Velocity

Chapitre 10 : L’œil qui ne dort jamais

1217 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 18/02/2026 22:47

“8h00”


Le réveil d’Akira ne sonne pas.

Il insiste.


Velocity ne connaît pas les matins pâteux, ni les lendemains difficiles. Tout est calibré pour fonctionner. Même la fatigue.


Un panneau LED au plafond diffuse une lueur bleue azur qui pulse doucement, simulant un rythme circadien artificiel. La lumière caresse murs, sol et mobilier métallique, comme si la chambre respirait avec elle. Une chaleur légère effleure sa peau, presque imperceptible, et le bourdonnement distant des systèmes automatiques résonne comme un murmure mécanique.


La lumière, réveillant Akira sans ménagement, la force à entrouvrir un œil. Mauvaise idée. Son crâne proteste immédiatement.

— Génial… marmonne-t-elle.


Elle se tourne, cligne des yeux, et observe le plafond quelques secondes, comme si celui-ci pouvait lui murmurer les indices de la nuit passée. Le voile translucide de la baie vitrée se soulève lentement, laissant passer des rayons qui jouent sur le mobilier et le sol, dessinant des motifs mouvants qui frôlent sa peau.

À mesure que la lumière gagne en intensité, la lueur azur se mêle aux reflets argentés de la ville futuriste qui s’étend derrière le vitrage, révélant enfin la silhouette de la chambre dans toute sa perfection technologique.

Elle se redresse lentement, la main sur le front, et laisse échapper un soupir. La soirée de la veille laisse une trace sourde. Pas douloureuse. Juste… là. Son corps réclame encore du repos.


Velocity, fidèle à elle-même, ne dort jamais vraiment : bourdonnement lointain, néons clignotants, lumière pulsante… tout semble respirer avec elle, rappelant qu’elle est déjà au cœur d’un jour artificiel.

— Bonjour, Lieutenant Tsukino. Votre rythme cardiaque est légèrement irrégulier. Souhaitez-vous—

— Non.


Un seul mot. Net. Définitif.


Akira s’étire et décide enfin de se lever, après avoir perdu la bataille contre le réveil qu’elle éteint d’un geste sec.

Elle traverse la chambre et se dirige vers la kitchenette. La cafetière automatique se met en route sans enthousiasme. Le café coule. Noir, amer, trop chaud… exactement ce qu’il lui faut.

Elle verse la tasse, la porte à ses lèvres et prend une gorgée. Son visage ne change pas, mais le monde reprend une forme à peu près tolérable. Mentalement, elle parcourt les événements de la veille : les vidéos, les analyses, les anomalies… Chaque détail se recolle comme un puzzle sous son regard acéré.


Lorsque la voix synthétique reprend, prudente :

— Rappel agenda. Deux visiteurs sont attendus à 09h00. Origine : Detroit Police Department.


Akira marque une pause.

Detroit.” Le mot claque dans sa tête, un souvenir lointain, presque effacé, mais toujours épineux. Une ville qu’elle ne souhaite pas revoir, même dans ses pires cauchemars. Et pourtant, les fantômes du passé trouvent le moyen de revenir même ici, au travail.


Elle souffle lentement, regarde la ville derrière la vitre. Les tours brillent déjà, parfaites, indifférentes.

— Comme si ça ne suffisait pas… murmure-t-elle pour elle-même.


Elle esquisse un sourire bref.

— Voilà qui promet.


Elle repose sa tasse sur le bureau et se dirige vers la salle de bain.


La douche est rapide. Froide par moments, brûlante à d’autres. L’eau mord ses muscles endoloris, chasse les dernières traces de fatigue. Pas de perte de temps. Pas de luxe inutile. Dans ce métier, c’est une question de survie.

Elle émerge doucement, passe rapidement ses mains dans ses cheveux pour les replacer derrière ses oreilles, et enfile une nouvelle tenue pour le rendez-vous. prête à marquer les esprits. Montrer que, même dans une ville parfaite, on ne plaisante pas avec le crime.


Elle se tient droite devant le miroir, la tenue choisie avec précision. Sobriété et efficacité, rien de plus. L’élégance n’est pas un luxe, c’est une arme.

La chemise blanche est impeccable, ajustée sans fioritures, manches longues. Chaque pli, chaque couture témoigne d’un contrôle absolu. Par-dessus, le gilet noir épouse sa silhouette, ferme et structuré, presque militaire dans sa rigueur. La cravate fine, parfaitement droite, glisse sous le col sans un pli. Discipline visuelle maximale, aucun détail ne dépasse.


Le pantalon noir, coupe droite et ajustée, repose sur des bottines en cuir mat, talon bas et stable. Chaque pas sera précis, sûr, capable d’aller vite ou de s’arrêter net. La ceinture sobre, boucle métallique discrète, et le holster discret à la taille rappellent subtilement que sous l’élégance se cache la menace.

Même l’usure du cuir, légère et presque élégante, raconte l’histoire de pas pressés mais calculés, d’une personne qui ne se laisse jamais surprendre.


L’ensemble parle avant elle. Calme. Posé. Déterminé. Polie. Professionnelle. Implacable. Chaque regard qu’elle croise sait immédiatement : Akira Tsukino ne perd pas de temps, et elle ne laisse rien au hasard.

La jeune femme se dirige vers le bureau. Elle vérifie son dossier électronique, son équipement : tout est prêt, sécurisé, organisé selon sa logique. Elle attrape ses clés, fixe son badge de police sur la ceinture, et jette un dernier regard à sa chambre. Aucun détail ne doit lui échapper, même dans un lieu censé être sûr.


De toute façon, quelqu’un de l’entretien passera entre-temps pour faire ce qu’il y a à faire. Mais on ne sait jamais. Même dans une ville sans crime, les mauvaises intentions ne sont jamais loin.

Elle glisse sa main sur le panneau et sort de la chambre. L’ascenseur l’emmène vers la sortie, direction la rue.


À l’extérieur, la ville l’accueille dans un calme calculé. Même les rats volants, habituels compagnons de l’agitation urbaine, semblent avoir refusé de signer un bail ici. Les passants paraissent vides, presque faux, privés du moindre souffle de vitalité. Les néons qui clignotent, les hologrammes publicitaires impeccables, le bourdonnement des panneaux LED… tout respire la perfection, mais aucune vie véritable. La vie a-t-elle cessé d’exister ? Peu importe. Pas le temps de s’attarder sur cette monotonie.



Devant elle, un taxi l’attend, porte ouverte, comme si l’IA savait exactement quand elle descendrait.


Akira jette un œil au véhicule et serre les dents.

— Génial… j’ai pas demandé de taxi, qu’il est déjà là. Quelle surprise.


Elle s’installe, pose ses dossiers à côté d’elle et ajuste son badge sur la ceinture.

— Je dois me rendre à…


Elle n’a même pas le temps de finir que l’IA annonce : « Aureon Systems, déjà enregistré. »


Le lieutenant, surprise, tourne la tête et grommelle entre ses dents :

— J’espère qu’elle apprécie son boulot… parce que moi, je vais finir par la haïr.


La porte se referme dans un glissement précis, et le taxi prend la route. L’ombre des gratte-ciels glisse sur elle tandis que la ville artificielle défile, calme et impassible, comme un décor parfaitement calculé pour tester sa patience.

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