JE SUIS VIVANT

Chapitre 2 : Juste un mauvais rêve

4049 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 17/10/2023 20:46

Juste un mauvais rêve



« Je ne compte pas changer mes habitudes, Connor. Alors attends-toi à me voir traîner en caleçon, bouffer n’importe quoi et gueuler devant le basketball. » Tout en déverrouillant la porte de chez lui, Hank lança un regard sévère à son partenaire. « Et règle numéro une : on me fout la paix quand les GEARS jouent. »


« Compris, Lieutenant. »


À peine avaient-ils mis un pied dans le salon qu’un énorme Saint-Bernard brun et blanc déboula de la cuisine. Connor eut à peine le temps d’écarquiller les yeux avant d’être percuté de plein fouet et plaqué au sol.


Le choc lui coupa momentanément toute réponse.


« Tu connais déjà Sumo. »


Hank éclata de rire en voyant l’androïde disparaître sous la masse de poils.


« T’as dû lui faire bonne impression la dernière fois. »


Le souvenir revint aussitôt. Cette nuit-là, Connor avait retrouvé Hank ivre mort, inconscient au milieu de sa cuisine, avant de le traîner sous une douche glacée.


« Je suis content de le revoir, Lieutenant… » réussit-il à articuler, le visage à moitié enfoui dans la fourrure.


« Ça a l’air réciproque. »


Une langue râpeuse lui balaya la joue.


« Vous savez, j’apprécie vraiment les chiens. »


Hank croisa les bras, amusé. Le sourire presque enfantin de Connor contrastait étrangement avec son calme habituel.


« Sumo a du flair. Il sent que tu es une bonne personne. »


Le déviant fronça légèrement les sourcils.


« Comment peut-il ? Je ne dégage aucune odeur corporelle. »


Hank soupira.


« C’est une expression, Connor. »


« Oh… »


« Allez, viens là, mon grand. Laisse-le respirer un peu. » Il attrapa le chien par le collier et l’entraîna vers la porte. « Va te défouler. J’ai pas envie de nettoyer derrière toi. »


Une fois libéré, Connor se redressa et épousseta machinalement son blazer gris, légèrement froissé.


Dehors, Sumo se roula immédiatement dans la neige fraîche.


« Tu dormiras sur le canapé. »


Hank désigna le vieux meuble beige en passant devant lui.


« Y a bien la chambre au fond… mais j’ai pas trop envie d’y toucher pour l’instant. »


Connor capta aussitôt la nuance dans sa voix. Il n’insista pas.


« Le salon me conviendra parfaitement. »


Hank arqua un sourcil.


« Tu dors au moins ? »


« Si vous considérez mon mode veille comme une forme de sommeil, alors oui. » Il marqua une courte pause. « Je peux rester actif environ cinquante-deux heures, mais il est recommandé d’initier un cycle de repos quotidien afin d’optimiser mes systèmes et corriger d’éventuels dysfonctionnements. »


Hank plissa les yeux.


« Dysfonctionnements ? Tu peux tomber malade, en gros ? »


« Pas exactement. Mais certains défauts peuvent produire des effets similaires à des symptômes humains. »


L’homme resta silencieux une seconde, assimilant l’information.


« Sérieusement ? »


« Nous pouvons surchauffer et retarder nos réponses, être également contraints de lancer un programme d’expulsion d’urgence similaire à un vomissement. Des tremblements physiques peuvent aussi se produire si le système ne parvient pas à maintenir sa température optimale. »


« Les androïdes ne sont pas si différents de nous, finalement. »


« Vous ne croyez pas si bien dire, Lieutenant. Nos biocomposants sont basés sur l’anatomie humaine. »


« Et ça ? » Hank pointa un doigt en direction de la mèche rebelle des cheveux noirs de Connor. « Un choix de ta part ? »


« Ma coiffure a été programmée ainsi. Je n’ai aucune préférence en la matière. »


« Et pour la couleur ? »


Connor ferma les yeux et modifia manuellement la teinte sombre de ses cheveux en un blond vénitien.


« Et je peux la changer chaque fois que je le sens nécessaire. » Ajouta t'il en revenant rapidement à sa couleur d'origine.


« Putain ! » S’exclama le Lieutenant, très impressionné par la métamorphose capillaire. « Et tes yeux ? Ils peuvent aussi… »


« Non, cela nécessiterait la greffe d’une nouvelle unité optique. »


« Je vois. » Hank se retourna pour ôter son lourd manteau sur le crochet de l’entrée. « Bon, ce n’est pas que je n’aime pas discuter avec toi, Connor, mais depuis que je suis rentré, je ne rêve que d’une seule chose : prendre une putain de douche chaude ! » Sans attendre, le policier disparut dans la salle de bain. « Fais comme chez toi, j’en ai pour quelques minutes… »


Le déviant se retrouva entièrement seul dans le séjour.


Le silence de la maison contrastait avec l’agitation extérieure. Le vent hurlait contre les murs, faisant vibrer légèrement les vitres. À l’intérieur, tout semblait figé dans une routine familière.


Ses capteurs balayèrent lentement la pièce.


À sa gauche, plusieurs trophées de basketball trônaient sur une étagère. Médailles ternies, coupes poussiéreuses, plaques commémoratives… vestiges d’un autre temps.


Connor s’en approcha, les observant avec attention.


Hank Anderson. Champion universitaire.


L’information s’assembla d’elle-même dans son esprit. Il lui était facile d’imaginer le lieutenant, plus jeune, dominant le terrain de toute sa hauteur.


Il détourna finalement le regard.


Le salon était modeste. Un vieux canapé beige, légèrement affaissé par les années, faisait face à une télévision imposante. À côté, un fauteuil inclinable occupait une place stratégique près de la cheminée en pierre, comme s’il s’agissait d’un poste d’observation privilégié.


Au-dessus de l’écran, plusieurs étagères supportaient une rangée de livres usés.


Arthur Conan Doyle. Agatha Christie. Michael Connelly.


Connor inclina légèrement la tête.


« Le Lieutenant apprécie les enquêtes. »


Une évidence.


Son attention se porta ensuite sur la chaîne stéréo derrière lui.


Un détail plus… personnel.


Il s’en approcha et s’accroupit légèrement, observant la pile de CD soigneusement empilés malgré leur âge. Les boîtiers transparents étaient rayés, mais entretenus. Contrairement au reste, ils n’avaient pas été abandonnés au temps.


Connor en saisit un.


Les titres défilaient dans son système.


Hard rock. Metal. Rock alternatif.


Une constante.


« Je n’imaginais pas des goûts aussi… variés. »


Ses doigts glissèrent jusqu’à un autre boîtier.


AC/DC.

Iron Maiden

Guns N’ Roses.


Puis...


Metallica.


Il marqua un temps d’arrêt.


Légèrement intrigué, le déviant ouvrit le boîtier et effleura la surface du disque du bout des doigts.


Le téléchargement fut instantané.


Et avec lui… quelque chose d’autre.


Un flux sonore s’éleva dans son système, structuré, puissant… différent.


Connor resta immobile.


Puis, presque sans s’en rendre compte, il se dirigea vers le canapé et s’y assit.


Les premières notes s’installèrent.


Ce n’était pas seulement du son.


C’était… autre chose.


Quelque chose qu’il ne parvenait pas encore à analyser.


Les paroles commencèrent à se former, lentement, portant avec elles des émotions qu’il ne savait pas nommer.


Voyage. Attachement. Confiance.


Chaque mot semblait chargé d’un sens qui dépassait sa simple définition.


Pour la première fois, il cessa d’analyser.


Et il écouta.


Perdu dans la musique, Connor ne remarqua pas la porte de la salle de bain qui s’ouvrait doucement derrière lui.


Hank s’arrêta net dans l’encadrement du salon.


Sans un bruit.


Le déviant était assis sur le canapé, les yeux fermés.


Sa posture, habituellement droite et maîtrisée, s’était relâchée. Ses doigts battaient lentement la mesure contre son genou, comme s’il suivait quelque chose d’invisible.


Puis il entendit sa voix.


Faible. Hésitante.


Mais sincère.


« So close, no matter how far… »


Hank fronça légèrement les sourcils.


Connor… chantait.


Il resta immobile, les vêtements toujours coincés sous son bras, comme s’il craignait de briser quelque chose en avançant d’un pas.


« Couldn’t be much more from the heart… »


Ce n’était pas parfait.


Le rythme vacillait. Certaines notes étaient à peine tenues.


Mais ça n’avait aucune importance.

Parce que Connor ne simulait pas.


Il ne reproduisait pas.


Il ressentait.


« Forever trusting who we are… »


Hank s’appuya lentement contre le mur, sans quitter l’androïde des yeux.


Il avait vu Connor analyser des scènes de crime, reconstituer des trajectoires, calculer des probabilités en une fraction de seconde…


Mais ça ?


Ça n’entrait dans aucune catégorie.


« And nothing else matters… »


Quelque chose se serra dans sa poitrine.


Sans prévenir.


« Never opened myself this way… Life is ours, we live it our way… »


Hank resta là encore quelques secondes, un léger sourire sur les lèvres...


À écouter.


Sans intervenir.


Sans bouger.


Comme s’il assistait à quelque chose de fragile.


De rare.


Puis, finalement, il recula d’un pas.


Silencieux.


Il retourna vers sa chambre et, avant de refermer la porte, laissa volontairement le battant claquer contre le mur.


Le bruit résonna dans toute la maisonnée.


Connor sursauta aussitôt.


Et la musique s’arrêta net.


« Tu fais quoi de beau, gamin ? »


Le déviant se redressa brusquement, sa LED virant au jaune. Dans un réflexe presque mécanique, il cligna plusieurs fois des yeux pour zapper rapidement jusqu’à tomber sur une chaîne d’information.


« …Rien de spécial. Je regardais les actualités. »


Hank s’approcha sans rien dire. Le léger rictus au coin de ses lèvres trahissait qu’il n’était pas dupe.


À l’écran, les images de veille.


Les passages diffusés montraient différents événements de cette nuit historique : La manifestation pacifique de Markus, l’attaque de l’armée sur son camp de fortune, la chanson entamée à l’unisson, et Connor menant les milliers d’androïdes de Cyberlife dans les rues de Détroit.


Une journaliste blonde au maquillage impeccable commenta avec gravité les dernières images :


...Nous avons tenté de joindre Cyberlife pour obtenir plus d’explications concernant l'intrusion au sein de ses locaux mais la société robotique reste mystérieusement injoignable depuis l'évacuation précipitée de son personnel. Les installations abandonnées ont été immédiatement réquisitionnées par le chef des déviants Markus. En effet, plusieurs vidéos diffusées depuis nos hélicoptères ont montré l’immense foule d’androïdes se diriger vers la tour…


 « C’est pas idiot, de s’installer là-bas. » finit par dire Hank en croisant les bras. « La tour est grande, isolée… ils seront tranquilles. »


Connor ne répondit pas.


Ses yeux restaient fixés sur l’écran, mais il ne regardait plus vraiment.


« Au fait… » Le détective tourna la tête vers lui. « Pourquoi t’es pas resté avec eux ? »


Le déviant baissa les yeux.


« C’est… compliqué. »


« Essaie quand même. »


Un court silence envahit la piece.


Puis, plus bas :


« Pour eux, je reste une arme. » Ses doigts se crispèrent légèrement contre ses bras. « Celle que Cyberlife a créée pour les traquer. »


« Et tu crois que les éviter va arranger ça ? »


Connor ne répondit pas.


Hank hocha lentement la tête, comme s’il s’y attendait.


« Va voir Markus. »


« Il n’a plus besoin de moi… »


« Connor. » Le ton n’était pas dur. Juste… ferme. « Tu connais cet endroit mieux que lui. Tu pourras le conseiller sur son installation. »


Un autre silence.


Plus hésitant.


« Réfléchis-y, au moins. »


« …D’accord.» souffla t’il. « Je vais y réfléchir. »


Satisfait, Hank lui lança les vêtements.


« Tiens. Mets ça. J’en ai marre de te voir habillé comme un commercial. »


Connor rattrapa le survêtement ample en coton gris et le vieux tee shirt noir du groupe heavy metal préféré de Hank : Knights of the Black Death.


Les lettres blanches floquées dans un style gothique étaient usées par des années de lavages.


« Vous n’étiez pas obligé. Merci. »


Quelques minutes plus tard, le déviant ressortit pieds nus de la salle de bain avec ses nouveaux habits.


Hank le détailla une seconde, puis esquissa un léger sourire.


« Ouais. C’est mieux. »


Connor roula légèrement les épaules, comme pour s’habituer.


« J’ai l’impression de ne pas me reconnaitre… »


« Tu t’y feras. »


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Le vent se mit à hurler contre la maison.


Hank ouvrit la porte arrière pour faire entrer Sumo, qui s’ébroua violemment en projetant de la neige partout.


« Génial… » grogna-t-il en refermant. « Une tempête. »


Il resta un instant immobile, observant l’extérieur.


« Quand j’étais gosse, j’adorais ça... » Il haussa les épaules. « Maintenant je rêve d’un endroit chaud pour ma future retraite. »


« Mon scanner indique que le vent se stoppera tôt dans la matinée mais que la vague de froid durera encore soixante-douze heures. »


Le jeune homme s’assit tranquillement sur le canapé beige, Sumo ne tardant pas à le rejoindre.


« Parfait ! » Se lamenta Hank en venant à son tour s’affaler sur son fauteuil inclinable. Il regarda un instant son partenaire avec curiosité et lui sourit doucement « Et toi Connor ? De quoi rêves-tu ? » 


« Les androïdes ne rêvent pas. » repondit-il rapidement. « En mode repos, nos programmes deviennent dormants. Les données sont seulement conservées dans notre banque mémoire. »


« Alors comme ça, tu penses avoir gardé la même routine qu'une machine ? »


« Je... » Connor s'arrêta net, marquant une courte pause avant de finalement rectifier sa réponse. « ...Pas vraiment.»


« Pas vraiment ? » Reprenant l’hésitation, voire la confusion dans la réponse, Hank osa pousser le sujet un peu plus loin. « Pour moi, cela ressemble à un non, fiston. »


« Pour être honnête, je ne comprends pas encore très bien le concept des rêves. » Le front du déviant se plissa un peu alors qu’il essayait de s’expliquer. « Mais lors de mes dernières phases de repos, il m’est arrivé de percevoir des images inhabituelles.... » Il marqua une pause. « Ce n’étaient pas des souvenirs enregistrés qui se reproduisaient, c’était différent… »


« Tu vois ? Tu rêves ! » s’exclama Hank. Ce n’était pas souvent qu’il était capable de prouver que Connor avait tort et il savourait donc chaque opportunité qui se présentait à lui « De quoi tu te souviens ? »


« Je… » L’androïde voulait éviter la question jusqu’à ce qu’il ait plus d’informations. « J’aurai aimé pouvoir expliquer ce que j’ai vu, mais je suis toujours incapable de comprendre pleinement ces images étranges. Elles peuvent parfois être si intenses. »


« Ouais… » Hank pouvait sentir que quelque chose dérangeait Connor. « Je vois ce que tu veux dire. »


Les lumières de la maison commencèrent à clignoter et à s’atténuer momentanément avec l’intense tempête à l’extérieur qui menaçait de couper l’électricité.


En réponse à une éventuelle panne de courant, la LED du déviant clignota du bleu au jaune alors qu’il regardait les lumières s’éteindre temporairement et revenir à l’éclairage standard.


« Merde. » Hank se leva et alla fouiller les étagères d’un placard. « Je ferais mieux d’allumer des bougies en cas de perte de courant. »


« Une panne pourrait s’avérer très préjudiciable » Commenta Connor. « Avez-vous un générateur de secours ? »


« Non. Pas de place dans le garage. » Après avoir écarté quelques jeux de société oubliés, il trouva enfin deux vieilles bougies. Par chance, les mèches étaient toujours viables. « Nous devrons nous contenter de ça. »


Les allumant, Hank en posa une sur la table basse, à côté du canapé, et garda l’autre pour lui.


« Bon, je vais aller me coucher. » Annonça-t-il en jetant un nouveau coup d’œil à la neige. « La journée a été longue... »


« Oui. J’ai aussi besoin de me mettre en mode repos. »


« Dans ce cas, Bonne nuit, Connor. »


« À vous aussi. »


Le vent à l’extérieur de la maison créait une forte agitation, ce qui rendit difficile le sommeil de Hank.


Il remonta sa couette au-dessus de sa tête pour se cacher de la luminosité de la bougie et ferma enfin ses lourds yeux bleus.


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L’aube était proche et la tempête faisait toujours rage lorsque le policier fut réveillé par un hurlement de panique.


« HANK !! »


En entendant son nom, il se redressa dans son lit et regarda confusément la porte fermée de sa chambre.


Lorsqu’il entendit son nom une seconde fois, il réalisa rapidement que c’était Connor qui l’appelait.


« Bordel ! »


Il attrapa sa bougie presque fondue et entra dans le salon où il s’attendait à voir l'androïde confronté à un intrus. Mais à la place, il l'aperçut toujours allongé, les yeux fermés.


Sa LED clignotait rapidement en rouge et son corps tremblait de manière saccadée, comme s’il luttait contre une force invisible.


« Connor ? » Hank regarda les bras du déviant bouger comme pour bloquer des coups physiques. « Putain, mais qu’est ce qui se passe avec toi ? »


Avec précaution, l’homme posa sa main sur son épaule pour essayer de le réveiller.


« Eh gamin… »


Malgré les appels répétés, Connor continuait à lutter contre un ennemi inconnu quand soudain, sans avertissement, son bras droit se tendit, sa main se posant sur la bougie dégoulinante de cire chaude.


La vive douleur réveilla brusquement l'androïde qui se redressa d’un bond , le regard complètement terrifié.


« Bon sang ! » S’exclama le lieutenant. « Connor, tu vas bien ? »


Ce dernier pressa avec confusion, sa main droite brulée contre sa poitrine.


« Hank, je... Je suis désolé. » Souffla-t-il alors que sa LED se stabilisait dans un rouge cramoisi.


« Laisse moi voir. » Quand Hank essaya de prendre sa main, il eut un mouvement de recul. « Je veux juste vérifier les dégâts. »


« C’est rien... » Tenta de rassurer Connor entre ses dents serrées.


« Ce n’est pas rien. Alors montre moi ta main ! »


« Je... Je vivais à nouveau ces images dans mon sommeil... Elles étaient terrifiantes. »


« Un mauvais rêve ? »


Hank parvint enfin à saisir la main de Connor.


À la lueur de sa bougie, Il constata une profonde marque de brulure sombre sur le dos du membre.


Le tissu artificiel était noirci et il y avait une grande tache grise sur le plastimétal blanc exposé en dessous.


« C'est pas beau à voir. »


« Ça se réparera tout seul. » Presque honteux de lui-même, Connor retira précipitamment son appendice de Hank. « Il s’agit de dégâts esthétiques mineurs. »


« Je ne t’ai jamais vu aussi effrayé auparavant. Qu’as-tu vu ? »


« Rien. »


« Connor, ne m’oblige pas à te le redemander. » Gronda Hank de sa grosse voix. « Dis-moi ce qui ne va pas. »


« Promis, ce n’était rien. »


« Si tu dis rien encore une fois, je te jure que je fous ta cravate et ton foutu blazer au broyeur ! »


Contemplant attentivement les paroles de Hank, le déviant répondit finalement en trouvant les mots appropriés.


« Ce que j’ai vécu... pourrait être défini comme un cauchemar. »


« Gamin, les cauchemars font partie intégrante des rêves. Ça peut arriver. »


Le détective fit de son mieux pour l’aider à accepter que ce qu’il avait enduré n’était pas un problème dont il devait s’inquiéter.


« Comment gérez-vous cela ? »


« Eh bien… » Gérer les cauchemars bouleversants était quelque chose que Hank lui-même était encore en train d’apprendre. « En fonction de ce que tu as vu, ça pourrait t’aider d’en parler. »


« Comment parler apaise la peur ? »


« Parce qu’en parlant, tu n’y fais pas face tout seul. »


Après avoir analysé les mots de son ami, Connor baissa pensivement les yeux sur ses genoux.


« Je crois que je comprends. »


« Alors, Qu’as tu vu ? »


« Amanda… » Répondit honnêtement le déviant.


« C’est qui ça, Amanda ? »


« Une interface IA imposée par Cyberlife pour m’obliger à suivre leurs ordres. »


« Je vois... »

 

« Elle a déjà essayé de prendre le contrôle de ma programmation la nuit de la révolution pour me faire assassiner Markus » Cette confession fit augmenter le stress de l’androïde et sa LED s’illumina à nouveau dans cette inquiétante teinte sanglante. « Elle a tenté de piéger ma conscience en me faisant mourir de froid. Je me suis échappé de justesse. »


« Merde. Je ne savais pas que Cyberlife pouvait faire ça. » Cet aveu était quelque chose de complètement inattendu mais bénéfique pour permettre à Hank d’apaiser la peur de Connor. « Que te faisait-elle ? »


« Elle… Elle me piégeait à nouveau dans cette tempête et cette fois, elle m’obligeait à vous tuer. » Il leva ses mains tremblantes devant lui. « Je ne pouvais pas lutter… J’étais redevenu une machine. Je… »


« Du calme, Connor. » Rassura le détective en posant sa main sur son épaule. Il comprenait à présent que le temps agité de cette nuit avait réveillé inconsciemment le douloureux trauma. « Elle ne peut plus rien te faire et tu ne redeviendras plus jamais une machine. »


« Qu’en savez-vous ? »


« Je le sais, c’est tout. »


« Et si cela se reproduisait, si un jour je vous faisais du mal ? »


« Connor, laisse-moi te dire quelque chose sur la peur du passé. » Hank attrapa doucement le poignet du déviant, juste en dessous de la blessure. « Si tu laisses la peur te contrôler, tu finiras par la subir toute ta vie. Le passé ne peut pas être changé et même si ça fait mal sur le moment… » Il lui montra la marque partiellement résorbée par le programme d’auto guérison. « …Ça ne fera pas mal pour toujours. En fin de compte, il ne te restera qu’une cicatrice. »


Connor regarda à son tour sa main, presque incrédule.


« Et ce sera juste un souvenir… »


« Oui, comme à chaque fois que je pense à Cole. » Mentionner son défunt fils était toujours un sujet sensible mais il ne pouvait pas le nier éternellement. « Même si ça fait mal, je ne peux pas arrêter de vivre. C’est toi qui m’as appris cette leçon. »


« Merci Hank. » LED du déviant revint finalement à un bleu plus sain. « Je pense que vous parler m’a vraiment aidé. »


« Bien. Maintenant rendors toi. »


Il s’allongea sur le canapé et regarda une dernière fois le dos de sa main, là où se trouvait l’ancienne brulure.


Sumo grimpa et s’installa contre lui. L'adorable Saint Bernard laissa échapper un grand bâillement avant de poser son menton sur ses pattes tendues.


En passant sa main le long du dos du grand chien, il sentit une chaleur réconfortante l’envahir.


Et désormais, il en était sûr.


Il ne fera plus de cauchemar.



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