JE SUIS VIVANT

Chapitre 28 : Partenaires malgré eux

6316 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 18/01/2024 12:37

Partenaires malgré eux



Ces dernières semaines, les arrestations massives liées au trafic de RED ICE avaient entraîné une baisse drastique de la violence dans les rues de Détroit. Pendant un court moment, la ville avait même semblé respirer à nouveau.


Mais l’accalmie n’avait pas duré.


À peine les anciens réseaux démantelés, une poignée d’aspirants barons de la drogue s’étaient déjà rués sur le trône vacant.


De nouveaux points de deal avaient fleuri dans les quartiers abandonnés, les ruelles mal éclairées et les immeubles condamnés, ramenant avec eux la peur, les règlements de comptes et l’ombre familière du chaos.


Fowler n’avait donc pas perdu de temps. Plusieurs patrouilles avaient été renforcées et envoyées sur le terrain avec pour mission de repérer ces nouveaux réseaux avant qu’ils ne s’enracinent trop profondément.


Par hasard ou par cruauté administrative, Connor se retrouva affecté avec Gavin Reed.


Sans surprise, aucun des deux détectives n’accueillit la nouvelle avec enthousiasme.


« Notre capitaine a vraiment un putain de sens de l’humour », grommela Gavin en conduisant, les doigts crispés sur le volant. Il jeta un bref regard à Connor, installé sur le siège passager comme une punition personnelle. « Forcément, il a fallu que je me retrouve coincé avec toi. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça ? »


Le déviant, imperturbable, baissa les yeux vers un petit sachet rempli de bonbons qu’il vérifiait dans la poche de sa veste en cuir.


« Rien. Chris a la grippe et le règlement exige que tu sois accompagné d’un partenaire pendant les patrouilles de surveillance. »


Gavin tourna lentement la tête vers lui.


« Je ne voulais pas dire littéralement, espèce de morceau de plastique débile. »


La LED de Connor resta d’un bleu parfaitement calme.


« Dans ce cas, ta formulation manquait de précision. »


Gavin serra les dents.


« Il va vraiment falloir que tu apprennes à reconnaître le sarcasme. »


Connor ne répondit pas. Déjà concentré, il porta son attention sur l’environnement immédiat, sa LED clignotant brièvement tandis qu’il analysait les bâtiments alentour à la recherche d’activités suspectes dissimulées derrière les façades de briques fatiguées.


À côté de lui, Gavin laissa échapper un soupir irrité. Il attrapa son gobelet de café devenu tiède et en prit une gorgée, grimaçant aussitôt.


« Alors ? » lança-t-il, sans détourner les yeux de la rue sombre. « Ça donne quoi, détective androïde ? »


« Rien d’anormal à signaler pour le moment. »


Gavin hocha vaguement la tête, avala le reste de son café d’une traite et jeta le gobelet vide sur le tableau de bord.


« Parfait… » marmonna-t-il. « On reste ici une heure. Ensuite, on change de secteur. »


« C’est une stratégie efficace. »


Gavin ferma brièvement les yeux.


« Ne sois pas d’accord avec moi. »


Connor tourna légèrement la tête.


« Pourquoi ? »


« Parce que ça m’agace. Alors tais-toi. »


Un léger temps de latence passa.


« Très bien. »


Le silence retomba dans l’habitacle, seulement troublé par le vent qui sifflait entre les immeubles et le bruit lointain d’un moteur au ralenti.


Dehors, le quartier semblait s’éteindre peu à peu, avalé par la nuit et le froid.

Connor poursuivait ses scans en arrière-plan, traitant les données avec précision.


Rien. Aucun mouvement suspect.


Aucun signal thermique inhabituel.


Puis...


Sa LED vira brusquement au jaune.


« Gavin. »


Le ton était différent.


L’interpellé rouvrit les yeux, immédiatement alerte.


« Quoi ? »


Connor inclina légèrement la tête vers le bâtiment en face.


« Quatre individus viennent d’entrer par l’arrière. Mouvement discret. »


Gavin redressa sa posture.


« Des dealers ? »


« Indéterminé. » Une courte pause. « Mais le bâtiment est condamné à la démolition. Toute présence est donc illégale. »


Un rictus étira les lèvres de l’inspecteur.


« Enfin quelque chose d’intéressant. » Il attrapa son arme à sa hanche, vérifia mécaniquement le chargeur avant de couper le moteur. « Préviens le central. »


Il ouvrit la portière, l’air froid s’engouffrant immédiatement dans l’habitacle.


« Je vais jeter un œil. Tu restes ici. »


Connor sortit presque en même temps que lui.


« Négatif. Je t’accompagne. »


Gavin leva les yeux au ciel.


« Évidemment... »


Leurs pas s’enfonçaient légèrement dans la neige, étouffant le bruit de leur progression. Arrivés au bâtiment, ils se placèrent à couvert et observèrent à travers les interstices des planches clouées sur les fenêtres.


À l’intérieur, quatre silhouettes entouraient une table éclairée par une lampe faiblarde.


Et dessus, des sacs entiers de RED ICE.


Gavin souffla entre ses dents.


« …Putain. » Son regard balaya la marchandise. « Il y en a pour une fortune. »


« Estimation totale : cent vingt-cinq mille trois cents... »


« Stop. »


Connor se tut immédiatement.


« On verra ça plus tard. »


Les yeux du déviant analysèrent chaque individu.


« Tous possèdent des antécédents liés au trafic d’armes et de stupéfiants. »


« T’as prévenu le central ? »


« Transmission en cours. Les renforts devraient arriver dans... »


Un crissement brutal de pneus déchira le silence de la rue. Les deux détectives se retournèrent simultanément.


Une Mustang rouge surgit à toute vitesse.


Connor n’eut besoin que d’une fraction de seconde.


« À terre ! »


Il percuta Gavin de plein fouet et le projeta au sol au moment précis où la première rafale éclata.


Le bruit des tirs retentit dans la nuit.


Le béton vola en éclats autour d’eux, les balles ricochant sur le trottoir dans une gerbe d’étincelles.


Des éclats de verre jaillirent des fenêtres déjà fragilisées du bâtiment.


« Les fils de pute ! » grogna Gavin en s’écrasant sur la poitrine, le souffle coupé. La main de Connor appuyée sur son épaule le maintenait fermement hors de la ligne de tir.


Sans perdre une seconde, le sergent dégaina et tira deux coups en direction de la Mustang.


La voiture ralentit, puis amorça un demi-tour brutal.


« Ils reviennent ! »


Connor releva la tête, calculant déjà leurs options. Sa LED vira au rouge.


« Nous devons quitter la zone immédiatement. »


Il se redressa d’un mouvement fluide et tira Gavin avec lui.


Les tirs reprirent aussitôt.


Une pluie de balles s’abattit autour d’eux alors qu’ils couraient vers la voiture. Le métal de la carrosserie tinta violemment sous les impacts, le pare-brise arrière explosa dans un fracas sec.


Gavin plongea côté conducteur.


« Bordel ! Monte ! »


Connor s’engouffra à son tour tandis qu’une balle traversait le tableau de bord dans un claquement sourd.


Le moteur rugit.


« Trouve-nous une sortie ! » aboya Gavin en écrasant l’accélérateur.


Connor analysa les rues environnantes à une vitesse fulgurante.


« Tourne à gauche ! »


Une rafale balaya l’arrière du véhicule.


Sans réfléchir, Gavin suivit l’instruction.


La voiture dérapa dans une rue étroite.


Puis...


Connor saisit brusquement le volant et le tira vers la droite.


« Qu’est-ce que tu fous... ?! »


Le véhicule bifurqua violemment dans une impasse.


Gavin reprit immédiatement le contrôle.


« T’es malade ou quoi ?! »


Ses mains se crispèrent sur le volant.


Puis il se figea.


Quelque chose de chaud, de visqueux les impregnait.


Ses yeux glissèrent vers sa paume.


Une tache sombre.


« …C’est quoi ça ? »


À côté de lui, Connor essuya lentement le coin de sa bouche. Une traînée de thirium bleu maculait déjà sa manche.


« Mes excuses. »


Sa voix était plus basse.


Plus instable.


« Encore à droite. »


« Quoi ?! Mais c’est une impasse ! »


La voiture commença à tousser.


« Le réservoir est touché. Perte de carburant critique. Huit secondes avant arrêt complet. »


Un silence d’une fraction de seconde.


« …Super. »


Le moteur lâcha dans un râle mécanique.


La voiture ralentit brutalement.


Gavin ouvrit la portière et se jeta dehors, se mettant immédiatement à couvert derrière l’avant du véhicule.


« Allez ! Bouge ! »


Connor sortit à son tour, mais à peine eut-il fait deux pas que ses jambes cédèrent.


Il s’effondra à genoux dans la neige, une gerbe de sang bleu éclaboussant le sol.


Gavin tourna la tête.


Et vit.


Les impacts.


Deux blessures nettes de chaque côté de l’abdomen. Le thirium s’écoulait sans retenue, imbibant déjà la chemise blanche.


« …Merde. »


Il se précipita vers lui.


« Hé ! Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?! »


Connor tenta de se redresser, ses mains tremblantes pressées contre la plaie.


« Sauve-toi… » articula-t-il difficilement en désignant la rue. « Ils vont revenir. »


Gavin resta figé une demi-seconde.


Puis jura.


« Ta gueule. »


Il attrapa Connor par le bras et le releva sans ménagement, passant son bras autour de ses épaules.


« Je ne laisse jamais un partenaire derrière moi. Même en plastique. »


Connor tenta de résister.


« Je vais te ralentir... »


« Bouge ton cul ! » Gavin le tira avec lui, forçant l’allure malgré le poids.


Le froid leur mordait la peau.


La neige crissait sous leurs pas irréguliers tandis que Gavin traînait Connor à moitié conscient entre deux maisons décrépites.


Chaque mouvement arrachait un souffle douloureux au déviant, dont le poids devenait de plus en plus difficile à soutenir.


« …Laisse-moi. »


« Ferme-la. »


L’inspecteur resserra sa prise et força l’allure malgré ses propres jambes qui commençaient à trembler.


Derrière eux, au bout de la rue, le rugissement d’un moteur résonna à nouveau.


La Mustang.


Ils n’avaient plus le temps.


Gavin ralentit brusquement et jeta un regard autour de lui.


Les maisons étaient toutes à l’abandon, rongées par le temps, les fenêtres brisées, les portes condamnées ou à moitié arrachées.


« Là. »


Il désigna une bâtisse légèrement en retrait.


Sans attendre, il entraîna Connor vers l’arrière de la propriété, leurs silhouettes avalées par l’ombre et les congères.


Arrivés devant la porte, Gavin lâcha enfin le déviant contre le mur.


Le déviant glissa lentement jusqu’au sol, laissant une traînée de thirium sur les planches usées.


« Ne… fais pas de bruit… » murmura-t-il, sa voix déjà affaiblie.


Gavin n’écoutait plus.


Il prit appui et enfonça son épaule contre la porte.


Une première fois.


Un craquement.


Une deuxième...


Le battant céda dans un fracas étouffé.


Il se figea aussitôt, arme levée, balayant l’intérieur du regard.


Silence.


Seulement une odeur de moisissure et de nourriture pourrie qui lui prit à la gorge.


« …C’est bon. »


Il se retourna et attrapa Connor sans ménagement.


« Debout. »


L’androïde ne protesta pas cette fois. Il n’en avait plus la force.


Gavin le traîna à l’intérieur et referma la porte derrière eux, calant une chaise sous la poignée dans un geste instinctif.


« Merde... » souffla-t-il entre ses dents serrées. « Radio, téléphone… tout est resté dans la bagnole… »


Sa voix tremblait légèrement, trahissant une agitation qu’il ne contrôlait plus vraiment.


Sans perdre plus de temps, il entraîna Connor à travers la cuisine en ruine, ses bottes écrasant des débris et des restes oubliés depuis des années.


« On monte. »


L’escalier grinça dangereusement sous leur poids, mais tint bon.


À l’étage, une chambre.


Un vieux matelas protégé par une bâche en plastique.


C’était suffisant.


Gavin y déposa Connor avec une précaution maladroite, presque brusque, comme s’il ne savait pas encore comment être délicat.


Il tira les rideaux d’un geste sec.


La lumière jaunâtre des lampadaires filtra dans la pièce.


Et révéla l’étendue des dégâts.


Le sang bleu.


Partout.


Gavin resta immobile une seconde.


Puis jura à voix basse.


« Bordel… »


Il se pencha près Connor.


Puis...


Il le gifla.


Une fois.


Sèchement.


« Hé ! Ouvre les yeux ! »


Les paupières du déviant frémirent.


« …Gavin… » Sa voix vibrait, un peu déformée. « Où… sommes-nous… ? »


« En sécurité. » répondit Gavin, trop vite. « Enfin… suffisamment. »


Connor tenta de se redresser.


« Tu es… blessé ? »


Gavin laissa échapper un souffle incrédule.


« Sérieusement ? Regarde-toi avant. »


Mais Connor insistait, le regard fixé sur lui. Alors l’inspecteur détourna les yeux.


« J’vais bien... » Maugréa t’il. « Est-ce que t’as contacté le central ? »


Connor hocha faiblement la tête.


« Avant… notre fuite… » Sa respiration se brisa légèrement. « Des renforts… sont en route… »


« À quelle distance ? »


« …Je ne sais pas. »


Gavin serra les dents.


« Évidemment… »


Il jeta un regard vers la fenêtre, puis revint vers Connor.


Le sang continuait de s’écouler.


Trop vite.


Beaucoup trop vite.


« À quel point c’est grave ? »


« Les dégâts sont... critiques. »


« Et alors quoi ? Tu peux mourir ? »


« Oui... »


Gavin renifla.


« L’idée me déplaît pas... mais ce soir tu es mon partenaire. T’as pas intérêt de me claquer dans les bras ! Ça va faire tâche dans mon dossier. »


« J... J'ai eu le temps d... de tri... trianguler... notre zone après... notre fuite. Les se... secours savent... où chercher... Ils te retrouveront. »


Gavin vit les paupières de l’androïde se fermer lentement.


« H-Hé ! Hé ! » Il attrapa rapidement son bras. « Reste éveillé ! »


« J... je ne peux pas. Mon système... est... com... promis. »


Gavin serra ses mains déjà tachées de sang bleu et baissa les yeux vers l'abdomen hémorragique.


Une seule balle avait traversé le côté droit, juste au-dessus de sa hanche, et s'était dirigée vers son abdomen pour ressortir du côté gauche. 


Le projectile avait laissé deux blessures qui saignaient toutes les deux abondamment.


La peau artificielle autour des impacts était si gravement endommagée que le cadre en plastimétal blanc situé en dessous brillait en bleu. À chaque fois que Connor respirait, tout son abdomen suintait du thirium, et il avait déjà perdu une quantité considérable.


« Je peux faire quelque chose pour t'aider ? »


Le déviant le fixa un instant avec incrédulité avant de finalement répondre.


« …Le saignement… doit être.... arrêté… »


« Ça j’l’avais compris ! » lâcha Gavin, à bout. « Comment ? »


Connor sembla lutter pour rester conscient.


Puis, lentement, ses mains tremblantes glissèrent jusqu’à son abdomen, retractant sa peau artificielle.


« …Le panneau… »


Ses doigts appuyèrent sur le centre de la plaque de plastimétal.


Un déclic.


La surface s’ouvrit.


Et aussitôt, un flot de thirium s’échappa.


Gavin recula d’un demi-pas malgré lui.


« Putain… »


À l’intérieur, des composants exposés, des lignes translucides, des impulsions lumineuses instables. Le tout baignant dans ce sang bleu qui continuait de s’écouler.


Le déviant laissa échapper un gémissement étouffé.


« …Une conduite… est déconnectée… »


L’inspecteur fixa l’intérieur ouvert, visiblement dépassé.


« Tu te fous de moi… »


« …Non… »


La voix était à peine audible.


Connor leva faiblement la main et désigna une zone précise.


« …Là… »


Gavin s’approcha.


Ses doigts hésitèrent au-dessus des composants.


« Attends… attends… » souffla-t-il. « Je suis flic, moi. Pas mécano… »


Connor ne répondit pas.


Sa tête penchait déjà légèrement sur le côté.


« Hé ! Non... reste avec moi ! »


Gavin attrapa son bras et le secoua juste assez pour le ramener.


Les yeux de l’androïde se rouvrirent, difficilement.


« …Fais vite… »


L’inspecteur ravala sa salive.


« Ok. Ok. »


Il inspira profondément.


Puis plongea enfin la main.


« Bordel… c’est dégueulasse… »


Ses doigts rencontrèrent une ligne souple, humide, glissante.


Il la saisit maladroitement.


« C’est ça ?! »


Connor cligna lentement.


« …Oui… »


Gavin tira légèrement dessus.


Son regard changea immédiatement.


« Attends… »


Un souffle presque nerveux lui échappa.


« Elle est pas foutue… elle est juste détachée… »


Connor tenta un mouvement de tête.


« …Reconnecte-la… »


« Ouais, ouais… »


Gavin se pencha davantage et regarda les biocomposants entièrement exposés avec un sentiment de confusion. 


« Euh... je rebranche où ? »


Le déviant désigna d’un doigt tremblant l’objectif.


« ... Ré...gulateur... »


« Le truc qui clignote en rouge... Logique. » Gavin se concentra sur la manipulation. « Ok. Ne bouge pas. »


Avec un « clic » audible, le câble se reconnecta enfin au biocomposant et Connor laissa échapper un gémissement de douleur.


Le régulateur émit plusieurs impulsions rouges avant de passer à une teinte bleue pâle.


« C’est bon ? » 


Gavin retira ses mains et essuya le sang sur son pantalon avec dégoût. 


L’androïde inspira faiblement et hocha affirmativement de la tête. 


Il remit le panneau de plastimétal sur son abdomen d'un simple toucher mais n'eut pas la force de régénérer sa peau artificielle.


« Connor ? »


Les yeux du déviant roulèrent soudainement à l'arrière de sa tête et sa respiration se coupa.


La LED cramoisie commença à rythmer de plus en plus lentement jusqu'à ce qu'elle devienne presque grise et vide.


« Bordel ! »


En posant sa main au centre de la poitrine, Gavin pouvait sentir que la pompe, le cœur, avait du mal à battre.


« Ça va lâcher ! »


Gavin arracha le reste des boutons de la chemise et frappa fermement le torse nu d’un poing serré.


Sous le choc, les yeux de l'androïde s'ouvrirent brusquement et sa LED se mit à clignoter frénétiquement en rouge.


« ...Gavin » Siffla-t’il pathétiquement. « Tu... tu as redémarré... mon cœur. Merci... »


Gêné par la considération du déviant, l'officier se détourna rapidement vers la fenêtre pour qu'il ne puisse pas voir son visage.


« Ça va aller maintenant ? »


« M... mon régulateur de pompe... est... déréglé. Mon système... doit... se recalibrer. »


« Écoute, je vais vérifier le reste de la maison. Ne fais pas de bruit. »


Sans prononcer un mot, Connor resta immobile sur le lit et laissa ses mains reposer sur son abdomen endommagé.


Gavin Reed sortit son arme et poussa lentement la porte de la chambre.


Le bois grinça sous la pression, un son sec qui lui hérissa les nerfs. Il marqua une pause sur le seuil, tendu, le regard balayant le couloir recouvert de tags et d’ombres irrégulières.


Silence.


Trop de silence.


Il avança d’un pas, puis d’un autre, chaque mouvement mesuré. Le parquet protesta sous ses bottes, chaque craquement résonnant bien trop fort dans la maison vide.


Son doigt reposait le long de la détente, prêt à basculer au moindre signe.


L’escalier menant à l’étage supérieur grinça dangereusement lorsqu’il posa le pied dessus.


Gavin s’arrêta net, retenant presque son souffle, puis testa une autre marche, plus stable.


Lentement, il monta.


À l’étage, deux chambres, une salle de bain éventrée par le temps. Il vérifia chaque recoin, chaque angle mort, ouvrant les portes d’un geste brusque, arme levée.


Rien.


Pas de mouvement.


Pas de chaleur.


Pas de menace immédiate.


Juste l’abandon.


En s’approchant d’une fenêtre, il écarta légèrement un rideau jauni. Dehors, la rue baignait dans une lumière froide.


La Mustang rouge passait lentement, comme un prédateur patient, traçant des cercles dans le quartier.


Gavin plissa les yeux.


« Vous lâchez rien, hein… »


Puis, au loin, des gyrophares.


Bleu. Rouge.


Enfin.


La Mustang accéléra brusquement et disparut à l’angle de la rue, avalée par la nuit tandis qu’une patrouille se lançait à sa poursuite.


Gavin expira lentement, une tension quittant ses épaules sans vraiment disparaître.


« Super… un problème en moins. »


Il redescendit, un peu plus vite cette fois, mais sans relâcher complètement sa vigilance.


Arrivé au salon, il jeta un regard circulaire.


Un canapé affaissé.


Une table basse bancale.


Des restes de vie figés dans la poussière.


Son regard s’arrêta sur une armoire au fond de la pièce.


Il hésita une fraction de seconde, puis s’en approcha et l’ouvrit d’un coup sec.


Quatre bouteilles.


Trois vides.


Une à moitié pleine.


Un rictus étira ses lèvres.


Il attrapa la bouteille de whisky, observa un instant le liquide ambré comme s’il pesait une décision, puis dévissa le bouchon d’un geste brusque.


L’odeur lui monta aussitôt au nez.

Il grimaça… mais ne s’arrêta pas.


La première gorgée brûla sa gorge, sèche, agressive. Il ferma brièvement les yeux, encaissant la sensation, puis avala une seconde rasade, plus longue cette fois.


Sa main trembla légèrement lorsqu’il abaissa la bouteille.


Fatigue.


Adrénaline.


Ou autre chose.


Il essuya sa bouche du revers de la manche et laissa échapper un souffle rauque.


« Ouais… ça fera l’affaire. »


Sans vraiment réfléchir, il garda la bouteille en main et remonta vers la chambre, l’arme toujours dans l’autre.


Comme si l’une servait à se protéger…


Et l’autre à tenir.


Chaque marche grinçait sous son poids, mais le bruit lui importait moins maintenant.


Arrivé à l’étage, il marqua une courte pause devant la porte de la chambre, comme pour s’assurer, ou retarder quelque chose.


Puis il entra.


Son regard trouva immédiatement Connor.


Toujours là.


Allongé sur le matelas.


Le contraste le frappa plus violemment qu’il ne l’aurait cru. Le calme presque irréel du déviant, face au chaos encore vibrant dans ses propres nerfs.


Gavin referma la porte derrière lui d’un coup de pied et resta un instant debout, sans bouger.


À observer.


La veste posée sur Connor avait glissé légèrement, laissant apparaître le plastimétal endommagé et les traces sombres de thirium séché. La scène avait quelque chose de dérangeant.


Pas tout à fait humain.


Pas complètement machine non plus.


Un entre-deux.


Comme suspendu.


Gavin détourna brièvement le regard, comme si fixer trop longtemps risquait de rendre tout ça… réel.


« Hé… le bout de plastique… »


Pas de réponse.


Il fit quelques pas et s’accroupit à côté du lit, la bouteille reposant contre sa cuisse. Ses yeux glissèrent sur le visage de Connor, cherchant un signe.


N’importe quoi.


Rien.


Pas un mouvement.


Juste ce silence.


Gavin serra légèrement la mâchoire.


« Génial… »


Il passa une main dans ses cheveux, agacé, fatigué, incapable de dire exactement pourquoi ça le dérangeait autant.


Il reprit la bouteille et but une nouvelle gorgée, plus courte cette fois. Juste assez pour faire passer le goût métallique qui lui restait dans la bouche.


Son regard revint sur l’androïde.


Toujours immobile.


Et malgré lui… il resta là.


À surveiller.


Comme s’il attendait que quelque chose se passe.


Ou que quelque chose s’arrête.


Le bois du lit craqua légèrement lorsqu’il s’adossa contre le cadre, glissant lentement jusqu’au sol.


Il étendit une jambe, l’autre repliée, la bouteille posée entre ses doigts.


« Au moins… toi, t’as trouvé le bouton pause… »


Sa voix était plus basse. Moins mordante.


Presque fatiguée.


Il laissa sa tête retomber contre le bord du matelas, fixant le plafond abîmé. Les fissures formaient des lignes irrégulières, comme une carte qu’il n’avait pas envie de lire.


Le silence revint.


Lourd.


Pesant.


Puis, après quelques secondes, son regard dériva sur les murs défraîchis, les traces d’humidité, les restes de peinture écaillée.


Quelque chose se crispa dans son expression.


Un souvenir.


Une sensation.


Il inspira lentement, comme pour chasser l’image.


Trop tard.


« Putain… »


Un rire bref, sans joie.


« Je pourrais me croire de retour chez mes vieux… »


Il leva la bouteille et en prit une nouvelle gorgée, plus longue cette fois. Pas pour le goût.


Juste pour faire taire le reste.


Sa main trembla légèrement en redescendant.


« ...Tu ne devrais pas boire. »


La voix, basse et légèrement déformée, fendit l’air sans prévenir.


Gavin sursauta violemment.


Il manqua de s’étouffer, recrachant une partie du whisky dans une quinte de toux rauque.


D’un geste brusque, il essuya sa bouche du revers de la manche avant de tourner la tête vers le lit.


Connor le regardait.


Les paupières lourdes.


La LED instable.


Mais conscient.


« Éh ! T’es réveillé depuis combien de temps ? »


« …Quatre virgule neuf secondes. »


L’inspecteur fixa Connor une seconde de trop, comme s’il hésitait entre l’engueuler… ou juste accepter.


« Putain… »


Il passa une main sur son visage, encore tendu par l’adrénaline.


« Ton taux de sucre dans le sang est déjà bas, » reprit Connor d’une voix affaiblie. « L’alcool ne fera que… »


« Hé ! » Gavin le coupa net, plus brusquement qu’il ne l’aurait voulu. « Comment tu sais ça, toi ? »


« Tu n’as rien avalé depuis six heures et demie. À l’exception d’un café noir. Tes mains tremblent. »


Comme pour le contredire, Gavin referma immédiatement les doigts sur la bouteille.


Trop vite.


Le tremblement était bien là.


Il serra la mâchoire.


« N’importe quoi. » Sa voix claqua, sèche. « Tu m’as juste fait flipper, c’est tout. Rien à voir avec mon diabète. »


Le mot resta suspendu une fraction de seconde de trop.


Gavin le regretta presque aussitôt.


« …Connard en plastique. »


Mais l’insulte manquait de mordant.


Sur le lit, Connor tenta un mouvement.


Un semblant de sourire passa brièvement sur ses lèvres… avant de disparaître dans une quinte de toux sèche. Ses mains se resserrèrent aussitôt contre son abdomen.


Le geste n’échappa pas à Gavin.


Son regard s’y attarda.


« Niveau douleur… c’est comment ? »


« …Tolérable. »


L’inspecteur haussa un sourcil, sceptique.


« Ouais. » Il souffla par le nez, secouant légèrement la tête. « Va falloir que t’apprennes à mentir mieux que ça. »


Il leva la bouteille, l’observa un instant… puis la tendit vaguement vers lui, par réflexe plus que par logique.


« Ça aiderait ? »


Connor cligna lentement des yeux.


« Non. Cela diluerait mon thirium et aggraverait… mon état. »


Un léger rictus passa sur le visage de Gavin.


« Génial. Même ça, t’as pas le droit. »


Il reprit une courte gorgée malgré tout, puis essuya ses lèvres d’un geste absent.


Son regard dériva vers la fenêtre, puis revint vers Connor.


« J’ai vu une patrouille passer, » lâcha-t-il finalement, plus calme. « Tu peux les contacter ? Qu’ils viennent nous récupérer. »


La LED du déviant vacilla brièvement en jaune.


« ...Oui. Je l'ai informée de notre position actuelle. »


Gavin hocha la tête, presque imperceptiblement.


Un peu de tension quitta ses épaules.


« Bien. »


Il resta silencieux un moment, puis fronça légèrement les sourcils.


« Attends une minute... » Il se redressa à moitié. « Comment tu sais où on est ? T’étais HS quand je t’ai ramené ici. »


« Mon système a enregistré… notre position pendant le déplacement. J’ai relayé les données à ma réactivation. »


Un bref silence.


Gavin acquiesça.


« …Ouais. Logique. »


Mais son regard ne quitta pas Connor.


Pas tout de suite.


Quelque chose avait changé.


Subtilement.


Moins de méfiance.


Moins de distance.


Ou peut-être juste… moins d’énergie pour maintenir le reste.


Il expira lentement, puis détourna les yeux.


« Dis-moi… » Sa voix était plus basse. « Tu t’es fait toucher quand ? »


Connor prit une seconde avant de répondre.


« Lors de l’impact initial. Je n’ai pas pu… m’abaisser suffisamment. »


Gavin laissa échapper un souffle bref.


« Donc t’as pris la balle… et moi non. Bizarre... » Un rictus sans joie s’afficha sur son visage. « Les androïdes sont pas si rapides que ça, finalement. »


Un silence.


Puis, plus doucement :


« Pas toujours… non. »


Connor marqua une pause. Il aurait pu s’arrêter là.


Mais quelque chose persistait dans ses données.


Un écho.


« Tu as mentionné… plus tôt… que cette maison te rappelait ton enfance. »


L’inspecteur lui lança un regard agacé. 


« Quoi ? »


« En me réveillant, je t'ai entendu parler tout seul. Tu as dit... »


Immédiatement, Gavin écarta sèchement la question.


« C'est rien. Lâche l'affaire. »


« Je ne voulais pas me montrer intrusif. »


« Alors le sois pas. »


Le ton avait changé.


Plus fermé.


« Désolé. »


« Ça va... » Souffla Gavin. « Et arrête un peu de bouger ! »


« Mais je... »


« Allonge-toi ! Je ne veux pas que tu mettes ton truc bleu dégueulasse partout sur ma veste. »


Connor laissa échapper un faible soupir et ferma les yeux. 


Soudain, sa LED devint jaune à la réception d'une mise à jour.


« Gavin, il y a une patrouille qui vérifie ta voiture. »


« Enfin ! » La nouvelle soulagea l'officier qui se précipita vers la porte. « Je reviens tout de suite. »


Connor roula sur le matelas au départ de Gavin.


Il plaça son bras sous lui et se redressa un peu sur sa hanche.


Lentement, le déviant travailla à reboutonner sa chemise d'une main et fut rapidement réprimandé par son partenaire très vite de retour dans la pièce. 


« Les gars sont juste en bas, ils vont.... » Il s’interrompit en fronçant sévèrement les sourcils. « Éh ! Mais tu fous quoi là ? »


« Je vais pouvoir t'accompagner au poste, si tu m'aides à marcher... »


« Tu ne devrais plutôt aller chez un mécano ou un truc du genre... ? »


« Non. Ma vie n’est plus en danger. Mon programme d’auto-guérison procédera aux réparations. »


« Si tu le dis... »


Connor rendit la veste à Gavin puis déplaça son poids pour pouvoir se lever du lit. 


« Merci pour ton aide. »


« Ouais... bon... » Répondit l’homme en se rhabillant. « Disons que maintenant nous sommes quittes. »


« Parce qu'il faut compter les points? »


« Ça t'arrive de te taire et d'arrêter de poser des questions stupides ? »


Connor lui adressa un demi-sourire alors qu’il l’aidait à se déplacer jusqu'à l'extérieur de la maison.


La voiture de patrouille les attendait le long de la rue. 


La portière se referma dans un bruit sourd.


L’habitacle les engloutit aussitôt.


Après le froid coupant de l’extérieur, la chaleur paraissait presque irréelle, étouffante.


L’air sentait le tissu humide, le plastique chauffé, et ce reste de café oublié quelque part à l’avant.


Une odeur familière… presque rassurante.


À l’arrière, Connor s’installa lentement, contrôlant chaque mouvement. Sa main glissa brièvement contre la portière pour stabiliser son équilibre avant qu’il ne s’adosse. Ses doigts restèrent un instant crispés, puis se relâchèrent avec une lenteur calculée.


Sa LED pulsa.


Bleu instable, teinté d’un jaune discret.


À côté de lui, Gavin Reed s’était penché en avant dès qu’il avait fermé la portière. Les coudes plantés sur ses genoux, les mains plaquées contre son visage, il restait figé.


Immobile.


Comme si bouger risquait de faire remonter tout le reste.


Le moteur ronronnait doucement. À travers le pare-brise, les gyrophares projetaient des éclats rouges et bleus qui venaient mourir sur les vitres, découpant leurs silhouettes en fragments instables.


Gavin inspira.


Longuement.


Puis expira en laissant échapper un souffle tremblant.


Ses doigts glissèrent lentement le long de son visage, découvrant des traits tirés, marqués par la fatigue et le contrecoup.


Connor tourna légèrement la tête.


Analyse.


Micro-tremblements persistants.

Respiration irrégulière.

Hypoglycémie probable.


Il observa encore une seconde.


Puis :


« Tu as besoin de glucose. »


Gavin ne releva pas immédiatement.


Sa voix, lorsqu’elle sortit, était étouffée, presque râpeuse.


« Je sais. »


Il frotta son front du bout des doigts.


« Mais je peux rien faire avant qu’on arrive. »


Un silence s’installa.


Le bruit des pneus sur l’asphalte mouillé emplissait l’espace, régulier, presque hypnotique.


Connor baissa les yeux vers sa veste.


Un court instant de traitement.


Puis il glissa lentement la main dans la poche intérieure. Le geste était plus hésitant qu’à l’accoutumée, légèrement imprécis.


Ses doigts rencontrèrent le sachet.


Il le sortit.


Le plastique froissa doucement dans le silence.


Sans un mot, il le tendit vers Gavin.


Le mouvement resta suspendu entre eux une fraction de seconde.


« …Tu trimballes des bonbons ? »


« Les surveillances peuvent durer de longues heures... » Expliqua t’il. « Alors quand j'ai été informé de notre collaboration, j’en ai collecté une petite quantité pour empêcher ton taux de sucre de trop chuter. »


« ...Pourquoi ? »


« Je ne comprends pas la question. » Connor resta perplexe face à la réaction apparemment désapprobatrice de Gavin. « Le diabète est une maladie grave et doit être traitée comme telle. »


« Non. Je veux dire... Pourquoi tu t'en soucies ? »


« Je sais que tu n'aimes pas les androïdes mais ce n'est pas pour autant que je te souhaite du mal. »


Gavin le fixa, puis le sachet.


Ses doigts hésitèrent avant de se tendre.


Il le prit.


Sans commentaire.


Le plastique crissa entre ses mains. Il l’ouvrit d’un geste moins assuré qu’il ne l’aurait voulu, puis piocha un bonbon qu’il porta à sa bouche.


Il mâcha lentement.


Le sucre éclata contre sa langue.


Ses yeux se fermèrent brièvement.


Puis ses épaules s’abaissèrent, à peine.


Mais suffisamment pour que ça se voie.


Une fois le véhicule garé devant le commissariat, le moteur émit un dernier grondement avant de s’éteindre dans le silence humide de la nuit.


Connor posa une main sur la portière, prêt à sortir malgré les avertissements rouges qui clignotaient encore dans le coin de sa vision.


« ...Tu veux vraiment savoir ce que je voulais dire là-bas ? »


La voix de Gavin le stoppa net.


Connor tourna légèrement la tête vers lui. La LED à sa tempe vacilla brièvement en jaune.


« Pardon ? À quoi fais-tu référence ? »


Gavin resta silencieux quelques secondes, les yeux fixés droit devant lui. Les néons du parking découpaient son profil fatigué, soulignant les cernes marquées sous ses yeux et la tension de sa mâchoire.


Il fouilla dans sa poche, en sortit un bonbon goût fraise qu’il glissa entre ses dents avant de reprendre d’un ton plus bas qu’à l’accoutumée :


« Ce que j’ai dit… sur le fait d’avoir l’impression d’être revenu chez mes vieux. »


Connor referma lentement la portière sans quitter le sergent du regard.


« Seulement si tu souhaites en parler. »


Un léger rire sans joie échappa à Gavin.


« Ouais. Enfin… cette baraque… cette odeur de renfermé, les bouteilles qui traînent partout… C’était mon quotidien quand j’étais gosse. »


Il marqua une pause, mâchant distraitement son bonbon.


« Après la mort de ma sœur, j’ai grandi là-dedans. Entouré de négligence et d’indifférence. T’apprends vite à fermer ta gueule et à encaisser. »


Les capteurs de Connor enregistrèrent l’infime tremblement dans sa voix, presque imperceptible.


« Gavin… je suis désolé. Si j’avais su, je ne t’aurais pas posé une question aussi personnelle. »


Le sergent haussa les épaules avec une nonchalance forcée.


« T’inquiète pas pour ça. Va plutôt te faire réparer avant que Hank me tombe dessus en apprenant que t’as pris une balle pour moi. »


Le déviant baissa les yeux vers l’impact sur son uniforme imbibé de thirium.


« Je… je ne t’ai pas protégé. »


Gavin ricana doucement et tourna la tête vers lui.


Son expression était moins dure qu’à l’ordinaire, débarrassée de cette agressivité sarcastique qu’il arborait constamment au commissariat.


« Je sais ce que t’as fait ce soir. Sans toi, j’y passais. »


Le poids de cette réalisation sembla finalement l’atteindre. Gavin expira longuement, comme s’il relâchait une tension accumulée depuis des heures.


« Alors… merci, détective androïde. »


Connor resta silencieux un instant. Cette gratitude inattendue provoqua une légère instabilité dans ses processus, quelque chose d’étrangement proche de la gêne.


Il releva finalement les yeux vers Gavin.


« ...Tu n’as pas à me remercier. »


« Peut-être. Mais je le fais quand même. »


Gavin eut un mince sourire fatigué avant d’ouvrir sa portière.


« J’ai pas vraiment été le gars le plus sympa avec toi. Alors laisse-moi au moins te dire ça… et après, on pourra faire comme si toute cette soirée de merde n’était jamais arrivée. »


Il sortit du véhicule et referma la portière derrière lui. L’air froid de la nuit s’engouffra aussitôt dans l’habitacle.


Connor l’observa traverser le parking en direction des portes du commissariat.


Sous la lumière blafarde des réverbères, la silhouette de Gavin semblait plus lourde, plus humaine aussi, débarrassée, l’espace d’un instant, de son arrogance habituelle.


Et tandis que le sergent disparaissait derrière les portes automatiques du poste, une pensée inattendue traversa les circuits du déviant.


Gavin Reed lui avait sauvé la vie autant qu’il avait sauvé la sienne.


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