Zoomorphic - Wolves & Wendigos
Les jours s'enchaînaient et se ressemblaient un peu trop à mon goût. En effet, chaque jour commençait de la même manière - par une petite séance de sport de ma part - puis, il se poursuivait par les cours - là ça allait - et je finissais par rentrer chez moi. Heureusement, j'avais vraiment commencé à sympathiser avec mes nouveaux condisciples - surtout Max, Gisèle et Aaron - tout en évitant au maximum le cas social du bahut. Heureusement, l'attrait qu'il devait ressentir - pour peu qu'il ressente des choses pour une victime potentielle - s'était évanoui assez rapidement et il avait arrêté de me faire chier. Maintenant, je n'avais pas un bonjour ou une remarque. Bon, il fallait reconnaître qu'il ne s'était plus pointé au lycée non plus - c'est clair que ça aide. Mais d'un autre côté, je m'étais de plus en plus rapprochée des autres et surtout de Max. Je ne savais pas ce que je devais en conclure - gentillesse ou intérêt - mais je me sentais en confiance. La présence quasi constante de Gisèle et Aaron empêchait que Max ne fasse quoique ce soit - si il y avait quelque chose. La grosse différence venait du fait que désormais, nous avions échangé nos numéros de téléphone. Cela avait d'ailleurs beaucoup rassuré Maman que je me fasse des amis aussi vite - Papa aussi mais lui, il n'en doutait pas. Et pourtant, en ce samedi matin qui avait lieu juste après ma semaine de rentrée, il y eut une énorme différence. En effet, je devais accompagner mon père au supermarché pour remplir le frigo et acheter un cadeau pour le soir. En effet, nous avions été convié par Suzanne à dîner chez elle en compagnie de son grand-père.
- La liste, c'est ok ! dis-je à mon père en la montrant. Le chéquier ?
- C'est prêt ! répondit mon père en le montrant.
- La carte de réduction ? demandai-je ensuite.
- J'ai, dit-il fièrement.
- L'envie de passer du temps avec la plus merveilleuse des filles ? insistai-je alors avec un grand sourire.
- Ha... J'ai oublié, dit-il avec mesquinerie.
- Tordant..., dis-je en me détachant.
- Allons-y, fit mon père en sortant du véhicule.
Ensemble, nous avançâmes vers le petit abri pour y récupérer un caddie en plastique bleu foncé et au guidon rouge. Je regardai mon père en tirant dessus pour le guider.
- Bon... Tu fais un effort d'accord ? demandai-je alors avec sévérité.
- Je te l'ai promis... Moins de plats pour micro-ondes et plus de frais, répéta mon père.
En effet, j'en avais marre - disons carrément ras le cul pour être honnête - que mes soirées repas finissent par une barquette perforée et une télévision. Je ne demandais pas la lune, juste de manger frais - même les pâtes étaient en barquette bordel de merde! - ou au moins une ou deux fois par semaine.
- Au pire, je veux bien des conserves... T'as quand même des casseroles, marmonnai-je.
- Tu manges frais au lycée, assura mon père avec son argument - le seul et unique - qu'il pensait imparable.
- Ouais mais toi non... Je parie que t'as mangé des sandwiches au rôti toute la semaine, marmonnai-je en passant la porte tambour du centre commercial où se trouvait le supermarché.
- Ils sont excellents dans ce snack, fit-il en évoquant un diner typique situé en face de son bureau.
- Tu comptes faire une crise cardiaque dans l'année ? Si ce n'est pas le cas, tu vas manger frais, m'énervai-je lassée.
- T'as vraiment le caractère de ta mère, marmonna mon père.
Je m'arrêtai immédiatement en le fixant - méchamment est-il bon de préciser - et j'attendis une suite qui ne vint pas - il ne devait pas souhaiter se faire remarquer.
- Je dis ça pour toi, marmonnai-je méchamment.
- Oui, oui je sais... Tu veux faire des boutiques ? Il y a une chouette médiathèque..., me signifia mon père.
- Je sais, j'y suis venue mercredi avec Gisèle pour acheter le livre de Krakauer, lui rappelai-je.
- Ha oui tu me l'as dit..., se souvint soudainement mon père.
- C'est sûr qu'avec le ronronnement du micro-ondes, tu ne dois pas m'entendre, lui dis-je avec un sourire mesquin.
- J'avais entendu... Et on a regardé le film pour reprendre l'histoire en marche, me rappela Papa.
- Je sais... Au cas je n'aurai pas le temps de lire..., grommelai-je avec consternation.
- Allons-y, fit-il en tenant le caddie sur le côté et regardant la liste.
- Il faut me guider, on n'est pas rentrées dedans avec Gisèle, on a juste pris un KFC, lui signifiai-je.
- Ha..., fit-il hésitant.
Je tournai immédiatement la tête vers lui - en mode Sherlock Holmes - et je le regardai attentivement.
- Tu ne connais que le rayon plats préparés... C'est ça ? demandai-je déjà lassée.
- Il y a une bonne réponse ? demanda mon père.
- Bon... Allons-y, dis-je en prenant la première entrée à ma portée. Produits ménagers...
- Alors alors... Euh... Liquide vaisselle et adoucissant... Pourquoi ? demanda mon père.
- Parce que quand je m'essuie avec tes serviettes, j'ai l'impression de me gratter avec du papier de verre, marmonnai-je en repensant à l'irritation sur mes seins.
- Ha d'accord, fit-il. Désolé.
- Oui on sait, t'es un mec, dis-je simplement en prenant la première allée. Liquide vaisselle... Liquide vaisselle... Euh... Citron c'est bon, dis-je en prenant le produit premier prix avant d'essayer aussi le moyen de gamme. En route pour l'adoucissant...
Là-bas, je pris celui de Maman, celui auquel j'étais habituée. C'était celui que je préférai, toujours doux - comme sur un nuage comme dans la publicité - et donc j'en pris également.
- Rayon suivant, dis-je fièrement en découvrant le région hygiène.
- Rien là dedans... Sauf si t'as besoin de dentifrice, lança mon père.
- J'ai besoin de quelque chose, avouai-je en poussant le caddie.
À côté de moi, je sentis mon père se crisper. Petit à petit, ce fut de plus en plus. Et d'un coup - sans raison aucune - il poussa un petit soupire de soulagement qui me poussa à tourner la tête. Je venais de dépasser les capotes - consternant le paternel - et je hochai la tête tant j'en fus dépitée. Je m'arrêtai alors devant les serviettes hygiéniques et les tampons.
- Les serviettes pour la nuit, marmonnai-je en prenant les plus absorbantes. Regarde si tu vois les tampons avec applicateurs... Papa?
Je tournai la tête et lui, il avait l'air ailleurs - mais qu'est-ce qui m'avait fichu un empoté pareil - en regardant dans le vague.
- Papa? Ho! m'énervai-je.
- Oui? fit mon père plus choqué que si il découvrait un charnier.
- Tu peux m'attraper ces tampons avec applicateurs s'il-te-plaît ? demandai-je en montrant ceux tout en haut du rayonnage et que je ne pouvais atteindre.
- Ha ok..., fit-il complètement mal à l'aise.
Il attrapa une boîte et regarda autour de lui - mais quelle nouille - avant de se dépêcher de poser les tampons dans le caddie.
- Heureusement que c'est pas fragile, marmonnai-je en plissant des yeux.
- C'est gênant, dit-il simplement.
- Papa... On est au vingt-et-unième siècle... Parler de règles n'est pas tabou, c'est normal, c'est la nature..., grognai-je dessus.
- Je sais mais... Ça me fait bizarre de savoir ma fille si grande, dit-il comme un idiot.
- J'ai quand même seize ans hein? lui rappelai-je quand même. Et merci du soupire devant les préservatifs.
- Je ne veux pas savoir, me fit mon père en sortant la liste.
- Si j'en avais besoin, je les achèterai sans toi, assurai-je.
Mon père releva juste les yeux de la liste et eut un petit sourire - consternant je vous dis - avant de me balancer la suite.
- Papier toilettes, dit-il alors.
- Imaginer ta fille chier un coup, ça ne te choque pas trop ? demandai-je alors en attrapant le papier toilettes en avançant.
- Je suis perdu là-dessus..., marmonna mon père. Heureusement que ta mère t'a parlé de tout parce que...
- Si c'était toi qui m'avais élevé, j'aurais demandé à Suzanne, avouai-je. Bon... Direction la mal bouffe...
Suivirent donc de nombreux paquets de chips - dont mes préférés... FROMAGE !!!! - ainsi que les sodas et surtout les pistaches - péché mignon de Papa - pour couronner les apéritifs. Ensuite nous attaquâmes l'épicerie sucrée où je me fis un stock de Twix et Maltesers avant de filer vers le rayon frais. Mon père me suivait en silence depuis l'épisode des tampons et je le regardai alors fixement.
- Qu'est-ce qu'il y a? Tu veux déjà qu'on s'en aille? demandai-je consternée.
- Non... C'est bien de passer du temps ensemble...
- Ouais, je suis d'accord... Mais? demandai-je en avançant bizarrement la tête pour réclamer la suite.
- Je ne sais rien de toi, me sortit mon père comme une fleur.
Alors là j'eus l'air conne - j'aurais voulu vous y voir dans ma situation, tenant un paquet de cheddar en tranches pour croque monsieur dans la main gauche et bombe de fromage dans la droite - car je ne comprenais pas la phrase en cet instant précis. Il me fallut quelques secondes pour comprendre qu'il était resté dans l'autre rayon - dans sa tête en tout cas.
- T'es en train de me demander si je suis vierge ? demandai-je choquée.
- Non! Enfin... Non! fit-il hésitant. C'est juste que je ne sais même pas si tu as déjà eu des petits copains.
- Oui, dis-je simplement avant de le voir horrifié. On n'est jamais allé aussi loin. Content ?
- Mouais..., fit-il alors.
- Tu veux savoir quoi honnêtement ? demandai-je en posant les deux articles dans le caddie.
- Ils étaient gentils avec toi? Tu étais amoureuse ? demanda-t-il.
- Oui... Et je ne sais pas vraiment, dis-je alors en haussant les épaules.
- Comment ça ? s'étonna mon père en prenant du jambon.
- Je pensais l'être mais... Les ruptures n'ont pas été aussi difficiles... Donc peut-être pas tant que ça, avouai-je en attrapant du saucisson.
- Ho d'accord, dit alors Papa en reprenant le caddie pour avancer vers les barquettes de viande.
- C'est gênant ? demandai-je soudainement.
- Je ne sais pas trop en fait, marmonna Papa. Peut-être n'était-ce pas le bon...
- Mouais... Peut-être bien, dis-je en regardant. Alors? Brochettes? Burger? Rosbif ?
- On peut congeler, prenons, dit-il alors.
- Faut-il qu'il y ait de la place, marmonnai-je alors.
Trouver de la place dans le congélateur de mon père, même Indiana Jones aurait eu du mal. Nous continuâmes les courses par les fruits et légumes frais et - oh miracle - Papa en acheta. J'étais contente d'enfin manger autre chose que des produits transformés vingt fois - j'exagère juste un peu - et d'un coup mon père sortit une proposition de sa tête.
- Tu veux aussi des magazines ? demanda mon père.
- On peut aller regarder si il y a un magazine de boxe, répondis-je quand même contente de sa proposition.
Et nous filâmes dans le rayon presse - tout à côté des caisses - pour commencer la recherche. Il y avait d'autres adolescentes dans le rayon mais elles, elles étaient devant la presse poubelle - pardon People - en train de fouiner pour savoir qui couchait avec qui. Je n'avais jamais eu un tel intérêt pour la vie privée des stars. Je me moquais de savoir avec qui ils étaient en couple, qui ils trompaient, qui ils voyaient - tant qu'il n'y avait rien d'illégal. Pour moi, les chanteurs et chanteuses doivent jute bien chanter, les acteurs et actrices bien jouer leurs rôles et les sportifs, exceller dans leurs disciplines respectives - pas franchement illogique. Même si - en tant que fan de Miley Cyrus - je prenais mon petit plaisir à la voir régler ses comptes avec son ex-mari qui en avait fait l'une des femmes les plus cocus de la presse. Bien sûr, ces filles s'intéressaient aussi aux dernières modes vestimentaires et capillaires, les dernières chansons à la mode mais moi, je n'étais pas comme ça. Cela devait être assez amusant de nous voir avec mon père, lui dans les magazines sur le football et moi sur la boxe.
- Tu veux aussi ce genre de magazines, fit-il en me montrant un magazine pour ado.
- Non, juste ces deux là... Celui-ci sur la boxe professionnelle et ce hors-série sur les grands combats de l'histoire... Y a un résumé minute par minute du Mohamed Ali contre George Foreman... Je peux? demandai-je comme une adolescente normale.
- Bien sûr ma puce, fit mon père amusé.
- Sinon je les paye..., marmonnai-je un peu.
- Mais non... Prends les, je suis ton père je peux te payer des choses, avoua-t-il.
Et ils finirent dans le caddie direction la caisse. La file fut longue mais j'étais contente de nos achats. Nous emballâmes toutes nos précieuses victuailles dans de nombreux paquets marrons et direction la voiture. Papa ouvrit le coffre et nous commençâmes à ranger tout ça. Soudain, j'entendis un grognement près de moi et je relevai la tête en panique. Mon père fixait la voiture en colère.
- Quelqu'un est rentré dans ta voiture de fonction ? demandai-je suprise en faisant le tour.
Me plaçant à côté de mon père, je pus clairement voir que quelque chose de liquide avait coulé de sous ce véhicule.
- Les freins avaient du mal mais... Je ne pensais pas qu'il y avait une fuite..., marmonna mon père.
- Attends... T'es en train de me dire que t'as roulé avec les freins qui ne répondaient pas? dis-je choquée.
- Ils sont toujours un peu limite mais..., marmonna mon père. Là ça risque d'être dangereux...
- Non? Tu crois? demandai-je consternée.
- On passe devant mon garage de toute façon, je ferai un arrêt, dit-il immédiatement.
En bref, je me devais de faire une petite prière pour espérer survivre. Je montai quand même sur la place du mort - en espérant qu'elle porte mal son nom - et je bouclai ma ceinture avec empressement.
- N'aie pas peur, je serai prudent, précisa mon père.
- Mais c'est quoi cette idée d'attendre le dernier moment sérieux ? demandai-je consternée.
- Je ferai attention ma puce, je t'assure, rétorqua mon père.
- Mais Papa, t'aurais pu avoir un accident pendant une intervention ! m'énervai-je. J'aurais fait quoi sans toi hein? Tu te rends compte que je préfère garder mon père autant que possible ?
- Désolé, marmonna mon père en conduisant.
Je soupirai et pestai de colère dans mon coin avant de réaliser que mon père souriait dans son coin.
- Tu souris parce que je m'inquiète ? demandai-je consternée. T'es gravement atteint... T'es mon père !
- Je sais mais ça fait plaisir...
- Roule et oublie..., grommelai-je.
Heureusement, mon père conduisit prudemment et à mi-chemin entre la vallée - où il y avait le centre commercial - et la maison, il s'arrêta dans une allée d'un garage professionnel. Je baissais ma vitre pour poser mon bras contre celle-ci quand j'entendis Papa parler à un employé.
- Salut Miguel, fit-il à un latino.
- Officier Matthews ! La forme ? demanda le mécanicien.
- Moi oui, la voiture non..., fit-il avec humour - consternant l'humour. Elle est là ?
- Patronne ! appela Miguel.
Mon père me fit signe de descendre et j'obéis pendant qu'il faisait de même. Je fus rapidement saisie par les odeurs d'huile, d'essence et de liquides divers et variés mais également par les sons des machines. Il n'y avait qu'une autre voiture dont les garagistes s'occupaient. Cela ne prendrait pas trop de temps. J'entendis alors des pas provenant d'un bureau et je me retournai. Face à moi se trouvait une femme d'une trentaine d'années, brune et très mince avec des cheveux mi-longs attaché par un chouchou. Elle semblait un peu musclée mais était presque squelettique comme me le prouvaient ses bras qui dépassaient de son t-shirt taché et dont la combinaison était aussi tachée.
- Bonjour Officier, fit la garagiste avec un sourire.
- Bonjour Alma, fit mon père en réponse.
Je me figeai et tournai la tête vers mon père. C'était donc le garage de la tante de Max et Blaine. Je me sentis mal à l'aise quand elle me regarda et me salua simplement.
- Un soucis je suppose ? proposa Alma.
- Oui, je crois que mes câbles de freins ont une fuite, fit-il simplement.
- Il faut venir plus souvent... Je vais mettre quelqu'un dessus... Par contre, j'aimerais que vous veniez ensuite dans mon bureau, j'ai quelques soucis à vous exposer, avoua Alma.
- Euh d'accord, fit juste mon père.
Elle s'approcha alors d'une paire de jambes glissée sous une voiture et tira brusquement sur l'une d'elle pour amener l'employé placé sur sa planche roulante.
- Occupe toi de la voiture de l'officier, Miguel finira celle-ci, dit-elle à son employé avec la fermeté d'une véritable patronne. Les freins, remplace les câbles.
- S'il-te-plaît, fit alors avec mesquinerie l'employé.
Je reconnus alors immédiatement la voix et je me figeai en le voyant se redresser. Blaine - portant un bleu de travail franchement dégueulasse sur un débardeur blanc tout aussi dégeulasse - se redressa et se figea en me voyant. Il se massa l'arête du nez avant de s'approcher de la voiture pour récupérer les clefs. Il ne me regarda même pas - et me salua encore moins ce con.
- C'est une question de minutes, fit Blaine. Si c'est juste les câbles.
- Merci, fit mon père.
- Mademoiselle, m'appela Alma doucement. Si vous voulez patienter, il y a une salle prévue.
J'avais compris le message et c'était clairement une conversation professionnelle qui attendait mon père. Je partis donc dans la direction indiquée par Alma - trop heureuse de fuir Blaine - et je pénétrai dans la salle d'attente avant de foncer immédiatement vers la machine à café en ignorant les personnes présentes.
- Lynn? appela alors une voix toute aussi reconnaissable pendant que je buvais.
- Max? m'étonnai-je en me détournant de ma tasse pour l'observer. T'as un soucis de voiture ?
- Euh non, fit-il en s'approchant pour chuchoter. Je suis venu voir Blaine...
- Il bosse sur la voiture de Papa, dis-je alors.
- Il refuse de me parler, fit alors Max. Tante Alma essaye de le renvoyer au lycée...
- Il a séché toute la semaine, rappelai-je. Il va finir viré.
- Oui et Papa est en colère, avoua Max. Mais toi ça va? Enfin depuis hier...
- Oui, dis-je avec un petit rire. Ça va. On a fait les courses avant un repas.
- Je te proposerai bien de te payer le café mais il est gratuit, précisa Max.
- Gentil quand même... Si tu veux parler à Blaine, il doit être sous une voiture, dis-je alors.
- Il va encore me rembarrer, marmonna Max. Au moins tu es plus sympathique, ajouta-t-il en souriant.
- Ne le prends pas mal mais ce n'est pas franchement un véritable exploit, dis-je quand même.
- C'est sûr..., fit Max en laissant un petit silence gênant s'installer.
Je le regardai et il semblait franchement mal à l'aise. Il devait avoir un gros soucis. Je me demandais si cela avait un lien avec la demande de sa tante.
- Tu sais si..., commençai-je alors.
- Tu voudrais..., fit-il en même temps provoquant notre rire commun.
- Je voudrais quoi? demandai-je alors.
- À toi l'honneur, fit-il en souriant.
- T'allais me demander quelque chose, insistai-je.
- Bon euh... D'accord, fit Max en inspirant. Tu voudrais aller à l'anniversaire de Gisèle samedi prochain ?
- Mais euh... Max... Elle m'a déjà invitée, lui rappelai-je alors qu'il était présent.
- Je sais mais je voulais dire... Enfin... C'est vrai que c'est bête..., marmonna Max.
Et là la pièce tomba - ding ding mais bon, j'ai mis du temps - et je compris l'idée. Je souris de l'intérêt et je mis donc les pieds dans le plat.
- Tu veux qu'on y aille ensemble ? demandai-je intriguée.
- Je pensais que peut-être... Si tu voulais que je passe te prendre..., hésita Max.
- D'accord ! dis-je rapidement en comprenant que j'avais mon premier rendez-vous dans le coin.
- C'est en tout bien tout honneur, avoua Max.
- Max... J'allais y aller de toute façon... Je comprends que tu voulais m'inviter en particulier..., dis-je amusée.
- C'est idiot de le dire comme ça mais... Tu me plais, et j'espérais que... Ce soit réciproque..., hésita Max.
- J'ai besoin de connaître les gens Max, je suis comme ça, mais j'apprécie ta compagnie, lui annonçai-je.
Je venais presque de lui permettre de faire un bond de joie et cela se voyait clairement. Et cette réaction, et ben elle me fit un petit peu craquer - ho ça va...
- D'accord, fit-il. Bon, je devais rentrer mais on se mettra d'accord pour une heure.
- On aura la semaine, dis-je alors. Pour mieux se connaître aussi.
Il était clairement heureux de mon propos assez encourageant. Max n'était pas si mal physiquement et puis j'aimais beaucoup sa personnalité. Le genre de mec qui pourrait me faire craquer et me pousser à finir la soirée d'anniversaire par un baiser. Je souris en le regardant partir, un peu à la ramasse et sur un nuage - un peu trop cliché quand même - avant de m'asseoir dans mon coin. Je me disais que j'allais devoir me mettre en valeur. En plus, ce serait une soirée avec piscine chauffée - on a du pognon dans la famille de Gisèle - et je devrais me trouver un bikini par trop incitatif. Je regardai sur les sites pour une livraison rapide et j'en trouvai rapidement un, totalement noir et pas trop osé qui fut commandé rapidement - vive Internet ! Je regardai vers le plafond en sirotant ma boisson chaude.
- Hey! Seattle ! fit la voix de Blaine. Le boulot est fait!
Je tournai la tête pour voir Blaine à l'entrée de la pièce s'en aller aussi vite qu'il était venu - d'où il m'appelait Seattle ce con? Je sortis donc rapidement de la pièce et le vis s'approcher d'une porte sur le côté avant de la franchir. Je le suivis immédiatement, arrivant sur l'extérieur et précisément le côté du garage.
- J'ai un prénom au cas où ! m'énervai-je alors.
Je le vis essuyer ses mains sur son bleu de travail et saisir un briquet pour allumer une cigarette.
- Putain de liquide de merde! s'énerva Blaine en sentant son briquet glisser.
- J'espère que t'étais pas trop défoncé pour bosser! lui lançai-je.
- Je t'emmerde Seattle... Et pour info, je suis clean quand je bosse pour Alma! s'énerva Blaine.
Je le regardai attentivement et je soupirai. Franchement insupportable ce mec!
- Tu veux un coup de main? demandai-je quand même.
Je pris alors le briquet - sans attendre un seul instant sa réponse - et j'ai allumé sa cigarette d'un geste rapide de son Zippo. Je remarquai également à cet instant que son briquet était orné d'une étrange gravure mais je ne pus comprendre de quoi il s'agissait. Cela ressemblait à une créature mythologique - genre un Minotaure - mais je ne savais pas ce que c'était. Je regardai le briquet assez fixement.
- T'as le coup de main, fit-il en attrapant sa cigarette. Fumeuse?
- Ouais, dis-je en rendant le Zippo.
- Clope ? demanda-t-il laconiquement.
- Pourquoi pas, dis-je en le regardant.
Il m'indiqua son paquet d'un simple geste de la main - m'indiquant une poche du pantalon. Je le regardai consternée et je pris le paquet, me sortant une clope et l'allumant.
- Haaa ça fait du bien, marmonnai-je en avalant ma fumée - j'avais rien fumé depuis le matin aussi.
- Tant mieux, fit-il en s'éloignant pour aller fumer plus loin.
Je le regardai consternée, il s'éloignait comme si je dérangeais. C'était peut-être le cas aussi... Il m'énervait à un point.
- Pourquoi t'es pas venu au lycée ? demandai-je.
- Qu'est-ce que ça peut te foutre? me demanda Blaine.
- C'est parce que je t'ai balancé au prof? demandai-je pour la forme.
- Le monde ne tourne pas autour de toi! s'énerva Blaine. Putain... Mais c'est la journée des emmerdeurs...
Je le regardai en colère et je fonçai vers lui sans ménagement. Il me fixa amusé et me cracha sa fumée au visage.
- Putain, grommelai-je. Non mais merde! C'est quoi ton problème ?
- J'en ai plusieurs... Les tuteurs, les profs, les donneurs de leçons, les Mister Perfection, fit-il en énumérant le tout. Les clients qui refusent de payer aussi... Et le reste.
- Tu te dis pas que le problème c'est toi? demandai-je alors sans aucune hésitation.
- Si aussi, fit-il d'un air victorieux. Mais au fait... L'autre con, il s'est barré quand?
- N'insulte pas Max ok? m'énervai-je. C'est un mec bien.
- Attention... On défend Mister Perfection..., marmonna Blaine.
- Rhaa tu me gonfles, dis-je en m'éloignant et retournant vers la porte. Je me casse tu me...
Je m'étais figée au moment où je jetais ma cigarette pour retourner à l'intérieur. Juste au-dessus de la porte, dessinées avec une bombe de graffitis - et déjà un peu nettoyées - se trouvaient de nombreuses lettres. Celles-ci - je vous le donne en mille - formaient le mot: VIOLEUR. C'était sans doute de ça que voulait parler Alma à mon père.
- Ho...
- Pfff, une fois de plus... T'es encore là ? demanda Blaine.
- Je..., dis-je en me retournant vers lui.
- Quoi? fit-il en s'approchant.
Inquiète - il foutait la trouille l'imbécile - je reculai contre le mur. Son regard était franchement mauvais, brillant d'une leur machiavélique.
- Il y a des rumeurs..., dis-je alors.
- Tu chies dans ton froc ? demanda Blaine. T'as peur que je te l'arrache ?
Il plaqua la main sur le mur et me regarda droit dans les yeux avec un sourire carnassier.
- Essaye et je te défonce, dis-je alors en serrant le poing.
- Rebelle... C'est encore plus amusant, fit-il avec un rire.
Je le regardai choquée. Était-il en train de me provoquer ou de me faire peur?
- Tu as vraiment violé cette fille ? demandai-je inquiète - qui ne le serait pas?
- Devine... Ou tu veux une démonstration ? demanda Blaine en me faisant écarquiller les yeux.
- Dégage! dis-je alors en le repoussant immédiatement.
Je réalisai avec effroi que malgré ma force - et ma condition physique - je ne pouvais nullement le repousser. Cette fille n'avait dû avoir aucune chance en réalité. Et il m'obligeait à plier les bras sous son poids.
- Putain!!! Dégage !!! dis-je en le frappant au ventre.
Ce fut vain. À cet instant je me demandais en quoi il était fait ce mec - il était possédé ou quoi? Je ne pouvais pas le repousser mais j'allais pouvoir crier.
- Blaine!!! Mais qu'est-ce que tu fais ? hurla une voix.
- Et merde..., marmonna Blaine. Interrompu en plein moment marrant.
Je pus alors me dégager en même temps que j'entendis des pas dans l'allée. Je découvris une femme en tailleur pantalon gris avec de longs cheveux blonds. Je la regardai complètement paniquée par ma situation et elle me fixa. Puis, elle tourna la tête vers Blaine.
- T'étais pas... Blaine! Non mais ça va pas? demanda la dame choquée.
- Ça va Sarah, elle est indemne putain... Encore une..., marmonna alors Blaine.
J'étais indemne - c'était bien ce que j'avais entendu - et cela ne me rassurait pas qu'il le dise. J'étais plutôt en panique quand - sans franchement se soucier de moi - la femme nommée Sarah fondit sur lui.
- Tu es complètement fou? Tu n'as pas déjà assez d'ennuis? lui demanda la femme. Tu comptes continuer de faire n'importe quoi?
- C'est bon, me casse pas les couilles ! fit Blaine.
Et là, il y eut un gros paf - bien mérité à mon avis - créé par une gifle retentissante. Blaine semblait souffrir - plus qu'avec mon coup de poing visiblement - et se tint la joue.
- Tu veux vraiment y retourner ou quoi? T'es en probation idiot! Tu crois qu'avec ta tante on a envie que tout recommence? s'énerva la dénommée Sarah.
Je venais de faire une toute petite addition - assez basique - qui me fit réaliser que c'était sans doute la compagne d'Alma, la sœur du professeur Sparks donc.
- C'est bon... Elle va bien, se défendit Blaine en me montrant.
Sarah me regarda directement et visiblement, elle vérifia le propos. Je ne sus pourquoi à cet instant là mais je me sentis obligé de spécifier mon état.
- Je vais bien, il ne m'a rien fait, dis-je alors.
- D'accord..., fit-elle avant de se retourner. Et c'est quoi cette histoire où tu retrouves Clyde? Hein ? Tu trafiques ou quoi? Bon sang... J'ai été assez folle pour te défendre comme avocate mais réfléchis!
- On s'en branle... Occupe toi du reste, marmonna Blaine.
Alors que j'assistais à l'étrange règlement de compte entre une avocat et son client, j'entendis du bruit provenant du fond de l'allée et plus précisément des rires.
- Qu'est-ce que..., marmonnai-je.
- Vite on dégage! fit une voix masculine jeune.
Je vis alors deux jeunes puis un troisième, clairement tous plus jeunes que moi ou Blaine, se mettre à fuir en quatrième vitesse tout en replaçant quelque chose dans un sac à dos.
- Je vais me les faire! s'exclama Blaine avec rage avant de foncer vers ce coin là.
- Blaine! Reviens ici! cria Sarah en le voyant foncer.
Mue sans vraiment savoir par quoi, je suivis rapidement le mouvement, sur les talons de Sarah. Nous arrivâmes là où ils étaient quelques instants plus tôt et je vis Blaine fixer le mur. Il semblait à deux doigts d'exploser. Je tournai lentement la tête vers le mur et là, en lettres dégoulinantes de peinture fraîche à la bombe, figuraient plusieurs mots. Le premier était simplement "SALOPES" - de quoi être déjà énervé - mais quand mes yeux tombèrent sur les autres, j'entendis Blaine.
- Putain! Je vais leur arracher les bras à ces fils de pute!!!! hurla Blaine.
- Blaine... Je t'interdis de faire quoique ce soit... Tu vas les rattraper et les massacrer... Reste là, lui conseilla Sarah.
Je relevai par contre l'improbabilité qu'il ne puisse les rattraper quand je découvris les autres mots, qui éveillaient clairement beaucoup plus la colère de Blaine. En effet, sous l'injure précédente figuraient les mots "BOUFFEUSES DE CHATES" - oui avec la faute d'orthographe indiquant le niveau - juste au-dessus d'une benne à ordures.
- C'est rien Blaine, calme toi! fit Sarah.
- JE VAIS LES BUTER!!!! hurla alors Blaine d'une voix étrangement caverneuse, comme si elle sortait d'ailleurs.
Et là, ce fut la sidération - logique - quand je vis Blaine envoyer un coup de pied dans la benne. Celle-ci percuta le mur du garage mais surtout, elle s'enfonça de plusieurs centimètres là où il avait frappé. Il avait une putain de force de malade! - désolée du juron. Je tournai la tête vers lui et je me figeai. Son visage était plus que déformé par la colère, on aurait carrément dit qu'il avait pris une couleur grisâtre étrange. Mais ce furent ses yeux les plus choquant. Peut-être était-ce l'étrange scène qui venait de se dérouler sous mes yeux mais je jurerai avoir vu ses yeux s'illuminer d'un rouge infernal. Soudain, Sarah s'approcha de lui et le saisi par les joues pour le détourner de la benne.
- Blaine calme toi, s'il-te-plaît, murmura Sarah.
- Je vais les massacrer...
- Blaine, on se détend... Nous ne sommes pas seuls... Ok? insista Sarah.
J'eus alors l'étrange sensation que Blaine rapetissa, comme affaissé, et il se retourna vers moi avec un visage normal. C'était comme si il y avait eu un autre type à sa place, comme si il était possédé.
- Respire je t'en prie... Calme toi, laisse en sommeil..., fit Sarah.
Je regardai ceux-ci avec étonnement. Et je me demandais surtout ce qu'il devait laisser en sommeil. Soudain des pas nous parvinrent.
- Qu'est-ce qu'il se passe? demanda mon père en arrivant.
- Des gamins ont fait des graffitis, dis-je alors à mon père qui réalisa ma présence.
- Sarah... Il est calme? demanda alors Alma qui avait donc suivi mon père et regardait sa compagne avec panique.
- Ça va...
- Je peux savoir ce que tu faisais là ? demanda alors mon père.
Sans me retourner vers lui, je vis Sarah me fixer. Pensait-elle sans doute que j'allais tout balancer sur Blaine et ce qu'il menaçait de me faire. Et puis, je répondis sans réfléchir.
- Je fumais une cigarette avec Blaine... Tranquillement, mentis je.
- Vous voyez Officier Matthews, même en plein jour, précisa Alma.
- Je vais le signaler... Kerrelynn, tu viens avec moi, la voiture semble faite, me fit mon père.
Je vis alors Alma s'approcher de son neveu et simplement le serrer dans ses bras.
- Reste là... Tu manges avec nous ce soir, lui dit-elle doucement.
Mon père posa son bras sur mon épaule et je le regardai fixement.
- On y va, insista mon père.
Il semblait assez inquiet alors j'obéis sans hésitation, retournant dans le garage mais remontant dans la voiture.
- On envoie votre facture à la ville, fit Miguel.
- D'accord, merci, fit mon père en démarrant.
Quelques secondes plus tard, nous quittâmes le garage et j'observai fixement l'allée. Il avait défoncé une benne à ordures en un coup. Je n'aurais clairement eu aucune chance de me défendre si il avait voulu me faire du mal. Mais depuis quand un garçon de son âge pouvait faire ça ? Je me le demandais - et c'était normal.
- Je ne veux pas que tu t'approches de lui, me fit soudain mon père.
- Quoi? dis-je étonnée en tournant ma tête vers lui.
- Je suis sincère, ne t'en approche pas, ne reste jamais seule avec lui, et surtout évite d'être gentille avec lui, même pour une cigarette, développa immédiatement mon père.
- Je faisais que discuter, dis-je alors.
- Peut-être mais je te préviens, ne recommence pas. Il... Il n'est pas fréquentable, insista mon père.
Je fixai attentivement mon père, comprenant qu'il ne pouvait développer son propos et surtout aborder sa condamnation - Blaine étant mineur après tout.
- On est juste dans la même classe, dis-je en évitant de parler de binôme.
- Oui... Mais je préviens, dit-il encore. Ne lui donne pas d'espoir et si il t'invite à quoi que ce soit, refuse. Et n'envisage même pas de sortir avec lui.
- Euh Papa... Je ne suis pas tarée, il est trop bizarre, dis-je alors.
- Tant mieux...
- Et puis... Quelqu'un semble déjà intéressé, dis-je honnêtement.
- Ha... Qui? demanda-t-il en mode Papa psychopathe.
- Max Lexington, dis-je immédiatement.
- Ho..., fit-il soulagé. D'accord. Lui, c'est un garçon bien. Mais... Tu devras faire attention de ne pas le croiser lui...
- Ouais j'ai compris...
- Je suis content qu'un garçon correcte te propose de sortir, dit-il en roulant.
- Ouais enfin, on n'est nulle part, ne publie pas un avis de mariage, dis-je simplement. Il veut juste aller à l'anniversaire de Gisèle avec moi.
- Bon... Je le surveillerai quand même, dit alors mon père. Mais lui, tu dois le fuir comme la peste. Suis-je clair ?
- J'ai compris, dis-je lassée. Dangereux, pas fréquentable et surtout pas net...
- Tant mieux, déjà qu'il est dans ton lycée, marmonna mon père en se garant devant chez nous.
Nous rangeâmes les courses faites précédemment dans la journée mais je ne pus chasser cette image étrange de Blaine. Il m'avait semblé possédé, comme maléfique. Quelque chose d'étrange émanait de lui, comme si il était le mal incarné. Cela me faisait flipper. Et pourtant, je reçus un message de Max qui espérait ne pas s'être montré impoli ou pressant. Ces deux là étaient franchement comme le jour et la nuit, l'un était - comme son surnom l'indiquait - presque parfait. Max était poli, gentil et honnête alors que l'autre était un délinquant, drogués, violent et surtout un violeur. Je plaignais d'ailleurs énormément leur famille de devoir le gérer. Je répondis quand même à Max que cela m'avait fait plaisir, que j'étais assez impatiente d'être à cet anniversaire. J'avais réussi un drôle d'exploit, réussir à attirer un garçon gentil en très peu de temps, la chance! Cependant, je n'eus pas trop le temps d'y repenser car le temps fila rapidement et nous dûmes aller chez Suzanne. Elle habitait une petite maison moderne dans la vallée - ça en faisait des allers-retours - et franchement jolie. Mon père s'était tout de même arrêté en chemin pour acheter un petit bouquet et une bouteille de vin - par simple politesse pour remercier de l'invitation, pas avec une idée dans la tête. Mon père se gara et je descendis de la voiture.
- Je prends les fleurs, dis-je alors avec empressement.
- Et moi le vin donc, fit mon père en riant.
Ensemble, nous avançâmes vers la porte et je frappai mon poing sur celle-ci. Mon père avait quand même mis une chemise mais moi, j'avais simplement opté pour un petit gilet sur un t-shirt noir et un jean. Il s'agissait d'un repas à la bonne franquette après tout. La porte s'ouvrit rapidement sur Suzanne dans une jolie robe à fleurs.
- Salut! dis-je alors. Cadeau!
Suzanne me sourit et prit les fleurs en les sentant avec plaisir.
- Elles sentent magnifiquement bon... C'est ton choix? me demanda Suzanne.
- Ça, ça veut dire que les dernières amenées par Papa puait, dis-je en riant.
- Je suis nul en fleurs, avoua mon père en tendant une bouteille.
- Moins en vin, lança Suzanne en souriant et regardant l'étiquette. Grand-père va être content.
- Charles est déjà là ? demandai-je avec impatience.
Cet homme avait toujours été très gentil, un peu une sorte de grand-père pour moi - ou arrière vu son âge - et il me racontait toujours des milliers d'histoires. En plus, il me filait des bonbons en quantité industrielle - ça m'intéressait moins ensuite.
- Ma belle, il est en maison de retraite maintenant donc je dois aller le chercher, répondit Suzanne. Il est dans le salon.
- J'y fonce! dis-je en entrant. Soyez sage.
Je passai un couloir avec un parquet moderne puis je tournai à droite sur un salon tout aussi moderne. Cette baraque était aussi moderne que celle de Papa était vieillotte. Assis dans le canapé devant un match de basket, je vis Charles. Il avait considérablement maigri depuis notre dernière rencontre. Ses cheveux testait mi-long, comme ceux d'oncle Bob, l'oncle de Papa qui vivait à Hawaï. Sans doute une réminiscence des années soixante.
- Bonjour Charles, dis-je en m'approchant.
- Bonjour..., fit l'homme hésitant en me regardant.
Je le vis prendre ses lunettes pour les poser sur son nez avant de me regarder fixement. Il semblait réfléchir et d'un coup, son visage s'illumina d'un simple sourire apaisant.
- Mon dieu... Je dois être extrêmement vieux! fit-il en se levant difficilement.
- Reste assis, dis-je en approchant pour le prendre dans mes bras.
- Lynn... Mais tu es une femme ! fit-il ensuite.
- Merci, dis-je touchée.
- Tu te plais à l'Université ? demanda Charles.
- Je suis encore au lycée, dis-je avec un sourire.
- Je te l'ai dit tout à l'heure grand-père ! lança Suzanne depuis la cuisine.
Je grimaçai un peu, sachant pourtant par mon père que Charles commençait un Alzheimer.
- T'es sûre d'être au lycée ? demanda-t-il tout bas.
- Oui, ici à Juneau, dis-je immédiatement.
- Tes parents se sont remis ensemble? s'étonna Charles.
- Non Maman a rencontré quelqu'un et elle a trouvé un boulot sur un bateau de croisière, je viens passer un an chez Papa, lançai-je amusée en m'asseyant près de lui. Et toi? Tu fais des ravages chez les mamies ?
- Moi? Non, je me souviens à peine de ce que je dois faire, marmonna Charles. Mais dis moi... Tu as fait de la peinture?
- Hein? Pourquoi ? m'étonnai-je immédiatement en regardant mes vêtements.
- Tu as de la peinture dans les cheveux, marmonna Charles.
- C'est la mode Charles, dis-je en riant. Enfin à Seattle au moins...
Mon père, accompagné de Suzanne, vint apporter l'apéritif constitué principalement de cacahuètes et de chips. Je me pris une petite assiette en carton car je n'aimais pas partager. Je m'assis dans un coin tranquillement.
- Alors ma grande... Le lycée ? me demanda Suzanne.
- Ho c'est assez cool, franchement, dis-je honnêtement.
- Et elle a même déjà un garçon en vue, lança mon père.
Bêtement, je m'éttouffai en mangeant des chips et surtout, en regardant Papa méchamment. D'où il osait me balancer lui?
- Ça te surprend ? demanda soudainement Suzanne. Elle est belle comme un cœur, il devrait même y en avoir plus.
- Je dois dire merci du compliment ? demandai-je en riant.
- Tu peux...
- Et toi tu peux éviter de me rappeler que les garçons tournent autour de ma fille? demanda mon père en souriant.
- Toi ouvre le vin, dit-elle en lui tendant la bouteille avant de venir s'installer à côté de moi. Allez je veux tout savoir. C'est qui?
Je regardai Suzanne fixement, me demandant à quel point elle était sérieuse - et c'était plutôt un interrogatoire à mon avis. Je soupirai doucement avant de lui donner une seule information.
- Il s'appelle Max... Et c'est suffisant, dis-je alors avant de manger des chips.
- T'es radine en informations toi, marmonna Suzanne. Si ta fille tue quelqu'un, l'interrogatoire sera compliqué, fit-elle en riant.
- Laisse la Suzanne, fit mon père en servant deux verres.
Je le vis alors se figer quand Suzanne plaça un troisième verre. Il regarda le verre attentivement et ensuite, il jeta un coup d'œil à Charles. J'étais aussi étonnée que lui, après tout il ne devait pas y avoir droit avec tous ses médicaments.
- Ne le remplis pas non plus, fit Suzanne.
- On attend quelqu'un ? demanda mon père.
- C'est pour Lynn, un peu de vin, ce n'est pas dramatique, fit Suzanne.
- Euh... Une flic qui incite à boire, dis-je en riant. On aura tout vu.
- C'est pour avoir des informations ensuite, fit-elle en me tendant le verre.
Papa l'ignorait sans doute - et je n'allais pas lui dire - mais ce n'était pas mon premier verre d'alcool. J'avais déjà essayé du champagne, quand Paul a demandé Maman en mariage mais aussi du Whisky et de la Vodka avec des amis, comme beaucoup d'adolescents sans doute. Je bus doucement, faisant celle qui appréhendait. Ce n'était pas très fort le vin mais c'était assez délicat en bouche.
- Hmmm, c'est bon, dis-je alors en souriant.
- Un petit verre sera suffisant, assura mon père.
- Dis..., dis-je pour attirer l'attention de Suzanne. Je peux regarder ce que t'as comme films?
- Vas-y, fais comme chez toi, fit Suzanne.
Je me levai donc prestement pour m'approcher de sa petite collection. Je me mis à l'arpenter avec plaisir. Tout d'abord, il y avait énormément de films policiers, de Cobra à l'Arme Fatale, de Dirty Harry à Die Hard, mais également des films plus sombres comme Seven ou Le Silence des Agneaux. Ensuite, il y avait une très grosses quantités de films d'horreurs, les Griffes de La Nuit et les Vendredi Treize, L'Exorciste, La Nonne, Les Messagers, Les Chucky,... Elle avait des goûts particulier surtout quand je vis des choses comme les Surfeurs Nazis et autres films de la Hammer... Et puis je mis la main sur autre chose et je souris. Je vis Suzanne me regarder et je retournai la jaquette pour lui montrer son exemple de Cinquante Nuances de Grey - Suzanne avait ses propres menottes après tout. Je ricanai alors dans mon coin et j'entendis Suzanne rire également. Ils parlaient de choses et d'autres mais je revins rapidement près d'eux.
- Au fait... Alma Muldoon a demandé que l'on fasse quelque chose pour les graffitis, fit soudainement mon père.
- Elle sait que la police a autre chose à faire ? demanda Suzanne lassée.
- Les graffitis sont franchement dégueulasses, dis-je en m'asseyant par terre près des chips.
- Quoi? s'étonna Suzanne.
- Kerrelynn discutait avec le jeune Muldoon quand des gamins sont venus faire des graffitis, précisa mon père.
- Ho..., fit Suzanne en me regardant.
Je sentais déjà revenir la conversation lourde que j'avais déjà eue. Je me levai donc immédiatement avant de parler.
- Je peux fumer chez toi ou je dois sortir ? demandai-je.
- Tu peux juste ouvrir la porte arrière dans la cuisine, ainsi tu dois pas aller loin, me fit Suzanne.
Voilà comme je fuyais les conversations. J'entrais dans sa cuisine et je la trouvais magnifique, des meubles noirs et blancs laqués d'une modernité sans nom, des appareils électroménagers derniers cris - le genre où on met les ingrédients et hop, ça cuit tout seul - mais surtout une machine à café carrément professionnelle. J'avais bien envie de la tester celle-là mais je m'approchai du four en sentant une douce odeur incroyable dans narines. Il y avait des feuilletés qui cuisaient mais également un gros plat en sauce dans une casserole à côté. Elle avait mis le paquet. J'ouvris sa porte de cuisine et je m'allumai une cigarette quand rapidement, je ne fus plus seule. Suzanne était venue mélanger le contenu de sa casserole.
- Je te savais pas fan de cuisine, dis-je alors.
- Je m'y mers les jours de repos, fit Suzanne en s'approchant de moi.
- Suzanne..., marmonnai-je.
- Tu dois éviter de t'approcher de ce garçon, me dit-elle alors.
- Je ne m'approche pas de Blaine bon sang... Il ne peut même pas me sentir en plus... On a juste fumé une clope, c'est pas un crime, marmonnai-je.
- Ce garçon a de très gros problèmes ma grande, je l'ai déjà arrêté plusieurs fois en possession de substances...
- Je sais, il prend des trucs... Je m'en fous, on n'est même pas amis. Je ne suis même pas sûre qu'il m'ait déjà dit bonjour..., marmonnai-je en y repensant.
- Ho... Tant mieux, fit Suzanne.
- Je suis au courant de ce qu'on dit sur lui, avouai-je.
- C'est encore mieux, fit Suzanne en sortant les assiettes.
- C'est donc vrai? insistai-je. Ce porc est un violeur ?
- Il est mineur, je n'ai pas le droit de parler de son casier judiciaire, avoua Suzanne.
- Tu as enquêté ? demandai-je.
- Ce fut rapide mais oui, avoua encore Suzanne.
- Et c'est normal qu'il retourne au lycée ? dis-je choquée. La fille a dû déménager !
Suzanne me regarda fixement et soupira en posant ses mains à plats sur sa table.
- Lynn... Les choses sont plus compliquées que simplement noire ou blanche, m'expliqua Suzanne. La justice prend parfois des décisions liées à des accords entre les différentes parties... Tu comprends ? Il existe aussi des closes de confidentialité au vu de la situation...
- Donc un psychopathe est libre après avoir détruit à jamais une vie? dis-je en écrasant ma cigarette dans un cendrier placé là.
- Lynn... S'il-te-plaît...
- Il aurait chopé ces gamins, il les tuait, dis-je immédiatement. Ce mec est une bombe à retardement. Il va massacrer quelqu'un un jour, c'est certain.
- Écoute... Blaine Muldoon est... Sa vie a été merdique, ce n'est pas si simple..., avoua Suzanne.
- Pourquoi tu le défends ? dis-je choquée. Il a violé une fille.
- Lynn, la loi est la loi, la justice fait son travail, bien ou mal mais elle le fait, justifia Suzanne. Cela ne me plaît pas toujours, les gens ont du mal à se taire et cela finit toujours par revenir sur le devant... Je ne devrais même pas t'en parler, j'en ai trop dit. Alors s'il-te-plaît, fais juste attention surtout si le Max dont tu parles est Max Lexington. Ils vivent dans la même maison.
- Je suis au courant, grommelai-je. Bon... Je peux aider au moins ? Vu que les discussions tournent en rond ?
- Oui, prends les assiettes ma belle, fit Suzanne avec gentillesse.
Je portais donc les fameuses assiettes et je découvris mon père en pleine difficulté. Il guidait en effet Charles vers une chaise pour l'amener à table. Je me rendis alors compte du poids des années qui pouvait peser sur un homme de son âge. Lui qui ressemblait tant à un Père Noël jovial, souriant et gentil me sembla alors si diminué que j'avais presque peur qu'il ne perde l'équilibre et ne tombe.
- Il est encore assez souvent lucide, me fit rapidement Suzanne mais à voix basse.
- Et... Et à part ça ? demandai-je ensuite.
- Des soucis d'homme âgé, rhumatismes, problèmes de cœur... C'est malheureusement la vie ma grande, me fit Suzanne.
- Cela n'a pas été trop dur de devoir le placer ? demandai-je en installant les assiettes.
- Durant près d'un mois je m'en suis voulue, m'avoua Suzanne. Mais je ne pouvais pas... Comment gérer ses moments d'absence ?
- Avec ton travail évidemment, compris je alors. Je m'installe face à Charles! dis-je bien fort.
- Pour m'empêcher de baver? demanda-t-il avec amusement.
- Parce que tu as toujours des tas d'anecdotes, dis-je en tirant ma chaise.
- Ho alors je ne vais pas me gêner, me dit-il.
Je souris avant de commencer à manger sans hésitation.
- Ho bon sang..., m'exclamai-je.
- C'est pas assez cuit? s'inquiéta Suzanne. Merde, donne je le repasse.
- Non. C'est juste trop bon! C'est ça la nourriture cuisinée ! ajoutai-je amusée.
- Ho d'accord, fit Suzanne avant de rire quand mon père se renfrogna. La cuisine selon Duke, tourner le bouton du micro-ondes est toujours d'actualité ?
- Je te le fais pas dire, dis-je alors. J'ai dû le supplier d'acheter du frais tour à l'heure.
- Je t'avais dit que ta fille allait se lasser des barquettes, fit Suzanne.
- Ok je ne suis pas le père de l'année, je suis au courant, marmonna mon père.
Je fixai mon père attentivement et je me sentis immédiatement gênée. Je venais de le blesser alors que je voulais juste rire un peu à ses dépens. Je posai donc immédiatement ma main sur son bras.
- Papa... Tu n'as rien à te reprocher... Je ne te reproche rien d'ailleurs, avouai-je alors. Je suis très bien chez toi. Je suis très heureuse de passer cette année avec toi.
- C'est vrai ? demanda mon père. Malgré mes défauts?
- On en a tous, lança Suzanne. Et puis tu lui as acheté sa première voiture.
- Elle est géniale d'ailleurs, je l'adore!!! dis-je alors avec bonheur.
- Essaye de ne pas l'abîmer, je l'adorais aussi... Enfin, de ne pas l'abîmer plus, ajouta-t-elle en riant.
Sur ce bon mot, nous finîmes l'entrée en discutant longuement. Puis vint le plat, un plat en sauce français, un bœuf bourguignon.
- Je veux la recette Suzanne, lançai-je en mangeant sans gêne.
- Pas de problème... Alors, tes cours? demanda Suzanne.
- Ho c'est sympa, c'est le cours de vie sociétale qui est un peu étrange, avouai-je ensuite.
- Euh... En quoi ? demanda Suzanne.
- Oui, on va devoir gérer un bébé, une poupée bardée d'électronique, précisai-je. Ça se fait en binôme.
- Profite, moi j'avais dragué mon binôme à l'époque et c'était pour s'occuper d'un œuf, me fit Suzanne.
- Et résultat ? demandai-je alors.
- Ho... Ce fut mon premier mec, dit-elle en riant.
- Sympa, dis-je amusée.
- Et toi, c'est qui ton binôme ? demanda mon père. Max?
Je regardai mon père avec appréhension. Je ne pouvais pas répondre à sa question sans le faire paniquer - d'ailleurs je paniquais moi-même à cet instant. Je dus alors trouver un mensonge extrêmement rapide.
- Un garçon appelé Georges, il est gentil, dis-je simplement. Mais on a tiré au sort.
- Ça c'est chouette, fit Suzanne. Et les autres cours?
Je commençai alors à développer mes cours les uns après les autres. Cela permit de meubler toute la soirée. Ensuite, le dessert arriva - mon moment préféré - et ce fut une tarte aux noix de pécan, avec de la glace. Rien de maison cette fois mais c'était très bons.
- Et toi Duke? Le travail de Garde Forestier ? demanda Charles.
- C'est toujours un peu pareil, tu le sais bien, fit mon père évoquant la carrière passée de Charles.
- Tu peux développer ? demanda-t-il amusé. Ta fille a parlé elle.
- Des jeunes en train de boire dans les chalets, précisa alors mon père. Ou en train de conduire des motos. Je chope aussi quelques crétins comme Clyde Hoods qui font des trafics.
Je tiquai immédiatement en entendant ce prénom particulier. Un trafiquant appelé Clyde, il ne devait clairement pas en avoir dix dans le coin. C'était donc évident qu'il trafiquait avec Blaine - je devrai songer à devenir flic.
- Et les locaux ? Ça se passe bien avec eux? demanda Charles.
- Certaines familles continuent de passer leurs weekends dans leurs chalets et au moins, ils se tiennent bien. Lexington, Steele, Sparks, Barnett, ces familles restent des exemples, développa Papa.
- Et il y aussi tes attaques d'ours, dis-je alors pour participer.
- Je continue à croire à une blague, les Kodiaks ne viendraient pas aussi près, argumenta mon père. Et puis toutes les traces ne ressemblent pas à des pattes d'ours.
- Ho... Ce sont peut-être leurs traces, fit alors Charles.
Je tournai la tête vers Charles, légèrement interloquée par sa phrase - franchement bizarre ! - et je me demandai de qui il parlait.
- C'est pas vrai..., marmonna Suzanne.
- Qu'est-ce qu'il y a? chuchota mon père.
- Il repart... Grand-père, ce sont des légendes, d'accord ? demanda Suzanne avec douceur.
- Ce ne sont pas des légendes, ils existent, fit Charles un peu sèchement.
- Qui ça ? demandai-je.
- Ma grande... Ne rentre pas dans son délire, certains médecins disent de le faire d'autres non..., me conseilla Suzanne.
- Les habitants originels de l'Alaska, me fit Charles.
Je regardai attentivement Charles et je tournai la tête vers Suzanne. Elle soupira en se servant un café et me regarda.
- Je peux? demandai-je à Suzanne.
- Il racontait cette légende quand j'étais petite, c'est peut-être une réminiscence..., avoua Suzanne. On verra.
- Kerrelynn, laisse le, fit mon père.
- Vas-y ma grande..., me fit Suzanne.
- Charles... Qui habitait la région avant ? demandai-je immédiatement.
- Ho mais je vais te raconter ma chérie mais après, tu vas te brosser les dents avec Maman, me fit Charles.
Il était donc reparti dans son passé, me prenant soit pour sa fille, soit pour sa petite fille. J'attendis patiemment.
- On dit que les habitants de l'Alaska viendraient des gens de Denbigh, commença Charles Ils vivaient dans le nord de l'Alaska, il y a cinq mille ans. Leur principale ressource était les animaux qu'ils chassaient dans la toundra, pour leur nourriture, leurs vêtements et leurs abris. Ils possédaient des microlames de chert et d'obsidienne, qui ressemblent à celles trouvées précédemment dans le désert de Gobi. Les pointes de projectiles ont des similitudes avec celles des Paléoindiens et des cultures archaïques du Nouveau-Monde. Le nom de cette culture, comme beaucoup d'autres d'ailleurs, nous vient donc de la situation géographique de cette première découverte. Et pourtant, il y avait des légendes qu'ils ont transmises à leurs descendants... Sur les êtres qui leur ont permis d'habiter la région.
- Des êtres ? demandai-je suprise en regardant Suzanne et mon père.
- Oui, on les appelait les Théria, fit Charles. Je le sais car des natifs me l'ont racontés.
- D'accord..., hésitai-je.
- Tu connais l'Égypte ? demanda soudainement Charles me donnant l'impression d'être encore plus perdu qu'avant.
- Je n'y suis jamais allée, avouai-je simplement.
- Non... Leurs dieux ? me demanda Charles.
- Oui, vite fait, marmonnai-je. Comme Horus...
- Et bien les natifs de l'Alaska pensent qu'ils étaient des Théria, m'expliqua Charles. Ils n'étaient pas des dieux mais des hommes qui comprenaient la nature.
- Comment ça ? demandai-je encore en voyant Suzanne m'observer pendant que son grand-père semblait réjoui de raconter son histoire.
- Oui, ils existent..., fit-il simplement. Ces hommes et ces femmes étaient des theriomorphes.
- C'est quoi? insistai-je.
- On dit aussi zoomorphe, des humains se transformant en bête ! me fit Charles.
- Ha..., dis-je complètement surprise.
- Oui, et ici c'est pareil, me fit Charles. Certains sont capables de devenir des loups! Des ours! Des oiseaux !!!! fit il en s'excitant sur place et renversant un verre.
- Merde Suzanne ! dis-je alors. Je suis désolée...
- C'est rien, dit alors Suzanne. Viens Grand-père, on va te mettre dans ton fauteuil.
Je m'empressai de ramasser le verre et d'essuyer son contenu renversé. Je le remplis ensuite d'eau pour l'amener à Charles.
- Pardon Suzanne, dis-je alors.
- C'est rien ma chérie, c'est rien, me dit-elle tristement. Regarde Grand-père, il y a du basket.
Et là, Charles redevint calme et regarda tranquillement le match. Je m'en voulais énormément de cette situation, c'était ma faute.
- Suzanne... Je peux rester avec lui? demandai-je. Je vais juste regarder le match...
- Vas-y, je vais faire la vaisselle avec ton père et on pourra parler boulot, dit-elle doucement.
Je m'installai donc tranquillement sur le canapé près de Charles et il commentait le match. C'était triste d'en être là, je l'adorais. À un moment, je le vis se pencher et regarder vers la cuisine. Soudain, il se tourna vers moi.
- Je ne suis pas fou, dit-il alors.
- Je sais...
- Ta mère me croit folle mais je t'assure que c'est vrai, me fit Charles. J'avais ton âge ma puce.
- Tu avais mon âge ? demandai-je bêtement sans me rendre compte que je risquais de le replonger dans son délire.
- Oui, quand je les ai vus! me fit Charles.
Je regardai alors derrière lui et je vis que nous étions seuls. J'hésitais un peu à faire cela mais pourtant je voulais la suite.
- Tu as vu quoi? demandai-je alors.
- J'étais partis faire une randonnée dans la forêt, tout seul. J'aimais cela. Je crois que je me suis perdu... Et puis je l'ai vu...
- Qui?
- Le diable... Je savais ce que c'était dès que je l'ai vu. Cette légende est partagée par plusieurs nations autochtones d’Amérique et peut désigner la transformation physique d'un humain après la consommation de viande humaine comme une possession spirituelle.
- Ok...
- Oui, il était là, sa peau était émanciée, grisâtre comme les cendres de la mort, expliqua Charles. Je voyais chacun de ses os parfaitement dessinés. Ses lèvres étaient en lambeaux, pleine de sang, le sien ou celui d'une proie... On aurait dit un cadavre... Et il puait la mort...
- Seigneur...
- Oui, et quand il a grogné, j'ai couru! fit-il brusquement. J'ai jamais couru aussi vite et pourtant il était toujours derrière moi, je le savais... Je le sentais derrière moi... Et puis d'un coup, il y en avait un deuxième.
- Ha bon? m'étonnai-je.
- Je l'ai d'abord cru... Et puis j'ai vu que ce n'était pas la même chose, dit alors Charles. Cela ressemblait aussi à un animal mais c'était plus humain... Ça avait des poils et des crocs, un peu comme ces loups-garous dans les films... Tu vois?
- Oui, je vois, dis-je immédiatement en attendant la suite.
- Il s'est interposé et il a interpellé l'autre, avoua Charles. Moi, j'avais cru qu'ils allaient se battre mais non...
- Que s'est-il passé ensuite ? demandai-je alors en me demandant encore quel crédit donner à ce récit.
- Le loup... Il a dit à l'autre que le territoire de Juneau leur était interdit, qu'ils n'avaient pas le droit d'y accéder sans autorisation, qu'il allait prévenir... Un type du nom de Corvo je crois, expliqua Charles. Le type avec la peau horrible... Il a repris un aspect humain... Un aspect totalement normal et il est parti...
- Et le loup? Il t'a parlé ? demandai-je ensuite.
- Il m'a juste dit d'oublier, ne jamais en parler ou en tout cas pas avant très longtemps... Et surtout de toujours faire attention aux Wendigos.
- Aux quoi? demandai-je étonnée.
- Aux Wendigos... C'était l'autre... Des monstres mauvais, apportant la mort et le malheur à tout ce qu'il touche et tout ce qui les approche. J'ai beaucoup cherché sur eux, des créatures représentant le vice de la gourmandise, de l'envie, de la cupidité... Ils se nourrissent des âmes pures en brisant des vies, possédant les âmes les unes après les autres... Ils peuvent défoncer le métal et le béton armé main nue, courir plus vite que n'importe quel humain, leur mâchoire peut arracher les membres... Ils sont toujours là ma chérie, tapis dans l'ombre... De temps en temps ils réapparaissent et recommencent... Ne deviens pas leur proie...
Charles semblait partir de plus en plus loin quand tout à coup, il regarda le match en silence. Il m'avait fait paniquer avec son histoire bizarre. Comme si de telles choses pouvaient exister. Alzheimer était vraiment une terrible maladie. Il semblait m'avoir raconté un film d'horreur ou un roman et l'espace d'un instant, j'avais failli y croire.
- Ma puce? m'appela mon père. On va laisser Suzanne ramener Charles... Il a besoin de repos.
- D'accord, je vais dire au revoir...
Je partis saluer Suzanne en m'excusant encore d'être entrée dans le délire de son père, chose qu'elle me pardonna d'ailleurs. Je retournai vers Charles pour le prendre dans mes bras.
- J'étais contente de te revoir, dis-je alors tout bas.
- Je sais comment savoir qui est possédé par le Wendigo..., murmura Charles.
- Quoi? dis-je en me reculant doucement.
- Le possédé... Quand il est en colère... Ses yeux deviennent rougeâtres... Ils brillent... Reste loin des forêts, marmonna Charles en s'agitant.
- Qu'est-ce que tu marmonnes Grand-père ? demanda Suzanne avant de me fixer. Il ne t'a pas insultée ? Ça arrive, c'est pas contre toi... T'as l'air choquée...
- Non... Ça va, mentis je.
Les yeux devenant rouge quand un être est possédé par le Wendigo. Un être humain détruisant tout ce qui se trouve autour de lui. Un être à la force physique supérieur. Tout cela s'additionnait dans ma tête dans un étrange calcul - qui ne pouvait être réel. J'aurais juré avoir vu une lueur rouge dans les yeux de Blaine, et ses sautes d'humeur, sa colère naturelle, son envie de faire du mal à tout le monde... Pouvait-il être possédé ? Non... Blaine était juste le sale con de base, pas besoin d'être possédé pour cela. Ses yeux, j'avais dû rêver ce détail - c'est juste qu'il fait peur - et la benne était peut-être rouillée de partout - ou encore cabossée oui c'est ça. La possessif ça existe mais ça fait pas ça... Enfin je ne croyais pas. Mais son comportement... Il semble aimer faire le mal... Je me disais qu'il ne serait peut-être pas idiot d'investir dans des artéfacts de protections... À cet instant, j'étais convaincue d'avoir une imagination trop débordante... Et pourtant...