Une histoire de sorcières par

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Univers Parallèle / Fantastique / Romance

5 Chapitre 5

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Chapitre 5


Situé en plein centre du quartier de la Croix-Rousse, l’appartement de Flanna donnait sur une cour privée à l’arrière d’une large barre d’immeuble. La sorcière n’avait pas choisi cet emplacement par hasard. La Croix-Rousse était le quartier de Lyon accueillant la plus forte concentration de sorciers de la ville. L’arrondissement Lyonnais était connu pour être une ville dans la ville. Il regroupait nombre de commerces indépendants aux couleurs diverses et variées. Ils vendaient tour à tour des produits alimentaires, des vêtements, des fleurs, ou encore des instruments de musique. Si bien qu’on pouvait trouver tout ce que l’on cherchait sans avoir à descendre dans les méandres de Lyon. La majorité des sorciers vivant à Lyon ne connaissait que la Croix-Rousse et ne prenait pas le risque de s’aventurait dans les méandres de la ville.  


Depuis son arrivée à Lyon, Lysandra avait radicalement changé de vie. Dans l’objectif de rapidement gagner de l’argent pour pouvoir demander la garde son petit-frère, elle avait cessé ses études et travaillait désormais dans un supermarché dans le centre de Lyon. A la place d’écrire sa thèse sur les acteurs de l’Inquisition, elle s’occupait de scanner et ranger les produits d’un petit supermarché dans le centre-ville. Cette nouvelle vie ne l’enchantait guère mais elle devait s’en accoutumer car elle était la nouvelle cheffe de famille et que son petit frère comptait sur elle.  


Après chaque journée de travail, Lysandra marchait le long des quais de Saône pour se nourrir des quelques plans d’herbes qui étaient mise à disposition de la population. Ce jour-là, elle s’était décidée à rejoindre directement la Croix Rousse pour rentrer chez Flanna. Elle était épuisée plus que d’ordinaire après avoir dû s’occuper d’une vieille dame particulièrement exigeante. Alors qu’elle se dirigeait dans la direction de l’appartement de sa tante, Lysandra s’arrêta. Elle avait besoin de temps pour se préparer à affronter la voix déliée de Flanna. Finalement, elle se décida à s’assoir sur un banc dans un petit parc qui offrait une vue imprenable sur la troisième plus grande ville de France. Les lampadaires s’allumaient peu à peu alors que tombée la nuit. Les milliers de lueurs semblaient être des étoiles éclairant un monde parallèle.  


Mais ce n’était pas le cas, elles mettaient en lumière l’ampleur de l’urbanisation de Lyon qui volait chaque jour de nouveaux espaces à la nature. Définitivement, tout la répugnait dans cette ville : entre son travail où elle était obligée de sourire à de parfaits étrangers qui daignait à peine la regarder et la Capitale des Gaules qui était emmuré par le béton. Cet environnement individualiste ne laissait aucune place à la beauté de la nature. Seules quelques mauvaises herbes arrivaient à se faufiler entre les dalles de la ville, tandis que les arbres récupéraient les chewing-gums des passants et l’herbe se faisait recouvrir par des détritus.  


- Attention ! » Cria une voix masculine avant de s’écraser devant elle. Lysandra releva ses jambes et commença à s’éloigner de l’homme qui venait de tomber de tout son long. 


- Hé ! Non mais je rêve ! Vous ne pouvez pas fuir comme ça après que je me sois écrasé juste devant vous. » S’exclama l’inconnu alors que Lysandra continuait à s’éloigner, feignant de ne rien entendre.  


La sorcière n’avait pas l’intention de s’immiscer dans la vie d’un inconnu qui était incapable de marcher droit devant lui. Alors qu’elle s’éloignait de lui, il la rattrapa par la main et l’obligea à lui faire face. Lysandra resta sans voix face au jeune homme qui se tenait face à elle. Etonnement, il n’était pas du tout le vieillard qu’elle avait imaginé deux secondes auparavant. Il devait avoir dans la trentaine, ses longs cheveux noirs retombaient sur ses épaules alors que sa barbe achevée de lui donner une allure de brun ténébreux. Il aurait pu réveiller les hormones de la jeune femme si sa chemise à carreau rouge et son pantalon kaki rentrait dans ses rangers ne lui donnait pas l’allure d’un bûcheron. Lysandra ne put s’empêcher de laisser échapper un rire moqueur.   


- Je vois. Ça t’amuse de regarder quelqu’un tomber ? Tu es une personne horrible. »  


- Je sais. » Répondit-elle avec un petit sourire. « Vous voulez me faire un sermon, où je peux partir ? Je n’ai pas de temps pour vos états d’âmes. » Dit-elle avant de retirer violemment sa main.   


Soudain le temps s’embruma, des nuages gris s’amoncelèrent dans le ciel et l’orage commença à gronder. « Fais chier ! » Lâcha Lysandra en s’éloignant du jeune homme. Elle devait prendre ses distances avec la source de son agacement. Depuis son arrivée à Lyon, la jeune femme perdait peu à peu son emprise sur ses capacités et le décès de sa mère, qui était la seule à réussir à la calmer, n’aidait pas à la rassurer sur son avenir de sorcière.  


La porte rouge de l’appartement de sa tante était grande ouverte quand Lysandra arriva finalement chez elle. Elle laissa tomber son sac avant d'entendre des bruits dans la bibliothèque. La jeune femme se rapprocha de la pièce à pas feutrée jusqu’à apercevoir un jeune homme fouiller dans les livres de Flanna. Lysandra sortit de l’ombre et avança jusqu’à l’inconnu pour lui retirer les livres qu’il avait dans les mains.   


- Qui êtes-vous ? » Crachat-elle   


- Et toi, qui es-tu ? »   


- Vous êtes chez moi alors je pose les questions avant. » Dit-elle en reprenant un à un les livres qu’il tenait dans la main. « Comment avez-vous eu les clés ? Personne ne vous a appris à ne pas rentrer chez quelqu’un lorsqu’il est absent ? »  


- On va se calmer ma chérie. Je repasserais quand Flanna sera là, elle ne m’avait pas dit qu’une cinglée vivait chez elle. »   


- Lysandra, je m’appelle Lysandra. Bouge de là, maintenant. » Ajouta-t-elle en posant ses mains remplis de livres sur ses hanches, espérant que ça lui donne l’air plus féroce.   

Pour toute réaction, le jeune homme se contenta de ricaner en quittant le salon. Lysandra posa les livres sur une table de chevet et se laissa tomber dans le vieux canapé en cuir. Ses jambes commencèrent à taper violemment les coussins qui ornaient le canapé jusqu’à ce que la voix fluette de sa tante emplisse l’appartement.   


Elle devait quitter cet endroit au plus vite, avec son petit frère. D’ailleurs, elle avait tout prévu. Bien que son travail dans le supermarché ne lui rapporte pas beaucoup, dans quelques années elle aurait assez économisé pour pouvoir envisager de louer un petit appartement au village. Elle pourrait trouver un travail dans les espaces verts de la Mairie ou tout autre chose qui lui permettrait de ressentir à nouveau la douceur de l’herbe et des fleurs. Le temps qu’elle puisse trouver les financements pour s’éloigner, Léon serait devenu assez âgée pour pouvoir remettre en cause le testament. Si elle s’en tenait strictement à son plan, elle devait tenir 4 ans, 5 ans tout au plus.  


- Où est Léon ? » Demanda Aurore en se redressant pour apercevoir sa tante, sa crinière rousse rehaussé d’un nouveau chapeau à plume.   


- Nous avons été acheté une glace et il en avait plein les mains alors il se les lave. T’as journée s’est bien passée ? »   


- J’ai dit “bonjour” 114 fois et “au revoir” 63 fois mais je n’ai reçu aucun sourire en retour, j’ai porté 203 kilos de courses et, alors que ma journée était terminée, un sale petit con était en train de fouiller dans tes livres. »  


- Keren était ici ? Je lui avais dit de passer pour récupérer un livre mais je ne pensais pas qu’il viendrait aussi tôt. » Soudain, elle se leva et commença à fouiller dans sa bibliothèque, envoyant valser certains livres en l’air. « C’est un bon garçon, un grand sorcier ! Il étudie les sciences ou autre chose, mais en rapport avec les sciences, c’est une certitude. C’est un télékinésiste de talent ! Une fois, je l’ai vue contrôler... Lysandra ? » Demanda Flanna après s’être retournée. Sa nièce ne l’écoutait plus, son visage était tourné vers le petit garçon à l’uniforme vert.  


- Je peux savoir pourquoi est-ce qu’il porte l’uniforme de l’école de la magie ? » Demanda Lysandra en pesant chacun de ses mots. Son calme apparent cachait la tempête qui s’emparait d’elle. « Maman voulait que nous vivions avec les humains. »


- Les humains n’ont fait que le marginaliser, c’est ce qu’ils font dès qu’une personne est différente. Ton petit frère mérite la meilleure éducation qui soit pour pouvoir apprendre à développer ses capacités. L’école de la magie de Lyon est parmi les meilleures et ce ne serait pas l’aider que lui refusez cette possibilité. T’as mère aurais compris. »


- Depuis combien de temps tu n’as pas été en contact avec elle ? Maman ne voudrait pas ça. »


- Peut-être mais je suis la tutrice de Léon. Désormais, c’est moi qui prends les décisions. »  


- Putain de haine entre sorciers et humains ! Vous faites chier ! » S’exclama Lysandra avant de monter pour s’enfermer dans sa chambre.  


Flanna éduquait Léon comme bon lui semblait, balayant les volontés de sa mère. Le pire, c’était que Lysandra n’avait aucun droit de protester car sa tante était légalement la tutrice de son petit frère. Tout ce qu’elle avait connu disparaissait trop rapidement. Ses émotions étaient sens dessus dessous. Ses ressentiments envers sa tante se mêlée à ceux de la nature qui l’entourait.  


Depuis sa naissance, elle avait la capacité de ressentir les émotions de chaque plante, chaque arbre, chaque fleur qui l’entourait. En vivant à la campagne, elle avait grandi dans un environnement où les humains respectaient la nature. Elle n’avait encore jamais vécu dans un endroit où elle était meurtrie. La colère et la peur qui les envahissaient impacter la jeune femme. Pour la première fois de sa vie, la sorcière perdait le contrôle de ses émotions et personne n’était en capacité de l’aider. D’ordinaire, c’était sa mère qui lui avait appris à dompter ses pouvoirs, mais ce n’était plus le cas aujourd’hui. Elle se retrouvait totalement démunie dans une situation inconnue.  


La mort de sa mère avait été l’élément déclencheur de sa situation. L’omniprésence de l’être humain et l’absence de nature qui amplifiait chaque jour ce phénomène. L’impuissance de l’herbe sur le point d’être coupé, la rage des arbres que l’on coupe pour construire un nouvel immeuble. Ces sentiments dévastateurs s’abattaient sur elle comme un tsunami ravageant tout sur son passage. Soudain, la barrière qu’elle s’était créé craqua. L’ensemble de la nature Lyonnaise et de ses environs l’envahirent. Elle tomba lourdement par terre, incapable de se tenir debout.  


Lysandra sentit un homme lui attraper la jambe, il la maintenait fermement avant d’allumer sa tronçonneuse d’un geste de la main et de commencer à lui couper la jambe. La douleur l’envahit, elle commença à se débattre mais sans succès lorsqu’une autre main vint l’attraper par les cheveux pour les lui couper. De vitesse, le ciseau se rata plusieurs fois et du sang coula le long du front de Lysandra. Un coup de pelle dans le ventre lui arracha un nouveau cri de douleur.  


La jeune femme absorbait la douleur, la peur, le désespoir et la tristesse de l‘ensemble des végétaux qui l’entourait. A quoi cela serait-il d’avoir un nom pour être immédiatement coupé ? Pourquoi la vie avait-elle fait en sorte qu’elle soit totalement soumise aux désirs des humains ? Elle n’était qu’herbe, fleurs, arbres qui étaient coupé sans foi ni loi ? Elle était sans importance, arraché à sa terre natale pour être planté dans un pot et laissé mourir de soif. Elle avait tellement soif, pourquoi personne ne lui donnait de l’eau ? Dans peu de temps elle mourrait, elle se sentait plonger dans le noir...

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