La petite voleuse de cookies

Chapitre 17 : C17 : Où subsiste encore ton Echo

3065 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 09/11/2016 22:19

CHAPITRE XVII

CLARA OSWALD

Les mains légèrement tremblantes et moites d'appréhension, elle gagna le salon pour se remettre à l'ordinateur en essayant de se promettre qu'elle devrait corriger impérativement des copies ensuite. Le mercredi n'allait pas durer indéfiniment, surtout sans Tardis dans les parages…

Dans sa messagerie, elle avait bien un mail de ce petit cachotier d'Otto – qui s'était apparemment bien gardé de dire à quiconque qu'il avait son propre moyen d'entrer en communication avec elle... Elle cliqua sur le message pour en prendre connaissance.

-------------------------------

De : Otto Cormack IV / Cormack Industries et Systèmes

A : Claraöswin

Objet : message important

Claraöswin,

Je suis allé demander à Jackharkness Harknessetsong son bracelet de voyage spatio-temporel et il a bien voulu me le donner tout en montrant des signes évidents de méfiance.Toutefois quand je lui ai répété votre charade que j'avais apprise, il a eu l'air mal à l'aise au point que j'ai d'abord pensé qu'il refuserait notre accord. Il affirmait qu'il avait des choses importantes à vous dire que vous n'aimeriez peut-être pas. Si je comprends bien, au point de peut-être renoncer à venir sur Velquesh avec le bracelet, même s'il était réparé.

Je me suis efforcé de le comprendre mais je n'y arrive pas. Le voici ci-après.OC4

-------------------------------

De : Jack Harkness / Harkness & Song

A : Otto Cormack 4

Objet : Message à faire suivre

Cher M. Cormack,

Voici le message que je destine à votre généreuse commanditaire. Je vous remercie de le lui faire parvenir et reste votre obligé.

J.H.

.°.

Chère Moneypenny,

Après tout ce temps, voilà que vous montrez le bout de votre nez !... J'avoue que la nouvelle a fait son petit effet. Je passerais sans doute pour un goujat si je vous disais que, passées les trente premières années, j'ai perdu tout espoir de vous revoir débarquer. Si on considère que j'ai maintenant quitté la Terre depuis plusieurs décennies, ok, je l'avoue, votre message m'a un peu pris au dépourvu...

Et ce n'est pas facile de prendre au dépourvu un type comme moi !

Vous l'avez pourtant fait une seconde fois en beauté, en me révélant que votre nom était Clara Oswin Oswald… En raclant les fonds de tiroirs de mes souvenirs londoniens d'un autre siècle lointain, il me semble bien que, plusieurs fois, je vous avais laissé l'occasion de me dire qui vous étiez. Et que votre « sœur » n'en était pas une.

Vous avez toutefois préféré me mentir sciemment à répétition. Et m'abandonner là-bas, alors que je n'aurais jamais dû m'y trouver et que j'aurais tout donné pour profiter de votre taxi de retour, vers l'époque où je vivais.

Maintenant que je sais de façon plus récente que vous êtes une compagne du 12e Docteur, je crois que je peux, si ce n'est comprendre tout au moins deviner, les raisons qui ont pu vous pousser à me taire une vérité que j'étais pourtant largement à même de capter vite, d'autant mieux que j'avais fréquenté le bonhomme…

Je ne sais pas quel sentiment vous pousse aujourd'hui à me proposer la réparation du manipulateur de vortex. Au hasard, la mauvaise conscience ? Cela ne vous coûte pas cher pourtant, car le Docteur me le reprendra dès qu'il le saura. J'en tremble de songer que c'était sans doute lui, votre « James » sur lequel je m'étais si longuement interrogé, avec une certaine frustration. J'admets que je suis un peu déçu car je trouve qu'il n'a pas la tête de l'emploi, mais ça ne me regarde pas.

Je suppose que vous avez certainement une image de moi plutôt déplorable si elle est alimentée par le Seigneur du Temps. Pourtant je ne comprends pas comment vos souvenirs ne vous disent pas que je ne suis pas aussi détestable qu'on aimerait vous le faire croire. Nous nous sommes fréquentés suffisamment de temps, quand vous ne vous faisiez pas appeler « Moneypenny », assez pour que vous deviez vous souvenir que je ne suis pas forcément toujours ni tout le temps, l'imbécile vaniteux et inconséquent qui fait ma réputation…

Alors pour compléter le reste du portrait, je me permettrai d'être brutal : apprenez qu'après votre « mort », un mauvais jour de décembre quelques années plus tard, je n'ai rien trouvé de mieux à faire que d'élever votre fils.

Je ne sais pas si vous voudrez plus d'information là-dessus. Mais si c'est oui, je crains que vous ne deviez faire avant toute chose, amende honorable auprès de moi.

Jack

PS : Super flippant. Plus je vous écris, plus je me remets à parler comme ce bon vieux Jackson Harker, ce qui me fait vraiment bizarre.

.°.

Clara se sentit atterrée par ce message et par la colère qu'elle devinait entre les lignes.Elle comprenait qu'il lui fasse durement savoir ce qu'il avait pensé de ses cachotteries et sans doute avait-elle mérité une part de son ressentiment légitime, si l'on se plaçait de son point de vue.

Mais pourquoi disait-il qu'il avait « élevé son fils » ? Son double était célibataire. Et elle l'aurait vu dans le petit garni de son Echo, s'il y avait eu la moindre trace indiquant qu'un enfant vivait là… Etait-il en train d'insinuer que par la suite, il avait continué à la voir, et qu'ils avaient eu… un enfant ensemble ?

Miséricorde ! Voilà un truc qui cotait sauvagement à l'échelle de Richter !

Jamais elle n'avait pensé une seule fois, depuis qu'elle savait qu'elle était entrée dans la ligne temporelle du Docteur, qu'elle avait pu avoir à chaque fois toute une vraie vie, avec mari, enfants et tout le toutim ! Honteuse, elle réalisait qu'elle ne s'était jamais imaginé son intervention pour contrer la Grande Intelligence que comme un « patch correctif », où des versions d'elle-même, auraient été spontanément suscitées pour intervenir au bon moment, et sauver les différentes incarnations du Docteur. Mais que devenaient-elles ensuite, et qu'avaient-elles fait avant ? Voilà une chose à laquelle, elle n'avait pas accordé une once de réflexion…

C'était vraiment perturbant de penser que son Echo et Jack aient pu être non seulement amants mais en plus parents ! Elle pouvait aisément comprendre qu'elle ait pu le trouver séduisant mais en toute honnêteté, elle n'arrivait pas à croire qu'un homme comme lui ait pu s'attacher à elle, au point de continuer à la fréquenter et même de prendre en charge l'éducation d'un enfant... Cela ne collait pas avec son personnage.

Bouleversée, elle tenta d'envoyer une réponse sur l'adresse d'Otto pour savoir si elle pouvait lui répondre par ce biais, puis elle alla chercher ses copies dans l'espoir un peu saugrenu de faire ce qui était prévu.

Sans nouvelles du Docteur, elle devait continuer sa routine habituelle. Qui savait quand il s'essaierait à faire une visite nostalgique devant ses fenêtres ?

Mais les mots dansaient devant ses yeux. Elle réalisait qu'elle ne voyait même pas les fautes que faisaient ses élèves. Elle posa alors ses copies de côté et se cacha le visage dans les mains.

.°.

 

HELEN MAGNUS ET WILL ZIMMERMAN

Dans les nouveaux locaux secrets et désormais souterrains de Sanctuary à Old City, Will était adossé rêveusement à un coin du bureau d'Helen noyé de bazar, tandis que celle-ci, debout devant une paillasse non loin de là, avait le nez sur son microscope. Ses longs cheveux bruns la dérangeaient pendant son observation et elle fit un mouvement pour les tresser sommairement afin de pouvoir regarder mieux l'échantillon qui se trouvait pris entre les deux lamelles de verre.

— Ces cellules sont bizarres, tu ne trouves pas ? Et des branchies comme ça, c'est la première fois que j'en vois !...

Le jeune homme aux cheveux châtains, bras croisés sur la poitrine et les yeux perdus dans le vague en une fausse contemplation d'un antique plésiosaure décorant le mur en face de lui, ne répondit pas.

— Dis donc, tu m'écoutes ? s'enquit-elle pour le tirer de son mutisme.

— Oui. En fait… Non, avoua-t-il un peu piteusement. J'ai reçu un appel bizarre d'une femme aujourd'hui.

— Tu n'es pas un peu grand, pour être encore troublé par la seule voix d'une femme au téléphone ? se moqua-t-elle gentiment. D'ailleurs, je croyais que ça allait bien entre Abby et toi ?

Il lui coula un de ses doux regards soucieux et un peu gênés qu'elle trouvait toujours si adorables. Elle avait toujours aimé sa bouille d'ange qu'il faisait tout pour viriliser tant bien que mal en la rendant rugueuse, mais sans complètement y parvenir.

— Ça va très bien entre Abby et moi, je te remercie. Fais voir ces cellules… Je rêve où il y a deux noyaux ?

Helen soupira, se redressa et se tourna vers lui, main sur la hanche.

— Bon, OK. Dis-moi ce qui ne va pas.

— Non, j'ai un peu honte, rechigna-t-il. Je crois que c'est un truc dont je devrais plutôt parler avec Henry.

— Tu sais, qu'il n'y a pas grand-chose qui me choque et que je te connais depuis que tu es petit…

Il resta là un peu obtus, à regarder obstinément ailleurs. Une moue résolue pinçait ses lèvres fines, mais cette résolution faiblissait sous l'impact d'un ressenti intérieur qui le chavirait.

— Depuis qu'on s'est parlé… je ressens… un truc, hésita-t-il. Rien qu'en entendant sa voix. Et je n'arrive pas à me la sortir de la tête !

— Un truc ? Un truc dans le genre… pulsion sexuelle ?

Il la considéra d'un air ahuri et puis fronça les sourcils.

— Quoi ? Ah, mais non, pas du tout ! Helen, vraiment bravo ! Je ne sais plus où me mettre maintenant…

Elle haussa une épaule et revint à son microscope dont elle changea le niveau de zoom.

— Je ne sais pas… Tu me dis d'abord que tu préfères en discuter avec un homme, puis tu as l'air troublé et maintenant carrément honteux… Qu'est-ce que tu veux que je pense ?

— Que Tesla a une sale influence sur toi ces derniers temps ? hasarda-t-il.

— Ne change pas de sujet… Comment s'appelle donc cette inconnue qui fait vaciller les sens du parangon de vertu qu'est Will Zimmerman ?

— Clara Oswald.

Helen lâcha son microscope pour regarder son ami et bras droit avec attention, en inclinant pensivement la tête sur le côté, une drôle d'expression lointaine peinte sur ses traits toujours jeunes.

— Quoi ? Tu la connais ? questionna-t-il avec une sorte d'espoir.

— C'est un nom qui me dit vaguement quelque chose. Je suis presque sûre que je l'ai déjà entendu quelque part… Tu as fait une recherche sur elle ?

— Non, pas encore, je suis venu directement ici.

— Et qu'est-ce qu'elle te voulait ?

— En fait, ce n'est pas moi qu'elle cherchait, mais toi.

— Moi ? Mais pourquoi tu ne l'as pas dit plus tôt ? Pourquoi ?

— Elle a dit que vous aviez un ami commun, qu'elle le recherchait, se demandait si toi tu aurais pu lui donner des nouvelles…

— Quel ami ?

— Elle a refusé de le dire au téléphone en prétextant qu'il était recherché.

La moue d'Helen était passablement dubitative et son regard disait assez qu'il devrait se montrer plus circonspect à l'avenir.

— Ça sent un peu le coup fourré, non ? fit-elle remarquer.

— C'est ce que j'ai pensé, alors je l'ai un peu testée sur deux ou trois mots-clés.

— Et ?

— Et ça n'a rien donné. Elle ne connait pas nos activités précisément, reconnut-il. Et quand je lui ai proposé qu'on se voie, elle a eu l'air surprise et n'a pas sauté sur l'occasion.

Le sourire de l'immortelle s'élargit et elle lui envoya une bourrade dans les côtes, dont il se défendit faiblement en faisant écran avec ses bras.

— Will, est-ce que tu crois toutes les femmes ont envie de "sauter sur ton occasion", parce que tu le leur proposes ? Enfin, sans t'avoir vu avant, bien sûr ?

Il lui décocha un regard noir.

— Je pense que c'est plutôt parce qu'elle est anglaise. Je l'ai reconnu à son accent et elle a admis qu'elle vivait à Londres. Ce n'est pas exactement la porte à côté.

Helen lui adressa un petit sourire assez maternel puis attrapa son ordinateur portable pour venir s'installer plus confortablement à son bureau et pianoter une recherche.

— Alors, chantonna-t-elle en faisant mine de ne pas le regarder tout en faisant voler ses mains sur le clavier. Qu'est-ce qu'on a sur cette troublante sujette britannique… Clara Oswald ? Oh, ça va te plaire… Elle est professeur dans un collège à Londres... Son profil social dit qu'elle est célibataire… Mhh, assez mignonne. Tu veux voir ?

Sans se retourner, il fit son ourson mal léché et ne se bougea pas d'un pouce.

— Ah ça, par contre, ce n'était pas prévu ! laissa tomber Magnus en changeant soudain de ton.

Will n'y tenant plus, fit le tour du bureau pour venir près d'elle et se tuer les yeux, lui aussi, l'écran haute définition aux caractères minuscules.

— Il y a un dossier d'archive interne ? s'étonna-t-il en voyant l'information clignoter en pointant vers leur intranet.

— Oui !… C'est peut-être pour ça que son nom m'est familier...

Helen était entrée dans la base de données et parcourait un document avec attention.

— Et qu'est-ce que ça dit ? demanda le jeune homme dévoré de curiosité.

— Oh, mon Dieu ! s'exclama-t-elle avec un air bizarrement joyeux.

— Mon dieu quoi ?! Qu'est-ce qu'il y a ?

Helen Magnus le regarda en éclatant de rire et tourna l'écran vers lui pour qu'il puisse lire le contenu. Le jeune homme fronça les sourcils face à la mauvaise qualité de l'acte manuscrit.

— C'est un dossier d'adoption datant du... 19e siècle ?…Bla bla bla… Parents : Helen Magnus et… Jackson Harker ?! Qui c'est ce mec ?

— Continue… l'encouragea-t-elle.

— Non, mais… attends, tu as été mariée après Druitt ?

— Plusieurs fois, mon cher. Continue, je te dis.

Le jeune homme la lâcha des yeux à regret, avec une expression suspicieuse qui signifiait qu'il n'allait pas lâcher l'affaire, et revint vers le document scanné à demi effacé qu'il lisait avec un peu de difficulté dans l'écriture cursive manuscrite où il était rédigé.

— Bla bla bla… enfant de sept ou huit ans répondant au nom d'Arnold… Zimmerman ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Helen ?...

Elle fit un petit mouvement de la main pour lui indiquer de poursuivre et il obtempéra.

— Nom de la mère décédée… Clara Oswald ? Mais c'est une blague ?

— C'est officiel, lâcha-t-elle avec un sourire diabolique. Tu craques pour ton arrière-arrière-grand-mère.

.°.

 

Laisser un commentaire ?