Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 2 : L’intrusion de la chaleur

Chapitre final

1106 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 22/04/2026 12:55

Je ne supporte plus leur vacarme. Le blond gémit, le sauvage hurle, et celui au haori vert me traque avec son nez comme un chien de chasse. Ils souillent le silence que j'ai mis tant de temps à installer ici.

Puisque l'ombre ne suffit plus, je serai le blizzard.

Je lâche ma branche. Je ne tombe pas, je me laisse glisser dans l'air froid. En une fraction de seconde, je franchis la distance qui nous sépare, passant au-dessus de leurs têtes comme un souffle de vent invisible.

Je touche le sol derrière eux.

Mon atterrissage est silencieux, mais l'onde de choc thermique que je dégage ne l'est pas. À l'instant où mes pieds rencontrent la terre, une collerette de givre explose au sol, pétrifiant l'herbe sur un rayon de deux mètres.

— « Aaah ! Un fantôme ! Elle est là ! » hurle le blond en faisant un bond d'un mètre de haut.

Il se cache derrière le garçon au haori vert, qui pivote d'un coup, la main sur son sabre. Le sauvage aux masques de sanglier, lui, manque de tomber à la renverse avant de se remettre en garde, ses lames dentelées pointées vers ma gorge.

Je reste immobile. Je ne sors pas mon arme. Je les surplombe de toute ma froideur, mes yeux translucides fixés sur eux. Le contraste est violent : ils transpirent, ils halètent, ils dégagent une chaleur humaine qui me brûle presque le visage.

— « Qui êtes-vous ? » ma voix sort plus tranchante que je ne l'espérais. « Et pourquoi portez-vous l'uniforme des pourfendeurs dans cette forêt ? »

Le garçon au haori vert écarquille les yeux. Il ne dégaine pas. Au contraire, il semble fasciné, ou peut-être terrifié par ce qu'il sent en moi.

— « On est en mission ! » s'exclame-t-il, la voix un peu tremblante mais sincère. « Je m'appelle Tanjiro Kamado, et voici... »

— « Je ne vous ai pas demandé vos noms, » je le coupe d'un ton sec. « Je vous demande ce que vous faites sur mon territoire. »

Je fais un pas vers eux. La glace craque sous ma semelle, un son net, comme un os qui se brise. Le blond — celui qui a l'air de vouloir s'évanouir — me fixe avec une horreur pure.

— « Tanjiro... » bégaye-t-il. « Son cœur... je n'entends presque rien. C'est comme si elle était déjà morte. On devrait partir, cette fille n'est pas normale ! »

Le sauvage, lui, ne semble pas d'accord. Il gratte le sol avec son pied, l'air prêt à charger.

— « Moi, je m'en fous ! Elle a l'air forte ! Hé, la Reine des Neiges ! C'est toi qui as fait ce truc au démon ? Battons-nous ! »

Je contracte la mâchoire. Quelle arrogance. S'il savait que l'air qu'il respire est en train de se charger de cristaux de glace à cause de sa propre agitation...

— « Vous sentez le mont Sagiri, » dis-je en fixant Tanjiro, ignorant les provocations du sanglier. « Mais vous êtes bruyants. Vous êtes agités. Vous êtes... vivants. »

Le mot sort de ma bouche comme une insulte.

Le sauvage — celui qui porte cette tête de sanglier grotesque — n'attend pas ma permission. Dans un grognement bestial, il s'élance vers moi. Ses deux sabres dentelés fendent l'air dans un mouvement désordonné mais d'une puissance brute impressionnante.

— « Assaut de crocs ! » hurle-t-il.

Je ne dégaine pas. Ce serait lui faire trop d'honneur.

Je me contente de pivoter, mes mouvements fluides comme une plaque de glace qui glisse sur l'eau. Au moment où ses lames s'apprêtent à mordre ma chair, je lève simplement la main gauche. Un mur de brume givrée s'échappe de ma manche.

Le choc se produit. Mais au lieu de trancher, ses sabres s'encastrent dans un bloc de glace solide que j'ai matérialisé en une fraction de seconde entre nous.

— « Quoi ?! C'est quoi ce mur de verre ? » éructe le sauvage, ses muscles bandés par l'effort pour dégager ses armes.

— « Inosuke, arrête ! » crie le garçon au haori vert. « Elle ne veut pas nous tuer, elle se défend juste ! »

Je repousse le bloc de glace d'une pression de la paume, envoyant le sauvage rouler quelques mètres plus loin. Le blond, lui, est prostré au sol, les mains sur les oreilles, comme si le son de ma glace qui craque lui infligeait une torture physique.

— « Partez, » répété-je, mon regard se posant à nouveau sur le garçon au haori vert. « Votre chaleur m'étouffe. Et ce démon que tu transportes dans cette boîte... comment oses-tu l'emmener avec toi ? »

Le garçon se fige. Son expression change instantanément. La méfiance laisse place à une détermination calme, presque triste. Il fait un pas vers moi, ignorant la traînée de givre qui commence à s'attaquer à ses propres sandales.

— « C'est ma sœur, » dit-il simplement. « Et elle ne ferait de mal à personne. Je m'appelle Tanjiro Kamado. S'il vous plaît... vous parliez du Mont Sagiri. Vous connaissez Monsieur Urokodaki ? »

Le nom de mon maître frappe mon esprit comme un éclat de grêle. Un souvenir me revient : la sensation de l'eau froide sur mon visage, les entraînements sans fin sous la cascade... tout ce que j'ai tenté d'oublier pour ne plus souffrir.

— « Urokodaki n'apprend qu'à ceux qui savent couler, » dis-je d'une voix qui tremble légèrement malgré moi. « Moi, j'ai appris à geler. Il n'y a plus de place pour les souvenirs là où je vais. »

Je sens mon sabre vibrer dans son fourreau. Mon propre souffle devient erratique. La présence de ce Tanjiro est dangereuse : il ne m'attaque pas avec des lames, il m'attaque avec son empathie. Son odeur de feu de bois s'insinue sous ma peau, menaçant de réchauffer ce que j'ai mis des années à protéger.

— « Je ne suis pas votre alliée, » ajouté-je en reculant d'un pas, m'enfonçant volontairement dans l'obscurité des arbres. « Si je vous recroise, et que ce démon dans ta boîte montre les crocs, je n'hésiterai pas. La glace ne fait pas de distinction entre les frères et les monstres. »

Avant qu'il ne puisse répondre, j'utilise une impulsion de ma respiration.

Souffle de la Glace. Troisième Forme : Blizzard de Poussière.

Une rafale de neige aveuglante se soulève du sol, tourbillonnant autour d'eux. En un éclair, je disparais dans la canopée, retrouvant le silence et le froid que je chéris tant. Mais au fond de moi, pour la première fois en trois ans, j'ai l'impression d'avoir froid. Un vrai froid. Celui de la solitude.

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