JE SUIS VIVANT

Chapitre 6 : Acharné

4431 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 18/10/2023 18:56

Acharné




Les heures de travail s’étaient accumulées depuis la fin de la révolution, obligeant les seuls éléments humains présents au DPD à supporter la charge usante aussi bien mentalement que physiquement. Il était clair que la crise d’effectif au sein du département de police mettait en péril la sécurité de Détroit.


Par conséquent, le respecté Capitaine Jeffrey Fowler prit la décision de réintégrer les androïdes au sein de son département de police.


Désormais devenus des déviants, ils revendiquaient légitiment les mêmes droits que les humains et Fowler comprit que pour les faire revenir, il devait accéder à leur requête et leur accorder une juste rémunération pour leur travail.


Une décision d’abord critiquée, mais ensuite validée par le Maire Gary Johnson.


Dépassé par la situation, ce dernier n’avait eu d’autres choix que de fournir le financement demandé afin de garder sa ville sous contrôle.


En deux semaines, le DPD se retrouva à nouveau pleinement opérationnel.


Les humains s’adaptèrent assez facilement au retour de leurs collègues artificiels, ravis de pouvoir à nouveau déléguer le travail avec eux.


Si on excluait Gavin Reed.


L’officier anti androïdes, réputé pour être un coéquipier exécrable, n’avait pas trainé pour faire part de son désaccord face au retour de ces déchets en plastique, comme il aimait tant les appeler.


Remis à sa place par son supérieur, il fut contraint de se plier à la situation, faute de quoi, il était invité à rendre son insigne et son arme.


N’étant pas prêt à quitter son travail, Il accepta, à contrecœur, d’endurer l’humiliation de se retrouver à quelques mètres de la foutue machine qui l’avait amoché dans la salle des preuves.


Les regards agressifs lancés à son encontre renforçaient sa rancœur tenace.


----


Connor fixait avec une concentration extrême l'écran de son terminal.


Pendant que l’androïde dansait anxieusement sa pièce sur les jointures de sa main droite, Hank mangeait son donut au chocolat tout en le regardant avec une inquiétude tacite.


Le Lieutenant savait que le déviant pouvait être obsédé par de petits détails et mettre de côté ses propres besoins jusqu'à ce que son travail soit accompli, et cette vilaine habitude devait cesser, surtout qu’il sortait tout juste de sa convalescence.


 « Connor, fais une pause. » Ordonna-t-il. « Je te couvrirai. »


« Je vais bien. »


« Tu es assis là depuis près de sept heures. Tu n’as pas bougé d’un putain de centimètre. » Le ton ferme de la voix de Hank contenait de l'autorité mais pas d'agressivité. « Lève-toi. Fais le tour du pâté de maison. Puis reviens. »


« Non, je ferai mieux… »


« Je sais que tu préfères continuer à travailler, mais tu dois prendre une minute pour te vider l'esprit. Vas-y ! » Avec réflexe, Hank attrapa la pièce en l’air. « Dix minutes. »


« Mais je… »

 

« Dehors ! »


La LED du déviant passa du bleu au jaune avec irritation, mais il obéit à l'ordre et se leva de son bureau à contrecœur. 


Rarement du genre à montrer un quelconque agacement envers ses collègues officiers, sans parler de Hank lui-même, l’énervement de Connor était évident pour tous ceux qui le voyaient traverser le commissariat.


« Oh, regardez-moi ça… » Gavin tapa doucement dans ses mains à son passage devant son bureau. « Le prodige qui découvre le concept de pause. J’en ai presque la larme à l’œil. »


Le déviant ignora la remarque et poursuivit sa route.


« Tu sais ce qui est pathétique ? » Héla plus fort l’officier. « Même sans programmation… t’arrives pas à faire autre chose que bosser. »


Hank se pencha en arrière sur sa chaise et poussa un long soupir.


Comment expliquer à quelqu’un initialement programmé pour réussir à tout prix qu'il était normal de faire des erreurs et de NE PAS être parfait ? Très peu d'humains comprenaient déjà cette réalité, alors un androïde…


Reprenant son travail sur l'écran de son propre terminal, le policier nota l'heure sur la petite horloge numérique et commença à compter à voix haute les dernières secondes. 


« Cinq... quatre... trois... deux... »


Connor retourna anxieusement à sa place et se rassit derrière son bureau pour reprendre son enquête.


« ...Un. »


Sans surprise, le déviant entendit son partenaire et son front se plissa de confusion.


« Un ? Un quoi ? »


« Rien. » L'homme écarta facilement la question en éclaircissant sa gorge. « tu te sens mieux ? »


« Non. Je ressens la même chose. J’ai juste perdu dix minutes et huit secondes dans mon enquête. »


« J’aurais essayé… » Soupira le flic en haussant des épaules.

 

 --------


Six heures encore longues et sans incident s'écoulèrent avant la fin de service des deux détectives, et Connor n'avait pas réussi à faire de progrès notable dans son affaire. 


Hank, déjà habillé de son manteau, vint se poster à côté du bureau de son partenaire tout en regardant l’heure sur son téléphone.


« D'accord, ça suffit. On rentre. »


Il tendit la main vers l'écran et l’éteignit.


« Mais je n'ai pas… »


« J’ai dit : ON RENTRE ! »


Connor essaya d'atteindre le bouton d'alimentation de l’écran, mais Hank retint immédiatement sa main.


Comme une forme de rébellion obstinée, il insista en rallumant à distance le terminal.


« Putain, mais tu te fous de moi là ! » Le lieutenant tira fermement sur la prise pour l'éteindre définitivement cette fois. « Je t’ai dit de rentrer, bon sang ! »


Connor se leva de sa chaise, plus agacé contre lui-même que contre Hank à ce moment-là.


« Avance ! »


Le déviant se détourna de son bureau et traversa à nouveau l'enceinte avec le détective juste derrière lui.


« J'aurais dû résoudre cette affaire dans la première heure. » Déplora t'il en ouvrant rageusement la portière de la voiture. « Je ne comprends pas pourquoi je n’y arrive pas. »


« Détends-toi, gamin. » Le lieutenant s’installa derrière le volant. « Tu te souviens du temps qu'il nous a fallu pour résoudre l'affaire des déviants lorsque nous avons commencé à travailler ensemble ? »


« Oui. J'ai une mémoire eidétique. »


« Ce que je veux dire, c’est que tu dois y aller doucement. »


« …Et si je ne peux pas ? »


« Et si tu ne peux pas faire quoi ? Résoudre l'affaire ? »


« Oui. »


« Alors tu travailles sur une autre ou tu t’occupes autrement. » Hank sentit qu'il y avait quelque chose de plus qu'une simple affaire non résolue qui pesait sur les pensées de Connor. « D'où te vient cette idée ? »


« C'est juste que... rien. Laissez tomber… »


« Non, ce n'est pas rien. Dis-moi ! » Au ralenti à un feu rouge, le policier attendit que le déviant s'ouvre un peu. « Je ne porterai pas de jugement, tu le sais. »


Soupirant doucement, Connor répondit à la question avec une voix sombre qui reflétait parfaitement son humeur. 


« Parfois, j'ai l'impression que ma déviance entrave ma capacité à fonctionner en tant que détective. »


« Et depuis quand ? » Hank faillit rire à cette révélation.


« Je ne sais pas. Je ne peux pas l'expliquer. C'est juste un sentiment très troublant que j'éprouve. » Connor soupira lourdement. « Depuis que j'ai dévié et rompu ma connexion avec CyberLife, j'ai perdu ma capacité à préconstruire et à m'adapter aussi rapidement que lorsque j'étais encore une machine. Je suis progressivement devenu plus… lent. »


« N’importe quoi. Tous les policiers de cette ville ont été confrontés au moins une fois à une affaire insoluble. Cela arrive tout le temps. Ce n'est pas si grave. »


« Ça vous est déjà arrivé ? »


« Surtout à moi ! » Concentré sur la route, Hank confia à Connor sa sagesse inestimable. « As-tu une idée du temps qu'il m'a fallu pour faire tomber cet énorme réseau de RED ICE ? Du nombre d'heures de sommeil que j'ai perdues parce que je n'arrivais pas à me sortir cette foutue affaire de la tête ? »


Il alluma la radio et une chanson de métal classique du début des années 2000 commença à retentir dans les haut-parleurs. 


« Ne fais pas la même erreur que moi, Connor. Apprends à lâcher prise. »


Regardant avec un sentiment de perte par sa fenêtre latérale, le déviant décida toutefois de ne pas suivre les conseils de Hank.


Il était décidé à réussir.


À la seconde où ce dernier sera couché, il se replongera dans son dossier.


---------


Assis à son bureau, dans une pose sculpturale, Connor travailla toute la journée suivante jusqu’à tard dans la nuit, déterminé à localiser le criminel qui avait échappé à la loi depuis près de quatre mois. 


Soudain, l’indication d’un appel entrant apparut dans son champ visuel, détournant un instant son attention du terminal.


Sa LED jaune clignota rapidement en constatant que l'appelant était Hank lui-même.


« Lieutenant ? »


Connor, qu'est-ce que tu fous, bordel ? 


Il avait l'air aussi en colère qu’épuisé.


 Il est trois heures du matinOù es-tu ? 


« Je travaille. L'affaire concernant… »


Mais tu n’es pas possible ! Pourquoi diable tu es toujours là-bas ? Ton service est terminé depuis longtemps. Dépêche toi de rentrer !


« J'ai fait une percée, Hank. Je crois que je peux localiser l'emplacement du suspect. J'ai juste besoin d’une heure supplémentaire pour… »


Tu me fatigues ! Dès que tu auras compris où se cache ce connard, laisse Reed ou Miller, ou n'importe qui d’autre de l'équipe de nuit s'en occuper. Compris ?


« Compris. Bonne nuit, Hank. »


Connor, tu as intérêt à... 


L'appel téléphonique se termina aussi brusquement qu'il avait commencé.


Le déviant reprit son travail.


Tandis qu'il regardait l'écran du terminal, un avertissement rouge traversa ses processeurs visuels, le distrayant temporairement.


AVERTISSEMENT:


Niveau de puissance - Moyen : 55%


Activation du mode repos dans : 01:29:57


Reporter le mode repos : [O/N ?]


Il cligna des yeux pour écarter l'avertissement et reporter le mode repos. 


Il n’avait pas besoin de se reposer. Du moins, il essayait de s’en convaincre. Depuis sa déviance, il n'avait plus de connexion perpétuelle avec CyberLife, ou avec qui que ce soit d'autre, pour le garder en bonne santé ou lui dire quoi faire.


Sa propre santé relevait désormais de sa responsabilité personnelle.

 

Le soleil commença à se lever sur la ville. 


Connor n'avait pas quitté son bureau, motivé à poursuivre sa tentative de localisation du suspect, et il n'avait pas non plus obéi à son système qui lui recommandait de passer en mode repos pour restaurer sa puissance en déclin constant.


Petit à petit, l'équipe de jour pointa son service tandis que celle de nuit rentrait chez elle. 


Gavin arriva à son tour et ralentit un peu en passant devant l’androïde.


Son regard glissa sur la LED rouge clignotante, les mouvements légèrement décalés.


« …T’as une sale gueule, pour une machine. »


---


« Connor ! » Grogna à son tour Hank en agrippant fermement son épaule gauche. Ce geste fut suffisamment efficace pour attirer toute son attention. « Je pensais t'avoir dit de rentrer à la maison ! »


« Vous avez demandé que je rentre après avoir localisé le suspect. » Défendit logiquement le déviant têtu. 


Hank s'éloigna pour s'asseoir derrière son bureau avec un soupir agacé.


« Je ne peux pas dire si tu es sérieux ou sarcastique. »


« En fait, je suis sérieux. Je m'excuse si mon comportement a prêté à confusion. »


« Combien de temps es-tu resté actif ? »


« Quarante neuf heures, trente-trois minutes et neuf secondes. »


« Et à quand remonte ta dernière pause ? » 


« J'ai pris ma pause obligatoire d'une heure, en même temps que vous.»


« Connor ? »


« Oui ? »


« C'était hier après-midi à quatorze heures. Il est maintenant neuf heures du matin ! »


Il hocha la tête en comprenant enfin le grief de son partenaire.


« Hank, ce suspect a agressé trois personnes avec une arme à feu. Il doit être appréhendé. »


« Je suis d'accord. » Le policier baissa la voix pour paraître plus empathique. « Mais tu ne feras de bien à personne si tu travailles jusqu'à l’épuisement. »


« Mais je… »


« Ne me sors pas tes conneries sur le fait que les androïdes ont plus d'endurance que les humains ou qu’ils sont capables de fonctionner avec une faible puissance, ça je le sais déjà. » Hank glissa un peu plus d’autorité dans sa voix. « Tu ne réponds peut-être plus à ces connards de CyberLife, mais tu réponds de moi ou de Fowler, et nous ne nous attendons pas à ce que tu travailles plus dur que n'importe quel autre flic de ce commissariat simplement parce que tu es un putain d'androïde ! »


Connor écouta patiemment Hank en notant que ses systèmes commençaient à désactiver automatiquement ses fonctions non vitales afin de préserver le peu d'énergie.. 


Sa ventilation était désormais à la moitié de sa capacité, et ses relais cybernétiques ne fonctionnaient plus qu'à cinquante pour cent de portée.


« Je passerai en mode repos dès que… »


Une mise à jour apparut soudain sur l'écran du terminal de Connor, ce qui attira son attention et celle de Hank. 


« Mon analyse des caméras de la ville a enfin donné un résultat. Le suspect a été localisé. J'ai téléchargé l'adresse. »


« Ouais. Et bien, va le dire à… »


Hank regarda son coéquipier l’ignorer et se précipiter vers les portes d'entrée du commissariat. 


Un déviant en mission était difficile à arrêter et Hank le savait par expérience personnelle. 


Il sauta de sa propre chaise et poursuivit son ambitieux partenaire.


« Nous devons nous dépêcher si nous voulons attraper le suspect avant qu'il ne disparaisse à nouveau. »


« Merde, Connor. Mais ralentis le rythme bon sang ! » Jura Hank en s'installant sur le siège conducteur.  « Quelle direction ? »


Le déviant téléchargea cybernétiquement l'adresse du dernier emplacement connu du suspect dans le GPS fixé sur le tableau de bord.


En se connectant à l'appareil, sa LED cycla très rapidement en jaune.


Son système avait de plus en plus de mal à fonctionner correctement avec la baisse d’énergie.


« Dès que ce connard sera menotté, tu rentres te reposer, compris ? »


« Oui. Une fois que le suspect sera appréhendé. »


Pendant le trajet, un nouvel avertissement apparut dans les processeurs visuels de Connor, faisant passer sa LED du jaune au rouge alors qu'il tentait activement d'ignorer le message d’alerte. 

 

AVERTISSEMENT :


Niveau de puissance critiquement bas : 10 %


Activation du mode repos dans : 00:27:09


Reporter le mode repos : [O/N ?]

 

Connor ferma ses yeux et força sa programmation à contourner, une fois de plus, le protocole obligatoire. 


Cybernétiquement, Il nota la perte de sa respiration artificielle. Désormais, son système n’était plus refroidit.


Il se donnait environ dix minutes avant de passer en mode repos forcé.


-----


La voiture s’arrêta brusquement devant un complexe d’appartements.


Le choc léger du freinage força les paupières de Connor à se soulever.


Sa vision mit une fraction de seconde de trop à se stabiliser, comme si le monde peinait à se remettre en place autour de lui.


Hank était déjà dehors.


« Je prends l’ascenseur. Toi, les escaliers. On le coince. »


« …Compris. »


Le mot mit un instant à sortir.


Connor claqua la portière et s’élança.


Le fait de monter les marches se révéla plus fatigant que prévu. Avec son système fonctionnant en mode faible consommation et son programme de ventilation désactivé, l’effort physique épuisa rapidement sa puissance.


Ses mouvements restaient précis, parfaitement exécutés, mais un décalage s’était insinué.


Infime. Presque imperceptible. Comme si chaque commande mettait trop de temps à atteindre ses membres.


Il continua.


Une marche. Puis une autre.


Sa vision vacilla brièvement, une pulsation rouge traversa son champ visuel avant de disparaître.


Le couloir du deuxième étage s’étira devant lui, anormalement long.


Trop long.


Hank se tenait déjà devant la porte.


Il lui fit signe puis frappa à l'entrée avec deux coups secs. 


« Police de Détroit, ouvrez ! »


Le bruit frénétique de quelqu'un courant dans le petit appartement l’amena à reculer sagement de la porte et à appuyer son dos contre le mur.


Le suspect jaillit et Connor réagit.


Ou du moins... essaya.


Le calcul de trajectoire prit une microseconde de trop.


Mais ce fut suffisant.


Il intercepta l’homme de plein fouet, ses mains se refermant sur ses bras avec une précision mécanique encore intacte.


« Vous êtes en état d’arrestation ! »


« LÂCHE-MOI, SALE MACHINE ! »


Le suspect se débattit si violemment que la prise du déviant vacilla.


AVERTISSEMENT :


Niveau de puissance critiquement bas : 04 %


Activation du mode repos : - ERREUR


Température centrale élevée : 40.2 degrés


Mode repos - DÉSACTIVÉ


Activation du mode repos d'urgence dans : 00:00:47


Hank surgit à côté d’eux, arme pointée.


« Ne bouge plus ! Si tu continues de résister, ça finira mal pour toi. »


Alors qu'il tenait toujours les bras du suspect, la vision de Connor recommença à clignoter.


Rouge. Noir. Rouge.


Après avoir effacé les avertissements hors de son champ de vision, il mit toutes ses forces restantes à coincer les bras du suspect derrière son dos pour le forcer à se coucher au sol.


De son côté, Hank sortit la radio dissimulée dans la poche de son manteau. 


« Suspect appréhendé. Demande de renforts. » Il tira une paire de menottes de l'arrière de sa ceinture et les passa autour des poignets.


Le déviant le lâcha enfin et se soutint au mur.


« Connor ? Ça va ? »


« O-Oui… » Marmonna t'il en essayant de résister au mode repos forcé. « Je... je vais bien. »


Chris et un nouvel officier, Tyler O'Riley, apparurent en haut de l'escalier avec leurs armes dégainées.


« Nous étions dans le quartier quand nous avons entendu votre appel, lieutenant. » Expliqua t’il en prenant en charge le suspect. « On s’en occupe. »


« Merci, Chris. Tous les documents concernant ce salaud sont sur le terminal de Connor. Prends-en soin, d'accord ? » 


« Bien sûr, pas de problème. » L’officier poussa le suspect pour l’obliger à avancer. « Allez, on y va mon pote ! »


Hank reporta son attention sur le déviant qui semblait être sur le point de s’effondrer.


Il claqua ses doigts devant son visage.


« Connor ? Tu es toujours avec moi ? »


AVERTISSEMENT :


Niveau de puissance critiquement bas : 02 %


Activation du mode repos : ERREUR


Température centrale élevée : 40.7 degrés


Mode repos DÉSACTIVÉ


Mode repos d'urgence INITIÉ


La LED rouge de l'androïde commença à clignoter de plus en plus lentement...


Puis le corps céda.


Sans réfléchir, Hank le rattrapa avant qu’il ne s’écrase au sol, jurant entre ses dents en encaissant son poids.


« Je te tiens… »


Il resserra sa prise, ajustant son bras sous ses jambes pour le soulever correctement.


« Putain, t’as vraiment décidé de griller aujourd’hui… »


Il se dirigea rapidement vers l’ascenseur, jetant un coup d’œil nerveux à la LED rouge qui pulsait faiblement.


Trop faiblement.


Chaque seconde comptait.


Une fois au rez-de-chaussée, Hank sortit du bâtiment d’un pas pressé, ignorant les regards des passants.


Il ouvrit la portière passager d’un geste brusque et installa Connor avec plus de précaution que le reste de ses mouvements ne le laissait penser.


Il attacha la ceinture, ses gestes plus rapides qu’à l’accoutumée, puis contourna la voiture pour s’installer au volant.


Le moteur rugit immédiatement.


Durant le trajet, ses doigts tapotèrent nerveusement le volant.


La LED.


Toujours rouge.


Toujours lente.


Trop lente.


« T’écoutes jamais rien… hein ? » marmonna-t-il, la mâchoire serrée.


Aucune réponse.


Évidemment.


‐------


Arrivé devant la maison, il sortit précipitamment du véhicule et ouvrit la portière côté passager.


Cette fois, il ne prit même pas le temps de soupirer.


Il passa le bras de Connor autour de ses épaules, puis le souleva entièrement, ajustant son poids contre lui.


« T’es vraiment pas léger pour quelqu’un qui bouffe pas… »


Le chien aboya en les voyant entrer, mais Hank l’ignora.


Il déposa Connor sur le canapé avec une précaution inattendue, prenant le temps de stabiliser sa tête avant de le relâcher.


Puis Il se dirigea vers l’armoire et en sortit une boîte CyberLife, qu’il ouvrit d’un geste sec.


Ses doigts se refermèrent sur une unité d’alimentation, pas plus grosse qu’un jeton.


Il revint rapidement vers le canapé, fixant brièvement le visage immobile du déviant.


« Allez… fonctionne… »


Le disque se fixa à la LED dans un léger clic et une lumière bleue s’alluma.


Hank retint presque son souffle.


Une minute passa.


Puis deux.


La lumière bleue pulsa doucement contre la tempe de Connor.


Ses doigts tressaillirent.


Un souffle brusque franchit ses lèvres alors que ses systèmes redémarraient dans un enchaînement désordonné.


Ses yeux s’ouvrirent d’un coup.


Sa vision mit un instant à se stabiliser.


Les contours du plafond vacillèrent, se recomposèrent lentement. Le bruit ambiant revint par fragments.


Le chien.


Le moteur du réfrigérateur.


Sa ventilation interne qui redémarra.


Connor inspira profondément, presque trop vite, comme s’il avait oublié comment le faire correctement.


Puis il se redressa brusquement.


« …Hank ? »


Sa voix était légèrement instable.


Le lieutenant, appuyé contre la table basse, releva la tête aussitôt.


« Doucement... » Il leva une main. « T’es pas encore en état de courir un marathon. »


Connor cligna plusieurs fois des yeux.


Sa LED passa du rouge au jaune, oscillant encore.


« Comment suis-je… »


Il s’interrompit.


Les souvenirs revinrent d’un bloc.


Le couloir.

Le suspect.

Les avertissements.


Sa main se porta instinctivement à sa tempe, effleurant le disque encore fixé à sa LED.


« …Je me suis effondré. »


« Bingo. » répondit Hank, sans humour.


Un silence s’installa.


Connor baissa légèrement le regard.


« Je suis désolé. »


Hank laissa échapper un souffle par le nez.


« Ouais. Moi aussi. »


Le déviant releva la tête, surpris.


« Parce que la prochaine fois que tu me fais un coup pareil… » Il le fixa, plus sérieux. « …je sais pas si j’arriverai à temps. »


Le poids des mots resta suspendu entre eux.


Connor détourna légèrement les yeux.


« Mon comportement était… irrationnel. »


« Non. Il était stupide. » corrigea-t-il.


« J’ai priorisé la résolution de l’affaire au détriment de ma propre intégrité fonctionnelle… et de votre sécurité. »


« Écoute-moi bien. » Son ton était ferme, mais plus bas. « J’en ai rien à foutre que tu sois un déviant. Sur le terrain… t’es mon partenaire. »


Connor releva les yeux vers lui.


« Et un partenaire qui tombe dans les pommes en pleine arrestation, ça met tout le monde en danger. »


La LED de l’androïde vacilla légèrement.


« Je... je comprends. »


Hank le fixa encore une seconde, comme pour s’assurer que ce n’était pas juste une réponse automatique.


Puis il soupira et s’assit sur le bord de la table.


« Tu sais ce que t’as fait, en vrai ? »


Connor pencha légèrement la tête.


« Tu t’es comporté exactement comme tous les flics trop cons que j’ai connus. »


Un léger froncement de sourcils apparut sur le visage du déviant.


« Obsession du résultat. Zéro limite. Et ça finit toujours pareil. » Il haussa vaguement une épaule. « Burn-out… ou pire. »


Connor resta silencieux.


Puis, plus doucement :


« Donc… devenir déviant n’a pas réduit mes capacités. »


Hank laissa échapper un bref rire sans joie.


« Si. »


Le regard de l’androïde se releva immédiatement.


« Ça t’a enlevé un truc. » Il le fixa durement. « Le fait de t’arrêter quand t’aurais dû. »


Le silence revint, plus lourd cette fois.


Connor assimila l’information.


« …Et c’est un défaut. »


« Non. » répondit Hank.


Il leva les yeux vers lui.


« C’est être vivant. »


Les mots frappèrent plus fort que prévu.

Connor resta immobile, comme figé dans le traitement de cette réponse.


« Mais être vivant, ça veut aussi dire savoir quand s’arrêter. » ajouta Hank. « Et accessoirement, éviter de cramer ton propre système comme un grille-pain. »


Un très léger sourire passa sur les lèvres de Connor.


« Je tâcherai de m’en souvenir. »


« T’as intérêt. »


« Maintenant tu bouges pas d’ici. Recharge complète. C’est un ordre. »


Il se releva, s’étirant brièvement.


« Hank… » Appela doucement Connor.

 

« Ouais ? »


« Merci de vous soucier de ma vie. »




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