Yukina: Le souffle de la Glace
Chapitre 6 : La fleur de cerisier et le cristal de glace
711 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 22/04/2026 13:32
Je suis restée de longues minutes immobile sur ce toit, le regard perdu vers l'horizon. Giyu est un Pilier. Cette phrase résonne en moi comme un glas. Il a réussi là où j'ai sombré. Est-ce de la jalousie ? Non. C'est une terreur pure à l'idée de croiser son regard et d'y voir de la pitié.
Mais le parfum de Tanjiro — cette odeur de forêt et de détermination — ne s'efface pas. Il m'attend.
Finalement, je cède. Je les rattrape alors qu'ils s'apprêtent à franchir un col montagneux. Je me laisse tomber d'une branche, atterrissant dans un crépitement de givre juste devant eux. Le blond hurle et manque de s'étouffer avec son propre cri, tandis que le type au masque de cochon se met en garde.
— « Je vais au Quartier Général, » dis-je d'un ton qui ne laisse place à aucune discussion. « Mais je ne connais pas le chemin. Je vous suivrai... de loin. »
Un sourire immense illumine le visage de Tanjiro. Mais avant qu'il ne puisse répondre, une présence joyeuse et écrasante surgit d'un bosquet de glycines.
— « Oh ! Tanjiro-kun ! Quel plaisir de vous croiser ici ! »
Une femme s'avance. Elle porte un uniforme de pourfendeur étrangement ouvert et ses cheveux sont d'un dégradé rose et vert absolument improbable. Elle dégage une chaleur émotionnelle si forte que je sens mes propres barrières de glace vibrer.
— « Kanroji-san ! » s'exclame Tanjiro en s'inclinant avec respect.
Il se tourne vers moi, voyant que je suis déjà en garde, la main sur mon sabre mate.
— « Yukina, ne t'inquiète pas ! C'est Mitsuri Kanroji-san. C'est le Pilier de l'Amour. C'est l'une des personnes les plus fortes et les plus gentilles de l'Armée. »
La dénommée Kanroji s'arrête net en me voyant. Ses yeux s'écarquillent, elle porte ses mains à ses joues qui rougissent instantanément.
— « Oh là là ! Mais qui est cette jeune fille ? Elle est tellement... tellement élégante ! On dirait une poupée de porcelaine ou une déesse des neiges ! »
Elle réduit la distance entre nous à une vitesse que mes yeux ont du mal à suivre. Elle est rapide. Terrifiante de rapidité sous ses airs distraits.
— « Kanroji-san, je vous présente Yukina.., » commence Tanjiro d'une voix posée.
— « Raigetsu.. » je souffle
— « Elle utilise le Souffle de la Glace. Elle a sauvé un village entier d'une Lune Inférieure hier soir. »
— « Yukina Raigetsu... » répète Mitsuri en savourant chaque syllabe de mon nom. « Quel nom magnifique ! Raigetsu-chan ! Et le Souffle de la Glace ? C'est tellement romantique et mystérieux ! Oh, j'en ai des frissons ! »
Elle s'approche encore. Je recule d'un pas, mais elle est déjà là, à quelques centimètres de moi. Son odeur de miel et de fleurs de cerisier m'étourdit.
— « Ne... ne restez pas si près, » bégayé-je, déstabilisée. « Mon corps dégage un froid que vous ne pourriez pas supporter. C'est dangereux pour vous. »
— « Dangereux ? Pour moi ? » Mitsuri éclate d'un rire cristallin et, avant que je puisse l'en empêcher, elle pose ses mains sur mes épaules.
Le choc est violent. Ses mains sont brûlantes de vie, de muscles puissants et de tendresse. Pour la première fois depuis l'avalanche, quelqu'un me touche volontairement sans reculer de douleur.
— « Mais tu es toute fraîche, c'est adorable ! » s'enthousiasme-t-elle en m'ignorant totalement. « Oyakata-sama va être tellement heureux de te rencontrer ! On va faire le reste du chemin ensemble, d'accord ? On pourra parler de tout ! Tu aimes les mochis ? Oh, il faut absolument que je te fasse goûter mes préférés ! »
Je reste pétrifiée, les bras ballants. Cette femme est un ouragan que ma glace ne peut pas figer. Je jette un regard de détresse vers Tanjiro, mais il se contente de sourire, visiblement ravi de voir que "le Pilier de l'Amour" a déjà décidé de m'adopter.
— « Très bien... » murmuré-je, vaincue par tant de bienveillance. « Mais je marche derrière. »
— « Pas question ! Tu marches à côté de moi, Yukina-chan ! »
Je soupire, sentant une petite fissure se former dans mon armure de glace. Le voyage vers le Quartier Général s'annonce bien plus éprouvant que n'importe quel combat à mort.