Yukina: Le souffle de la Glace

Chapitre 3 : Les éclats du passé

Chapitre final

711 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 22/04/2026 13:02

Le silence de la haute altitude est le seul remède que je connaisse. Ici, à deux mille mètres, l'air est assez rare pour que les souvenirs s'essoufflent. Je suis assise au bord d'un précipice, mes jambes ballantes au-dessus d'une mer de nuages. La neige tombe, mais elle ne se dépose pas sur mon haori ; elle semble fusionner avec ma peau, comme si je n'étais qu'une extension du glacier.

Je ferme les yeux, et malgré moi, le noir laisse place au bleu.

C’était un été étouffant au Mont Sagiri. L’air vibrait sous le chant des cigales, une chaleur que je détestais déjà. J'avais treize ans. Je me tenais sous la chute d’eau glacée, le corps tremblant, essayant de maintenir ma respiration.

— « Tu te bats contre le courant, Yukina, » dit une voix calme sur la rive.

Je sortis de l'eau, les lèvres bleues, pour voir Giyu. Il n'avait que seize ans, mais son regard possédait déjà cette profondeur insondable. Il ne portait pas encore son haori bicolore, juste un kimono simple. Il s'approcha et posa une main maladroite sur mon épaule. Sa main était chaude. Trop chaude.

— « Je n'y arrive pas, Giyu, » murmurai-je en serrant mon sabre en bois. « L'eau m'écrase. Je ne sais pas être fluide. »

Il resta silencieux un long moment, fixant la cascade. Puis, il me regarda dans les yeux. Un rare demi-sourire étira ses lèvres.

— « Alors ne sois pas l'eau qui coule, » dit-il d'un ton mystérieux. « Trouve ce qui, dans l'eau, te ressemble le plus. Mais ne te laisse pas mourir de froid, petite sœur de sabre. Maître Urokodaki s'inquiète pour toi. »

Ce jour-là, il avait partagé son repas avec moi en silence. C'était la dernière fois que je l'avais vu sourire avant la sélection finale. Avant mon accident.

Un croassement rauque déchire le souvenir. Je rouvre les yeux. Le bleu a disparu, remplacé par le blanc aveuglant des cimes. Un corbeau de liaison, noir comme l'encre, tournoie au-dessus de moi avant de se poser sur une roche gelée.

— « CROA ! VILLAGE DE KUSATSU ! DISPARITIONS ! LUNE DÉMONIAQUE SUSPECTÉE ! CROA ! »

Une Lune ? Mon sang ne fait qu'un tour, envoyant une décharge de froid jusqu'au bout de mes ongles. Si une Lune est dans les parages, ce gamin au haori vert et ses compagnons bruyants vont se faire massacrer. Ils ont trop de cœur. Les démons adorent dévorer ce genre de chaleur.

— « Je n'y vais pas pour eux, » murmuré-je en me levant d'un bond. « J'y vais pour prouver que la glace est plus forte que leur feu.

Je parcours les kilomètres en quelques heures, mes foulées créant des plaques de givre éphémères sur le sentier forestier. À mesure que je descends, l'odeur change. Ce n'est plus l'air pur des cimes, mais une odeur lourde de soufre et d'eau bouillante.

Le village thermal de Kusatsu s'étend dans la vallée, noyé dans une vapeur épaisse qui remonte des sources chaudes. Pour n'importe qui, c'est un lieu de détente. Pour moi, c'est un enfer de buée tiède qui brouille mes sens.

Je marche dans la rue principale, mon apparence attirant les regards inquiets des villageois. Je suis une ombre blanche dans la brume. Soudain, au détour d'une auberge, je m'arrête net.

L'odeur de charbon de bois. Elle est là, mêlée au soufre.

Je lève les yeux vers le toit d'une maison de thé. À travers la vapeur, je distingue trois silhouettes familières qui semblent chercher leur chemin. Ils ont l'air fatigués, mais Tanjiro reste aux aguets, son nez frémissant.

Mais ce n'est pas eux qui m'inquiètent. Dans l'ombre d'une ruelle sombre, juste derrière l'auberge où ils s'apprêtent à entrer, je sens une présence. Une pression atmosphérique qui s'écrase sur mes épaules. Une malveillance ancienne, visqueuse, qui semble se rire de la vapeur des sources.

La Lune est déjà là. Et elle les regarde.

Je serre la garde de mon sabre, sentant le givre remonter le long de mon bras. S'ils entrent dans cette auberge, ils n'en ressortiront jamais.

— « Imbéciles... » soufflé-je.




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