher sur le pied avec les semelles ultrasolides de ses bottes, mais j'esquivai au dernier moment.  


— Jade, désolée, je n'ai pas pu venir... ! 

— Pas grave, les choses ont changé. Le Roi organise son plan ce soir même. Malphas nous as dit d'y aller avec Reford. Et toi, tu viens avec nous ! 

— Quoi ?!  

— Je m'occupe de convaincre Malphas, la rassurais-je. Tu vas nous être précieuse ce soir. Pour l'instant, fais n'importe quoi à Malphas, et puis prépare-toi et reste dans ta chambre. Je viendrais te chercher après et... Ariane pourra t'expliquer son plan. A toute à l'heure !  


Je sortis en trombe de la cuisine sans un regard en arrière. En face, dans le salon, je voyais les trois sœurs me toiser avant de se lever, sûrement pour retourner dans la cuisine. Je revins dans ma chambre, et mis une perruque blond platine pour cacher mes cheveux courts et violets. Lorsque je revins dans la salle secrète, Malphas avait dans chaque main deux chics tenues, une pour moi et l'autre pour Reford.  


— Ça, c'est pour qu'on vous rentrerait. Mais pour traverser le village jusqu'au centre-ville, il vous faudra vous couvrir d'une cape sombre et ne pas vous faire avoir par la garde, parce que le couvre-feu va bientôt tomber... !  


Il nous donna diverses d'autres éléments tandis que nous nous habillions. Par-dessus mon uniforme d'archer, je mis la longue robe jaune dorée, puis la cape sombre qu'évoquait Malphas. Il nous avertit notamment sur les quartiers dangereux et les diverses planques qui nous serviraient sur le chemin. Son compagnon qui était déjà dans l'hôtel de ville, deux rues plus loin, entre un bar nommé :" Le putois délicieux", et une grande maison rose à trois étages. Si l'on était en retard, le plan tombait à l'eau. Au moment de partir, je laissai Reford partir devant et pris le vieil homme à part. 


— Malphas, écoutez, j'ai bien réfléchi et... je pense qu'il faudrait mieux que Diane vienne avec nous.  


Il ouvrit de grands yeux, tandis qu'il crachait de la fumée provenant d'une énième pièce, rendant l'atmosphère de la pièce encore plus brumeuse et odorante. 


— Pourquoi donc, jeune archère ? 

— Jade, rectifiai-je sans y penser. Eh bien, déjà, elle à la taille d'une humaine normale ! Reford et moi sommes plus petits de quelques dizaines de centimètres, et même avec notre déguisement, voir des humains de la taille de troupes armées pourrait alarmer le Roi. D'autant plus qu'il a l'air de plus en plus suspicieux ces derniers temps, comme vous l'avez dit. Si c'est Diana qui rentre dans la salle de réunion, vêtue correctement, cela pourrait passer.  

Moi et Reford pourrons nous occuper de la situation si cette dernière dérape. Après tout, nous n'avons pas la force d'un humain, mais nous sommes plus forts qu'eux.  

— Tu voudrais mettre notre plan entre les mains d'une esclave incompétente ? S'enquit-il avant de lâcher une quinte de toux. 

— J'ai aussi remarqué que Reford est un peu craintif à l'idée d'y aller, continuait-je, de moins en moins sûre. Si on tient compte de la dangerosité de la mission... Il pourrait y avoir des morts. Et dans ce cas-là, vaudrait mieux que ce soit Di... je veux dire, cet esclave qui meurt plutôt que nous, qui sommes si importants dans votre plan ! 

— Il y a du vrai dans tes paroles... Si ça pète, vous n'aurez qu'à la jeter dans les bras de l'ennemi et en profiter pour fuir... Ou pire, se désolidariser d'elle et la pointer du doigt comme seul coupable... ! 

— Non seulement elle est une carte à jouer sûre, mais aussi capitale dans une mission aussi dangereuse... Mais bien sûr, c'est à vous que revient la décision, ajoutai-je, voyant dans son regard que j'avais provoqué de l'intérêt. 


Il cracha encore une grosse bouffée de fumée en plein dans mon visage. L'odeur était horrible, pernicieuse, presque "acide". J'ais l'impression de sentir de la rouille.  


— Excellente idée. Je vais lui chercher des habits à sa taille, et elle viendra avec vous ! 


Je hochai la tête, essayant de ne pas montrer mon contentement. Pour l'instant, toutes les pièces étaient mises en place. Maintenant, il ne restait plus qu'à faire échec et mat... ! 

 

 

  


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