Yukina: Le souffle de la Glace
Chapitre 28 : Le cristal brisé
884 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 23/04/2026 16:56
Le silence qui suit le premier échange est plus terrifiant que le fracas des lames. Kokushibo ne halète pas. Il ne transpire pas. Il se tient là, sa silhouette pourpre se découpant contre l’architecture cauchemardesque du château, et ses six yeux dorés semblent lire en moi comme dans un livre ouvert. La pression qu'il dégage est si dense qu'elle rend l'air visqueux. Chaque inspiration me brûle la gorge, comme si j'avalais de la limaille de fer.
— « Ton souffle... s'accélère... » murmure-t-il, sa voix vibrant dans l'air froid. « Ta Marque... dévore ton cœur... Tu n'as plus... que quelques minutes... de vie... avant que ton corps... ne s'effondre. »
Je ne réponds pas. Je raffermis ma prise sur mon sabre de glace. Mes doigts sont engourdis, mais je refuse de fléchir. Il change soudainement de posture. Son sabre organique, la lame Kyokuseki, s'allonge de manière grotesque sous mes yeux. Des branches de métal charnu et d'yeux vitreux jaillissent de la garde, transformant son arme en une sorte de faux cauchemardesque.
— « Souffle de la Lune. Quatorzième Forme : Calamité - Lune de l'Abîme. »
L'attaque est indescriptible. Ce n'est pas une onde de choc, c'est une déferlante de croissants de lune multidimensionnels qui saturent chaque centimètre cube de la pièce. Je tente de pivoter, d'invoquer une défense, mais la vitesse de la Première Lune dépasse mon entendement.
Un sifflement aigu déchire l'air. Puis, un choc.
Mais dans mon esprit, le silence n'est pas celui de la défaite. C'est celui de la concentration absolue. Je refuse de mourir ici, prostrée dans mon propre sang. Je pense à Sanemi. Je pense à notre baiser sur le toit. Je pense à la promesse de voir le soleil se lever ensemble.
Respire, Yukina. Respire.
J'utilise la Concentration Totale : Constante. Je force mes poumons à absorber l'air saturé de givre pour transformer mon propre sang en glace. De l'intérieur, je gèle mes vaisseaux sanguins ouverts, stoppant l'hémorragie par une méthode atroce qui m'arrache un gémissement de douleur pure. Mes chairs se nécrosent sous l'effet du froid extrême, mais je m'en moque. J'ai besoin de quelques minutes de plus. Juste quelques minutes.
De ma main gauche, je ramasse mon sabre. Le métal est froid, rassurant. Je me relève, mes jambes tremblant comme des feuilles dans le blizzard, mais mes yeux sont devenus deux joyaux de glace bleue, brûlants d'une rage froide.
— « Je n'ai pas... fini... » craché-je, du sang s'écoulant de ma lèvre mordue.
Kokushibo s'arrête. Pour la première fois, je vois de l'incrédulité dans ses six yeux. Il ne comprend pas comment cet être humain, dont le corps est à moitié détruit, peut encore se dresser devant lui.
— « Ton esprit... est une anomalie... » reconnaît-il. « Mais la volonté... ne remplace pas... la chair. »
— « Regarde bien... Kokushibo, » murmuré-je.
Je ne cherche plus à me protéger. J'abandonne toute garde. Je concentre chaque parcelle de ma Marque, chaque battement de mon cœur défaillant dans ma lame. La température dans la salle chute brutalement. Le bois des structures éclate sous le gel.
— « Souffle de la Glace. Forme Ultime : Le Linceul de la Comète Blanche ! »
Je m'élance. Je ne suis plus qu'un trait de lumière blanche traversant l'obscurité. Kokushibo lève son sabre pour me décapiter, mais j'exécute un mouvement de torsion désespéré en plein vol, ignorant le craquement de mes os. Je passe sous sa garde, ma lame de glace s'imprégnant de mon propre sang pour devenir plus dure que le diamant.
SCHLACK.
Le son est net. Ma lame ne rebondit pas. Elle s'enfonce avec une fureur vengeresse dans le torse de Kokushibo. La pointe ressort dans son dos, emportant avec elle des lambeaux de son kimono pourpre.
Au moment de l'impact, je libère toute l'énergie de mon souffle à l'intérieur de sa plaie. Des milliers d'aiguilles de glace explosent dans ses artères, figeant son sang et ralentissant sa régénération.
Kokushibo recule brusquement, arrachant la lame de sa poitrine. Pour la première fois, il chancelle. Du sang noir et gelé s'écoule de sa blessure béante. Il pose une main sur son torse, hébété par la sensation de froid qui dévaste son corps de l'intérieur.
Je retombe à genoux, mon sabre se brisant sous le choc final. Je suis à bout de force, ma vision est presque totalement noire. Je n'entends plus rien, sinon le sifflement de mon propre souffle erratique. Je suis là, à moitié mourante, baignant dans un mélange de sang et de neige, mais je souris.
J'ai réussi. J'ai prouvé que la glace des Raigetsu pouvait mordre le sommet. J'ai ouvert une brèche.
Kokushibo me regarde longuement. Sa régénération lutte contre le gel qui paralyse ses cellules.
— « Tu m'as... blessé... » dit-il avec une solennité profonde. « Raigetsu Yukina... ton nom... restera... gravé... dans mon esprit. »
Je ne l'entends déjà plus. Je sombre dans une semi-conscience, portée par l'espoir que mon sacrifice servira à ceux qui restent. Je suis seule, blessée à mort, mais je n'ai aucun regret.