JE SUIS VIVANT

Chapitre 14 : Faveur

3540 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 23/10/2023 14:26

Faveur


La balle verte rebondit contre le mur de la cuisine avant de rouler mollement sur le carrelage.


Sumo se redressa avec un soupir bruyant, comme s’il portait tout le poids du monde sur ses vieilles pattes, puis trottina après son jouet pour la rapporter une nouvelle fois.


Sur le canapé, Connor suivait la trajectoire avec une précision mécanique… mais son regard trahissait autre chose. Une forme de satisfaction calme.


Vingt-deuxième lancer.


Sumo déposa la balle, trempée de bave, sur ses genoux.


Connor l’observa un court instant.


« Tu es particulièrement persévérant ce soir. »


Le chien répondit par un halètement joyeux, langue pendante.


Connor esquissa un sourire presque imperceptible avant de relancer la balle en direction de la cuisine.


Vingt-troisième.


Derrière lui, un froissement de tissu attira son attention.


Hank venait d’émerger de sa chambre, occupé à ajuster son col avec une concentration inhabituelle.


Le contraste était… notable.


Pantalon gris foncé. Tee-shirt blanc propre. Veston bleu pâle.


Connor inclina légèrement la tête.


« C’est inhabituel. »


Hank leva les yeux au ciel en tirant sur sa manche.


« Ouais, je sais. Profite, ça n’arrive pas souvent. »


Il attrapa ses clés, les fit tinter distraitement dans sa paume, puis consulta son téléphone avec un soupir.


« Je serai de retour vers vingt-trois heures. Je compte pas m’éterniser au pot de départ de Williams. »


« Il part à la retraite, c’est cela ? »


Sumo revint, plus lent cette fois, et lâcha la balle aux pieds de Connor avant de s’affaler lourdement à côté du canapé.


Connor la ramassa sans quitter Hank du regard.


« Je me demande si je pourrai un jour en faire l’expérience. »


Hank ricana.


« Rappelle-moi… ta durée de vie ? »


« Ma pompe contient une réserve de cobalt estimée à cent trente ans. »


Un silence.


Puis...


« Et t’as quoi… un an d’existence ? »


Connor acquiesça.


Hank secoua la tête en laissant échapper un rire bref.


« Ouais… t’es pas prêt de te reposer, gamin. »


Il enfila sa veste marron avec un geste un peu plus brusque que nécessaire, puis se dirigea vers la porte.


« Bon, j’y vais. Essaie de pas foutre le feu à la baraque pendant que j’suis pas là. »


« Très drôle... »


Hank ouvrit la porte.


Puis sortit sans rien ajouter.


Le silence retomba presque immédiatement.


Connor resta immobile, écoutant le bruit de la voiture qui s’éloignait.


Un souffle fatigué attira son attention.


Sumo.


Le chien n’avait pas bougé. Allongé sur son oreiller, il haletait doucement, visiblement épuisé.


« Désolé, mon garçon. »


Il fit rouler doucement la balle jusqu’au panier, sans la lancer cette fois.


L’animal ne réagit pas.


Connor balaya la pièce du regard, cherchant une nouvelle occupation.


Son attention se posa finalement sur la guitare posée près de la télévision.


Il la récupéra avec précaution, s’installa sur le canapé et ajusta l’instrument contre lui.


Ses doigts se positionnèrent naturellement sur les cordes.


Une note.


Puis une autre.


Une mélodie encore incomplète, hésitante… mais cohérente.


Jusqu’à ce que...


Un bourdonnement rompe l’harmonie.


Connor s’arrêta net.


Il traqua le son jusqu'au téléphone laissé sur l'étagère, près de l’entrée.


« Mince, Hank a oublié son portable. » Il le ramassa avec curiosité et nota l'identité sur l'écran. « Gavin ? »


Sur l’instant, le déviant hésita à décrocher.


Estimant toutefois qu’il pourrait s'agir d'un appel lié à une affaire, il décida finalement de répondre en parlant avec autant de désinvolture qu'il le ferait pour n'importe quel autre appel.


« Portable du lieutenant Anderson. »


« 


H-HankQu..Qu’est-ce qui ne va pas avec ta voix ? » Bredouilla Gavin.


« Je ne suis pas Hank. » Corrigea aussi poliment que possible le déviant. « C'est Connor. »


« Ahhhh... Le morceau de plaaaaastique. Putain. Il me manquait plus q-que ç-ça ! »


« Gavin, tu as besoin de quelque chose ? » Demanda platement l’androïde en notant l’élocution étrange de son interlocuteur. « Tu n'as pas l'air bien. »


« D-de quoi j’me… mêle ? J'avais juste besoin de... Oh... Et puis merde, laisse tomber... »


« Je peux t’aider si tu veux. » La LED de Connor clignota du bleu au jaune pendant qu'il scannait les sons environnants et tentait de positionner l'emplacement de Gavin. « Où es-tu actuellement ? »


« V... Va te faire f...foutre ! »


La conversation se termina brusquement et la LED de Connor revint au bleu alors qu'il reposait le téléphone sur l'étagère. 


Il n'avait plus besoin de l’appareil et pouvait utiliser son propre logiciel pour localiser l’inspecteur ivre.


« On dirait que Gavin est au Jimmy's Bar. »


Il récupéra sa veste en cuir accrochée à l’entrée et glissa la casquette de l’équipe des Gears sur sa tête pour cacher sa LED de toute attention indésirable des autres clients du bar. 


Tout en invoquant un taxi autonome via un appel cybernétique, il se dirigea vers Sumo, allongé sur son oreiller, et tapota sa tête à plusieurs reprises.


« Je vais essayer de ne pas être trop long, mon grand. »


La queue du Saint Bernard remua une fois et Connor se redressa lorsqu'il entendit le véhicule autonome s'arrêter dans la rue devant la maison.


« Je crois que la coopération de Gavin déterminera la durée de mon absence. »


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Abaissant le bec de sa casquette suffisamment bas pour dissimuler sa LED, Connor poussa la porte du Jimmy’s Bar.


Une vague de chaleur, de bruit et d’odeurs lui sauta immédiatement au visage : alcool éventé, sueur, bois humide.


Le tintement irrégulier des verres se mêlait à une vieille musique jazzy grésillante, presque étouffée par les éclats de voix.


Un groupe d’habitués riait trop fort dans un coin, tandis qu’un autre client pestait contre une machine à sous défectueuse.


Rien n’avait changé.


À peine eut-il fait quelques pas que plusieurs regards se tournèrent vers lui.


Pas insistants… mais méfiants. Connor ajusta imperceptiblement sa posture, réduisant sa présence au minimum.


« Eh ! Toi ! »


Le barman, Jimmy, le fixait déjà depuis derrière son comptoir, un torchon jeté sur l’épaule.


« Si t’es là pour Reed, il est au fond. Et fais-le sortir avant qu’il me dégueulasse encore le plancher. »


Connor inclina légèrement la tête.


« Je m’en occupe. »


Il traversa la pièce, esquivant un homme qui titubait sans même le voir. Une chaise racla violemment le sol à sa droite, suivie d’une insulte.


L’ambiance était plus tendue qu’à son dernier passage.


Plus lourde, presque électrique.


Arrivé au fond du bar, il repéra Gavin.

Affalé sur une table collante, un bras pendant dans le vide, les doigts à quelques centimètres du sol.


Un verre de whisky intact trônait devant lui, contrastant étrangement avec son état. Sa respiration était irrégulière.


Trop lente… puis trop rapide.


Connor activa discrètement son analyse.


Taux d’alcool élevé… mais insuffisant.


Fréquence cardiaque instable. Glycémie critique.


Le problème était identifié.


Il s’approcha.


« Reed ? »


Un grognement indistinct répondit. Gavin ne releva même pas la tête.


« Dégage… j’ai pas besoin de toi… »


Connor observa brièvement les alentours.


Deux clients regardaient la scène avec un intérêt malsain.


Un troisième sortit déjà son téléphone.


Il fallait écourter ça.


« Tu ne vas pas bien. »


Gavin redressa brusquement la tête, les yeux injectés de sang, et tenta de se lever.


Sa chaise bascula dans un bruit sec.


« J’vais… très bien… » marmonna-t-il en se stabilisant maladroitement sur la table. « J’peux… te démonter… quand j’veux… »


Un rire étouffé s’éleva derrière eux.


Connor ne bougea pas.


« Pas dans ton état. »


« Connard en plastique… »


Gavin fit un pas en avant.


Ses jambes cédèrent immédiatement.

Connor tendit la main, trop tard pour feindre une hésitation et le repoussa juste assez pour éviter qu’il ne s’effondre sur lui.


L’homme bascula en arrière et heurta lourdement le sol, déclenchant quelques exclamations autour d’eux.


« Hé ! » lança quelqu’un. « Il vient de le pousser ! »


Connor ignora la remarque et s’agenouilla immédiatement.


« Gavin ? »


Aucune réponse cohérente.


Un client ricana.


« Ton pote tient pas la route. »


Le déviant releva brièvement les yeux vers le comptoir.


« Il est en détresse médicale. »


Le barman leva les mains.


« J’veux rien savoir. Tu le ramasses et tu le sors. Maintenant. »


Un silence pesant suivit. Quelques regards s’attardèrent. D’autres se détournèrent, désintéressés.


Connor passa un bras sous les épaules de Gavin et le souleva sans effort.


Le poids mort du détective attira encore quelques regards — cette fois plus insistants.


Un murmure parcourut la pièce.


« C’est un androïde… »


Connor ignora les chuchotements.


Arrivé au comptoir, il sortit un billet et le posa devant Jimmy.


« Pour le verre. »


Le barman haussa un sourcil.


« Dix dollars pour ça ? »


Connor ne répondit pas.


« …Reviens quand tu veux. »


Sans un mot de plus, il se détourna et quitta le bar, le corps de Gavin sur l’épaule.


Derrière lui, le brouhaha reprit comme si rien ne s’était passé.


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Le taxi s’arrêta dans un grincement léger devant l’immeuble.


Connor sortit sans attendre et souleva de nouveau Gavin, dont le corps inerte pesait comme une masse sans volonté.


L’odeur d’alcool mêlée à une sueur froide confirmait ce que ses analyses indiquaient déjà : l’état du détective empirait.


La porte d’entrée céda sans difficulté sous le piratage discret de l’androïde.


L’intérieur était… vide.


Pas au sens physique...


Des cartons, quelques meubles, mais dépourvu de toute trace de vie réelle.


Aucun cadre, aucune photo, aucun objet personnel. Juste un endroit où dormir.


Survivre.


Connor déposa Gavin sur le canapé avec précaution.


Le contact suffit à le tirer à moitié de l’inconscience.


« …Putain… » grogna-t-il en portant une main tremblante à son visage. « Qu’est-ce que tu fous là… »


« Tu es chez toi. Je t’ai ramené. »


« J’t’ai pas demandé… »


Sa voix s’éteignit aussitôt, remplacée par un spasme. Son visage vira au vert.


Connor réagit immédiatement, attrapant la petite poubelle dans la cuisine et la lui tendant juste à temps.


Gavin vomit violemment.


L’androïde resta immobile, observant sans dégoût, simplement attentif.


« Je vais te chercher de l’eau. »


Sans montrer le moindre signe d'inconfort ni même d'irritation, l'androïde plaça un verre propre dans l'évier de la cuisine et le remplit d'eau fraîche du robinet.


En retournant dans le petit salon, il sentit quelque chose de chaud et de doux frotter contre son mollet.


« Salut toi... »


Le félin noir ronronna bruyamment.


« …Lucky. » marmonna Gavin entre deux respirations difficiles. « Elle s’est incrustée… j’ai jamais réussi à la foutre dehors… »


Connor hocha légèrement la tête, puis reposa son attention sur lui.


« Gavin, tu fais une crise. Tu as besoin d’insuline. Maintenant. »


Un rire faible, presque hystérique.


« C’est resté chez mon ex… » 


Il but un peu de l'eau proposée et cracha immédiatement la gorgée dans la poubelle après s'être rincé la bouche.


« ...Elle a tout pris. » 


« Je ne savais pas que tu avais récemment rompu. »


« Elle m’a foutu dehors ! » Lâcha Gavin avec rancœur.


Connor resta silencieux, laissant l’inspecteur Reed exprimer ses frustrations.


« Putain, je n’ai jamais eu de chance avec les femmes. » il s’enfonça un peu plus dans son canapé. « Je n’ai jamais eu de chance tout court... »


La LED bleue de Connor vacilla en jaune sous sa casquette en réalisant les affres émotionnelles de Gavin.


La tentative de se saouler visait à engourdir sa douleur, mais sa crise de diabète avait ruiné ses plans. 


« Je vais t’en acheter d’autres. »


« J’ai pas besoin de ton aide. »


Gavin s’allongea sur le côté, vite accueilli par Lucky qui sauta sur le canapé.


« Si tu ne prends pas rapidement ton insuline, ton état se dégradera. Ne m’oblige pas à te faire admettre à l'hôpital. »


« Tu n’oseras pas ! »


« Tu crois ça ? »


Gavin étudia Connor avec ses grands yeux gris-noisette.


Visiblement, le bout de plastique ne bluffait pas.


« Tu m’emmerdes... » Souffla-t-il en admettant sa défaite « Si je prends mon injection, tu foutras le camp d’ici ? »


« Oui. »


« Mon ordonnance est dans la commode à ta gauche. Premier tiroir. »


Connor la trouva en quelques secondes.


« Je reviens. Ne bouge pas. »


« Ouais… compte là-dessus… »


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Aussi vite qu'il l’avait quitté, le déviant retourna à l'appartement et retrouva Gavin au bord de l’inconscience.


Très pâle et en sueur. 


Déballant l’insuline, Connor se hâta de lui faire son injection.


Il s’assit ensuite sur le sol, juste à côté du canapé, et attendit patiemment.


Au bout d’une vingtaine de minutes, Gavin ouvrit enfin ses yeux et regarda confusément Connor avant de se rappeler ce qui s'était passé.


« Comment tu te sens ? »


Il se redressa lentement.


« Comme une merde.... mais ca ira... » Il passa une main sur son visage. « Ne te bile pas le tas de ferraille. »


Le déviant fixa longuement l’inspecteur revêche, comme s’il essayait de comprendre son comportement hostile.


« Quoi ? » Grogna Reed « Pourquoi tu me regardes comme ça ? »


« Je me demandais... Pourquoi détestes-tu autant les androïdes ? »


La question figea Gavin.


« Ce ne sont pas tes oignons, putain ! »

 

« Très bien. Hank a vécu une situation similaire. Je comprends que tu ne veuilles pas en parler. » Il se redressa et se dirigea vers la porte de l'appartement. « Tu es hors de danger, mais si tu as besoin d'autre chose tu peux m’appeler. Je reste joignable. »


« ...Attends ! » Appela t’il d'une voix groggy. « Si je te raconte, tu dois me jurer que tu ne parleras jamais à PERSONNE de ce qui s'est passé ce soir. Pas même à Hank. »


« Bien sûr. Je garderai cette affaire privée. »


Gavin hésita.


Sa main trouva instinctivement Lucky.


Ses doigts se crispèrent légèrement dans son pelage.


Puis il parla.


Lentement.


Comme si chaque mot pesait.


« ...J’avais quinze ans et elle seulement huit. Il fallait toujours qu’elle me suive comme mon ombre... » Un pauvre sourire triste apparut furtivement au coin de ses lèvres. « Je l’avais emmenée à la piscine municipale, ce fameux été qui a inauguré les tous premiers sauveteurs androïdes... »


Le front de Connor se plissa d'une profonde curiosité.


« ...Les premiers modèles étaient loin d'être aussi avancés qu’ils le sont aujourd'hui. Ce n'étaient pas encore les créations d'Elijah Kamski. » Poursuivit l’officier.


« Que s'est-il passé à la piscine ? »


« ...Le foutu sauveteur en charge du bassin a surchauffé. Il s'est arrêté sans que personne ne s'en aperçoive. Ma sœur Kimmy... » Il prit une grande inspiration pour se contenir. « ...Cette putain de machine ne fonctionnait plus quand elle s’est noyée. » 


« Gavin… Je suis vraiment désolé. »


« Et tu veux connaître la partie amusante ? Le défaut a été corrigé en moins d’un mois. Ces boîtes de conserves ont repris du service et les gens ont continué à leur faire confiance... » Gavin posa sa main sur le dos de Lucky et commença doucement à la caresser pour atténuer son stress. Il prit une profonde inspiration. « Ma sœur s'est noyée parce que vous, les tas de ferraille, n'êtes pas aussi parfaits que tout le monde veut le croire. »


« Personne n'est parfait, Gavin. Homme ou machine. »


« Putain. Va dire ça à mes parents qui m’ont toujours tenu responsable de l’accident. »


Connor voyait maintenant l’officier sous un jour différent. Il n'était pas un imbécile fanatique et capricieux, c'était un grand frère en deuil et souffrant qui venait d'un foyer brisé et émotionnellement violent.


« Ce qui est arrivé à Kimmy n'était pas de ta faute. »


« Ouais, eh bien, ferme ta putain de gueule à ce sujet ou je te brise en deux ! »


« Je n’en parlerai pas. »


N'ayant rien d'autre à dire, Connor sortit enfin de l'appartement. 


« ...Bonne nuit, Gavin. »


« Ouais, c’est ça. Fous le camp. »


Le déviant quitta l'immeuble et traversa le parking pour se rendre sur le trottoir d'en face.


L’hiver emplissait l'air d'un froid glacial que l’androïde ignora facilement en mettant ses mains dans les poches de sa veste en cuir.


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La porte d’entrée s’ouvrit dans un grincement familier.


Sumo releva immédiatement la tête et se redressa, sa queue battant contre le sol avec un enthousiasme retrouvé.


Connor, toujours assis sur le canapé, tourna légèrement la tête.


« Hank est rentré. »


Le chien trottina vers l’entrée en émettant un petit gémissement excité.


« Ouais, ouais… j’arrive… » marmonna la détective en refermant la porte derrière lui d’un coup de pied maladroit.


Il retira son manteau avec un soupir fatigué, le laissant tomber un peu de travers sur le crochet avant de passer une main dans ses cheveux en bataille.


Une légère odeur d’alcool flottait autour de lui . Rien d’excessif, juste assez pour trahir la soirée.


« Hé. »


Il jeta un regard rapide vers Connor, déjà en train de se diriger vers la cuisine comme attiré par un réflexe automatique.


« Ta soirée s’est bien passée ? »


Connor l’observa quelques secondes avant de répondre.


« Très tranquille. Et la vôtre ? »


Hank ouvrit le frigo, resta un instant immobile devant, comme s’il hésitait, puis attrapa finalement une canette de soda.


« …Classique. Discours, souvenirs, vieux dossiers qu’auraient dû rester enterrés… » Il referma la porte du frigo d’un coup de hanche. « Williams a eu droit à son moment de gloire. »


Il s’affala dans son fauteuil avec un soupir de soulagement, ouvrant sa canette dans un pschitt net.


« Trente-sept ans de service… tu peux me croire qu’ils avaient des trucs à raconter. » Un coin de sourire étira ses lèvres. « Y en a certains, j’aurais préféré ne jamais les entendre. »


Connor répondit par un léger sourire, mais son regard resta un instant figé… ailleurs.


Un souvenir.


Une voix brisée.


Un corps tremblant sur un canapé.


Il détourna les yeux vers la fenêtre.


« Au fait, Hank… vous avez oublié votre téléphone. »


Hank fronça légèrement les sourcils.


« Sérieux ? »


Connor désigna l’étagère.


« Il est resté ici. »


L’homme se pencha pour le récupérer, l’observa brièvement, puis haussa les épaules.


« Bah… ça m’a fait des vacances. »


Il reposa l’appareil sans même vérifier les appels.


Connor hésita une fraction de seconde.


« Gavin a appelé. »


Hank laissa échapper un souffle amusé.


« Évidemment. » Il prit une gorgée de soda. « Et qu’est-ce qu’il voulait ? Gueuler, j’imagine. »


Le déviant baissa légèrement les yeux.


Très brièvement.


« Il a raccroché lorsqu’il a compris que ce n’était pas vous. »


Hank ricana.


« Ça lui ressemble. »


Il se laissa aller plus profondément dans son fauteuil, attrapa la télécommande et alluma la télévision.


L’écran diffusa rapidement un documentaire sur la pêche, accompagné d’une voix grave et monotone.


« J’te jure… ce type… »


Il secoua la tête, mais sans réelle animosité.


Juste de la lassitude.


Dans le silence revenu, Connor pensa à l’inspecteur et à sa culpabilité bien muselée derrière sa mauvaise humeur.


En cet instant, il ressentit de la peine et une profonde pitié pour Gavin.


Surpris de développer de l’empathie envers un homme qui le détestait de tout son être, il fut presque tenté de faire un autodiagnostic pour vérifier l’état de ses programmes.


Si seulement cela pouvait être dû à un dysfonctionnement…

 

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