Yukina: Le souffle de la Glace
Chapitre 7 : Le jugement des 9 sommets
730 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 22/04/2026 13:42
Le domaine d'Oyakata-sama est un sanctuaire de silence, mais dès que je franchis le seuil de la cour intérieure, ce silence devient pesant. on me conduit dans une petite pièce ouverte sur un jardin de mousse. L'odeur de l'encens et des glycines est apaisante. Kagaya Ubuyashiki est là, seul. Sa présence est comme un lac gelé : calme, profonde, immobile.
— « Approche, Yukina, » dit-il d'une voix qui semble caresser mon esprit. « Ne crains pas la chaleur de cette demeure. Ici, personne ne cherchera à te briser. »
Je m'assois sur les talons, gardant une distance respectueuse. Mes mains, cachées sous mes manches, tremblent imperceptiblement.
— « Pourquoi m'accueillir ainsi ? » demandé-je. « Je suis une morte qui marche. Je n'ai plus ma place parmi les vivants. »
— « La mort n'est qu'un changement d'état, comme l'eau devient glace, » répond-il avec un sourire empreint d'une tristesse infinie. « Tu as survécu par ta seule volonté, en forgeant une voie que personne n'avait tracée avant toi. Mais je sens une grande peur en toi. Tu crains que ton cœur ne fonde, n'est-ce pas ? »
Je baisse les yeux, incapable de soutenir son regard aveugle.
— « Si je redeviens humaine, je ressentirai à nouveau la douleur de la perte. La glace est mon seul rempart. »
— « On ne peut pas protéger ce que l'on refuse d'aimer, Yukina. Giyu a choisi le silence pour se protéger, lui aussi. Mais le silence n'est pas la paix. »
Il se lève avec l'aide de ses filles.
— « Il est temps. Mes enfants t'attendent. Sois forte, non pas comme le roc, mais comme le blizzard : libre et indomptable. »
Nous sortons sur la grande terrasse. Le choc est immédiat. Neuf silhouettes sont disposées dans le jardin de gravier. L'air vibre d'une puissance brute.
Il y a le géant aveugle, dont les larmes coulent en silence sur ses joues de pierre. Et les autres... chacun est une tempête à lui seul.
Et puis, il y a Giyu.
Il se tient à l'écart, son haori bicolore flottant au vent. Quand ses yeux croisent les miens, le monde semble s'effondrer. Son visage, d'ordinaire si impassible, se décompose. Ses lèvres bougent, mais aucun son ne sort. L'incrédulité, la douleur, et une lueur d'espoir qu'il tente d'étouffer se battent dans son regard bleu profond.
— « Une intruse ? » La voix est comme un coup de fouet.
Un grand gaillard s'avance, ses cicatrices blanchies par la colère. Il dégage une odeur de sang et de vent violent.
— « Oyakata-sama, vous nous demandez d'accepter une gamine qui n'a même pas passé la sélection finale officielle ? C'est une insulte à ceux qui sont morts pour ces uniformes ! »
— « Son sabre parle pour elle, Sanemi, » répond calmement le Maître. « Elle a vaincu une Lune Inférieure seule. »
— « La chance ! » hurle Sanemi en dégainant son sabre avec une vitesse terrifiante. « Si elle veut être un Pilier, qu'elle nous prouve qu'elle ne va pas se briser au premier courant d'air ! »
Le gravier vole sous ses pieds. Je ne recule pas. Une aura de froid absolu se dégage de mon corps, pétrifiant l'herbe autour de moi.
— « Mon froid ne connaît pas la chance, Shinazugawa, » dis-je, ma voix redevenue un mur de glace. « Il ne connaît que la fin. »
Oyakata-sama lève la main, et Sanemi s'arrête net, bien que ses muscles tremblent de rage contenue.
— « Pour lever tout doute, Yukina passera une épreuve. Elle partira immédiatement en mission dans les montagnes du Nord, là où un démon dévore des villages entiers sous couvert de tempêtes. »
Giyu fait enfin un pas en avant, la voix rauque : — « Oyakata-sama... permettez-moi de l'accompagner. Je connais son style. Je... »
— « Non, Giyu, » coupe le Maître. « Tes sentiments obscurciraient le jugement de cette épreuve. Yukina partira avec Sanemi. »
Le silence qui suit est plus tranchant qu'une lame. Giyu se fige, le regard vide, tandis que Sanemi laisse échapper un rire carnassier.
— « Parfait. On va voir si tu es capable de tenir le rythme, la revenante. Essaye de ne pas mourir de froid avant qu'on arrive. »
Je ne regarde pas Giyu. Je sais que si je le fais, je ne pourrai pas partir.
— « C'est toi qui devrais t'inquiéter du gel, Shinazugawa, » dis-je en me tournant vers la sortie. « Le vent ne souffle pas quand l'air est solide. »