Tevinter Slave

Chapitre 10 : Le Secret

3698 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 08/01/2026 03:50

L’air sentait le sel et le goudron brûlé des torches. Sur les quais, les cordages craquaient au rythme des vagues, et le bois des planches gémissait sous le poids des caisses. La rumeur que Maryse avait surprise au marché ce matin-là s’avérait être exact. Il y avait bien une transaction d’esclave dans Dock Town et Leda avait décidée d’aller y jeter un œil pour deux raisons : la première parce qu’elle détestait l’esclavage, la deuxième parce que les Venatori serait impliqué. Et chaque activité du culte découvert la rapprochait d’une preuve contre Magister Gereon Alexius.


L’elfe se tenait immobile sur la poutre d’un entrepôt surplombant le quai. De là, elle voyait tout : les torches, les gardes, l’équipage, le chef à la voix rauque qui surveillait la cale du navire. Dix hommes, des mercenaires accompagnés de deux mages Venatori. La cale verrouillée par un sceau magique grossier. Ses yeux argentés, invisibles dans la pénombre, fixaient chaque détail, enregistrant le moindre mouvement comme on inscrit une vérité dans la pierre.


Plus bas, une silhouette avançait. Grande, droite, déterminée. Le pas lourd de la prothèse marquait un rythme discret sur le bois humide. Elle s’arrêta à quelques mètres sous Leda, juste assez pour rester dans l’ombre. Sa voix froide fendit l’air dans un chuchotement à peine perceptible sans non plus attendre de réponse car elle ignorait en réalité si l’Ombre était présente ou non:


-         J’imagine que tu as déjà compté les torches.


Un silence suspendu. Puis, une réponse venue d’en haut, brève, tranchante:


-         Dix mercenaires. Deux Cultistes. La cale est verrouillée par un sort.


Neve releva à peine le menton, ses lèvres dessinant un sourire presque imperceptible. S’était devenu une habitude. Une habitude qu’elle détestait aimer.


Sur le navire, le chef donna un ordre. Deux hommes ouvrirent la cale. Le grincement du bois résonna, puis vint le tintement sec des chaînes. Des silhouettes maigres, effrayées, furent poussées hors de l’ombre, les yeux brûlés par la lumière. Esclaves. Marchandise.

Neve serra les poings. Elle n’attendit pas plus longtemps. Mais ce fut l’elfe qui donna le signal. La première flèche jaillit, sifflant dans la nuit. Elle transperça la main du chef et la cloua contre la rambarde. Le cri du chef, la main transpercée, résonna comme un signal de guerre. D’un seul coup, la quiétude feinte du quai se brisa. Les torches basculèrent, les caisses volèrent, les hommes jurèrent en dégainant leurs lames.


La deuxième flèche de Leda fendit déjà l’air. Elle atteignit un archer qui levait son arc, l’empêchant de tirer. L’homme bascula en arrière, le souffle coupé, avant même d’avoir compris d’où venait le coup.


Sur le sol, Neve avançait avec la précision glaciale d’un prédateur. Ses yeux sombres brillaient de détermination, ses doigts traçaient des arabesques rapides dans l’air. La magie du froid s’y engouffra aussitôt : un vent hurlant s’éleva, rabattant la brume de la mer

contre les torches, les étouffant dans une pluie d’étincelles.


-         Tuez-les ! hurla un Venatori, levant les bras pour contrer le sort de Neve.


Mais il n’en eut pas le temps. Leda, perchée dans les hauteurs, lâcha une volée de trois flèches rapides, chacune trouvant sa cible avec une précision chirurgicale: un cœur, une gorge, un genou. Les corps s’effondrèrent dans un bruit sourd. Au même moment, deux hommes foncèrent sur Neve, lames levées. Elle ne recula pas. Un sourire sec fendit ses lèvres:


-         Mauvaise idée.


Elle abaissa brutalement les mains. Le sol gela sous leurs pieds. Le premier s’étala lourdement, glissant comme sur un miroir, et Neve fit jaillir une pique de glace du plancher qui le transperça de part en part. Le deuxième tenta de la contourner, mais une flèche jaillit de l’ombre et le frappa à la cuisse, l’immobilisant. Neve termina d’un revers givré qui éclata son arme en morceaux.


Le chaos s’amplifia. Les esclaves, encore enchaînés, criaient à moitié, incapables de fuir. Les torches tombaient dans l’eau, plongeant le quai dans un clair-obscur inquiétant. Le Venatori survivant rugit et lança un projectile enflammé. Leda, sur sa poutre, vit la trajectoire. Une fraction de seconde avant l’impact, elle bascula de côté et le feu embrasa le bois à l’endroit précis où elle se tenait. Son manteau effleura les flammes mais elle retomba déjà sur une autre poutre, arc bandé, flèche prête. Elle tira. La flèche heurta la gorge du mage et le fit reculer dans un gargouillis, le feu s’éteignant aussitôt avec lui.


En bas, la détective respirait fort, sa peau perlant sous la lueur des flammes. Ses mains glacées claquaient l’air comme des chaînes, et chaque claquement figeait un homme, cassait un os, ou glaçait un souffle. Le dernier groupe d’hommes tenta une fuite précipitée, tirant une barque à l’eau. Trop tard. Neve souleva ses bras dans un geste brutal : la mer elle-même sembla obéir. Une vague gelée monta, s’écrasa contre l’embarcation et la scella sous une croûte de glace. Leda, d’un tir sec, acheva l’un des fuyards d’une flèche dans la nuque. Les autres tombèrent dans l’eau glacée, luttant en vain. Et enfin, le silence retomba. Seulement brisé par le gémissement du bois qui brûlait et le cliquetis des chaînes que les esclaves agitaient dans la cale du navire.


Neve monta sur la passerelle. L’air empestait la sueur et la peur. La trappe menant à la cale brillait d’un faible halo verdâtre : un sceau magique de faible niveau, mais assez solide pour empêcher un prisonnier de fuir. Elle posa la paume contre le bois. Une onde glaciale se diffusa, et dans un craquement sec, les runes se fissurèrent puis éclatèrent comme du verre brisé.


La trappe s’ouvrit avec un grincement lugubre. Une odeur suffocante remonta aussitôt : humidité, chaînes rouillées, corps entassés. Les yeux de la mage s’assombrirent. Elle descendit lentement l’échelle. Dans la pénombre, des dizaines de paires d’yeux luisants la fixaient. Des elfes. Hommes, femmes, enfants, tous recroquevillés, maigres, terrorisés. Les chaînes entravaient leurs chevilles et leurs poignets. Un silence pesant régnait, celui de ceux qui n’espèrent plus rien. Neve inspira profondément. Sa voix, ferme et dure, fendit l’air:


-         Vous êtes libres maintenant.


Elle fit claquer ses doigts, et la glace se répandit le long des chaînes, les rendant si fragiles qu’un simple mouvement suffisait à les briser. Les anneaux tombèrent un à un, dans une symphonie métallique. Un vieil elfe leva les yeux vers elle, incrédule. Un enfant serra la main de sa mère, hésitant à bouger.


-         Dirigez-vous vers la statue qui surplomb les bâtiments, reprit Neve, son ton sans appel. Un homme du nom de Tarquin vous escortera en lieu sûr et vous aidera à fuir Tevinter. Dites-lui que Gallus vous envoie.


Certains hochèrent la tête. D’autres restaient figés, comme incapables de croire que c’était réel. Une mage Tévintide qui les libèrent… c’était inusité. Mais l’urgence brûlait encore dans les yeux de Neve. Elle ne se donna pas le luxe de la tendresse. Seulement de l’efficacité.


À l’autre bout du navire, invisible dans la nuit sans lune, Leda avançait sans bruit. Ses pas effleuraient le bois comme une ombre portée. Le chaos du combat n’avait pas attiré l’attention ici : les quartiers-maîtres sentaient encore l’encens bon marché et l’encre fraîche. Elle entrouvrit la porte et entra. Pas besoin de fouiller longtemps : les Venatori étaient méthodiques, presque arrogants. Toujours les mêmes cachettes, les mêmes rituels de classement. Un coffre. Fermé, mais sans piège. Elle crocheta la serrure en un battement de cœur.


À l’intérieur : des registres. Elle les feuilleta rapidement. Noms, sommes, destinations. La transaction de ce soir, méticuleusement consignée. Chaque détail y figurait. Mais… aucun lien vers le commanditaire. Aucune mention de Alexius. Il était trop intelligent pour ça. Il coupait toutes les pistes, laissait des pions se salir les mains. Leda le pistait depuis des mois, c’était sa signature, elle le reconnaissait, mais comme toujours, rien qu’elle ne pouvait utiliser pour le prouver. Elle jura à voix basse, un souffle qui se perdit dans les planches :


-         Merde.


L’elfe refermait doucement le coffre lorsqu’un léger craquement retentit derrière elle. Elle n’avait pas besoin de se retourner. Le rythme métallique et irrégulier sur les planches trahissait l’identité de la nouvelle arrivée. La détective s’était arrêtée dans le cadre de la porte, son manteau assombri par les volutes de fumée des torches encore mourantes. Elle ne s’avança pas plus loin. Leda savait qu’elle respectait ainsi ce besoin de distance, ce secret auquel l’Ombre s’accrochait. Le silence pesa quelques secondes. Puis la voix de Neve fendit l’air, basse mais tranchante:


-         Les documents ne mentionnent pas Alexius.


Leda, penchée sur les registres, resta immobile. Ses doigts fins glissèrent sur le papier avant qu’elle ne le referme. Neve ne posait pas une question, elle avait déjà compris. Mais elle répondit quand même sans détourner les yeux, le ton froid, sec:


-         Non.


-         Les esclaves portaient la marque de sa Maison. Mais… ajouta Neve.


Elle releva la tête, le regard vers l’ombre ou se trouvait Leda.


-         Si son nom et son sceau ne figurent pas sur les documents de transfert, il pourra prétendre que c’était un vol. Une cargaison subtilisée à son insu.


Neve serra les dents. Sa main se crispa sur le chambranle de la porte. Leda hocha la tête et reprit d’une voix basse :


-         Et le Magisterium le croira. Parce que c’est un Magister et sa voix compte plus que la tienne et la mienne.


La pièce sombra dans un silence glacé. On n’entendait plus que le bruit lointain des vagues contre la coque, et les chaînes brisées qui s’entrechoquaient encore dans la cale.


Neve, figée dans l’embrasure, observait cette silhouette qui refusait de se tourner vers elle. Elle sentit une frustration sourde monter en elle, pas contre Leda, mais contre un empire bâti sur des mensonges qu’aucune preuve ne semblait jamais atteindre.


-         Ça fait des mois qu’on cherche à le coincer, Leda.

 

-         Ouais. Et cet enfoiré s’en tire à chaque fois. Je crains le pire pour Minrathie, Neve.


Neve acquiesça, elle combattait le culte à chaque semaine, elle détestait ces mages du sang et leurs magies démoniaques. Puis, elle se détourna ensuite de la porte, ses pas la menant vers les quais assombris. Elle voulait laisser à Leda le choix de disparaître comme elle le faisait toujours, avalée par la nuit. Mais le bruit sec d’une planche pourrie, suivi d’un fracas d’éclaboussures, la figea net. Elle se retourna d’un coup, le cœur battant. L’eau s’était agitée à l’arrière du navire, luisant de vagues reflets sous la lueur mourante des torches.


-         Leda? lança-t-elle, la voix plus forte que prévu.


Silence. Son souffle s’accéléra. Elle fit quelques pas vers le bord, scrutant la surface sombre. Rien. Aucune silhouette. Pas un mouvement.


-         Leda! répéta-t-elle, plus fort, presque un ordre.


Toujours rien. Un nœud d’angoisse se serra dans sa poitrine. Leda savait tout faire, n’est-ce pas? Lire une salle en un battement de cils, frapper une cible dans l’ombre, disparaître comme si elle n’avait jamais existé… Elle devait savoir nager. Bien sûr qu’elle savait. Mais pourquoi ne remontait-elle pas? Pourquoi ne répondait-elle pas?


-         Venhedis, Neve jura, un mot âpre entre ses dents.


Son regard glissa sur sa prothèse, ce métal froid qui pesait déjà trop sur la terre ferme. Dans l’eau, ce serait pire. Sa gorge se noua. Mais elle n’hésita pas longtemps. Elle arracha son manteau blanc, le jeta sur les planches détrempées. L’air glacé mordit ses bras. Puis elle plongea.


Le choc de l’eau fut brutal. Sa poitrine se contracta aussitôt, la morsure du sel et du froid lui coupant le souffle. Ses yeux s’ouvrirent dans l’eau sombre. Rien qu’un voile noir, percé de lueurs diffuses venues de la surface. Mais elle cherchait. Elle fouillait. Son cœur tambourinait dans ses tempes. Chaque seconde où elle ne voyait pas Leda lui faisait craindre le pire.


-         Putain… t’es où… pensa-t-elle, ses poumons brûlants déjà en manque d’air.


Un éclat argenté traversa soudain son champ de vision; son armure, peut-être? Non, des cheveux, une silhouette indistincte, happée par les remous sous la coque. Neve étendit la main, nageant de travers pour compenser la traction de sa jambe de métal. Ses doigts effleurèrent quelque chose, un tissu, une épaule, froide et trop immobile. Elle la saisit de toutes ses forces et tira.


Neve jaillit hors de l’eau dans un bruit d’éclaboussures, tirant Leda contre elle. Sa gorge se déchira d’une inspiration douloureuse, l’air glacé brûlant ses poumons. L’elfe, elle, resta inerte, ses cheveux collés à son visage pâle. Sa cape avait sombré dans les profondeurs, arrachée par les courants.


-         Respire… putain! grogna Neve entre ses dents.


Pas le temps de réfléchir. Pas le temps de s’attarder sur ce qu’elle avait vu, ou pas vu. Le rivage. Il fallait atteindre le rivage. Sa jambe de métal la tirait vers le fond comme une ancre maudite. Chaque battement de bras était une torture, chaque mouvement une lutte contre l’eau noire qui s’acharnait à les engloutir toutes les deux. Elle serra plus fort Leda contre elle, son poids étonnamment léger, trop léger, presque irréel, facilitait l’opération de sauvetage.


-         Dumat, merci… pensa Neve. Si tu avais été humaine, je n’aurais jamais pu…


Ses muscles hurlaient. La fatigue menaçait déjà. Mais elle s’acharnait, battant furieusement des jambes, traînant son fardeau vivant vers la lueur tremblante des torches au quai. Chaque vague lui cognait le visage, chaque remous cherchait à lui arracher l’elfe des bras. Enfin, ses doigts heurtèrent une planche, puis la pierre glissante du quai. Dans un effort désespéré, elle hissa la jeune femme sur les rochers humides, sa propre poitrine heurtant le bois dans un craquement douloureux.


Leda roula sur le dos, immobile, ses lèvres entrouvertes, l’eau coulant encore de ses cheveux. Neve se jeta à genoux à côté d’elle, l’eau dégoulinant encore de ses cheveux noirs, sa chemise plaquée contre sa peau glacée. Son cœur battait à s’en rompre. Elle posa aussitôt les mains sur la poitrine immobile de l’elfe, l’adrénaline prenant le dessus.


-         Non, non, non… pas comme ça…


Elle appuya, pressa, ses gestes brusques mais maîtrisés. Son souffle s’accélérait, ses mains tremblaient. La panique montait d’une seconde à l’autre, chaque instant de silence lui déchirant les nerfs.


-         Tu vas respirer, merde! cria-t-elle presque, sa voix brisée par la peur.


Et soudain, un sursaut. Leda se cambra, cracha une gerbe d’eau salée, ses lèvres cherchant l’air comme une noyée arrachée aux abysses. Sa poitrine se souleva dans un spasme douloureux, ses doigts fins griffant la pierre froide du quai.


Neve retira ses mains d’un coup, le soulagement violent la laissant tremblante. Elle bascula en arrière, inspirant profondément, son front gouttant encore d’eau, ses yeux fixés sur la petite elfe qui reprenait enfin conscience.


Leda resta allongée quelques secondes, haletante, le souffle encore haché par l’eau qu’elle avait avalée. Sa poitrine se soulevait rapidement, et ses yeux argentés, encore voilés, cherchaient à retrouver leurs repères dans la nuit. Puis, lentement, elle tourna la tête vers Neve. La mage, trempée, ses cheveux noir collés à son visage, la fixait encore avec des yeux agrandis par la peur et l’adrénaline. La jeune femme se surprit à fixer la détective un peu trop longtemps. Elle cligna des yeux. Sa voix, faible mais claire, finit par percer le silence :


-         Pourquoi t’as fait ça?


Neve fronça les sourcils, presque incrédule.


-         Pourquoi je t’ai sauvée?


Leda inspira difficilement, puis souffla d’un ton presque mécanique, comme si elle énonçait un résultat d’équation :


-         Les probabilités de survie n’étaient pas en ta faveur. 57% de chance de couler avant de me trouver. 24% de ne jamais me repérer dans cette visibilité. 19% de te noyer en essayant de me tirer hors de l’eau avec ta tenue.


Elle évita de nommer la prothèse, la rangeant sans distinction dans la catégorie des « vêtements et accessoires ». Ses yeux s’étaient fixés dans ceux de Neve, impassibles, presque durs.


-         C’était risqué. C’était stupide.


Les mots tombèrent nets, secs. Pas de reproche dans son ton, seulement une constatation, froide, logique, qui démontrait que Leda positionnait sa vie après celle des autres. Neve, trempée et encore haletante, sentit une émotion étrange lui serrer la gorge. Pas contre l’elfe, mais contre la manière désincarnée dont elle réduisait tout ça à des chiffres. Alors qu’elle, elle avait senti sa poitrine se fendre de peur en plongeant.


-         C’est ta manière de dire merci? souffla-t-elle, la voix basse, tremblante d’émotion.


Leda porta instinctivement une main tremblante à ses épaules. Sa cape… disparue. Engloutie par les flots. Son cœur s’accéléra brutalement. Elle se redressa à moitié, les cheveux argentés collés à son visage, ses vêtements trempés épousant sa silhouette. Et surtout… ses oreilles pointues, sans la moindre dissimulation. Son identité nue, exposée au regard de Neve.


La panique la saisit d’un coup, glaciale, plus brutale que l’eau. Elle recula légèrement, ses yeux courants partout, comme un animal traqué. Être vue ainsi, c’était dangereux. Trop dangereux. Un seul mot, une seule rumeur, et sa vie entière, et celle de sa famille aussi, pourrait s’effondrer.


Mais Neve ne dit rien. Pas un froncement de sourcil, pas une crispation de dégoût. Pas cette lueur qu’elle avait vu tant de fois dans les yeux des humains lorsqu’ils regardaient un elfe. Neve la regardait seulement, trempée, haletante, vulnérable, et ses yeux n’exprimaient rien d’autre qu’une inquiétude brute. Elle tendit la main, sans hésitation.


-         Viens. Sa voix était basse, ferme, mais pas autoritaire. Mon appartement n’est pas loin. Si on reste trempées ici, on va finir en hypothermie.


Leda resta immobile, ses yeux accrochés aux siens. Elle scruta le visage de la détective, chaque détail : la tension de sa mâchoire, le frisson dans sa voix, la sincérité nue dans son regard sombre. Elle chercha un signe. Un mensonge. Un piège. Rien. Tout ce qu’elle trouva, c’était une vérité implacable.


Contre toute attente, Neve n’était pas choquée. Ni curieuse. Ni intéressée à marchander ce secret. Elle était simplement… sincère. Alors, lentement, hésitante, Leda leva sa main tremblante. Ses doigts froids et humides se posèrent dans la paume de Neve. Un contact bref, mais lourd de sens. Et pour la première fois depuis longtemps, elle choisit de faire confiance.

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