Zoomorphic - Wolves & Wendigos

Chapitre 5 : V

11401 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 23/06/2023 09:24

Plusieurs jours plus tard, j'étais tranquillement installée dans le canapé de Papa avec Max. Nous n'avions pas cours ce matin là et j'avais proposé à Max de passer chez moi. Par contre, alors que je l'attendais,. j'avais quelques craintes sur ce qu'il avait pû Imaginer. C'était un peu idiot car au final, Max n'était pas le genre de garçon a saisir l'occasion d'être seul avec moi pour en profiter. Cependant, nous en profitions quand même pour être un peu tendre l'un avec l'autre et, alors que nous avions prévu de regarder une série, je m'étais installée sur ses genoux pour le regarder et l'embrasser sans aucune gêne. Je l'embrassais sans cesse même et franchement, il s'améliorait de baiser en baiser. C'était même pour moi que cela devenait un peu dangereux, je craignais de ne vouloir plus trop vite et de le regretter ensuite. Ce fut au bout d'une longue séance de baisers, quand un générique de fin retentit - sans que nous n'ayons regardé la moindre minute de l'épisode - que je décidai de mettre fin à la séance.

- Il va peut-être falloir qu'on arrête, dis-je en reprenant mon souffle et caressant ses cheveux.

- Je pense ou sinon, on va sécher les cours, dit-il pendant que je descendais de lui.

- Tu veux manger quelque chose avant? Un sandwich ? demandai-je alors.

- Je veux bien, fit Max en se levant et m'accompagnant dans la cuisine.

- Alors le pain de mie, des couteaux, des assiettes, dis-je en sortant chacun de ces objets. Dis moi ce que tu veux, lui demandai-je alors en ouvrant le frigo.

- Je ne veux pas abuser, je peux ne mettre que du beurre, m'assura Max.

- T'inquiètes pas, il y a à manger, dis-je en riant. Tu aimes le pain de viande ? J'en ai fais il y a deux jours et il en reste un peu.

- Tu cuisines? s'étonna Max.

- Je ne suis pas une grande cheffe mais je me débrouille... J'ai peut-être mis un peu trop de poivre, on aime ça avec Papa, assurai-je alors pensivement.

- Je veux gouter ton pain de viande, fit-il en sortant l'assiette.

- Ça me fait plaisir, dis-je en passant ma main dans ses cheveux. Un peu de moutarde ? Y a du fromage en tranches aussi...

- Je prendrai de tout alors, dit-il en m'embrassant rapidement.

Nous avions l'air normaux, j'évitai en effet de parler de Blaine - ça foutrait la merde. Je l'avais bien compris juste après le départ de l'autre con, quand j'étais revenue et que j'avais réalisé qu'il était le centre des conversations. Max avait reconnu la serviette - elle venait de chez lui - et j'avais bien senti un soupçon de colère, sans doute à cause des évènements précédents. Il n'avait rien dit mais moi - voulant être honnête - j'avais dit la vérité. J'avais senti immédiatement qu'il était rassuré. Le retour au lycée avait arrangé les choses, Blaine ne revenant pas non plus. Il avait quand même une sale habitude qui consistait à fuir le lycée dès que possible. J'essayai quand même de ne pas y penser en préparant nos sandwiches.

- Je pouvais faire le mien, m'assura soudainement Max.

- Ça ne me gène pas, tant que ça ne devienne pas une habitude, assurai-je en riant. Et voilà Max, le Pain-Pain.

- Le Pain-Pain? s'étonna Max.

- J'ai essayé de trouver un nom, comme les grands chefs mais... C'est nul, dis-je honteusement en riant de gêne.

- Alors dégustons, fit-il en croquant sans gêne dans son sandwich. Excellent ton pain de viande.

- C'est sincère ou pour éviter d'être privé du droit de m'embrasser ? demandai-je en agitant le couteau.

- Sincère évidemment, fit-il en mangeant encore.

J'étais rassurée, mes talents de cuisinière lui plaisaient. Nous n'avions cependant pas énormément de temps, nous devions rejoindre le lycée pour prendre un bus scolaire pour faire une visite dans une exploitation locale - devinez laquelle.

- C'est sympa que ton père permette au lycée de visiter sa scierie, dis-je à Max en le regardant.

- Il a toujours accepté, cela fait vivre le coin, dit-il rapidement. Et puis Debbie insiste toujours un peu aussi pour pousser les jeunes à vouloir se former.

- C'est ta sœur c'est ça ? demandai-je alors.

- Oui, mon petit frère c'est Ben, mes parents sont Tanya et Kyle, m'expliqua alors Max provoquant ma surprise. J'ai réalisé que tu ne connais pas leurs prénoms.

- C'est vrai ça, réalisai-je alors en mémorisant les prénoms.

- Une fois il faudrait que tu viennes à la maison pour les rencontrer..., lança Max.

Je me figeai alors que je mangeais pour le fixer attentivement. J'étais assez surprise de sa proposition en réalité, énormément même.

- C'est trop tôt ? demanda Max avec inquiétude et craignant clairement d'aller trop vite.

Je le regardai encore plus fixement, réalisant que Max était extrêmement sérieux avec moi si il était déjà prêt à me les présenter.

- Je ne sais pas trop, avouai-je alors.

- Je n'ai jamais eu de copine... Je ne sais pas à partir de quand ce serait normal, m'avoua Max. Et comme j'avais rencontré ton père la dernière fois, je pensais que peut-être tu trouverais cela normal.

- Ça me ferait plaisir, dis-je alors saisie d'une petite angoisse.

L'angoisse - franchement grande - n'avait pas été provoquée par l'idée même de rencontrer ses parents. En fait, l'angoisse venait plutôt de l'impression que je donnerai et que que j'espérais franchement bonne. Je ne voulais pas faire honte à Max et je n'étais pas forcément le type de fille parfaite - fumeuse, boxeuse et avec un caractère bien trempé. Mais l'idée que Max veuille le faire, cela me mit sur mon nuage. Je réalisai alors qu'il avait fini de manger.

- Tu en veux encore? demandai-je avec empressement.

- Non ça ira, dit-il en souriant. Je veux bien de l'eau pétillante par contre...

- Je t'avais même pas demandé si t'avais soif, dis-je en me maudissant intérieurement.

- Hey c'est pas grave, assura Max.

- Surtout avec le temps passé à s'embrasser, dis-je en nous servant.

- Je n'étais pas trop insistant ? demanda alors Max.

- Non... Pourquoi ? demandai-je.

- Je préfère que tu ne te sentes pas obligée, assura Max et me faisant un peu plus chavirer encore.

- Je ne me sentais absolument pas obligée, dis-je en souriant. Et tu aurais pu en profiter un petit peu.

- Ho... Euh..., fit-il tout gêné.

- Un peu j'ai dit, si t'avais envie de me toucher un peu..., dis-je en me rendant compte que c'était un peu osé.

- D'accord..., fit-il en marmonnant de gêne.

- Quand tu voudras, tant que tu ne me fais pas mal, dis-je honnêtement avant de l'embrasser. Par contre je lave tout de suite les assiettes.

Max m'aida à faire la vaisselle, pas bien énorme non plus.

- J'ai pas à dit à Papa que je t'avais invité ce matin, avouai-je à Max.

- Et euh... Il ne sera pas en colère ? demanda Max inquiet.

- Max, mon père connait la chef de la police... Moi aussi d'ailleurs... Tu voulais voir une voiture de flic camper devant la maison? demandai-je en riant.

- Parce que l'on risque d'être surveillés ? s'étonna Max.

- Tous les membres des forces de l'ordre surveillent leurs enfants sans aucune gêne, précisai-je en riant. Ma meilleure amie de Seattle les repérait à cent mètres, sa mère est officier. Et à chaque sortie, comme par hasard, il y avait des flics.

- Limite flippant, avoua Max. Tu ne risques pas de voir des infirmiers faire ça.

- T'imagines le spectacle..., ajoutai-je en riant. Bon plus de traces... Ho...

Je venais de regarder par la fenêtre et j'avais clairement vu que la neige était en train de tomber. Je n'avais jamais conduit sous la neige et cela m'inquiétait un peu.

- Tu veux bien m'emmener au lycée ? demandai-je alors. Je préfère un trajet plus court pour m'habituer à la neige...

- Bien sûr, pas de soucis, assura Max.

- Par contre, patiente un peu, je vais aller chercher un bonnet et une écharpe, dis-je avant de monter à l'étage.

Je me suis tout de même hâtée de le faire, attrapant les premiers modèles de chaque et redescendant pour enfiler mes bottes.

- Quel météo..., marmonnai-je en mettant ma veste.

- On s'y habitue tu sais, c'est juste un coup à prendre, avoua Max.

- Je suppose, précisai-je avant de prendre mon sac.

- Tu es prête ? Tu as ton téléphone et l'autorisation de sortie ? demanda Max en enfilant sa grosse veste.

- Oui, dis-je en vérifiant. Tu as tes clefs?

- Oui, fit-il en les agitant. La voiture de Mademoiselle est avancée...

- C'est plaisant, dis-je en ouvrant la porte.

- Au fait..., fit-il en se retournant soudainement. Toi aussi tu pouvais en profiter...

- Sous le t-shirt tu veux dire? demandai-je en souriant.

- Oui..., fit-il gêné.

- J'y songerai... Déjà que j'arrive pas à comprendre comment tu fais pour tenir par un froid pareil, marmonnai-je en refermant la porte et tapant dans mes mains.

- J'ai toujours assez chaud, avoua Max en approchant de son pick-up.

- Veinard... J'ai toujours froid... Surtout aux pieds, marmonnai-je alors en montant dans le pick-up et m'attachant.

- Tu es donc fan de chaussettes ? demanda Max en souriant.

- Bah ouais..., dis-je en riant de bon cœur.

- Hautes? demanda-t-il tout sérieux.

- Euh oui..., dis-je étonnée de son sérieux.

- Il y a une chouette boutique spécialisée en vêtements chauds en centre ville, assura Max.

J'étais amusée de la simplicité de la conversation et son inutilité surtout. Cela prouvait juste que nous étions à l'aise - selon mon estimation. Le trajet fut assez court mais long que d'habitude à cause de la neige. Surtout qu'avec pick-up, Max pouvait perdre le contrôle de l'arrière mais grâce à son poids, il était stable. Et puis Max avait des chaînes pour les pneus donc... Moins de risques. Nous arrivâmes alors sains et saufs au lycée et beaucoup d'autres élèves attendaient le car. Nous étions peut-être un leu à la bourre. Max fit le tour de son pick-up pour m'aider à descendre - je reste un nabot - et je le regardai avant d'attraper son bras et le placer sur mon épaule.

- Je veux me montrer, avouai-je en souriant avant de l'embrasser.

- Et puis ils savent déjà, assura Max.

Nous renoignîmes ainsi le groupe d'élèves que constituaient nos amis.

- Salut les amoureux, lança Gisèle en riant.

- Rassure moi... On n'est pas les derniers ? demandai-je honteusement.

- Non, y en a plein qui sont en galère, la neige... Qui commence à bien tomber d'ailleurs..., avoua Gisèle en regardant le ciel.

- Heureusement que la scierie est bien équipée, avoua Aaron à côté.

- Comment ça ? demandai-je.

- Motoneige et ce genre de choses, précisa Hannah.

Les parents de ces deux là travaillaient à la scierie, ou au moins l'un d'entre eux. Ils étaient donc déjà au courant de ce que nous allions voir. Je vis Gisèle sautiller sur place et je souris.

- Je ne pas la seule à mourir de froid..., dis-je en souriant.

- C'est eux aussi... Ils n'ont jamais froid... Moi je suis frileuse à en crever... Même l'été j'ai froid..., avoua Gisèle.

- Tu as un problème de santé ? demandai-je alors.

- Non, c'est juste comme ça..., fit Gisèle en haussant les épaules. Je dois venir du Nevada... Dans une autre vie...

- Brrrr, c'est clair, marmonnai-je en sautillant. Tiens il manque Monsieur Sparks ?

- Madame Armell nous a signalé qu'il aurait un peu de retard, la neige..., fit-elle simplement.

Ces deux professeurs devaient nous accompagner lors de cette visite et je me devais donc de me dire que nous serions bien encadré. Quand je vis Madame Armell emmitouflée dans une doudoune bien épaisse, je sus que nous n'étions pas les seules frileuses.

- Bon ben, vu que j'ai le temps, dis-je en ouvrant mon sac et sortant mon paquet de cigarettes. Quelqu'un ?

- Non merci, fit Gisèle. Ça me donne envie de gerber.

- Et moi je vapote, dit alors Hannah en me montrant son appareil sortit de sa poche. Enfin, j'ai vapoté juste avant votre arrivée.

- J'aime pas ces trucs, dis-je alors en portant la cigarette à mes lèvres. Avec les parfums de sucreries, t'as toujours envie d'en reprendre...

Je me mis à taper sur mes poches, lentement puis nerveusement, saisie d'un doute. Et puis j'ai ouvert mon sac - en croisant les doigts - avant de le refermer.

- Merde...

- Quoi? demanda Max.

- J'ai oublié mon briquet sur la table basse... Fais chier...

- Pas besoin de briquet, fit fièrement Hannah.

- Ouais mais je prendrai pas une taffe sur ce machin, marmonnai-je en regardant autour de moi.

Je voulais fumer, il me fallait ma dose de nicotine - c'est ça être accroc - et je n'avais qu'une solution. Celle-ci - vous le devinez - c'était d'emprunter du feu à quelqu'un. Quelques adolescents autour de nous fumaient mais toujours dans ces saloperies électroniques. Ça commençait à me faire chier cette mode... Et puis, d'un coup, je vis Blaine appuyé sur une rembarde. Il était venu.

- Je vais chercher du feu, dis-je alors aux autres. Là-bas, dis-je pour Max.

Je lui avais montré Blaine par honnêteté. Il hocha simplement la tête et je fonçai droit vers l'emmerdeur du coin. C'était méchant de penser à lui comme ça car il était mon Obi-Wan - mon seul espoir - pour avoir du feu.

- Salut, dis-je alors à Blaine. T'es venu?

- Si t'as oublié, j'habite chez eux... Si je me casse, Kyle saura que je sèche..., grommela Blaine.

- En parlant de sèche... Tu peux me prêter ton Zippo ? demandai-je honteuse.

- Seattle oublie son briquet ? fit-il mesquin avant de m'empêcher de commenter méchamment car il sortit son briquet.

- Merci, dis-je quand même en allumant. Rhaaa ça fait du bien...

- T'es venue avec Max, fit Blaine.

Je le regardai surprise par son propos au moment où je lui rendais son Zippo si magnifiquement ornementé. À cet instant, parce que je m'étais figée, je réalisai alors que la gravure était celle d'un Wendigo. Je regardai le Zippo avec circonspection quand Blaine le prit sèchement dans ma main.

- Euh... Tu disais? demandai-je alors.

- T'es venue avec Max, répéta Blaine.

J'avais compris à sa façon de parler qu'il ne posait pas la question, il affirmait sur un ton froid. C'était toujours plaisant de discuter avec lui - aussi plaisant que de se faire arracher un bras par un animal sauvage sans doute.

- Oui, on était chez moi avant de venir, dis-je alors en me méfiant d'un éventuel commentaire.

- Ok, répondit simplement Blaine en fumant.

Bizarrement, je m'étais attendue à une vanne. Un truc bien dégeulasse ou bien salace en fait, du genre que j'étais une folle du cul ou que Max avait perdu son pucelage. Mais non - c'était surprenant d'ailleurs - rien de tout ça, juste un "ok".

- Ça va Blaine? demandai-je en le voyant regarder les élèves.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre? me demanda Blaine en me regardant.

- Ha... Je me disais aussi, dis-je en réalisant qu'il était lui-même. Merci pour le briquet, ajoutai-je en m'éloignant.

- Pff, soupira Blaine dans une réponse incroyablement réfléchie.

Je retournai auprès des autres, non sans me retourner pour l'observer. Il était bizarre - plus que d'habitude - et j'avais presque l'impression qu'il était ailleurs.

- T'as trouvé du feu visiblement, me fit Aaron.

- Ouais, Blaine, assurai-je en soupirant.

- L'enfoiré, marmonna Hannah.

- Hannah..., marmonna Gisèle.

- Ouais je sais... J'ai été bien dégueulasse aussi..., marmonna celle-ci.

- T'étais en colère, précisa Aaron.

- Oui, mais ça ne regardait personne les conditions de la mort de sa mère... Encore désolée Max, dit alors Hannah.

- C'est pas grave, je ne t'en veux pas d'avoir parlé de ma tante, la rassura Max.

Je tournai la tête vers lui, surpris de son propos. J'étais en fait sidérée. Et je m'étais figée la fumée dans la gorge, ce qui me fit tousser - comme une conne.

- Ça va ? demanda Max.

- Oui... Vous m'avez choquée en fait..., avouai-je.

- Euh... En quoi? demanda Hannah.

- Tu t'excuses auprès de Max, assurai-je à Hannah.

- Oui et? s'étonna celle-ci.

- Rien ne te choque? demandai-je quand même.

- Bah... C'est normal de s'excuser, me sortit Aaron.

- Je crois que Lynn veut dire que c'était surtout auprès de Blaine qu'elle aurait voulu entendre des excuses, comprit Gisèle.

- Sérieux ? Tu veux que je m'excuse ? demanda Hannah choquée.

- Elle n'a juste pas compris que ce soit auprès de moi, assura Max.

- Voilà, confirmai-je.

Max me regarda avant de fixer Hannah qui se senti mal à l'aise. Aaron posa sa main sur son épaule pour la réconforter.

- Je ne m'excuserai pas auprès de ce taré, murmura Hannah à Aaron. C'est lui qui a cherché la merde.

- Hannah... C'est bon, la réprimanda Max.

- On n'en reparle pas, signifia Gisèle. C'était assez gênant...

- Désolée d'avoir provoqué tout ça, dis-je à Gisèle.

- T'as voulu me protéger... Ce n'est qu'un amoncellement de quiproquo... C'est pas grave, assura Gisèle.

- Au moins on a été débarassé de lui pour la fin de la soirée, assura Aaron.

Ils reparlèrent de la soirée et je tournai ma tête sur le côté pour observer Blaine. Ils ne semblaient pas se rendre compte à quel point cela avait dû le faire souffrir. Je l'avais vu, sans doute plus en colère que jamais, se contenir pour ne pas revenir mettre de l'huile sur le feu. J'en étais certaine même. Et j'étais convaincue secrètement que c'était la raison de son absence les derniers jours avant la sortie scolaire. Peu de temps après, Monsieur Sparks arriva et nous fûmes conviés à monter dans le car. Hannah et Aaron s'assirent à côté l'un de l'eau - rapprochement rapprochement - et Gisèle aux côtés d'Elena qui attendait déjà dans le car. Je la trouvais assez distante en fait, comme évitant le groupe en général. Mais quand elle était là, elle était sympathique. Moi, je me mis contre la fenêtre et Max s'installa près de moi. Je pris sa main dans la mienne en profitant du chauffage du car. Je regardai alors vers l'entrée du car et je vis Blaine entrer avant de parler à Monsieur Sparks qui était au premier rang. Il avança ensuite vers l'arrière en nous ignorant. Soudain, Max sursauta et lâcha ma main pour saisir son épaule.

- Bon sang..., grommela Max.

- Ça va? demandai-je inquiète. Blaine t'a percuté ?

- Volontairement oui..., marmonna Max.

- Pourquoi ? Vous vous êtes disputés ? demandai-je alors. Enfin depuis l'anniversaire ?

- Il ne me parle plus depuis, précisa Max. Et il me regarde comme si il allait m'arracher la gorge... Pendant les repas.

- Superbe ambiance chez toi, lui avouai-je.

- Le seul a qui il parle encore c'est Ben, avoua Max. Sans doute parce qu'il est petit.

- Génial l'ambiance...

- Pourtant ma sœur est toujours assez gentille avec lui, précisa Max. Mais rien... Il me regarde juste méchamment.

- Tu as dit ce qu'il s'était passé à tes parents ? demandai-je alors.

- Évidemment... Je n'aurai pas dû ? demanda-t-il surpris.

- Franchement... Je ne pense pas... Je ne le défends pas pour avoir frappé Aaron mais c'était juste... Une connerie.

- Il t'a manqué de respect, m'assura Max. Je ne pouvais pas laisser passer ça.

- Je sais et j'ai trouvé cela chevaleresque, assurai-je à Max en l'embrassant. Mais t'as démarré la bagarre.

- Maman m'a dit ça, assura Max. Mais Papa pense aussi qu'il n'aurait pas dû en rajouter. Il est rentré en furie d'ailleurs...

- Je ne l'excuse pas mais les circonstances de la mort de sa mère ne regardait absolument personne, dis-je alors à Max. D'ailleurs comment Hannah sait?

- C'est... Parce que l'on se connait depuis très longtemps, assura Max. Nos parents se connaissent même depuis l'adolescence.

- Ha oui forcément..., compris-je. Sa mère s'est donc suicidée...

- Tu veux que je te raconte? demanda Max.

- Non, cela ne me regarde pas, dis-je simplement. Je ne l'apprécie pas beaucoup mais je ne veux pas connaître des choses qu'il désire conserver pour lui.

- Tu es vraiment extrêmement mature, précisa Max.

- La vie est comme ça, j'ai eu la chance de ne jamais vivre de vrais drames, même si un divorce n'est jamais facile, assurai-je alors. Il s'est bien passé, c'était d'un commun accord...

- Et nous à part la mort de Tante Jada, il n'y a pas eu de choses horribles, assura Max.

- Ne nous en plaignons pas, lui conseillai-je avant de m'installer tout contre lui.

Durant le trajet, je me fis bercer par les vibrations du car scolaire qui s'engagea dans les routes forestières. Je réalisai que techniquement, les chemins de randonnées présents derrière chez mon père, après les premiers arbres, pouvaient mener jusque là.

- Par là, il y a le chalet de ma famille, à deux ou trois kilomètres encore, dit alors Max.

Je regardai la direction indiquée et il était évident que ce chalet était au beau milieu de nulle part. Cela devait être romantique de s'y retrouver en amoureux - sans arrières pensées coquines. Il faudrait sans doute essayer d'y aller au moins une fois.

- Ha on approche, précisa Max.

Je me redressai alors avec un peu de déception - bah oui, c'est bien les câlins - et je me mis à observer l'environnement. La Lexington Sawmill était un immense bâtiment en bois, plusieurs mêmes, tous reliés par des sortes de petits pontons. Le bâtiment ne jurait nullement dans son environnement et semblait même en être sorti sous cette forme. Les élèves se mirent à descendre les uns après les autres du car et à se regrouper sur le parking. Je vis immédiatement une femme juste sous l'enseigne en bois assez magnifiquement taillée. Cette femme, je n'avais littéralement aucun doute sur son identité, il devait s'agir de Debbie Lexington, la sœur de Max. Ce n'était pas un exploit de le deviner après tout, elle ressemblait à une version féminine de Max, avec de long cheveux noués derrière elle. Et vu son âge apparent, elle ne pouvait être sa mère - sauf dans un monde où il est possible d'avoir un enfant à moins de cinq ans. Cette femme fit d'ailleurs un signe de main quand Max descendit, confirmant mon raisonnement.

- Debbie est toujours aussi belle, fit alors Hannah en nous suivant. Et en plus, elle est intelligente, m'assura-t-elle.

- Ce n'est pas incompatible, assurai-je en souriant.

- Je dis ça parce qu'elle pourrait aller à l'Université mais elle a préféré rester ici quelques années.

- Elle est encore jeune, elle peut intégrer une université dans un ou deux ans, confirmai-je.

Les élèves finirent de se regrouper et nous suivîmes nos professeurs en avançant vers l'entrée.

- Bonjour Madame Armell, lança Debbie toute heureuse avec sa voix littéralement enchanteresse.

- Debbie, il y avait longtemps, assure la professeure âgée. Tu vas bien?

- Très bien Madame, assura Debbie en souriant. Vos cours me manquent...

- Vile flatteuse, lui annonça la professeure.

- Je suis sincère, fit alors Debbie en souriant. Bonjour à tous!

Ce fut en réalité sa manière d'obtenir non seulement notre attention mais également le silence. Je restai alors à côté de Max et j'observai alors sa sœur.

- Je vous souhaite la bienvenue à la Lexington Sawmill, commença Debbie. La scierie a été inaugurée en dix-huit cent quatre-vingt un, en même temps que fut fondée la ville de Juneau. Ce sont d'ailleurs les ouvriers de la scierie qui ont construit les premières habitations de la ville et de la vallée. Depuis cette époque, de génération en génération, la scierie Lexington évolue avec la ville. Mon père est actuellement la sixième génération de Lexington à la tête de la scierie. Je suppose que parmis vous, certains ont de la famille qui travaille pour nous, et vous avez sans doute déjà visité la scierie lors de la journée des familles. Pour les autres, nous allons visiter les différents ateliers et aussi les bureaux. Je vais vous inviter à me suivre, dans le calme et la discipline. Entrez donc.

Nous entrâmes les uns après les autres et je souris quand je vis Debbie saluer son petit frère. J'avais fait attention de ne pas agir en petite amie, histoire de ne pas la pousser à poser des questions à son frère. Je tournai la tête vers l'arrière de la classe et je vis Blaine qui entrait en bon dernier. Je vis Debbie le saluer et il semblait consterné. Je ne pus penser qu'une seule chose: quel caractère de merde. Nous arrivâmes dans les bureaux et nous decouvrîmes un open space des plus modernes.

- Je m'attendais à un truc plus simple, avouai-je à Max.

- Oui, je comprends, avoua-t-il en riant. Papa a beaucoup modernisé.

- Bien, nous voici dans le cerveau de la scierie. C'est par ici que tout est organisé à la perfection, assura Debbie. Déjà, c'est d'ici que sont envoyés les salaires, ajouta-t-elle en faisant rire tout le monde. Bah oui, c'est important. Ensuite, nous recevons toutes les commandes de partout dans le monde. Je vois votre surprise à tous mais il existe d'excellentes essences d'arbres dans la région qui intéressent des hôtels de luxe un peu partout. Si vous allez au Martinez de Cannes, en France, vous pourrez voir des sculptures en bois conçues ici.

Je fus surprise de l'information, la Lexington Sawmill était donc renommée. Max était un bon parti - bah quoi? C'est vrai non?

- Je vais vous inviter à passer cette porte, l'atelier de découpe de base, merci, fit alors Debbie.

Je regardai attentivement Max en avançant. Il semblait intéressé par la visite, chose amusante étant donné le nombre de fois supposément élevé où il avait dû venir. Je sursautai alors quand Max me prit la main.

- Ho désolé, me fit Max.

- Je suis juste étonnée que tu le fasses ici, dis-je tout bas.

- Je suis très fier moi, dit-il alors en souriant.

- Beau parleur, assurai-je en souriant et serrant sa main.

Nous arrivâmes alors dans un atelier gigantesque où les bruits étaient nombreux. Il y avaient d'immenses scies circulaires, d'immenses tapis roulant où arrivaient des troncs gigantesques. Un nombre assez important d'ouvriers couraient partout - façon de parler - comme une colonie de fourmis parfaitement organisée. Et au milieu de l'atelier, portant un gilet réfléchissant orange, un homme massif et musclé, avec une barbe bien fournie et des cheveux mi-longs, tous les deux poivre et sel, dirigeait la manœuvre comme un véritable chef d'orchestre. Le père de Max - ou celui que je supposais l'être - s'approcha d'une machine et appuya sur quelques boutons. Il y eut une sonnerie et petit à petit, les machines s'arrêtèrent et le bruit aussi. Enfin, le silence arriva et nous pûmes nous détendre du bruit.

- Laissez moi vous présenter Kyle Lexington, mon père, fit alors Debbie en s'approchant de son père.

- Bonjour à tous, soyez les bienvenus dans l'atelier numéro un, annonça Kyle. Je suis comme toujours, très honorés de vous recevoir dans ma société et d'avoir la chance de montrer l'intérêt de celle-ci. J'espère toujours que, lors de ces visites, certains d'entre vous puissent se trouver une passion et venir travailler chez nous après le lycée.

Je souris en entendant cela, il était peut-être un gros employeur de la région après tout. Et tenter de recruter les employés dès le lycée pouvait réellement créer une véritable envie de le faire.

- Nous possédons plusieurs ateliers comme celui-ci dans le complexe, avoua Kyle Lexington. Les arbres ou plus précisement leurs troncs arrivent ici par camion ou motoneige quand le temps ne permet pas aux camions de le faire, comme aujourd'hui. Les troncs sont alors attrapés mar cette grue et déposé sur ce tapis.

Kyle Lexington indiqua une grosse machine cubique, énorme même, et il reprit son explication.

- Cette machine enlève toute l'écorce de l'arbre qui est ensuite récupérer dans un immense container pour devenir du compost, lança Kyle Lexington. Le tronc glisse ensuite sur ce tapis et part dans cette machine qui commence à couper les planches dans la longueur. Ensuite, c'est la largeur qui est coupée pour obtenir les planches d'un gabarit classique... Les planchers sont ensuite acheminées dans les divers ateliers pour être transformées.

Chacun des élèves - dont moi - écoutait très attentivement l'explication de Kyle Lexington. Autant de machines me faisait me demander à quoi cela pouvait bien ressembler à l'origine. Je me disais qu'au dix-neuvième siècle, il fallait sans doute énormément de temps, ne serait-ce que pour enlever l'écorce. Ensuite, il fallait faire tout le reste. La technologie avait sans doute du bon mais en même temps cela avait dû permettre de réduire le nombre d'employés. Je ne savais pas quoi en penser. Mais en même temps, la population de Juneau n'était pas non plus exponentielle, trente mille âmes à peine.

- Alors... Est-ce que quelqu'un sait ce qui peut être fabriqué par un de nos ateliers ? demanda Kyle Lexington.

Plusieurs mains se levèrent immédiatement, la plupart devant déjà le savoir. Je souris en voyant que Max ne le faisait pas du tout. Logique, il devait y venir trop souvent pour l'ignorer. Je le regardai avec amusement et lui fit un clin d'œil.

- Des cercueils ! lança la voix d'une personne qui n'avait pas été interrogée depuis le fond de l'atelier.

Comme d'un commun accord, plusieurs têtes se tournèrent vers le fond de la salle. Blaine - qui d'autre? - avait sortit cette phrase en s'amusant à jouer avec une lame de scie circulaire posée sur un tapis.

- J'aurais dû m'en douter, marmonna Kyle Lexington. Blaine a raison cependant, nous fabriquons bien des cercueils mais ce n'est qu'occasionnellement... Laisse les répondre tu veux ?

- À vos ordres, lança un Blaine triomphal.

Quel emmerdeur celui-là ! Il se trouvait drôle en plus. Kyle Lexington interrogea rapidement d'autres élèves qui proposaient des meubles, des pièces détachées, des bonnes réponses évidemment.

- Des jouets, fit Max tout bas.

- Hein? dis-je en l'observant me sourire.

Je levai alors la main immédiatement en espérant attirer l'attention de Kyle Lexington. Il m'interrogea rapidement.

- Des jouets? proposai-je alors.

- Ho, intéressant... C'est tout nouveau, fit fièrement Kyle Lexington. Nous avons récemment reçu la proposition de créer une gamme de jouets, petits mais également d'extérieur, en bois durable et responsable. La relève est assurée par mon fils qui est dans votre classe.

Je tournai la tête vers Max qui se massa le nez en fermant les yeux.

- J'ai pas dit ça pour me faire mousser bon sang, marmonna Max tout bas.

- Je sais...

- Pourquoi il le dit? marmonna Max de plus belle

- Parce qu'il doit être fier, assurai-je.

- Je vais vous inciter à venir poursuivre la visite par les ateliers de découpes secondaires, annonça Kyle Lexington.

Et les élèves suivirent - non c'est vrai? - sans discuter. Les ateliers suivants étaient plutôt constitués de postes individuels. En effet, même si les machines étaient automatisées et de véritables ordinateurs, chaque employé devait les calibrer pour chaque pièce. Ensuite, les pièces étaient assemblées. Nous pûmes même assister au montage d'un berceau sur mesure pour triplés. Ce fut incroyablement intéressant car nous avions eu un exposé pour chaque étape, du design à la peinture et à la livraison.

- Et maintenant, notre tout nouveau atelier, une idée de ma petite fille adorée, fit Kyle Lexington en riant.

- Papa... Tu me fais honte, lança la petite fille adorée de dix-neuf ans.

- Oui oui..., fit Kyle Lexington en l'ignorant. Debbie a proposé d'ouvrir un atelier ouvert à tous. En effet, certaines personnes peuvent vouloir apprendre à travailler le bois, d'autres n'ont peut-être pas besoin d'apprendre mais n'ont ni les équipements ni l'espace pour. C'est pour cela qu'il est possible de louer un poste de travail, de suivre de petites formations, pour une somme raisonnable. Venez avec moi.

- Toi et ta sœur avez de bonnes idées, dis-je en prenant la main de Max avant de suivre la foule.

- Celui-là, je devrais y prendre des cours, je n'ai absolument aucun don, précisa Max.

- J'imaginais le contraire, dis-je alors étonnée. Mais c'est pas grave.

Nous arrivâmes alors dans un atelier bien plus petit, ressemblant bien plus à une grande classe qu'à un atelier de travail. Des tables et établis étaient disposés, tout comme de grands casiers de rangement.

- Vous pouvez voir dans cette grande vitrine, quelques œuvres fabriquées par des personnes profitant de l'atelier, lança Kyle Lexington.

Comme beaucoup d'élèves, je m'étais hâtée de foncer vers la vitrine. Il y avait quelques fabrications assez simplistes, peu ornementées mais également d'autres parfaitement ouvragées. Des jouets, des sculptures d'animaux, de véhicules en bois, etc. Puis j'entendis un sifflement admiratif provenant d'un garçon. Je cherchai immédiatement ce qui avait provoqué ce sifflement et je fus effarée. Il y avait là une guitare électrique - toute bois sauf forcément l'électronique - dans un mélange de blanc d'If et de rouge d'acajou. Cette guitare aurait mérité sa place à n'importe quel bon concert de rock. Il y avait une petite étiquette qui indiquait qu'il s'agissait d'une copie du coffre, l'original devant être chez son fabricant.

- Certaines personnes ont de véritables dons, avoua Kyle Lexington en voyant tout le monde s'exciter devant la guitare. Ils pourraient devenir célèbres si ils s'en donnaient la peine.

- Combien de temps ça a pris? demanda un garçon.

- Danny, on lève la main, le réprimanda Monsieur Sparks.

- Je ne saurais répondre, précisa Kyle Lexington. Je n'étais pas là.

- Quarante six, fit la voix de Blaine dans le fond de l'atelier. La perfection se mérite.

Je fus assez étonnée d'apprendre cela - qui ne le serait pas - et j'ai immédiatement tourné la tête vers le fond de l'atelier. Debbie s'était approchée de son cousin comme si elle voulait le féliciter.

- Certains sont vraiment plein de surprises, lança Debbie visiblement assez fière de son cousin.

- Je suis très habile de mes mains, assura Blaine sur un ton qui laissait peu de doutes quant au double sens de son propos.

D'ailleurs, il fut même bousculé par Debbie qui s'en était également rendue compte, prenant de vitesse les professeurs prêts à réprimander Blaine.

- Bien... Je vais maintenant vous inviter à refermer vos manteaux, nous allons sortir et marcher un peu dans la forêt pour voir la base de notre travail, précisa Kyle Lexington.

Soyons honnêtes, la plupart des élèves n'étaient pas très heureux d'aller crapahuter dans la forêt alors que la neige tombait. Ce fut donc d'un pas lent et surtout de mauvaise grâce que les élèves se mirent à suivre Kyle Lexington. Ce dernier avait enfilé une veste et sa fille également, avant de se diriger vers des portes de hangar qui nous menèrent à l'extérieur. Immédiatement, je fus transie de froid et je sentis Max qui passa sa main dans mon dos comme désireux de me réchauffer. Cela me fit un grand plaisir et je le regardai en souriant. Je n'aimais pas crapahuter en forêt personnellement - et pourtant j'étais sportive - alors, marcher près d'une demi-heure tant nous avançions lentement à cause de la neige, cela me faisait un peu chier. Heureusement je portais des bottes assez épaisses. De même, heureusement que les chemins étaient entretenus. Naturellement, Kyle Lexington nous abreuvait d'anecdotes diverses et variées sur son travail et sur les terres lui appartenant. Pendant que nous avançions, nous vîmes également de nombreux employés qui faisaient les allers-retours.

- J'en peux plus de marcher, marmonna Gisèle près de moi.

- C'est vrai que c'est long... On est bientôt arrivés ? demandai-je immédiatement à Max.

- Non, juste une grosse montée, avoua-t-il mal à l'aise.

- La prochaine visite... On pourrait pas la faire en centre ville? demanda Gisèle avec mesquinerie.

J'avais trouvé cela drôle et j'avais ris de bon cœur. Et s'amuser permettait d'alléger la difficulté du trajet. Et puis enfin nous arrivâmes là où nous devions aller. Beaucoup d'élèves se plièrent en deux pour se masser les genoux et moi, je fus également soulagée. Je profitai alors de ce petit moment de repos - assez bienvenu - pour observer mon environnement. Il y avait plusieurs cabanons répartis à de nombreux endroits, tout comme quelques motoneiges placées près d'arbres pour charger les sortes de remorques à l'arrière de celles-ci. Un peu partout, des employés s'affairaient au travail.

- Et nous voilà à l'endroit le plus important d'entre tous, précisa Kyle Lexington. Nos équipes de spécialistes sélectionne les meilleurs arbres, nos bûcherons les découpes avec soin et nous les acheminons ensuite.

- Monsieur Lexington a eu une jolie idée pour vous occuper, annonça la professeure Armell. Il vous invite à venir chercher un bloc-notes ici et à ensuite, en cherchant les marques sur les arbres, les répertorier. Vous devrez découvrir un petit système amusant. C'est individuel mais rien ne vous empêche de parler entre vous.

- Nous voulons du calme et du sérieux, rappela Monsieur Sparks. Pas de débordement et restez calmes, les employés doivent quand même travailler et donc, évitez d'aller les ennuyer en chemin. Merci.

- Ho et une chose importante, nous signifia immédiatement Kyle Lexington. Les pentes enneigé dont dangereuses, il y a des risques de glissements de terrain alors restez prudents.

Ça, ce n'était pas fait pour me rassurer. Je me tournai quand même vers Max pour spécifier un détail.

- Tu n'es pas obligé de rester avec moi, cela pourrait éveiller les soupçons de ta famille, dis-je avec un clin d'œil. Et puis, je passerai bien un peu de temps avec Gisèle.

- D'accord, je comprends, me fit Max en souriant. Fais attention hein?

- Promis ne t'en fais pas, assurai-je avant d'approcher de Gisèle.

- T'en as marre des câlins ? me demanda-t-elle en riant.

- Non, mais entre frileuses, je sais que nous ferons cela vite, ajoutai-je avec mesquinerie.

Gisèle rigola bien de ce bon mot et nous partîmes récupérer nos bloc-notes. Je regardai vers Gisèle et elle me fixa d'un air dubitatif.

- Bon ben n'importe lequel fera l'affaire visiblement, m'avoua Gisèle.

- Allons au plus près, assurai-je donc.

- Visiblement ça se passe bien entre toi et Max, me fit Gisèle en avançant.

- Oui, c'est vrai, concédai-je en me sentant glisser un peu. Saleté de pente!

- Fais gaffe, dit-elle en m'aidant. Vous êtes venus ensemble en plus.

- On était dans le canapé Gisèle, t'imagines rien, affirmai-je.

- Personnellement, vous faites ce que vous voulez. C'est juste mignon, dit-elle en souriant.

Nous arrivâmes alors au premier arbre et nous cherchions quoi noter. Je n'y connaissais absolument rien en arbre - ça n'a pas changé énormément depuis - car pour moi, à part la couleur, c'était du pareil au même.

- Ho, il y a une étiquette, lança Gisèle. Regarde.

- Alors... Date de plantation... Âge... Date de futur coupe... Tu crois que c'est ce qu'on doit noter? demandai-je.

- Je suppose que oui..., marmonna Gisèle. Je le fais en tout cas.

Je fis donc de même en me demandant bêtement à quoi cela servirait. Gisèle se retourna pour aller voir un autre et d'un coup, finit sur les fesses.

- Ouch... Mon cul! fit Gisèle que j'aidais à se relever.

- Ça glisse bordel, marmonnai-je en réponse. Tu t'es fait mal?

- Non, juste à l'égo, avoua Gisèle. Mais visiblement...

Je levais la tête dans une direction et en fait, elle n'était pas la seule à avoir croisé de trop près la poudreuse. Alors que je regardai vers les autres élèves, je réalisai que Max et Blaine semblait en discussion - houleuse d'ailleurs. Qu'est-ce qu'il avait encore celui-là ? Je me le demandais. Gisèle suivit mon regard et sourit.

- Si un jour ils ne se disputent pas, ce sera bizarre, avoua Gisèle.

- Mais pourquoi Blaine le cherche autant ? demandai-je en prenant un autre arbre.

- Honnêtement ? J'ai toujours cru que c'était de la jalousie, précisa Gisèle.

- En quoi? demandai-je surprise.

- Déjà, Max est toujours entouré, d'amis entre autres, Blaine est solitaire, avoua Gisèle. Et les filles aiment bien Max... Sois pas jalouse hein?

- Je ne le suis pas... Je comprends ce que tu veux dire mais je ne comprends pas quand même..., marmonnai-je.

- Hein? s'étonna Gisèle tant j'étais incompréhensible.

- Blaine et les filles... Visiblement, il n'a pas l'air d'avoir de gros soucis sur ce point là, dis-je consternée.

- Oui... Mais rien de sérieux... Je crois que cela pourrait lui plaire. Mais je crois que sa vraie jalousie vient d'ailleurs, précisa Gisèle.

- Je t'écoute...

- La famille... Je crois qu'il ne supporte pas que tant de gens aiment Max, qu'il fasse la fierté de sa famille, ce genre de choses, avoua Gisèle.

- Je crois comprendre pourquoi, précisai-je alors pendant que nous avançions encore dans les arbres.

Plusieurs fois, nous avions noté les informations, comprenant par ce biais que chaque arbre était destiné à une coupe à une date précise, pour servir ensuite à une tâche tout aussi précise. Nous avions fini sur une petite surface en contrebas de l'allée principale, continuant de noter.

- Je vais aller vois si les autres ont noté des trucs sympas, assura Gisèle.

- Je t'attends là, précisai-je en regardant les arbres.

Gisèle s'éloigna rapidement, me laissant là, près de mes arbres. Je m'étais appuyée sur l'un d'eux et je regardai vers l'allée. Blaine et Max s'étaient à nouveau rejoints pour discuter avec véhémence devant une motoneige qui me cachait leurs jambes. Je me demandais bien ce qu'ils pouvaient dire tous les deux. J'aimerais clairement être une petite souris pour les espionner. Je m'étais alors détachée de l'arbre, tournant le dos aux garçons pour observer les élèves. Ceux-ci faisaient comme nous et Gisèle, passant d'arbres en arbres. Évidemment, certains avaient rapidement transformé la sortie et la recherche en bataille de boules de neige. L'endroit était assez reposant et surtout l'air était d'une pureté sans nom. Un endroit assez sympathique. Les rires commençaient à emplir la zone. C'était plaisant. Soudain, un cri retentit dans la zone.

- LYNN!!!! fit la voix de Gisèle.

Je me tournai immédiatement pour savoir la raison de ce cri et là, je compris. La motoneige de l'allée, sans doute à cause des chutes de neige, était en train de dégringoler la pente, directement vers moi. Je fus saisie d'une forme d'effroi en voyant la neige virevolter dans l'air à cause de la traînée de la motoneige. Soudain, je fus soulevée du sol et propulsée un ou deux mètres plus loin, saisie par une vive douleur dans le dos au moment où un gros fracas retentit. J'étais au sol et quelqu'un était sur moi. J'enlèvai immédiatement la neige sur mon visage et je vis un regard inquiet.

- Tu n'as rien? demanda Max saisi d'angoisse.

- Je... Je..., hésitai-je en ne réalisant pas trop ce qu'il s'était passé.

Je me mis donc à regarder partout tandis que tout un groupe d'élèves nous entoura pour demander si nous allions bien. Là où j'étais quelques instants plus tôt - près de l'arbre donc - il y avait la motoneige. Celle-ci avait percuté l'endroit où je me trouvais quelques instants plus tôt et n'était désormais plus qu'un amas de tôle broyée. Près de nous, sa remorque s'était arrêtée à quelques centimètres. Je l'avais échappé belle.

- Lynn... Réponds moi, me supplia Max en panique.

Je tournai enfin la tête vers lui, réalisant qu'il m'avait sauvée et je me redressai un peu pour l'embrasser et l'enlacer. Et puis, je me figeai. Il y avait un problème. Un instant plus tôt, il était à côté de Blaine. Je regardai donc vers le haut de la pente et lui, il était toujours là haut. Il nous fixait froidement. Je déglutis immédiatement quand je sentis son regard mauvais vers nous et j'aurais pu jurer - si il n'y avait pas la possibilité que ce soit le stress - que ses yeux brillaient.

- Max... Comment t'as fait ça ? demandai-je alors.

- J'ai juste plongé sur toi, assura celui-ci en me tendant la main pour m'aider à me relever.

- Ahhhh! criai-je de douleur quand ma cheville droite lâcha sous mon poids.

Je retombai au sol sous la douleur en me tenant la cheville. Malgré la douleur, je regardai Max

- Papa!!! Il faut l'emmener à l'hôpital !!! cria Max.

- Comment tu as pu arriver si vite? demandai-je immédiatement.

- J'étais près de l'arbre... On a eu de la chance, avoua Max.

Je le regardai en me tenant la cheville, préférant cesser de parler vu les autres élèves présents. Max mentait. Je l'avais vu avec Blaine. Il était trop loin. Il n'aurait pas pu réussir cela. Il mentait.

- Je vais regarder, fir Hannah. Tu peux tourner le pied.

- Aghhh, ça fait mal!!! dis-je quand elle bougea mon pied.

- Ce n'est pas cassé, précisa Hannah.

- Max, emmène la à ma voiture, fit son père.

- Tu penses pouvoir te lever? demanda Max en me regardant en panique.

- J'essaye...

Je poussai alors sur mes mains avant de me sentir glisser, mon pied ne pouvait me soutenir.

- Putain ! marmonnai-je en tapant de la main dans la neige et me figeant.

J'avais heurté quelque chose. Au moment où Max regarda si son père avait approché un véhicule, je regardai ce que j'avais touché et qui était froid et métallique. Je fus surprise en réalisant qu'il s'agissait du Zippo de Blaine. Je tournai la tête vers lui et il restait en haut de sa pente, me fixant d'un air supérieur. Je glissai ce briquet dans ma poche et une horrible pensée me vint en tête : ce zippo était avec la remorque et Blaine avait tenté de me tuer. Cette information qui se présentait était d'une horreur sans nom. C'était impossible et portant, j'en étais sûre. De la même manière, j'étais sûre que Max était à côté de lui. Prise dans mes pensées, je ne sentis nullement Max passer ses bras sous moi mais je me sentis quand même être levée du sol. Je passai mes bras autour du cou de Max tandis qu'il traversera l'attroupement.

- Ça n'a pas l'air trop grave! Rassure-toi ! me fit Gisèle.

- Ok..., marmonnai-je encore perplexe.

- Je prendrai de tes nouvelles ! ajouta-t-elle.

Max se hâta de me transporter, me donnant même l'impression de ne rien peser. Je regardai son visage fixement, me demandant pourquoi il mentait.

- Pose la délicatement, fit soudainement son père en ouvrant sa portière arrière. Comment tu t'appelles ?

- Lynn, dis-je en regardant le père de Max.

- Reste allongée, ne t'inquiètes pas je vais conduire prudemment, je t'emmène à l'hôpital, assura Kyle Lexington.

- D'accord..., dis-je quand Max referma la portière.

Il fit très rapidement le tour du pickup de son père pour s'installer sur le siège passager.

- Ça va aller Lynn, ce n'est que la cheville, dit alors Max.

- Tu sais que je boxe? dis-je bêtement. Si ce sont les ligaments c'est mauvais pour mon jeu de jambes.

- Je... Je t'ai poussée trop fort, excuse moi, dit alors Max.

- Non... Tu m'as sauvée... Je te remercie... Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demandai-je enfin.

- La motoneige était à l'entrée de la pente, sans doute trop proche et la neige a dû se tasser, avoua Kyle Lexington. Je leur dit toujours de garer les motoneiges sur l'allée...

- C'était un accident donc? demandai-je alors.

- Un simple accident, assura Max. Pourquoi ?

- Je demande...

Je voyais le visage inquiet de Max et je le vis durant tout le trajet vers l'hôpital. J'essayai de le rassurer un peu et je lui tendis simplement la main qu'il serra immédiatement.

- Ho..., réalisa son père. Désolé que nous nous rencontrions dans ces circonstances...

- Papa, marmonna Max.

- C'est récent Monsieur Lexington, précisai-je.

- Ce n'est rien jeune fille, fit Kyle Lexington. Enchanté quand même.

- Moi de même, dis-je en souriant. Je suis la fille de l'officier Matthews, dis-je en réalisant qu'il était peut-être bon de le prévenir.

- Ho... Kerrelynn... Il parle souvent de toi, m'assura Kyle Lexington.

- Lynn... Elle préfère Lynn, assura Max.

- Ok je retiens... Attention je tourne, nous sommes à l'hôpital.

J'avais juste eu le temps d'envoyer le message avant de me cramponner. Le trajet avait été court, sans doute Kyle Lexington connaissait-il des raccourcis. Il descendit assez rapidement et je regardai Max attentivement.

- Et toi? T'as rien? demandai-je enfin.

- Ho euh... Quelques égratignures je dirai, me répondit Max.

Étonnement, je croyais à un autre mensonge. Il ne semblait pas inquiet pour lui, juste pour moi. Et puis, bizarrement, son père n'avait pas eu la moindre inquiétude pour son fils et franchement, c'était le plus bizarre. Entre le comportement étrange de Blaine - qui a clairement essayé de me tuer - qui me fixait avec un regard noir et des yeux que j'aurais juré être rouge; plus la vitesse étonnante de Max et le manque total de considération de son père, je commençais à me dire que les Lexington étaient tous bizarres. Kyle Lexington arriva rapidement avec un fauteuil et il m'aida à descendre de la voiture.

- Ça ira Max? Demande ta mère, précisa Kyle Lexington. Je dois retourner là-bas.

- Je vais rester avec elle, tu le diras aux professeurs s'il-te-plaît, le supplia Max.

- Pas de problème... Tu as prévenu quelqu'un ? me demanda ensuite Kyle Lexington.

- Oui, mon père, dis-je avec un sourire. Merci de m'avoir amenée. Soyez prudent.

- Et j'espère te revoir, m'assura Kyle Lexington en remontant.

Et ainsi Max poussa ma chaise jusqu'à l'intérieur de l'hôpital de Juneau. Il signifia mon arrivée à l'accueil avant de me guider dans un box - un truc entouré de rideaux en fait - pour que je sois vue par un médecin. Il m'aida avec douceur à monter sur le lit.

- Max... Comment tu as fait? demandai-je encore.

- J'ai juste plongé quand j'ai compris, assura Max.

Autant le dire, je n'étais pas convaincue par cette explication nébuleuse. Il avait peut-être bougé mais il était en haut - bordel de merde c'est vrai quoi!. Malgré le manque de détails, le rideau s'ouvrit sur une femme brune dont l'identité me sauta aux yeux. Ce n'était pas très dur, elle ressemblait à Alma en un peu plus vieille, plus propre - mais ça c'est la blouse - et avec des cheveux plus longs.

- Lynn, je te présente ma mère, dit alors Max en évoquant Tanya Lexington.

- Docteur Lexington, dis-je alors poliment.

- Muldoon-Lexington, j'ai gardé les deux noms, me dit-elle avec un sourire. Comme Courtney Cox...

- Celle de Friends ? demandai-je provoquant son sourire.

- C'est ça, alors... C'est ton pied? demanda-t-elle en approchant de ma cheville.

- Oui Docteur, dis-je poliment.

- Je vais t'enlever ta chaussure... Ok? Dis-moi si c'est douloureux, fit alors la doctoresse.

- Ho putain!!! criai-je presque quand elle me tordit un peu le pied pour enlever ma botte. Pardon...

- Ce n'est pas grave, fit-elle en souriant. J'ai des adolescents, avoua-t-elle. Alors...

Elle commença à m'ausculter le pied, lentement et doucement, avec une grande douceur.

- Ce n'est qu'une entorse, je ne pourrai pas le bouger comme ça si c'était cassé, précisa Tanya Muldoon-Lexington.

- D'accord..., marmonnai-je. Rien aux ligaments ?

- Tu veux un examen complet? demanda-t-elle étonnée.

- Je suis licenciée en boxe Docteur, je... J'ai un peu peur..., avouai-je gênée.

- Ho je comprends... Mais ce n'est pas assez gonflé, tu aurais une énorme masse..., me précisa la doctoresse. Donc je supp...

- Kerrelynn ! fit mon père en jaillissant dans le box sans discrétion.

- Ne crie pas, t'es dans un hôpital bon sang, le réprimandai-je.

- J'étais inquiet..., marmonna Papa.

- Tout va bien Duke, précisa la doctoresse. Enfin, elle a une entorse mais bon... Rien de plus grave. Même si je n'ai pas vraiment posé d'autres questions.

- Ha... Pardon, marmonna mon père.

- J'allais commencer, précisa la mère de Max. Déjà, je dois savoir si tu as d'autres douleurs ?

- Bah un peu la main mais c'est juste rouge, et les fesses mais c'est le choc, c'est pas vraiment douloureux, certifiai-je.

- D'accord..., nota la doctoresse sur sa tablette. Pas de choc à la tête ou de perte de connaissance ?

- Non, dis-je en voyant mon père blanchir. Ça va Papa...

- Un simple accident, précisa la mère de Max. Bon... Je disais avant qu'un père légèrement inquiet ne fasse interruption... Je suppose donc que je ne peux te donner aucun médicament interdit par les comités sportifs de ta fédération.

- Disons que je ne ferai pas de compétition avant mon retour à Seattle donc... Mais pas de trucs forts, j'ai peur de toutes ces addictions...

- Oui, un véritable ravage... On donne des variantes d'oxycodone comme on donnerait des vitamines..., marmonna la doctoresse. Ensuite les questions d'usage... Fume tu?

- Oui, dis-je gênée en me demandant si ça ne ferait pas mauvaise impression.

- Alcool? Drogue? demanda la doctoresse en provoquant la méfiance de mon père. Duke... Je risque de te demander de sortir pour avoir une réponse honnête.

- Pas besoin, dis-je immédiatement. Je ne prends pas de drogue, ni cannabis, ni amphétamines, ni ecstasy... Et je ne bois pas... Pas vraiment.

- Bien... Des médicaments ? Journaliers je veux dire, précisa la doctoresse.

- Bah... Je prends la pillule..., avouai-je alors avec gêne.

Mon père fixa attentivement Max comme si il était prêt à l'arrêter. Le pire - si on peut dire ça - fut que la doctoresse compris qu'il y avait anguille sous roche et fixa son fils. Je me sentis obligé de préciser.

- Je la prends pour avoir une meilleure régularité dans mes règles, précisai-je sans oser regarder Max.

- D'accord..., fit sa mère en notant sans poser de questions.

Je grognai dans mon coin tant j'étais gênée. Max aussi ne se sentit pas à l'aise d'apprendre cela. On aurait dit qu'il s'était décomposé, comme Papa.

- Ha les hommes... Parlez leur de règles et ils prennent peur, fit la doctoresse en riant. Quel niveau...

- Je sais, dis-je en regardant mon père.

- C'est tout de même gênant, marmonna Max.

- C'est la nature, fit sa mère consternée.

- Blaine dit ça aussi, marmonna Max.

Je regardai vers ce dernier, surprise du propos. Vu ses pratiques, rien ne devait le gêner ce taré qui avait clairement essayé de me tuer.

- Bon, Max je vais t'ausculter aussi, va dans mon bureau, dit alors sa mère. Elle sera encore là après. Moi, je vais chercher de quoi te soigner.

Max et sa mère nous laissèrent avec mon père. Deux secondes plus tard, je dus tout expliquer à Papa et en détail. Étonnement, je ne donnai aucun détails sur mes doutes, ni sur Max ni même sur Blaine. C'était comme si je voulais savoir ce qu'il se passait secrètement.

- Pardon du retard, j'ai dû aider quelques internes, précisa-t-elle en riant. Tenez Duke, pour aller remplir les dossiers de l'assurance.

- J'y vais, fit mon père. Comme ça on pourra partir directement.

Je souris, soulagée de ne plus avoir l'impression d'être à l'agonie. La doctoresse posa alors deux boîtes sur le lit ainsi qu'un bandage.

- Bon, je suis obligée de te le préciser même si je pense que cela ne risque pas de te concerner, fit alors Tanya Muldoon-Lexington. Cette crème anti douleur et ces antalgiques, ils sont déconseillés en cas de grossesse.

- Ha oui... Ça..., dis-je gênée.

- Tu as l'air très gentille, je suis contente pour Max, assura sa mère. Mais je ne vais venir t'embêter. Et au cas où, mon fils est au courant pour la contraception et surtout le consentement. Ce n'est pas une incitation mais je tiens à te le dire.

- D'accord..., marmonnai-je mal à l'aise. Il est très gentil et très respectueux, voulus je préciser.

- Il a intérêt ! fit sa mère en riant. Bon... Tu m'as dit être sportive... Je suppose que tu sais faire un strapping...

- Oui Docteur, je sais les faire, précisai-je.

- Je ne te ferai donc pas l'affront de te l'expliquer, dit-elle avec amusement. La pommade, deux fois par jour, une fois le matin, avant le strapping et une fois le soir. Pas besoin de strapping la nuit bien sûr.

- D'accord... Il y en a pour combien de temps ? demandai-je.

- À vue de nez, deux semaines maximum, précisa la mère de Max. Mais tu sais comment ça fonctionne.

- Repos, pas de sport, prendre les médicaments en temps et en heure... Éviter les chocs et les efforts inutiles, précisai-je amusée.

La mère de Max se mit à nouer le bandage autour de ma cheville pour faire le strapping. Elle le faisait avec douceur et surtout habileté - heureusement pour un docteur - ce qui rendit l'attente assez courte.

- Bien, tu vas pouvoir attendre ton père ici, ou marcher un peu histoire de tester le strapping, précisa la mère de Max. Tu veux une béquille ?

- Ce n'est pas ma première entorse, précisai-je alors. Je sais comment placer mon pied.

- Je fus ravie de te rencontrer Lynn, me fit la doctoresse.

- Moi de même Madame, lui signifiai-je alors.

J'attendis un peu dans mon espace avant de décider que j'en avais littéralement ras le cul de patienter. Connaissant mon père, il était encore au bureau, perdu dans la paperasse. Lui, il n'était pas doué pour tout ça... Maman non plus d'ailleurs vu que chez nous, c'était Paul qui gérait tout ça. Qui gérait quand j'étais petite ? Je me demande encore si j'étais seulement assurée. Bref, j'en eu marre d'attendre et je décidai de partir à l'accueil des urgences. Je passai donc à côté de tous les autres lits évitant de regarder, au cas où, et je me rendis compte que Juneau était comme les autres villes, il valait mieux ne jamais être malade. Système de merde... Mais alors que je passais à côté du bureau des urgences, là où se reposaient les médecins ou encore là où ils remplissaient leurs dossiers, j'entendis une voix.

- Je suis désolé Maman, fit la voix de Max.

Je me figeai immédiatement et je tournai la tête, découvrant une porte à peine légèrement ouverte. Peut-être n'est ce pas obligé de rappeler que j'étais une vilaine petite curieuse mais je me sentis attirée par la conversation. J'allais surtout peut-être avoir des réponses.

- Tu es désolé de quoi exactement ? demanda sa mère.

- Tout ça...

- Elle a l'air gentille, fit sa mère.

- Elle est gentille, intelligente, belle, naturelle..., fit Max faisant bondir mon cœur de joie dans ma poitrine.

- J'ai compris... Tu es amoureux, fit sa mère amusée. Mais... Tu sais ce que ça implique ?

Une information peut-être, c'était ce que j'espérais. J'étais donc convaincue d'avoir raison, ils cachaient des choses.

- Oui... J'ai réagi sans me soucier que quelqu'un puisse me voir... Je voulais juste la sauver, précisa Max.

- Je comprends que tu la sauves, ne t'inquiètes pas... Mais désormais...

- Surtout qu'elle a vu que j'étais trop loin, précisa Max.

- Ok... Il va falloir que tu dises certaines choses, précisa sa mère.

- Mais... Si elle réagit mal? demanda Max inquiet.

Si seulement ils pouvaient mettre des mots sur leurs propos, ce serait tellement plus simple que de devoir jouer les espionnes. Malheureusement, la vie n'étant pas un film, je devais me contenter de cela en évitant d'être vue mais je sortis mon téléphone et par sécurité, je me mis à enregistrer la conversation avec le dictaphone intégré.

- Mon chéri... Tu ne peux pas lui cacher ça, elle finira par réaliser ce que nous sommes de toutes manières, précisa la mère de Max.

- Et...

- Elle ne sera pas la première humaine à nous accepter, sinon nous n'aurions pas vécu cachés parmis les humains si longtemps, rappela visiblement sa mère.

J'écarquillai les yeux en entendant ces mots - qui ferait autre chose? Il n'étaient pas humains? Mais qu'est-ce qu'ils étaient ? Serait-ce lié à Blaine et aux Wendigos ?

- Mais tu penses qu'elle voudra toujours de moi? demanda Max me faisant sourire.

- Max... Cela fait partie de toi, comme ton amour pour le chocolat, assura sa mère. Si elle t'aime, cela ne sera qu'un détail permis d'autres.

- D'accord...

J'en avais marre de ne pas avoir de réponses mais au moins, je pourrais mettre Max au pied du mur et enfin comprendre. Ils disaient eux-mêmes ne pas être humains.

- Bon, je vais te mettre des pansements et quelques bandages sur les bras, elle doit penser que tu t'es blessé en la sauvant, cela pourra ralentir ses doutes, précisa sa mère en vain au final.

- Maman..., fit Max gêné.

J'aurais tellement voulu qu'il dise ce qu'il était, cela aurait facilité. Cependant, son ton était franchement inquiétant.

- C'était Blaine...

J'avais donc également raison pour lui. Il avait tenté de me tuer ce salopard. Je comptais bien lui faire payer un jour.

- Quoi? s'étonna sa mère. Comment ça Blaine?

- Je ne sais pas Maman... Je n'ai réalisé immédiatement... Il a bougé si vite... Il m'a pris de vitesse et il a fait ça sans aucune hésitation, avoua Max.

- Tu crois que ça explique son comportement ? demanda sa mère de manière assez énigmatique.

- Je ne savais pas, je te le jure, se défendit Max. Mais je n'y peux rien... Comment il a pu faire ça ? Je n'ai même vu...

- Tu sais qu'il est différent, concéda sa mère. Blaine est à lui seul un être encore plus unique que nous. Sa dangerosité en vient, sa férocité aussi. Qu'il puisse faire cela... Au final, je n'en suis pas surprise.

- Mais... Je vais le gérer comment moi? demanda Max en panique. Il est déjà en colère, il me déteste à la base... Si j'essaye de lui parler il...

- On lui parlera avec ton père... Mais il va falloir que tu le surveilles encore plus qu'avant, maintenant que l'on sait réellement de quoi il est capable, précisa sa mère.

Ils allaient le laisser libre... Ce n'était pas très rassurant pour moi. Tout à coup, près de l'accueil des urgences, je vis mon père sortir avec des papiers. Je coupais l'enregistrement, déçue de ne pas avoir plus de réponses. Il y avait un mec qui avait essayé de me tuer et j'étais tellement dans la merde que personne ne pourrait réellement y croire. Avançant vers mon père - aussi naturellement que possible - je rangeai mon téléphone dans ma poche. Là, je sentis quelque chose dans ma poche et j'y glissai la main. C'était le Zippo ! J'avais donc une preuve... Deux, si je comptais l'enregistrement. Je devais désormais connaître le secret des Lexington et je n'avais qu'une seule et unique option : confronter Max en face mais pour ce faire, je devais réfléchir énormément sur comment y arriver. Mes nuits allaient être courtes et mes pensées bien complexes.


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