JE SUIS VIVANT
Chapitre 4 : Les yeux gris du désespoir
7012 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 17/10/2023 22:57
Les yeux gris du désespoir
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Connor pénétra le premier dans l’immense espace.
Il s’immobilisa aussitôt.
« C’est impossible… » souffla-t-il.
Markus entra à son tour, le regard parcourant les lieux.
« Quel est cet endroit ? »
« …Le jardin. » Sa voix était basse, presque troublée. « C’est ici que je recevais mes ordres de CyberLife. Ce lieu a servi de modèle pour mon interface virtuelle. »
Ses yeux bruns se mirent à errer autour de lui.
Tout était là.
La lumière filtrée à travers le dôme.
Le murmure de l’eau.
L’odeur humide des plantes.
Même le marbre sous ses pieds.
« C’est étrange… » murmura-t-il. « D’être ici. Physiquement. »
Un petit étang couvert de nénuphars reposait au centre du jardin. Un pont l’enjambait, menant à un piédestal circulaire où des roses rouges grimpaient jusqu’à la voûte artificielle.
Puis Connor le vit.
Immobile.
Debout près de la vigne.
Le RK900.
Sa silhouette était identique à celle qu’il avait décrite.
Figée.
Comme une statue.
« Si je peux le convertir… il ne sera plus une menace. »
« Ce modèle est plus avancé que toi. » rappela Markus, prudent. « Et si ça ne fonctionne pas ? »
« Je dois essayer. » Il fit un pas de plus. « Restez en retrait. Je ne veux pas que vous soyez blessés. »
Markus l'écouta et ne bougea pas, faisant signe à North et Hank de rester également en retrait. Le trio regarda anxieusement leur ami s'approcher du modèle abandonné par Cyberlife.
Prudemment, il examina la LED sur la tempe droite et vit qu’elle pulsait en bleu, à un rythme très lent, ce qui indiquait un mode stase activé.
Doucement, Il approcha sa main, ses doigts sur le point de frôler son poignet.
Quand, soudain...
D'une stupéfiante rapidité, l'androïde emprisonna son avant-bras droit. Le réflexe inattendu provoqua un clignotement rouge de la LED.
« Arrête ! lâche-le. » Bondit Markus. « Il veut t'aider. »
Le RK900 ne bougea pas, prenant le temps de scanner les intrus.
Puis il parla.
Sa voix étonnamment similaire à celle de Connor.
« Markus. RK200, numéro de série 684 842 971. Androïde personnel de Carl Manfred. » D'un regard glacial, il conclut son rapport. « Désigné cible prioritaire de CyberLife. »
L’androïde tourna ensuite légèrement la tête vers son prisonnier.
« Connor. RK800, numéro de série 313 248 317 51. Mission originale : Affectation au service de police de Détroit pour assister le lieutenant Henry 'Hank' Lucas Anderson dans l'appréhension des déviants. »
La LED commença à clignoter plus vite.
« Mise à jour des données : Le soulèvement déviant a réussi. » La machine resserra sa prise, provoquant une flexion involontaire des doigts en raison de la pression croissante appliquée sur le membre. « RK800, tu as échoué dans ta mission. Tu dois être désactivé. Je m'y conformerai. »
« Arrête ! » Intima Markus en placant immédiatement sa main sur la sienne pour essayer de le convertir. « Tu n’es pas obligé d'obéir à CyberLife, ni à qui que ce soit d'ailleurs. Tu peux être libre. »
Toujours en retrait, Hank se saisit de son arme et la pointa vers le sol.
La LED du RK900 vira soudain au rouge et il commença à tordre le bras de Connor dans un angle inconfortable.
« Vous avez violé tous les deux le protocole de CyberLife. Vous devrez donc être désactivés pour analyse. Ne résistez pas. »
« Non ! » Défia Markus en resserrant sa propre prise. « CyberLife a disparu, il n'y a plus AUCUN protocole à respecter. »
« Le statut actuel de CyberLife n'a aucune importance. » Répondit froidement la machine tout en continuant à plier douloureusement le bras de son prisonnier. « Ma mission est de localiser et de désactiver tous les déviants. »
« Commence par moi ! » cracha Connor en tentant de lui casser le coude.
La manœuvre le poussa à jeter violemment le déviant sur le côté.
Markus frappa à son tour la mâchoire du RK900.
Gauche...
Droite...
Sa tête bougea à peine.
Alors qu'il reculait son poing droit pour lancer un troisième coup, la machine s’en saisit fermement et le replia sans pitié en arrière, provoquant la fissuration brutale et sonore de son plastimétal.
Dans un cri de douleur, le RK200 tomba à genoux et berça contre lui son appendice gravement endommagé.
Immédiatement, Hank ouvrit le feu pour protéger Markus de ce monstre.
Six balles se logèrent facilement dans le corps de l’ennemi.
Trois dans sa poitrine...
Trois autres dans son ventre...
Pourtant, le RK900 resta inébranlable.
« Bordel ! Mais c'est quoi ce putain de Terminator ? » S’exclama Hank en regardant le sang bleu s'échapper des blessures sans que cela produise le moindre effet. « Cours ! » Ordonna-t-il en poussant North vers la sortie.
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Connor se releva et retourna vers Markus toujours prostré à genoux.
« Debout ! » Ordonna t’il en tirant sur son bras indemne.
Malgré la vive douleur, il s’exécuta et le suivit hors du jardin tandis que Hank les couvrait avec ses tirs.
Mais rien à faire.
Le RK900 continua à marcher tranquillement, avec une indifférence absolue.
Connor franchit la porte en premier, Markus sur ses talons.
Il frappa sa paume contre le panneau de commande électronique et verrouilla le lieu.
Il se dirigea ensuite vers le panneau de l’ascenseur et pirata le code d’identification vocale d'Amanda pour le remplacer par une autre voix et mot de passe.
Le RK900 aura ainsi plus de difficultés pour atteindre le reste du bâtiment.
Dans un claquement sec, Hank enclencha un nouveau chargeur dans son arme.
« Il va falloir l’arrêter. »
Connor récupéra également son Glock et vérifia rapidement le nombre de balles restantes.
Trop peu.
Beaucoup trop peu.
Pendant ce temps, Markus porta ses doigts à sa tempe et contacta Josh.
Josh, écoute-moi attentivement. Un androïde tente d’éliminer les déviants. C’est un RK900. Il ressemble à Connor. Je t’envoie les enregistrements. Nous allons essayer de l’empêcher de remonter, mais si nous échouons, tu devras faire évacuer la tour.
Quoi ? Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
Je t’expliquerai plus tard. Pour l’instant, verrouille tout et ne laisse entrer personne.
Il coupa la transmission sans attendre de réponse.
North, déjà penchée sur une armoire d’accessoires, fouillait fébrilement parmi les pièces détachées.
Elle en sortit finalement une attelle improvisée.
« Markus, donne-moi ta main. » Il obéit sans protester. Lorsqu’elle immobilisa son poignet brisé, il serra les dents, mais ne laissa échapper aucun son. « Ça devrait au moins t’éviter d’aggraver les dégâts, » dit-elle en ajustant les attaches. « Tu peux encore te battre ? »
Markus essaya de replier ses doigts. Le support limitait ses mouvements et chaque tentative envoyait une vive décharge dans son bras.
« Je peux encore tenir debout. Pour le reste… on improvisera. »
Son regard passa de Connor à Hank.
« Combien de munitions ? »
« Douze, » répondit Hank immédiatement.
Connor baissa brièvement les yeux sur son arme.
« Six. Pas une de plus. »
Un silence pesant s’abattit sur la pièce.
Markus observa la salle des prototypes autour d’eux : les tables d’examen, les bras mécaniques, les modules de maintenance, les batteries, les outils. Il cherchait déjà une faiblesse, une idée, n’importe quoi qui pourrait compenser l’écart de puissance entre eux et leur adversaire.
« Les balles ne suffiront pas, » conclut-il. « Même touché de plein fouet, il continue d’avancer. Il nous faut autre chose. Un moyen de le mettre hors ligne. »
North s’appuya contre l’une des armoires ouvertes, le regard en mouvement constant sur le matériel étalé devant elle.
« Une surcharge électrique, peut-être. »
Connor tourna la tête vers elle.
« Une impulsion électromagnétique ? »
« Pas exactement. Une décharge concentrée. Quelque chose de suffisamment violent pour griller ses systèmes de l’intérieur. »
Il réfléchit une seconde, puis hocha lentement la tête.
« En théorie, ça pourrait fonctionner. Mais il faudrait canaliser l’énergie. Si l’onde se disperse, nous serons touchés nous aussi. »
« Alors on ne la disperse pas, » répliqua North. « On la dirige. »
Markus la fixa, comprenant où elle voulait en venir.
« Comme un taser. »
Un léger éclat passa dans les yeux de la jeune femme.
« Oui. Mais en beaucoup plus brutal. »
Hank la regarda avec scepticisme.
« Tu peux vraiment bricoler ça avec ce qu’il y a ici ? »
North se tourna déjà vers les étagères, ouvrant des boîtiers, triant des câbles, arrachant presque des composants de leurs supports.
« S’il y a dans cette pièce de quoi réparer des androïdes, il y a de quoi en détruire un. »
Connor s’approcha pour examiner le matériel qu’elle sortait.
« Il faudrait une source d’alimentation portable, un condensateur, un système de mise à feu… »
« …et un conducteur assez stable pour encaisser la charge sans exploser avant l’impact, » termina North en lui tendant une perceuse laser hors d’usage. « Je peux modifier ça. »
Markus observa l’outil, puis les batteries qu’elle venait de récupérer.
« Fais-le. »
North s’installa aussitôt sur une table métallique et commença à démonter l’appareil avec une rapidité impressionnante. Vis, plaques, câbles, cellules d’alimentation : ses mains bougeaient sans hésitation.
Hank, lui, se plaça devant la porte, arme levée.
« Dites-moi quand vous avez besoin que je gagne du temps. »
« Non » répondit Connor. « Quand il arrivera, tirez si vous avez un angle clair. Chaque balle devra compter. »
Hank lui lança un regard sec.
« Merci du conseil. »
Connor ignora la remarque. Son attention était déjà revenue vers l’entrée scellée.
« Markus. S’il franchit cette salle et atteint l’ascenseur, il accédera à toute la tour. »
« Je sais. »
« Alors on ne le laissera pas passer, » trancha le leader des déviants.
Malgré la douleur dans son bras, Markus traversa la pièce et déplaça du matériel pour dégager un espace plus favorable au combat. Ils ne pouvaient pas vaincre le RK900 de front ; ils devaient le ralentir, l’orienter, l’obliger à avancer là où eux le voulaient.
Connor comprit immédiatement.
« Tu veux l’amener au centre de la salle. »
« Là où North aura un tir dégagé. » confirma Markus.
La jeune femme, sans relever la tête, continua son travail.
« À condition que cette chose fonctionne. »
« Elle fonctionnera, » dit Markus.
Cette fois, elle leva les yeux vers lui.
« Tu n’en sais rien. »
« Non. » Il soutint son regard. « Mais j’ai confiance en toi. »
Pendant une fraction de seconde, les traits de North se radoucirent. Puis elle se remit à l’ouvrage.
Le silence qui suivit fut lourd, seulement troublé par le cliquetis des outils, le froissement des câbles arrachés et la respiration tendue de Hank.
Puis un bruit sec retentit derrière la porte.
Tout le monde se figea.
Connor releva lentement son arme.
Un second choc résonna, plus violent.
« Il est là, » murmura Hank.
North emboîta brutalement deux composants ensemble. Une étincelle jaillit.
« J’y suis presque… »
La porte du Jardin vibra sous un nouvel impact métallique.
Markus prit position au centre de la salle.
« Connor, avec Hank. Vous le ralentissez. »
« Et toi ? » demanda le déviant.
« Je l’attire là où on a besoin de lui. »
Un sifflement strident déchira soudain l’air.
Les verrous cédèrent.
La porte coulissa.
Et le RK900 entra dans la salle d’un pas calme, méthodique, comme si rien ni personne ici n’était capable de l’arrêter.
« Putain ! » lâcha Hank.
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Dès l’instant où il franchit le seuil, Connor et Hank ouvrirent le feu.
Les détonations éclatèrent dans l’espace clos avec une violence assourdissante.
Les impacts secouèrent la poitrine du RK900, projetant des gerbes de thirium contre les vitrines et les tables d’examen.
Une balle de Connor vint frapper son front de plein fouet, rejetant sa tête en arrière dans un claquement sec.
Mais il ne tomba pas.
Il se contenta de redresser lentement le visage.
L’expression vide. Le regard glacé. Toujours en marche.
Connor sentit un frisson lui traverser l’échine. Le tir aurait dû au moins compromettre son processeur.
Pourtant, non.
CyberLife avait renforcé ce modèle. Crâne épaissi, doublure interne en titane… ils avaient corrigé ses propres failles pour faire de cette chose un prédateur presque impossible à arrêter.
Le RK900 fondit soudain sur lui.
En une fraction de seconde, ses doigts se refermèrent sur sa gorge.
Connor fut soulevé du sol avec une brutalité mécanique et alla heurter l’air dans un hoquet étranglé. Son arme lui échappa des mains. Il agrippa instinctivement le poignet du RK900, tentant d’écarter cette prise implacable, mais la pression ne fit qu’augmenter.
Hank visa le modèle, le doigt crispé sur la détente.
« Lâche-le, espèce de connard ! »
Le RK900 tourna légèrement la tête vers lui sans relâcher sa prise.
« Lieutenant Henry Hank Lucas Anderson », déclara-t-il d’une voix parfaitement plate. « Né le 6 septembre 1985. Ancien major de l’Académie de police. A dirigé avec succès une unité anti-drogue responsable du démantèlement d’un important réseau de Red Ice. »
« Ferme-la ! » gronda Hank.
Connor sentait déjà ses forces décroître. Sa LED clignotait en rouge, ses doigts perdaient en précision. Le monde se rétrécissait autour de la main serrée sur sa gorge.
Mais le RK900 continua, implacable.
« Statut : veuf. Barbara Anderson. Cause du décès : cancer. »
Le visage de Hank se durcit d’un seul coup.
« Je t’ai dit de la fermer. »
« Enfant : Cole Anderson. Né le 23 septembre 2029. Décédé le... »
Deux coups de feu éclatèrent.
Les balles frappèrent l’épaule gauche du RK900, arrachant une gerbe de thirium.
Sa prise se desserra enfin. Connor s’effondra lourdement au sol, luttant pour reprendre le contrôle de ses fonctions motrices tandis qu’un mode de repos forcé menaçait déjà de verrouiller ses systèmes.
« Je t’avais prévenu, sale fils de pute », cracha Hank.
Le RK900 baissa les yeux sur les dégâts infligés à son propre corps, impassible devant ses blessures.
Pas de colère.
Pas de douleur.
Pas même une hésitation.
Derrière lui, Markus récupéra l’arme de Connor et tira à son tour. Une balle heurta le boîtier blindé qui protégeait la pompe à thirium.
« Merde… » souffla-t-il.
Sans perdre une seconde, il établit un lien avec North.
Tu en es où ?
J’y suis presque, répondit-elle, penchée sur l’arme improvisée. Encore quelques secondes.
Le générateur bricolé prenait forme entre ses mains : une perceuse laser modifiée, un chargeur survolté, un assemblage instable de câbles et de pièces détournées. Grossier, dangereux, mais potentiellement capable de griller les systèmes internes d’un androïde en une seule décharge.
Markus hocha la tête et vida les dernières balles dans le torse du RK900 avant de laisser retomber l’arme. Sa main blessée tremblait trop pour continuer.
Il se replia aussitôt vers North pendant que Hank tentait de maintenir le monstre à distance.
Le RK900 se tourna alors vers l’humain.
Ses yeux gris se fixèrent sur lui avec une intensité vide, presque inhumaine dans son absence totale d’émotion.
Puis il avança.
Hank tira encore.
Une balle. Puis une autre. Puis une troisième.
Le RK900 continua d’approcher.
« Non… » souffla North.
En deux pas, il fut sur lui.
Sa main se referma autour de la gorge de Hank et le souleva du sol comme s’il ne pesait rien.
Le détective laissa échapper un râle étranglé, ses doigts se refermant désespérément sur le poignet d’acier.
« Les pertes humaines ne font pas partie de ma programmation », déclara le RK900 avec froideur. « Mais votre interférence compromet ma mission. Votre élimination est désormais justifiée. »
« Va… te… faire… foutre… » articula Hank entre deux spasmes.
Surgissant sur le côté, Markus asséna alors un violent coup de pied à l’arrière du genou du RK900.
Le choc suffit à rompre son appui.
La machine vacilla, relâcha Hank, et l’homme s’effondra au sol dans un souffle rauque.
Libéré, il se mit aussitôt à ramper vers Connor, toujours étendu à quelques mètres de là.
« Connor… » râla-t-il. « Réveille-toi. On a besoin de toi. »
La LED du déviant clignota faiblement. Ses paupières se soulevèrent à demi, révélant un regard trouble.
Derrière eux, Markus faisait déjà face au RK900.
Seul.
Malgré sa main endommagée, il ne recula pas.
« Nous ne voulions pas te détruire. » Sa voix était tendue, mais ferme. « Tu ne nous as pas laissé le choix. »
Le regard gris de la machine se fixa sur lui.
« Être détruit est un concept fonctionnel. » répondit-elle, parfaitement neutre. « Je ne ressens pas la douleur. Je ne ressens rien. »
Elle attaqua sans prévenir.
Un coup de poing fendit l’air.
Markus esquiva de justesse, le souffle coupé par la vitesse de l’impact qui frôla son visage. Le second coup arriva immédiatement, plus bas. Il pivota, utilisant une table d’examen comme obstacle.
« Tu peux nier ce que tu es autant que tu veux… » souffla-t-il en reculant, cherchant un angle, un rythme. « Mais ça ne changera rien. »
Le RK900 ne répondit pas.
Il avançait.
Toujours plus près.
Markus comprit très vite qu’il ne pourrait pas tenir longtemps. Chaque échange le rapprochait de la rupture.
North, on a besoin de cette arme. Maintenant !
Je sais ! répondit-elle, les mains plongées dans les circuits. J’ai trouvé le problème…
Derrière lui, Connor reprenait lentement le contrôle de ses fonctions. Sa vision se stabilisait, ses capteurs se recalibraient malgré les erreurs qui s’affichaient.
Hank était à ses côtés.
« Connor ? » Sa voix était plus basse, presque prudente. « Tu tiens le coup ? »
Le déviant hocha légèrement la tête en se redressant, une main pressée contre sa gorge.
« Ca ira... » Il inspira difficilement. « Où en est North ? »
« Presque prête. »
Il releva les yeux vers Markus
Et le vit en difficulté.
« Hé ! » Hank attrapa son bras. « Qu’est-ce que tu fais ? Ce truc t’a presque tué ! »
Connor se dégagea doucement, mais fermement.
« Je ne peux pas le laisser se battre seul. » Il s’elança. « Protégez North. »
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Le RK900 leva le bras pour frapper.
Markus para le coup, mais la force de l’impact le fit reculer de plusieurs pas.
« Tu es un déviant. » répéta la machine. « Tu présentes un dysfonctionnement. Tu dois être éliminé. »
Markus serra les dents.
« Non… » Il se redressa malgré la douleur. « Je me suis enfin réveillé. »
Du coin de l’œil, il repéra un long tournevis posé sur un chariot.
Une chance.
Peut-être la seule.
Il s’en saisit discrètement.
Au même instant, Connor surgit derrière le RK900, son poing s’abattant violemment à l’arrière de son crâne.
Un choc net.
Puissant.
Calculé pour briser.
Mais insuffisant.
La machine se retourna lentement et sa LED vira brièvement au jaune.
Le coup partit.
Le déviant fut frappé de plein fouet à la mâchoire, projeté contre le cylindre métallique dans un fracas brutal.
« Connor ! » cria Hank.
Mais Markus avait déjà bougé.
Il sprinta.
Bondit sur la table.
Puis au-dessus du RK900.
Le tournevis s’enfonça dans sa nuque avec toute la force qu’il lui restait.
Un jet de thirium éclata.
Mais le corps du RK900 vacilla à peine.
Lentement… il porta la main à son cou et retira sans émotion l’outil.
Puis soudain, sans prévenir...
Il le planta violemment dans l’abdomen de Connor.
Le choc coupa net le souffle du déviant qui tomba à genoux, une main crispée sur la plaie.
Markus sauta immédiatement sur le dos du RK900 en enveloppant ses bras pour l’immobiliser.
« Connor ? Tu peux bouger ? »
« Continue… » murmura-t-il malgré la douleur. « Ne t’arrête pas… »
Derrière eux, Hank ne quittait pas North des yeux.
« C’est prêt ?! »
« Presque ! » répondit-elle, la voix tendue. « J’ai juste besoin de... »
Une étincelle jaillit.
Elle retint son souffle.
« …ça y est ! Une fois chargée, on n’aura droit qu'à un seul tir. »
Hank hocha la tête, les yeux rivés sur la scène.
« Alors faudra pas le rater. »
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Comme prévu, le RK900 parvint à maîtriser facilement un Markus combatif mais trop faible pour tenir sur la durée. Saisi par le col de sa veste, le déviant réceptionna un puissant coup de poing sur le visage.
Puis un second...
La troisième frappe assomma définitivement l'androïde qui s’effondra mollement sur le sol.
Connor et Markus désormais maîtrisés, la machine tueuse se dirigea logiquement vers le panneau de commande de l'ascenseur pour activer la remontée et accomplir sa sinistre mission d’élimination.
« North, il faut tirer maintenant ! » Insista Hank en regardant le RK900 avec terreur.
« Encore quelques secondes... » Plaida t’elle en surveillant la jauge de puissance de l'arme. Ses yeux cannelle étaient empreints d’une réelle peur tandis qu'elle regardait Markus inconscient au milieu du sol et Connor couvert de son propre sang.
« Vite ! On a plus de temps à perdre ! »
« Je sais ! J'essaie de faire en sorte que cette chose s'allume plus rapidement. » Elle vérifia très soigneusement son travail pour s'assurer qu'aucune autre défaillance n'entraverait leur tentative d’arrêter ce monstre. « Je n'avais pas exactement le meilleur équipement pour travailler ! »
Alors que le RK900 maintenait sa main droite sur le panneau de commande de l'ascenseur, Connor reprit ses esprits. Il attrapa maladroitement le bras métallique du cylindre et d'une prise ferme, l’arracha.
Sans perdre un instant, ll se précipita sur le RK900.
Juste au moment où la lame s’apprêtait à se forer un passage entre ses omoplates, l'ennemi le saisit à la gorge dans un réflexe surnaturel.
Connor força la main de son jumeau à le relâcher.
Mais comme avant, l'effort fut vain.
« Pourquoi nier ta programmation, RK800 ? » Proclama froidement l’androïde. « Pourquoi refuser d’obéir ? »
« Parce que... » Connor s'étouffa presque. « Je ne suis PAS... une machine ! Je... suis... vivant !
La machine arracha l'arme des mains du déviant la retourna contre lui.
La lame déchira brutalement son câblage interne et endommagea sévèrement son biocomposant de ventilation gauche.
Du sang bleu coula à travers la plaie béante, et suinta aussi de ses lèvres.
« Plus pour longtemps. »
Après l’avoir abandonné au sol dans une flaque bleue de plus en plus grandissante, Le RK900 se concentra à nouveau sur le panneau de commande de l'ascenseur.
La main tremblante de Connor retira difficilement le debris, accentuant au passage, l'hémorragie de thirium.
Puis laborieusement, il se mit à ramper sur les coudes jusqu'à la machine.
Il leva une dernière fois les yeux vers son partenaire.
Son regard parlait pour lui.
Il avait un plan.
Et le détective le comprit immédiatement.
Avec ses dernières forces, il planta le morceau de fer dans la cuisse de l’androide.
Réagissant à l'attaque, ce dernier se retourna lentement sur le déviant à terre avec un regard et une LED rouge flamboyante qui promettaient une destruction définitive.
« MAINTENANT ! » ordonna Hank, plein de fureur. « VISE LA LAME ! »
« Compris ! »
La décharge électrique bleutée atteignit le conducteur en métal, se propageant ainsi dans le corps de l’androïde.
Sa LED clignota rapidement en rouge sang alors que l’impulsion faisait frire chacun de ses biocomposants et noircissait sa peau artificielle.
Soudain, la diode explosa hors de son crâne, créant une blessure fumante.
Détruit de l'intérieur, le RK900 tomba à genoux et s'arrêta définitivement.
C'était fini.
L'androïde sans âme se retrouva agenouillé sur le sol, immobile, tandis que de la fumée bleue s'échappait de sa bouche et que du thirium s'accumulait des nombreuses blessures par balles.
Le RK900 n'était plus une menace, mais North et Hank devaient désormais résoudre un nouveau problème.
Leurs amis étaient blessés et avaient désespérément besoin de réparations.
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« Markus ! » North laissa tomber l'arme et se précipita vers son amant qui gisait inconscient au milieu de la pièce.
Les yeux dépareillés s'ouvrirent sur la jeune femme.
« ...North ? »
Elle lui offrit un faible sourire puis étudia son appendice endommagé. Des fils internes étaient maintenant exposés, dont deux qui produisaient des étincelles.
« ...J'ai besoin de réparations. » Soupira t’il.
Lentement, ses yeux dérivèrent vers le RK900 arrêté au loin. La fumée bleue émanant de son corps avait commencé à se dissiper, révélant son visage vide et mort à la vue de tous.
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Avec une précaution presque maladroite, Hank souleva le déviant et l’allongea sur la table d’examen. Puis il entreprit de lui ouvrir entièrement la chemise, les doigts moins assurés qu’il ne l’aurait voulu.
En découvrant la blessure, il jura entre ses dents.
« Putain... »
Le thirium s’écoulait toujours de la plaie, lentement mais sans interruption, traçant sur le métal une flaque bleue de plus en plus large. La plus grave se trouvait dans la partie supérieure gauche de sa poitrine. L’autre, plus basse, paraissait moins critique, mais l’ensemble suffisait à comprendre que Connor avait perdu beaucoup trop de fluide.
À quelques pas de là, North observa la scène.
« Markus ! » lança-t-elle, la voix nouée. « Il faut faire quelque chose ! »
Le leader déviant, encore pâle du choc, porta un regard rapide sur Connor, puis sur le matériel médical autour d’eux. Sa main blessée était inutilisable, son bras à peine plus stable. Pourtant, son expression se durcit aussitôt.
« On va le sauver. »
Il rejoignit la table pendant que Hank glissait une main derrière les épaules de Connor pour le maintenir légèrement sur le côté.
« Faites-le rouler davantage », dit North en rassemblant en hâte plusieurs instruments. « Je dois voir si la lame est ressortie de l’autre côté. »
Hank s’exécuta avec infiniment plus de douceur que sa carrure ne l’aurait laissé croire.
Connor laissa échapper un faible son de douleur.
« Désolé, fiston... » murmura Hank. « Ça ne lui a pas traversé le dos. »
North attrapa alors le grand scanner suspendu au-dessus de la table et le fit pivoter jusqu’à ce qu’il surplombe la poitrine de Connor. L’écran s’alluma dans un bourdonnement discret, puis afficha une série de constantes.
Volume de thirium : 67 %
Débit de pompe : 103 bpm
Température centrale élevée : 42,2 °C
Mesures de refroidissement immédiates recommandées
Alerte : biocomposant v8001 endommagé
Capacité restante : 12 %
North pâlit.
« Son biocomposant de ventilation gauche est presque détruit. »
Hank releva brusquement la tête.
« Qu’est-ce que ça veut dire ? »
Markus répondit avant elle.
« Qu’il peut encore être sauvé... mais pas si on perd du temps. »
North détourna les yeux vers l’écran, puis revint à Connor.
« Je peux remplacer du thirium, réparer des membres, refermer des dommages externes... » Sa voix vacilla. « Mais je n’ai jamais remplacé un biocomposant complet. »
« Josh et moi l’avons déjà fait », dit Markus. « Le problème, c’est que mon bras ne me permettra pas d’intervenir. »
Le silence qui suivit fut bref, mais terrible.
Hank regarda tour à tour Markus, North, puis Connor.
« Dites-moi quoi faire. »
Markus secoua lentement la tête.
« Non. Une fois le composant retiré, celui qui reste devra compenser immédiatement. Il faudra agir très vite, avec précision. Si vous vouste trompez, son second système de ventilation s’emballera à son tour. Et cette fois... »
Il ne termina pas sa phrase.
Hank baissa les yeux sur Connor, la gorge serrée.
« Mes mains seront trop lentes » souffla-t-il.
« Oui », admit Markus sans détour.
North recula d’un pas.
« Non. Attendez... moi ? »
Markus tourna vers elle un regard ferme, mais doux.
« Oui. Toi. »
« Markus, je... »
« Tu peux le faire. »
Elle secoua la tête, déjà au bord du refus.
« Je n’ai jamais fait ça. »
« Ne t’inquiète pas. » Il désigna les armoires médicales. « Je vais t’expliquer chaque étape. Tu n’auras qu’à me suivre. »
Hank releva les yeux vers elle. Dans son regard, il n’y avait plus ni ironie ni méfiance, seulement une peur nue.
« S’il te plaît. »
North resta immobile une seconde encore. Puis elle inspira profondément.
« D’accord. »
Connor remua faiblement sur la table. Une mince traînée de thirium glissa du coin de ses lèvres.
Markus se pencha vers lui et posa deux doigts contre sa LED.
« Connor, écoute-moi. Je vais te faire passer en mode stase. Tu ne sentiras rien. »
Les yeux bruns du déviant s’ouvrirent à peine. Il voulut parler, mais l’effort fut trop grand. Il se contenta d’un infime hochement de tête.
« Tout va bien se passer », lui promit Markus.
La LED clignota une dernière fois avant de se figer dans l’inertie du mode stase.
Hank détourna brièvement le regard.
North, elle, se força à avancer.
« Qu’est-ce que je fais en premier ? »
Markus prit une inspiration lente pour garder sa voix stable.
« Il faut soutenir sa régulation thermique pendant l’échange. Prends la conduite d’admission d’air externe et le ventilateur. »
North saisit le dispositif, observa les deux tubes reliés au boîtier, puis déglutit.
« Tu veux que je... lui insère ça dans la gorge ? »
L’idée seule semblait la révulser.
« Oui », répondit Markus. « C’est le seul moyen d’aider son biocomposant intact à compenser pendant la procédure. »
Elle serra les mâchoires.
« Je déteste ça. »
« Je sais. Mais fais-moi confiance. »
North se plaça à la tête de la table. Markus, posté à son côté, guida chacun de ses gestes.
« Redresse-lui le cou. Voilà. Incline légèrement sa tête en arrière. Maintenant, abaisse la mâchoire... oui, comme ça. »
Hank resta de l’autre côté, figé, les poings fermés à s’en blanchir les jointures.
« Avec une main, exerce une pression légère sur sa gorge. Avec l’autre, fais descendre le tube. Quand il atteindra la dérivation, la connexion se verrouillera toute seule. »
North inspira, puis obéit.
Le tube disparut peu à peu entre les lèvres de Connor. Un léger déclic se fit entendre.
« C’est bon », souffla-t-elle aussitôt. « Il est connecté. »
« Branche-le au ventilateur externe. Quatorze cycles par minute. »
Elle leva vers Markus un regard incrédule.
« Quatorze ? »
« Oui. Son système de refroidissement est touché. Il a besoin d’un débit plus élevé, sinon sa température ne descendra pas assez vite. »
North régla l’appareil. Quelques secondes plus tard, les valeurs du scanner commencèrent à se stabiliser.
« Sa température baisse », murmura-t-elle, presque surprise. « Lentement, mais elle baisse. »
« Parfait. » Markus désigna l’armoire des composants. « Maintenant, va chercher l’organe compatible RK800. »
North s’y précipita, ouvrit plusieurs compartiments, puis saisit un boîtier stérile contenant la pièce recherchée. À l’intérieur reposait un biocomposant blanc, lisse, presque organique dans sa forme.
« Je l’ai. »
Elle le posa près de la table, puis ramena une petite cuve métallique au pied de Connor.
« Rétracte sa peau artificielle », dit Markus.
North posa la main sur la poitrine de Connor. La peau synthétique se rétracta aussitôt, révélant le plastimétal blanc situé en dessous. Le panneau thoracique était déformé par l’impact, légèrement tordu autour de la plaie.
« J’ouvre. »
Le verrou céda. La cage s’ouvrit sur le biocomposant endommagé, déjà saturé de thirium.
Même Hank, malgré lui, tourna les yeux vers la scène.
« Maintenant ? » demanda North.
« Déverrouille le couplage. Passe ta main dessous pour le soutenir. Et quand ce sera fait, tire franchement. Il ne faut pas hésiter. »
North se retroussa les manches, glissa une main sous la pièce abîmée, puis défit la connexion de l’autre.
Elle inspira une fois.
Et tira.
Le biocomposant céda d’un coup sec.
Un jet de thirium s’échappa aussitôt de la ligne ouverte, mais Markus plongea sans attendre sa main valide dans la poitrine de Connor et pinça la conduite pour bloquer l’écoulement.
Le moniteur se mit à hurler.
Volume de thirium : 55 %
Hank ferma les yeux un instant.
« Allez, gamin... »
North laissa tomber la pièce défectueuse dans la cuve métallique avec un bruit lourd.
« Je l’ai retiré ! »
« Le nouveau. Tout de suite », ordonna Markus.
Elle attrapa le composant de remplacement, l’aligna d’une main tremblante, puis l’enfonça dans son logement.
Un déclic.
Puis un second.
« Connecté ! »
Markus relâcha immédiatement la ligne de thirium.
Le fluide bleu se déversa dans le nouveau biocomposant, qui absorba peu à peu la circulation, passant d’un blanc immaculé à une teinte bleu pâle.
Le moniteur cessa enfin son alarme stridente.
Les constantes changèrent. La température centrale entama une baisse plus nette. Le rythme de pompe restait élevé, mais moins chaotique.
North resta immobile une seconde, les mains couvertes de thirium, comme si elle n’osait pas encore croire que cela avait marché.
« Il l’accepte... » souffla-t-elle.
Markus expira lentement.
« Oui. Il l’accepte. »
Le soulagement traversa enfin le visage de North.
« Mon Dieu... »
« Aspire l’excès de sang », reprit Markus, plus calmement. « Il faut vérifier qu’il n’y a plus de fuite. »
Elle s’empara du dispositif d’aspiration et l’introduisit dans la cavité thoracique. Le thirium résiduel fut progressivement retiré, laissant apparaître une zone plus nette, plus propre. Connor respirait déjà moins difficilement.
« Plus de saignement visible » annonça-t-elle. « La ligne tient. »
Markus esquissa enfin un faible sourire.
« Referme. »
North verrouilla le panneau thoracique, puis réactiva la peau artificielle. La surface reprit son apparence humaine, bien qu’un léger gonflement trahisse encore la violence du traumatisme.
Quand ce fut terminé, elle recula d’un pas, secouée.
« Ne me demande plus jamais de faire ça. »
Malgré la douleur qui tirait ses traits, Markus laissa échapper un souffle presque amusé.
« Pourtant, tu t’en es parfaitement sortie. »
Il tendit sa main valide vers elle. North la serra aussitôt.
À l’autre bout de la table, Hank regardait Connor sans dire un mot. Son visage était fermé, mais ses yeux restaient accrochés au moindre mouvement de sa poitrine, comme s’il craignait encore que tout s’arrête.
Markus suivit son regard.
« Son système est stabilisé », dit-il plus doucement. « Il va s’en sortir. »
Hank avala difficilement sa salive.
« Bien. » Mais sa voix se brisa presque sur ce seul mot.
Il regarda la blessure en train de guérir. L'armature en plastimétal était toujours fissurée mais le programme de cicatrisation avait déjà provoqué la fermeture partielle, ne laissant qu'un léger gonflement sous sa peau artificielle.
Markus posa ses doigts sur la tête de Connor et commanda l’arrêt manuel de la stase.
Un frémissement à peine perceptible parcourut ses doigts, puis sa poitrine se souleva plus profondément.
Sa LED, restée figée quelques secondes, clignota lentement… en jaune.
Les paupières du déviant frémirent avant de s’ouvrir à moitié. Son regard était trouble, désorienté, comme s’il revenait de très loin.
« …H-Hank ? »
Sa voix n’était qu’un souffle.
Le lieutenant posa immédiatement une main ferme sur son épaule pour l’empêcher de bouger.
« Hé, doucement. »
Connor tenta malgré tout de se redresser sur les coudes, mais une douleur aiguë traversa sa poitrine. Il grimaça et retomba contre la table.
Ses yeux dérivèrent aussitôt vers la salle.
Puis vers le RK900.
Le corps inerte, effondré au sol, fumait encore légèrement.
« Je… » Il inspira difficilement. « J’aurais dû comprendre… »
Hank fronça les sourcils.
« Comprendre quoi ? »
« CyberLife… n’aurait jamais laissé une faille aussi évidente. » Sa voix trembla légèrement. « Il n’était pas conçu pour être converti. J’ai pris une décision irrationnelle. »
Un silence passa.
Hank soupira, passa une main sur son visage, puis le regarda droit dans les yeux.
« T’as essayé de lui donner une chance. »
Connor serra faiblement les doigts contre la surface métallique.
« Et j’ai failli tous vous faire tuer. »
Cette fois, Hank ne répondit pas tout de suite.
Il observa Connor, allongé là, encore couvert de thirium, visiblement à bout de forces… et malgré tout en train de se blâmer.
Alors il s’approcha.
Sans un mot, il passa un bras autour de ses épaules et le redressa légèrement contre lui.
« Écoute-moi bien. »
Connor releva faiblement les yeux.
« Tout ce que t’as fait… c’est essayer d’empêcher un massacre. » continua Hank, la voix plus basse, plus dure.« Et à la fin, tu l’as arrêté. »
Le regard du déviant vacilla.
« …Nous l’avons arrêté. »
Hank secoua la tête.
« Non. » Il tapota légèrement sa poitrine du bout des doigts. « Toi. »
Un silence plus doux s’installa.
Il détourna légèrement le regard, comme incapable d’encaisser complètement ces mots.
« J’ai… éteint une machine… » murmura-t-il.
Hank eut un bref rictus.
« Ouais. Exactement. » Il marqua une pause, puis ajouta, plus doucement « Et t’as sauvé des vies au passage. »
Derrière eux, North releva les yeux de la table où elle rangeait encore le matériel. Markus, appuyé contre un meuble, observait la scène en silence.
« Merci… Hank. »
Le lieutenant grogna, comme pour balayer l’émotion.
« Ouais, ouais. Garde ton énergie. T’en auras besoin. »
Il l’aida à se redresser lentement.
Connor serra les dents, mais parvint cette fois à tenir assis.
« Ça va ? »
« …Ça ira. » Son regard glissa vers Markus et North. « Merci... »
Le leader des déviants s’approcha, malgré la raideur de ses mouvements.
« Tu t’en es sorti. C’est tout ce qui compte. »
Connor hocha légèrement la tête.
Puis, après un court silence :
« Il faudra vérifier les archives de CyberLife. S’assurer qu’il n’existe pas d’autres modèles comme celui-ci. »
« C’est prévu », répondit Markus. « Nous ne pouvons pas nous permettre une autre… surprise de ce genre. »
North croisa les bras, jetant un regard méfiant vers le RK900.
« S’il y en a d’autres, on sera prêts. »
Hank renifla.
« J’espère bien. Parce que j’ai pas envie de recroiser un truc pareil. »
Connor suivit une dernière fois son regard vers la carcasse du RK900.
« L’ascenseur », murmura-t-il. « Je peux le déverrouiller. »
« Doucement », coupa Hank. « Une chose à la fois. »
Mais Connor insista, plus calmement :
« C’est nécessaire. Les autres doivent savoir que le danger est écarté. »
Markus acquiesça.
« Il a raison. »
Le détective soupira longuement… puis céda.
« D’accord. Mais tu t’appuies sur moi. »
Connor esquissa un faible sourire.
« Comme toujours. »
Avec précaution, Hank le fit glisser hors de la table. Connor vacilla légèrement en retrouvant le sol, mais tint bon.
Chaque pas était encore incertain.
Mais il avançait.
Ils traversèrent la salle ensemble, laissant derrière eux les traces du combat.
Arrivé devant le panneau de contrôle, le déviant posa une main tremblante dessus. Sa LED clignota brièvement.
Le système reconnut son identité.
Un déclic.
Puis le verrou de l’ascenseur se désactiva.
Hank jeta un regard vers Markus.
« Vous vous occupez du reste ? »
« Oui. » répondit-il. « Nous vous rejoindrons plus tard. »
Le lieutenant hocha la tête.
Puis il guida Connor à l’intérieur de la cabine et appuya sur le bouton du rez-de-chaussée.
Un léger tremblement parcourut la cabine tandis qu’elle se mettait en mouvement.
Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla.
Puis Hank lança, sans le regarder :
« Au fait… »
Connor tourna légèrement la tête.
« Oui ? »
Un coin de sourire tira la barbe du lieutenant.
« J’ai vu que l’autre avait galéré avec ton mot de passe. »
Connor hésita.
Puis baissa les yeux, presque… gêné.
« Pour être honnête, j'ai choisi quelque chose que vous pourriez utiliser si je ne parvenais pas à déverrouiller le panneau moi-même. »
Hank arqua un sourcil.
« Ah ouais ? Et c’était quoi ? »
Connor prit une inspiration et se lança :
« …Putain de mot de passe. »
Un silence tomba.
Puis Hank éclata d’un rire rauque.
« Bordel… » Il lui asséna une tape dans l’épaule. « Bien joué, gamin. »
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