Zoomorphic - Wolves & Wendigos

Chapitre 6 : VI

11506 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 28/06/2023 08:24

Tergiverser, je n'avais eu que cela comme loisirs entre le jour de l'incident m'ayant valu une entorse et le week-end suivant. Je n'avais pas vraiment le choix, mon père devait croire qu'une entorse pouvait se transformer en quelque chose de très grave, un cancer, une maladie inconnue ou même en accident vasculaire cérébral. Par contre, je devais tout de même reconnaître qu'il était franchement au petit soin - même si ce n'était pas nécessaire. Déjà, tous les matins, j'avais eu droit au petit déjeuner au lit; ensuite, alors que je n'avais pas forcément besoin d'éviter le lycée, il a avait profité pour que je prenne les jours après l'incident. C'était tout de même un peu chiant, je n'avais plus que mon téléphone pour passer le temps, surtout après que je n'ai obligé mon père a retourner au travail. Gisèle m'apportait les devoirs à la maison, et Max était même passé un après-midi. Pour ce dernier, j'avais agi de la manière la plus normale possible. Et pourtant, j'avais guetté chacun de ses gestes, chacune de ses phrases, chacun de ses mouvements ou encore chacun de ses regards. Je savais qu'il était différent, grâce à ce fameux enregistrement que j'avais de nombreuses fois écouté. Il n'était pas humain - da mère l'avait dit - et d'ailleurs sa famille n'était pas plus humaine. J'essayais pourtant de savoir ce que j'avais raté depuis que je le connaissais et pourtant je ne trouvais rien. Je n'avais jamais repéré quoique ce soit de différent. Cette analyse, longue et tortueuse, hantait totalement mes journées. Certes cela m'aidait à passer le temps mais cela m'empêchaient de me reposer. Et pour mes nuits, c'était encore pire. Elles, elles étaient hantées par la peur. J'avais peur d'une nouvelle tentative de Blaine de s'en prendre à moi, de tenter à nouveau de me tuer. Pourquoi avait-il fait ça exactement ? Me voyait il comme une menace? Était-ce juste de l'ennui ? La dernière question impliquait donc que je ne me trompais pas et qu'il était bien possédé par ce fameux Wendigo. Naturellement, je me demandais aussi si il n'était pas simplement complètement taré. Car même si il y avait ces phrases sur l'enregistrement, cela était toujours aussi difficile à croire. J'avais donc très longuement réfléchi à comment confronter Max. Et puis, j'avais enfin décidé de le faire de front. Autant faire comme un sparadrap et le faire d'un coup direct - ça fait mal un instant quand même. Je voulais cependant le faire dans un endroit discret, à l'abri des regards et au calme. Pour cela, j'avais envoyé un message à Max, celui de me retrouver dans la forêt derrière chez mon père, près des chemins de randonnées. Comme mon père était au boulot, j'avais le champ libre. En plus, je devais y aller à pied et j'ai donc pris mon temps pour ne pas forcer sur ma cheville. Cela me permit de réfléchir longuement à ce que j'allais dire. Enfin arrivée dans la clairière indiquée à Max, je me mis à tergiverser longuement. Je pouvais remarquer le petit promontoire au-dessus de moi, les arbres assez jeunes qui m'entouraient et la neige qui semblait recouvrir le sol tel un magnifique manteau. J'inspirai profondément, croisant les doigts pour que cela se passe bien.

- Lynn! appela alors la voix si douce que j'adorais entendre.

Je me tournai immédiatement pour découvrir Max qui arrivait entre les arbres, vêtu d'une veste pas si épaisse que ça. Soudain, je m'étais demandée si cette tendance à avoir toujours chaud était quelque chose lié à ce qu'il était.

- Reste là ! dis-je doucement. S'il-te-plaît...

- Euh... D'accord, me fit Max en s'arrêtant. Il y au un soucis?

- Oui...

Max me regarda avec une vive inquiétude. Cela se voyait qu'il ne sentait pas bien à l'idée d'avoir une conversation sérieuse. Il regarda alors partout et inspira.

- Ai-je fait quelque chose qui t'a mise mal à l'aise ? demanda alors Max. Je suis trop insistant.

- Max... Là dessus tout va bien... Mais je sais que tu me caches quelque chose, avouai-je alors.

- De quoi tu parles? demanda alors Max après avoir dégluti nerveusement.

- Max... Ce qu'il s'est passé lors de l'incident pendant la visite...

- Écoute, je suis désolé que ce soit arrivé, avoua Max. Mais cela ne change rien...

- Cela change quelque chose Max..., marmonnai-je. Je sais que tu n'étais pas près de moi... Tu étais près de Blaine.

- Non je...

- Je t'ai entendu avec ta mère, dis-je alors pour mettre les pieds dans le plat.

Le visage de Max changea immédiatement, commençant clairement à être horrifié. Cela ne dura qu'un tout petit instant - vraiment tout petit - et il changea de visage pour redevenir lui-même.

- Tu as dû mal entendre, argumenta Max.

Je sortis alors mon téléphone et je naviguai immédiatement dans les menus de ce dernier. Je sélectionnai également l'enregistrement et je mis le volume à fond

- Mon chéri... Tu ne peux pas lui cacher ça, elle finira par réaliser ce que nous sommes de toutes manières, fit l'enregistrement de la voix de sa mère.

- Et..., demanda la voix enregistrée de Max.

- Elle ne sera pas la première humaine à nous accepter, sinon nous n'aurions pas vécu cachés parmis les humains si longtemps, lui répondit sa mère dans le fichier enregistré avant que je ne le coupe.

Max me regarda choqué d'entendre cet enregistrement. Il avança vers moi avant de s'arrêter.

- Ce...

- Je supprime le fichier, précisai-je en le faisant. Maintenant je veux savoir. Cela ne change rien... Mais je veux savoir ce que vous êtes...

- Lynn... C'est compliqué..., marmonna Max.

- Max... Cela ne changera pas ce que je ressens... Mais je veux savoir ce que veut dire "ne pas être humain".

- Puis-je approcher ? demanda doucement Max.

- Oui, car j'ai confiance en toi, avouai-je.

Je le vis sourire de soulagement avant d'avancer vers moi doucement, lentement, comme si il ne voulait pas m'effrayer.

- Moi et ma famille... Nous sommes un peu différents, avoua Max. Je... Il existe une légende dans la région... Elle s'inspire de nous...

- Je t'écoute..., dis-je en comprenant où il allait.

- Depuis bien avant que les explorateurs ne découvrent l'Alaska... Les gens qui vivaient ici... Certains d'entre eux... Des shamans... Ils avaient...

- Est-ce la légende des Thériens? demandai-je avec l'envie de l'aider.

- Tu... Tu la connais ? s'étonna Max.

- Je croyais que ce n'était qu'une légende... Visiblement, ce n'est pas qu'une légende..., avouai-je.

- Elle s'inspire d'êtres qui vivent encore ici... Il existe plusieurs familles, des clans également..., marmonna Max.

- Qu'est-ce que tu es? demandai-je avec méfiance.

- Euh... Tu es la première personne ignorant cela à qui je l'annonce... J'espère que tu ne me rejetteras pas..., fit Max avec inquiétude.

- Max... Tu m'as sauvée..., lui rappelai-je.

- Dans le folklore... Je suis un loup-garou, avoua Max.

J'écarquillai les yeux de stupeur en ne comprenant pas vraiment ce que cela impliquait. Un loup-garou... Cela me semblait tellement improbable...

- Tu te changes à la pleine lune ? demandai-je en provoquant un petit rire qui me poussa à faire les gros yeux.

- Pardon..., marmonna Max. C'est une façon de parler, ma famille et moi, nous possédons le sang des loups, des attributs de loups.

- Tu ne transformes pas complétement ? demandai-je alors avec inquiétude.

- Malheureusement si, nous pouvons, avoua Max. Uniquement à la pleine lune, d'où la légende. Mais nous n'y sommes pas obligés.

- C'est... Compliqué..., dis-je à défaut d'autres mots.

- Oui...

- L'argent ? L'aconit? demandai-je alors.

- Pures légendes, répondit Max.

- La morsure transforme? demandai-je intriguée.

- Seulement si il existe un gêne récessif d'une lignée, qu'importe la lignée et le gène, précisa Max.

- Lignée ? Gène? demandai-je perdue. Il... Il n'y a pas que des loups?

- Euh... Je..., marmonna Max qui visiblement avait fait une gaffe.

- Max...

- D'autres familles peuvent muter également, en créature différente..., marmonna Max. Ours, Ocelot, Corbeaux et...

- Wendigo..., marmonnai-je.

- Oui..., fit tristement Max. Ce sont les pires d'entre nous... Mais il en existe encore bien d'autres... On a inspiré beaucoup de divinités à travers le monde même si nous sommes de moins en moins nombreux.

- Max... Tu as parlé d'attributs... Comment cela se passe en fait? demandai-je en essayant de me souvenir de ce que je voulais savoir.

- Nous prenons des traits, des capacités... Vitesse, force... Cela se manifeste par une apparence qui se modifie..., m'expliqua Max.

- Montre moi, dis-je alors.

- Quoi? s'étonna Max.

- Max... Si je peux, je veux le voir...

- Tu me verras comme un monstre Lynn... Je ne peux pas..., avoua Max.

- Max, je suis amoureuse de toi, dis-je en touchant son torse. Cela ne change rien à qui tu es non? Tu ne fais pas semblant d'être gentil et respectueux ?

- Non bien sûr mais... Tu risques d'être dégoûtée...

- Max... Promis... Je ne te rejetterai pas pour cela, avouai-je.

- N'aie pas peur..., fit alors Max en rendant les armes.

- Je te le jure...

Je sentis alors sous mes doigts - qui touchaient son torse - que ses pectoraux semblaient gonfler. Je relevai doucement la tête vers lui et il semblait plus grand. Sa mâchoire devenait également plus carrée - ce qui me fit écarquiller les yeux - et plus proéminente. Ses cheveux devinrent un peu plus hirsutes tout comme ses sourcils. Même son visage changea un tout petit peu, devenant plus bestial. Il ressemblait vraiment à l'image des loup-garous qui se transformaient, un peu comme ceux de Teen Wolf, mais sans être trop effrayant. Il avait désormais des crocs, je pouvais les voir car il avait du mal à garder la bouche fermée. Je pus également réaliser que ses mains étaient désormais plus grosses, plus poilues et ses ongles désormais plus longs.

- Je suis horrible... Je dois te..., commença Max avant de s'arrêter.

Il s'était arrêté par surprise - grâce à moi. En effet, je touchais immédiatement son visage avec une douceur voulue. Elle était naturelle car je ne le trouvais pas vraiment effrayant, peut-être parce que je savais qui il était.

- Tu es beau, dis-je alors. C'est un peu bizarre mais cela ne me donne pas l'impression d'être devant un monstre... Je serai cependant incapable de t'embrasser sous cette forme..., avouai-je un peu gênée.

- Je comprends, fit-il dans un rire avant de lever sa main griffue vers mon visage.

Étonnement, je n'avais même pas sursauté car je me savais en totale sécurité. Je le vis sourire - du moins je le supposais - mais il n'était pas très rassurant le sourire. Ce n'était que l'aspect qui faisait ça. J'attendais qu'il reprenne forme humaine car j'avais envie de l'embrasser.

- Un secret trop vite éventé, fit soudainement une voix derrière moi.

Je me retournai brusquement, paniquée en reconnaissant celle de Blaine. Je relevai alors la tête et ce psychopathe était là, sur le promontoire, nous dominant totalement.

- Blaine! appela Max qui avait repris totalement son visage humain.

- Tu trahis déjà le secret pour une fille? demanda-t-il en riant.

- Mes parents m'ont donné leur accord ! avoua Max.

- Et les autres ? Tu leur as demandé leur avis à tous? demanda Blaine.

Les autres... Je n'avais pas imaginé qu'il y en avait d'autres à part sa famille et pourtant, il l'avait précisé : des clans et des lignées. Cela ne me rassura nullement.

- On aurait dû prendre nos précautions, fit Blaine en me fixant.

- C'est pour ça que t'as essayé de me tuer? demandai-je avec colère.

- Tu..., marmonna alors Max en me regardant.

- De quoi tu parles Seattle ? demanda Blaine depuis son promontoire.

- De ça ! dis-je en sortant son zippo. Tu l'as laissé tomber quand tu as envoyé la motoneige m'écraser!!! Tu as laissé une preuve !

Max se plaça doucement vers moi en me regardant intrigué. Je savais qu'il était au courant et je me demandis pourquoi il faisait cette tête.

- Je t'ai entendu Max... Tu en parlais à ta mère, dis-je alors en le regardant.

- Hein? s'étonna ce dernier.

- Tu as dit que c'était Blaine! m'énervai-je en fixant le promontoire.

Je me figeai immédiatement, Blaine avait disparu. Où pouvait-il bien être ? J'entendis alors un petit grognement derrière moi et je me figeai encore plus - pas sûre que ce soit possible mais bon. Tout à coup un bras passa pardessus mon épaule et saisit le zippo pour me l'arracher des mains.

- Je l'ai cherché partout, avoua Blaine.

- Éloigne toi de moi, dis-je en faisant volte face. Ne t'approche pas de moi, tu n'es qu'un violeur et un tueur! Un monstre!

- Arrête Lynn, me fit Max pendant que Blaine s'allumait une cigarette.

- Il a essayé de me tuer Max! Tu l'as dit à ta mère !!!

- Pas suffisamment observatrice Seattle, me fit Blaine.

Je le regardai stupéfaite quand je sentis la main de Max se poser sur mon épaule.

- Non ne me dis pas d'ignorer cela, je ne peux pas faire ça ! Je peux accepter ce que tu es, ta famille mais de vivre avec une menace comme lui autour de moi, ça je ne peux pas! argumentai-je.

- Lynn... Tu as mal compris ce que je disais à ma mère, précisa Max.

- Tu as dit que c'était Blaine! m'énervai-je.

- Oui..., fit Max en regardant Blaine. Que c'était Blaine... Qui t'avait réellement sauvée.

- Hein??? dis-je choquée.

Je regardai Max sidérée de l'information. Il se foutait de moi sans doute. Ce n'était pas possible, il était en haut.

- Disons que nous t'avons un peu sauvée chacun à notre manière, précisa Blaine.

- Comme si j'allais te croire, ta famille te couvre depuis toujours ! précisai-je énervée.

- Lynn... Calme toi, je peux t'expliquer..., marmonna Max.

- Elle préfère croire que je suis un monstre, j'ai l'habitude, précisa Blaine.

- Je t'ai sauvée de la motoneige oui, précisa Max sans hésitation. Mais je n'avais pas pensé que l'attache de la remorque allait la renvoyer vers nous... Blaine l'a vue et l'a stoppée avec ses mains.

- Quoi??? m'étonnai-je en regardant Blaine savourer. Impossible... Il était en... En haut... Tu disais à ta mère qu'il était trop rapide...

- Que pour ça, par contre, je te rassure, me fit Blaine.

- Blaine! Sois respectueux! s'énerva Max. Elle est déjà perdue.

- Sois juste plus clair Mister Perfection, se vexa Blaine.

- Attends... Max... Tu me dis la vérité ? demandai-je méfiante.

- Pourquoi je mentirai? demanda Max. J'ai été aussi surpris que toi...

- Que je me crève le cul à sauver quelqu'un ? s'étonna Blaine.

- J'ai vraiment du mal à le croire, avouai-je alors.

- Parce que tu crois à cette histoire de viol, précisa Max.

Je tournai la tête encore plus surprise pour fixer Max et son propos étrange. Je regardai vers Blaine qui s'éloignait. Mais pourquoi tout le monde pensait ça alors? Je n'y comprenais absolument plus rien moi.

- Tu n'as pas violé cette fille? Mais elle a quitté le lycée et toi t'es allé en maison de correction, dis-je bêtement.

- Blaine a... Il a essayé de protéger cette fille, précisa Max. Elle était en train de se faire violer quand il est arrivé... Par un homme adulte, un voisin qui avait profité de la situation... Il l'a... Littéralement massacré... Elle a quitté la ville mais Max est allé en prison par rapport à l'état dans lequel il a mis cet homme.

- Dans quel état il l'a mis? demandai-je alors surprise.

- Disons qu'un tétraplégique ne risque pas de pouvoir violer de nouveau, me fit Blaine triomphal et en riant. Quoique vu l'état du matos...

- Pourquoi t'es allé en maison de correction alors? T'as sauvé cette fille.

- L'homme avait une famille aisée... Elle a dédommagé fortement la victime à condition qu'elle ne porte pas plainte et disparaisse... La famille ne voulait pas un procès où le nom de leur fille serait associé à un viol... Lui, il a pris quelques mois uniquement pour l'état du violeur... Ce ne sera pas dans son casier judiciaire.

- C'est bon ? T'as fini ton émission de faits divers à la con? demanda Blaine lassé.

- Mais... C'est injuste...

- Bah... La vie est merdique Seattle, précisa Blaine.

- Mais... T'es différent de Max non? demandai-je surprise. Tu as des accès de colère... Je l'ai vu...

- Blaine est différent, précisa Max.

- C'est un Wendigo c'est ça ? Mais comment...

- On s'en branle ! argumenta Blaine. Je me casse.

- Tu rentres? demanda Max.

- Ordre de l'alpha non? demanda Blaine. T'es censé la ramener de toute façon.

- Hein??? dis-je choquée.

- Oui, ma famille veut te rencontrer... Officiellement, maintenant que tu sais. Tu ne risques rien, précisa Max.

- Tu vas m'emmener chez toi? demandai-je choquée.

- Si tu le veux..

Je regardai Max complètement effarée. En réalité, j'étais soulagée de savoir que sa famille avait tout prévu. Visiblement, dès que j'avais demandé à voir Max, sa famille avait compris que je savais. Je hochai alors ma tête et Max m'invita à le suivre. J'étais littéralement perdue dans tout ça.

- Tiens, il n'y a pas d'autres traces, marmonna Max.

- Et? m'étonnai-je alors.

- Cela veut dire que Blaine est venu en courant... Il est vraiment trop rapide..., marmonna Max en montant.

- Blaine..., marmonnai-je en montant également.

- Tu es choquée d'apprendre que c'est faux? Qu'il n'a pas violé ? demanda Max en démarrant.

- Qu'il accepte de vivre avec les rumeurs..., avouai-je gênée d'avoir moi-même propagé ces rumeurs.

- Cela le mer un peu à l'abri, il a toujours peur d'avoir un autre coup de sang, précisa Max. Ça donne parfois l'impression qu'il est est...

- Un monstre ! dis-je en réalisant un détail.

- Euh... Oui, marmonna Max en roulant et m'observant.

- Tu as parlé d'autres lignées... Max... Il y en a d'autres au lycée ? demandai-je en emboîtant toutes mes informations.

- Oui..., hésita Max.

- Ou tu en dis trop ou tu n'en dis pas assez..., marmonnai-je en le fixant. Élève ou professeur ?

- Euh... Les deux, fit Max gêné.

- Les deux? Qui? demandai-je immédiatement.

- Normalement, on n'a déjà pas vraiment le droit de le dire aux humains... Toi tu as compris quelque chose donc... On va dire qu'on peut désobéir... Mais...

- Désobéir ? À qui? demandai-je alors en essayant d'apprendre des choses.

- Lynn... Mes parents t'expliqueront ces choses, avoua Max.

- Bon... Allez dis moi... Qui? insistai-je. Aaron? Hannah? Elisa? Gisèle ?

- Pas Gisèle, précisa Max. Elle est humaine, avoua Max.

- Totalement ? dis-je avant de réfléchir. C'est pour ça...

- Quoi donc? s'étonna Max roulant sur les chemins de forêt.

- Pourquoi elle est aussi frileuse que moi, avouai-je en riant.

- Nos corps sont constamment chaud, c'est le gène zoomorphique, précisa Max.

- Pratique... Comme si il n'y avait pas assez d'avantage..., marmonnai-je. Force, vitesse... Visiblement solidité vu que tu n'as pas été blessé...

- On a une faiblesse au bois de sorbier, me fit soudainement Max.

- Et c'est tout? demandai-je avant de le voir hocher la tête. C'est pas juste... Et ça se transmet comment?

- Cette capacité ? demanda Max.

- Vu que ta famille l'est, je comprends quand même que c'est génétique... Tu m'as dit que la morsure ne transformait que si il y avait la présence d'un gène... Vous pouvez le savoir ?

- Non, absolument pas, avoua Max.

- Et dans le cas contraire... Elle fait quoi la morsure ? Si jamais par accident...

- Absolument rien, précisa Max. Pas plus qu'une morsure d'animal.

- Ha... Ok, dis-je simplement. C'est tout con en fait...

- Dis comme ça, cela a l'air normal, fit Max en riant et me prouvant ainsi qu'il se détendait.

- C'est franchement... Bizarre... Mais je t'ai vu... J'ai compris que tu n'étais pas dangereux...

- Euh... Nous le sommes, moins que les ours mais...

- Quand tu parlais des élèves du lycée...

- Tous sont des loups, ils sont affiliés au Lexington... C'est comme une meute... Papa t'expliquera...

- Ha... Et les ours... J'en connais ?

- Bon, tu risques de la croiser si elle est là donc... La compagne de Tante Alma est une ours, précisa Max.

- Mais... Monsieur Sparks aussi? demandai-je choquée.

- Euh... Oui, fit Max en se rendant compte que j'avais compris. Je ne suis pas doué...

- Je ne dirai rien... Attends une seconde...

- Je sens venir la complexité de la question..., marmonna Max.

- Hey ho... C'est pas facile... Tes parents sont deux loups?

- Oui... Et ? demanda alors Max.

- Donc la mère de Blaine, la sœur de ta mère... Était une louve?

- Oui... C'est compliqué... Normalement le loup est majoritairement dominant dans les gènes, me demande pas pourquoi c'est comme ça..., marmonna Max. Ensuite... Dans les autres couples mixtes, c'est... Un peu compliqué à estimer, en général une chance sur deux... Mais généralement les espèces carnivores sont dominantes...

- Carnivores... Euh y a quoi en herbivores ? demandai-je méfiante.

- Il n'y en a pas en Amérique du Nord mais il y a des éléphants ou des kangourous..., marmonna Max gêné de tout balancer.

- Ok... Donc carnivores... Supérieurs. Reçu ! dis-je en comprenant. Et... Si un loup a un enfant avec une humaine ?

Max mit un coup de volant lié au choc de la question. Je le regardai alors complètement choquée et je me mis à rire.

- Max, c'était juste une question...,vdis-je gênée.

- Oui... Désolé, je me suis demandé pourquoi..., dit-il gêné également. Loup... Ou louve forcément.

- D'accord... Mais le Wendigo? demandai-je.

- Lynn, il faudrait que tu évites de prononcer ce mot à tort et à travers chez les Thériens, précisa Max.

- Ha... Pour? demandai-je.

- C'est... Un exemple, un exemple..., fit-il en réfléchissant. Je sais... C'est comme parler des nazis ou du Ku Klux Klan...

- Ils sont si monstrueux ? demandai-je en le voyant ralentir.

- Mes parents vont te répondre, nous arrivons, fit alors Max.

J'avais tout de même eu l'impression qu'il évitait la patate chaude. Et puis je découvris sa maison. Elle était très grande, un véritable manoir - bon peut-être pas - ou plutôt une grosse villa en somme. Elle était en bois bien épais - en rondins même par endroit - et sur un grand terrain dégagé. Il y avait plusieurs voitures devant et surtout celle de Blaine devant une caravane à l'ancienne - les trucs métalliques en forme de suppositoire. Je réalisai l'horreur de la situation à l'instant ou Max se gara. Déjà, je pensais que rencontrer les parents de son petit ami n'était pas facile mais qu'en plus ceux-ci étaient des créatures légendaires, c'était pire. Je regardai vers la caravane et je vis Blaine en sortir pour s'allumer une cigarette.

- Il va venir ? demandai-je à Max.

- Peut-être... Avec lui, avoua Max.

- Bon... Je te suis, précisai-je. J'espère faire bonne impression...

- Je suis certain que ce sera le cas, m'assura Max pour me rassurer.

Je le suivis lentement, toujours avec des difficultés à marcher évidemment, et j'arrivai enfin devant une épaisse porte en bois. Quand je vis Max enfoncer sa clef dans la serrure et la tourner, j'inspirai profondément avec inquiétude. La porte s'ouvrit doucement et Max me la tint pour que je puisse entrer. Je le fis d'un pas peu sûr et dès l'instant où je mis un pied à l'intérieur, je fus saisie par une chaleur rassurante et par l'odeur si spécifique d'un feu de cheminée.

- Je suis rentré ! prévint Max en refermant la porte.

- Dans la salle à manger, fit la voix douce et bienveillante du Docteur Muldoon-Lexington.

Je regardai Max attentivement et il me sourit avant de s'approcher de moi. Il m'embrassa doucement et saisit ma main.

- Ils vont t'adorer, précisa-t-il.

Il semblait confiant - c'était au moins le cas pour l'un de nous - et il me guida très lentement. Je quittai un grand hall avec lambris et un grand escalier assez vieillot pour entrer dans une salle à manger familiale - limite on tenait à seize places assises et encore sans rallonge - où toute une famille m'attendait. Je me figeai immédiatement en réalisant que tous les membres de la famille était là. Le Docteur Tanya Muldoon-Lexington, lissant sa robe, son époux Kyle me regardant en souriant. Il y avait également Debbie se tenant bien droite et dans une jolie robe du dimanche - à croire que c'était eux les plus intimidés - et là, je découvris le dernier membre de la famille. C'était un petit garçon, pas très grand, mais surtout il me montrait clairement à quoi ressemblait Max avec quelques années de moins - comme si les Lexington pratiquait le clonage - et surtout il tenait quelque chose dans les bras. Immédiatement, il fonça vers moi et me tendit un plateau avec des cookies.

- Ils sont faits maison, assura le petit garçon. Ils sont bons.

- D'accord, dis-je en prenant un cookie. Tu dois être Ben...

- Oui... Et toi tu es l'amoureuse de Max? demanda-t-il en me faisant sourire.

- Oui, dis-je en regardant les parents avant de croquer dans le cookie. Excellent...

- Merci, me fit Tanya pendant que sa fille récupérait discrètement son frère. Nous sommes heureux de te rencontrer réellement.

Tanya Muldoon-Lexington s'avança alors vers moi et me saisit dans ses bras, comme si j'étais déjà un membre de la famille.

- Je suis très heureuse de te connaître, fit-elle en laissant son mari approcher.

- Je suppose que si tu es là, c'est que l'annonce s'est bien passée, me fit Kyle en me tendant la main.

- Je suis encore un peu... Perdue, précisai-je avant de voir Debbie s'approcher de moi.

- Je peux? fit-elle en tendant les bras.

- Oui..., dis-je franchement surprise de tant de gentillesse de leur part.

- J'ai toujours voulu avoir une sœur, précisa-t-elle à mon oreille.

- C'est gentil, dis-je en réponse.

- Préfères-tu t'installer dans le salon ou à table? me demanda Tanya Muldoon-Lexington.

- Ho euh... À votre convenance, précisai-je.

- Viens donc t'asseoir, me fit la mère de Max.

Je suivis donc la petite famille vers le salon et je m'installai à côté de Max. J'étais complètement paniquée.

- Ne t'inquiètes pas, on ne mords pas, me fit Ben en venant s'asseoir près de moi également.

- D'accord..., dis-je en fixant les parents qui s'installaient.

- Tu veux un café ? demanda la mère de Max en servant les boissons.

- Je veux bien, ça va me réchauffer, dis-je alors.

- C'est pour cela qu'on a allumé la cheminée, on n'est pas trop habitué à recevoir des humains, me précisa Debbie. Non pas que nous soyons sectaires mais nous évitons de prendre le risque.

- D'accord..., dis-je en prenant ma tasse et buvant.

- Je suppose que tu désires beaucoup d'explication, me fit Kyle Lexington.

- Oui... Max m'a conseillé d'attendre vos explications Monsieur Lexington, précisai-je.

- Tu peux m'appeler Kyle, précisa ce dernier.

- Je vais essayer..., dis-je poliment.

J'avais quand même l'impression d'être dans un vieux roman pour adolescente, du genre où la jeune fille découvre le monde surnaturel et se démerde pour comprendre.

- Tout d'abord, pour faire simple, je suis l'Alpha de la région, précisa Kyle. Je suppose que tu sais ce que c'est.

- C'est une chef de meute, précisai-je sachant quand même cela.

- C'est cela, ici je suis une sorte de maire ou de gouverneur pour les gens comme nous, précisa Kyle. Il faut que tu saches qu'il existe des Alphas dans quasiment toutes les capitales.

- D'accord... D'état ? Ou mondialement...

- Les deux, fit-il avec un sourire. Ensuite... Il faut que tu saches qu'il y a très longtemps, nos clans étaient totalement désunis. Ce n'est que depuis à peu près mille ans que nous sommes beaucoup plus organisés.

- Y a-t-il eu un évènement particulier pour vous unifier? demandai-je avec intérêt.

- Oui, fit Kyle avec calme. Un clan particulier a tenté de dominer les autres par la force. Il s'agit des Wendigos.

Je vis alors Ben et sa grande sœur avoir tout deux un petit frisson. Ce comportement me choqua par rapport à Blaine. Mais je suppose que c'était principalement lié au passé.

- Il s'en est suivi plusieurs années de guerres intestines qui ont vu nos populations drastiquement diminuer. Plusieurs lignées sont ainsi tombées dans l'oubli d'ailleurs, d'autres se sont quasiment éteintes.

- Ho..., dis-je alors.

- Oui... De très nombreuses victimes, précisa Kyle. Ensuite, un clan espagnol est apparu et a proposé que tous les autres s'allient contre un ennemi commun. Il s'agissait du clan des corbeaux.

- Corvo? demandai-je en me souvenant du récit de Charles.

- Cuervo..., fit Kyle légèrement surpris. Tu... Tu lui en as parlé ? demanda-t-il à son fils.

- Non, c'est un homme âgé... Il est atteint de sénilité mais je crois que dans sa jeunesse, il a rencontré un loup et un wen... Un ennemi, dis-je alors en me souvenant de ce que m'avait dit Max.

- Oui... Donc les Cuervo nous ont unifiés et nous avons réussi à vaincre les Wendigos. Ceux-ci se sont retirés et ont vécu cachés durant des siècles, continua Kyle. Les Cuervo, nos ancêtres les ont nommés chefs de nos semblables et ils le sont toujours aujourd'hui, bien caché à Barcelone. Il faut que tu saches que nous avons de nombreuses règles.

- J'avais cru comprendre, dis-je alors.

- Déjà, nous devons conserver le secret, précisa Kyle. Il n'est normalement pas autorisé de signifier notre nature à un humain, c'est condamnable.

- Je..., hésitai-je saisie d'effroi. Je vous mets dans l'embarras ?

- Ne t'inquiètes pas, en tant qu'Alpha, je peux estimer un cas de force majeure, précisa Kyle en me souriant. Nos autres règles sont simples, il nous est interdits de nous entretuer, sauf si l'un des belligérants est sous une forme de rage..., dit-il en me faisant hocqueter de surprise. C'est très rare, ne t'inquiètes pas. Ensuite, il est aussi interdit de s'unir dans un couple mixte sans l'autorisation des Cuervo.

- D'accord..., dis-je en notant cela dans un coin de ma tête.

- Les autres règles sont plutôt des règles de vie, offrir le gîte et le couvert ainsi que la protection à une lignée de passage, tout ça..., avoua Kyle.

- Le genre de choses qui ne me concernent pas du tout, compris-je.

- Elle est très mûre, précisa Tanya Muldoon-Lexington.

- Merci Madame... Pardon, Tanya, dis-je en la voyant me sourire.

- Je suppose que Blaine n'a pas hésité à se mêler de la révélation ? demanda alors Kyle à son fils qui acquiesça. Celui-là... Une vraie plaie... Tu as donc compris que les Wendigos étaient toujours là. Il s'avère qu'au fil des siècles, ils furent pardonnés, inutile d'en vouloir pour des ancêtres... Cependant, ils ont continué à vivre reclus entre eux. Cela les a rendu plus dangereux mais aussi parfois moins évolué... Ils sont souvent violents, même si leur nature leur dicte déjà ce comportement, raciste, colérique... Très désaxés... Mais ils respectent aujourd'hui les règles... Dans la majorité des cas. Il ne peuvent entrer sur un territoire sans la permission de l'Alpha.

- Dans l'histoire de Charles, c'est l'homme qui m'a parlé du Wendigo, dis-je alors pour plus de clarté. Il était ici à Juneau.

- Il existe une communauté, assez petite, de wendigos à l'autre bout des forêts et montagnes, ils font parfois des incursions dans notre territoire mais ce n'est que pour chasser du gibier, ils ne sont plus une menace, fit alors Kyle.

- Je vois... Sachez que je garderai votre secret précieusement, dis-je alors.

- Max dit que nous pouvons te faire confiance et nous le croyons, précisa Tanya. Aurais-tu des questions ?

- Je me demandais... Parce que j'ai questionné Max sur la naissance des Thériens... Comment est-ce arrivé pour Blaine? demandai-je alors.

- Viens Ben, on va faire un dessin pour Lynn, elle aura un souvenir de notre rencontre comme ça, fit alors Debbie en l'emmenant.

Si ça c'était pas le signe que l'information allait être particulière, j'étais prête à devenir bonne sœur. Je vis Tanya de réajuster dans son fauteuil.

- Ma sœur... La mère de Blaine... Elle était assez indisciplinée, commença Tanya. Elle bravait beaucoup le danger... Malheureusement... Elle a fait une mauvaise rencontre... Un Wendigo l'a...

- Ho... Je suis navrée, dis-je en comprenant le propos.

- Elle a mené la grossesse à terme... Et quelques temps après, elle nous a confié Blaine avant de..., marmonna Tanya avant d'essuyer une larme.

- Mes condoléances, dis-je alors.

- Merci, dit-elle immédiatement.

- Mais... Max m'a dit que les loups donnent obligatoirement des loups...

- Blaine est une hérésie, me fit soudainement Kyle.

Je le regardai alors assez choquée, limite consternée. J'avais dû ouvrir la bouche d'une manière idiote car je vis Kyle s'avancer.

- Ce n'était pas une insulte, précisa le père de Max. Son cas est... Quasiment unique dans notre histoire. En réalité, Blaine possède les aptitudes des deux lignées. Il est une sorte d'hybride. Malheureusement il a hérité du caractère malfaisant des Wendigos. Nous essayons de l'endiguer mais il se rebelle sans cesse... Nous craignons même qu'un jour il ne se décide à les rejoindre eux...

- D'accord... Quasiment unique? demandai-je quand même.

- Il existe des légendes d'êtres nés hybrides mais cela doit être une naissance sur mille dans les couples mixtes. La plupart du temps, nous nous marions avec des gens de nos lignées ou des humains, m'expliqua Kyle.

- C'est assez..., commençai-je à dire avant de m'arrêter. Pardon, je n'ai pas à juger.

- Mais vas-y, tu peux tout nous dire, assura Tanya.

- Je trouve cela assez sectaire en fait..., dis-je gêné.

- Ton avis se comprend, me précisa Kyle. En général c'est par soucis de confort. Vois-tu être avec une louve permet de savoir d'avance comment le couple se comportera. Même avec une humaine, nous ne sommes jamais sûrs de l'acceptation.

- Je comprends... C'est assez difficile à croire et à encaisser, précisai-je.

- Mais il n'y a jamais aucune véritable désapprobation... Alma est avec une Kodiak par exemple, dit alors Tanya.

- L'avocate est une ourse? dis-je complètement effarée car j'enregistrais à peine les informations.

- Oui et l'homosexualité n'est pas si mal vue, précisa Kyle. Pas plus que chez les humains.

- Oui, je suppose que cela doit dépendre des familles, compris-je aisément.

- Effectivement, mais tu comprends ce que cela implique ? demanda Kyle.

- Je suppose qu'il s'agit de conserver le secret? Même envers ma famille ? demandai-je avec certitude malgré tout.

- Voilà... En fait..., marmonna Kyle.

- Tu ne vas quand même pas lui dire ça ? demanda sa femme amusée.

- Que ne doit-il pas demander ? insistai-je.

- On peut le dire, cela n'impliquera rien, précisa Kyle. En fait, un humain ou une humaine a le droit de le signifier à sa famille très proche lorsque... Lorsqu'un enfant est dans l'histoire...

- Ho, dis-je gênée. Oui, car il manifestera ses capacités...

- Extrêmement mâture, précisa Tanya en me faisant sourire.

- D'ailleurs... Vous êtes comme ça dès la naissance ? demandai-je.

- Nous avons le gène oui, mais en général il ne se manifeste qu'au tout début de l'adolescence, précisa Tanya. En même temps que les hormones commencent à travailler.

- Je vous plains, l'adolescence est déjà compliquée, dis-je en souriant.

- Les filles développent en général leurs aptitudes plus tôt, ajouta Tanya. Peu après les premières menstruations.

- Génial ! Ce n'était pas assez compliqué, dis-je en souriant.

- Je confirme, ajouta Tanya.

Ensuite, nous commençâmes à faire connaissance avec les parents de Max. Ceux-ci me signifiant qu'ils étaient à l'origine de deux meutes de loups différents. Les Muldoon étaient des loups de Juneau, les Lexington venaient en réalité de beaucoup plus au nord. Ils s'étaient rencontrés lors d'un rassemblement de Thériens. Suite à cette information - et à des questions de ma part forcément - je découvris que les Thériens se réunissaient comme ça tous les deux ans, histoire de faire connaissance. Ensuite, ils avaient préférés s'installer là, comme les Lexington qui avaient fondé la scierie.

- Mais... Cela signifie donc que vous descendez tous des natifs? demandai-je alors.

- Non, précisa Kyle. D'Europe mais il y a très très longtemps.

- Le temps file..., marmonna Tanya. Veux-tu dîner avec nous?

- Ho euh..., dis-je en regardant Max qui me sourit. Je dois demander à mon père.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Mon père avait accepté en espérant que je ne rentre pas trop tard. Mais il était encore tôt.

- Tu aimes la viande crue j'espère ? demanda Tanya.

- Pardon? m'étonnai-je.

- Oui, nous restons liés au folklore des loups-garous, précisa Tanya. Nous mangeons de la viande crue pour éviter de nous en prendre aux enfants...

Je regardai celle-ci avec une stupeur non feinte. Je devais avoir l'air d'un poisson rouge hors de son bocal.

- Maman! se vexa Max.

- Pardon, dit alors celle-ci en riant.

- C'était une blague ? demandai-je choquée.

- Évidemment, assura Kyle. Notre alimentation est totalement normale, il n'y que les Wendigos qui conservent une alimentation à part.

- Blague ou sérieux ? demandai-je méfiante.

- Euh..., fit Kyle avec gêne. Certains clans de Wendigos continuent de consommer le gibier cru, biche et cerf principalement mais...

- Ils ne le font plus Kyle, tu le sais, assura Tanya.

- Oui il paraît...

- Que ne font plus les Wendigos ? demandai-je avec angoisse.

- Par le passé, ils devraient leurs victimes, humaines, Thériens et Wendigos..., précisa Kyle.

- Ils sont cannibales? demandai-je effrayée. Je comprends qu'ils fassent peur...

- Chez nous la seule qui mange bizarrement c'est Debbie, précisa Max.

- Comment ça ? m'étonnai-je.

- À une époque, c'était les aliments d'une seule couleur maintenant elle est vegan, précisa Max en souriant.

- Oui... C'est normal..., dis-je en voyant d'ailleurs la concernée arriver.

- Ouais mais eux ils ont du mal à le comprendre, les Thériens Carnivores restent des viandards, précisa Debbie en riant. Et toi?

- J'aime la viande... Cuite, précisai-je en riant avant de voir Ben s'approcher. C'est pour moi? demandai-je en voyant le dessin dans ses mains.

- Oui, c'est toi, fit-il en me donnant une sorte de portrait au milieu d'une forêt.

- Merci..., dis-je avant d'embrasser son front.

- C'est mignon, assura Debbie en s'asseyant. Alors vous deux...

- Deb! se vexa Max.

- Je veux des ragots moi! se vexa sa sœur.

- Ce n'est que le début, précisai-je alors.

- Ha... D'accord... Qui a fait le premier pas? demanda-t-elle quand même.

- Lui ! dis-je en voyant Max rougir. Il m'a embrassée.

- J'ai demandé si je pouvais, assura ce dernier en fixant sa sœur.

- T'avais intérêt, précisa sa sœur.

J'essayais de faire connaissance avec sa sœur mais son petit frère n'arrêtait pas de poser des questions sur ce que j'aimais. Il serait non de noter que ses questions portaient sur le sport, les dessins animés et les super-héros - en bref c'était un gosse. J'avais appris qu'elle attendait un peu avant d'aller faire une université en littérature classique, d'ici un ou deux ans. J'essayais d'embrasser discrètement Max mais son père choisit ce moment pour revenir avec sa femme qui amenait des choses à tables.

- Oups... Désolé, fit-il surpris.

- Pardon, marmonnai-je.

- Non mais c'est normal, précisa la mère de famille pendant que Debbie plaçait les assiettes. Par contre on a oublié l'essentiel de la conversation... Les règles de cette maison.

- Oui, les choses normales donc, précisa Kyle en riant. Personne dans la chambre en notre absence et, en notre présence, porte ouverte.

- C'est pareil chez moi, assurai-je.

- Ensuite... Personne ne boit sans être majeur, personne ne fume dans la maison, précisa alors Tanya. Et je vois d'un très mauvais œil les jurons.

- Je... Je peux fumer dehors quand même ? demandai-je alors.

- Tu sais que c'est une mauvaise habitude ? demanda sa mère amusée. Et oui, tu peux évidemment. Ne jette pas tes mégots par contre. Ha et tenue correcte.

- Tenue correcte? demandai-je surprise.

- Ça c'est à cause de Blaine, précisa Debbie. Il a un jour ramené une fille dans sa chambre...

- Alors que c'était interdit, précisa Kyle avec encore un peu de colère visiblement. Cette jeune fille se promenait ici en culotte...

- Ho...

- Quand elle en portait une, précisa Debbie en riant.

- Deb... Ce n'est pas drôle, s'énerva Kyle. Et le respect ?

- Parce que tu croyais franchement que Blaine ramènerait une fille bien comme elle? s'étonna sa fille. Elle sentait le joint à plein nez.

- Et euh..., marmonnai-je alors.

- Oui? s'étonna Kyle.

- Ces trucs là... C'est comme les humains ? demandai-je gênée.

- Totalement... Mais ce n'est pas une permission, me fit calmement la mère de famille.

- Ce n'était que pour savoir, assurai-je avant de voir Max rougir. Calme toi, chuchotai-je alors. Je voulais juste savoir...

- Pas de soucis, fit-il en ponctuant le propos d'un petit baiser.

- Nous allons passer à table les enfants, assura Tanya.

- Quelqu'un peut avertir le bohémien ? demanda Kyle me surprenant.

- Hey... Pas maintenant, s'énerva sa femme.

- Quoi? T'as accepté le coup de la caravane, se vexa son mari.

- C'était ça où il s'en allait je ne sais où, grommela Tanya en me regardant honteuse.

- C'est pas grave Mad... Tanya, assurai-je. Je ne juge pas.

- D'accord, installe toi, précisa Tanya.

Je me dirigeai alors vers la salle à manger, donnant la main à Max pour me rassurer. Je regardai la table qui était déjà très bien fournie.

- Je peux m'installer où ? demandai-je à Max.

- Maman se met là, fit-il en montrant un bout de table. Mets toi près d'elle.

Je m'assis donc juste à la droite de là où allait se mettre sa mère, Max se mettant à ma droite et Ben à la sienne. Debbie s'installa face à moi et leur père se plaça à l'autre bout de la table. Tanya apporta alors un plat bien fourni, ainsi qu'un autre de légumes, pour les poser sur la table quand enfin j'entendis les pas du dernier de la bande. Pénétrant dans la salle à manger, Blaine s'arrêta et me fixa.

- Qu'est-ce qu'elle fout là Seattle? demanda Blaine en me regardant.

- Seattle ? s'étonna Tanya.

- Oui, euh... Je viens de Seattle... J'ai parlé de Maman mais je ne vous ai pas dit d'où j'étais, réalisai je alors.

- Blaine... Assieds-toi, Lynn est désormais au courant alors elle est la bienvenue à notre table, assura Kyle.

- Ben tiens..., grommela Blaine en s'installant sur la chaise en face de Max.

- Tu comptes te faire remarquer ? demanda ce dernier.

- Tu sais quoi? Je t'emm...

- Blaine! l'interrompit sa tante en montrant Ben.

- N'importe quoi...

- Es-tu croyante? me demanda Kyle provoquant un soupir de Blaine.

- Non... Navrée, dis-je un peu étonnée.

- Vois-tu un soucis à un bénédicité ? demanda ensuite le père de Max.

- Non faites comme d'habitude, je veux bien donner la main également, assurai-je poliment.

Max me tendit alors la main et je la pris, comme celle de sa mère. À ce moment là, je réalisai que Blaine ne prenait la main de personne. Ambiance, ambiance. La famille ferma alors les yeux.

- Seigneur, bénissez ce repas, fit alors Kyle. Bénissez surtout les petites mains qui ont préparé ce repas avec amour et plaisir dans le but d'assouvir nos besoins.

J'écoutais attentivement, en silence, et je regardai ce qu'il se passait autour de moi. Blaine me fixait et d'un coup, il mima un pistolet avec ses doigts qu'il plaça contre sa tempe. Je dus alors me retenir de rigoler - je pensais en réalité que c'était d'un chiant - mais j'étais quand même consternée.

- Bénissez aussi notre invitée Seigneur, précisa alors Kyle. Merci de l'avoir mise sur notre chemin car comme tu l'as vu, elle a pu accepter notre nature. Puisses-tu la guider sur le bon chemin. Amen !

- Amen, firent les autres en même temps que moi je le fis par politesse.

- À table, lança à ce moment Blaine.

Autant le dire, ce n'était pas au goût de tout le monde. Max me tendit alors le plat de viande et je pris un petit morceau de rosbif avant de proposer à Tanya de la servir.

- Le plus cuit possible, me précisant Tanya.

- Ha elle aime la viande, lança Blaine.

- Je ne suis pas chiante, fit Debbie qui devait avoir l'habitude pendant que je passais le plat à Max.

- C'est parce que ce n'est pas le morceau de viande que tu aimes, lança Blaine avec mesquinerie.

Je regardai celui-ci avec étonnement et il fut gratifiée d'un coup de Debbie - et de regards mauvais des parents de Max.

- C'est quoi ta viande préférée ? demanda alors Ben à sa grande sœur.

- La saucisse, répondit Blaine.

- Blaine... Ne manque pas de respect à ma fille, marmonna Kyle discrètement.

- Je sens venir le repas chiant, lança Blaine en se servant. Gratin ? fit-il en me tendant le plat.

- Je veux bien..., marmonnai-je en le prenant avec méfiance.

- Elle squatte à table... Elle va dormir avec Mister Perfection ? demanda-t-il immédiatement.

- Blaine... Ça suffit, fit Tanya en remarquant ma gêne.

- Lui ça ne posera pas de problème, précisa Blaine.

- Blaine... Ce n'était pas l'absence de respect de cette règle mais les bruits... Tu te rends compte que cela avait réveillé Ben? demanda sa tante.

- Ho ça va, il apprendra assez vite, marmonna Blaine.

- Déjà que tu n'avais que quatorze ans, grommela Kyle déjà passablement énervé.

Je regardai alors Blaine avec stupeur, je trouvais cela assez jeune - trop peut-être même. Lui, il s'amusait bien.

- Ça t'emmerdait de savoir que je m'éclatais, avoua Blaine en regardant son oncle avec provocation.

- C'était plutôt les cris déchaînés, assura Debbie.

- Vous auriez au moins pû être discrets, marmonna Tanya qui aurait préféré ne pas avoir cette conversation.

- Bah quoi? Elle avait dix-sept ans et des besoins, je me suis juste dévoué, précisa Blaine comme conquérant.

- Elle avait mal? demanda Ben. Elle était tombée ?

- Non elle avait plutôt du plai...

- Blaine! s'énerva Kyle.

- Tu t'es tapé une fille de dix-sept ans? m'étonnai-je à voix haute.

- Jalouse? demanda Blaine.

- Ça suffit Blaine, encore un mot et tu quittes cette table, s'énerva son oncle.

- Ton petit Mister Perfection a passé une matinée seul avec elle chez elle, tu crois qu'ils faisaient un Scrabble ? demanda ce dernier décidé à répondre.

Je me sentis me décomposer en entendant cela. Je ne voulais pas donner aux parents de Max la moindre raison de me détester et ce con, il en rajoutait. Je sentis une main rassurante sur mon bras et je vis Tanya me sourire, comprenant qu'il en rajoutait.

- Elle criera peut-être moins, je crois que Mister Perfection n'assurera pas, fit Blaine avec mesquinerie.

- Ça suffit !!! s'énerva alors Kyle. Il y en a marre... Tu prends ton assiette et tu vas manger dans ta caravane.

- Et je suis déjà excommunié... Ça t'emmerde juste que je ne sois pas un crétin de ta meute de chiens chiens, avoua Blaine.

- Tu as un comportement indécent, tu avais ramené une fille facile, précisa Kyle me choquant un peu quand même. Ce n'est pas surprenant quand on sait que ta...

- Kyle! fit alors sa femme avec sévérité.

- Vas-y finis ta phrase..., demanda Blaine.

- Va dans ta caravane, fit alors Kyle.

Blaine se leva en prenant son assiette et me regarda fixement avant de sourire.

- Bienvenue dans la famille des donneurs de leçons, assura Blaine. Bientôt ils te changeront aussi...

Je le regardai s'éloigner et je sursautai quand j'entendis la porte d'entrée claquer violemment. J'entendis une chaise glisser et je vis Ben s'éloigner en courant avant un soupir de Kyle.

- J'y vais, fit-il avant de s'expliquer. Ben ne supporte pas que l'on hausse le ton.

Je le regardai s'éloigner et je ne savais pas quoi dire. Je réalisai qu'à ma gauche, Tanya était au bord des larmes.

- Pourquoi votre père allait dire ça ? demanda Tanya.

- Il le pousse à bout aussi, assura Max.

- Et vu ce qu'il s'était passé, cela devait être très gênant, précisai-je alors.

- Ma chambre était voisine de la sienne et ce n'était pas les cris les plus gênants, précisa Debbie. C'était plutôt les propos de cette fille... Vulgaire à un point...

- Debbie... On est à table, précisa Tanya.

- Pardon Maman, s'excusa celle-ci.

- Essayons de passer un bon moment, fit Tanya.

- Désolé pour ça, assura Max.

- Je commence à m'habituer à son comportement, avouai-je alors. Quand je pense que je partage des cours avec lui...

- Mais il peut être gentil... Parfois, me fit simplement Max.

- J'attends de voir ce côté là, assurai-je provoquant un petit rire de Debbie.

Étonnement, le reste du repas se passa sans aucun soucis - Kyle essayant même de parler de son travail. J'ai alors prêté une oreille très attentive à cette passion familiale que partageaient le père et sa fille. Ils discutaient des commandes et nous commentions les idées parfois étrange des gens, comme le fameux arbre à chat inspiré de l'Etoile Noire de Star Wars - chacun son délire.

- Vous avez passé une bonne journée au travail ? demandai-je alors à Tanya.

- Je suis en repos de ma garde, assura celle-ci me faisant me sentir bête. C'est gentil de demander mais je ne parle jamais de mon travail.

- Ha bon? m'étonnai-je alors. Mais... Pourquoi ?

- Parfois je raconte les choses très amusantes, comme un père qui a essayé de savoir comment son fils avait réussi à coincer un jouet dans son nez, me précisa Tanya.

- Le père se l'est mis? demandai-je en riant.

- Évidemment, fit elle en haussant les yeux au ciel pendant que son mari allait chercher le dessert.

- Comment on peut être aussi bête ? demandai-je alors.

- Si tu savais ce que les gens essayent de s'enfoncer dans le corps, précisa alors Tanya. Ce que tu vois dans les séries, ce n'est pas si faux...

- Ho, dis-je choquée.

- Mais je suis traumatologue de formation, en général les gens dont je m'occupe sont parfois très blessés... Trop pour être soignés également... Je préfère laisser ces images au travail.

- Je comprends, concédai-je alors en voyant le père de famille poser le plat du dessert sur la table.

Je sentis la douce odeur chaude me chatouiller les narines et déjà, mon ventre réclamait sa récompense. Je reconnus l'odeur au moment même où je l'avais sentie et je regardai le plat avec envie.

- Du clafoutis ! lançai-je en souriant.

- Tu aimes? me demanda Max amusé.

- Aimer ? C'est faible ! J'adore!!! C'est mon dessert préféré, dis-je alors.

- Une bonne cliente! me lança Debbie. Je l'ai fait.

- C'est aussi le dessert préféré de Blaine! me fit alors Ben en souriant.

Je regardai le petit frère de Max en souriant. Blaine avait donc parfois des côtés normaux. Je regardai la mère de Max couper des parts en se rendant compte que c'était encore un peu trop chaud. Elle posa une part de côté, pour Blaine sans doute. Je regardai cette part en réalisant une chose dont j'avais honte, j'avais oublié cette chose importante.

- Tanya... Vous voulez que j'apporte cette part à Blaine ? demandai-je alors.

- Tu veux amener son dessert à Blaine? s'étonna Max à côté de moi.

- Oui... En fait, j'ai oublié de le remercier pour la motoneige..., dis-je honteuse.

- Ho, je comprends, me fit Max. Tu veux que je vienne ?

- Non, dis-je alors. Je pense profiter de l'occasion pour une petite cigarette.

- Tu peux l'amener, me fit Tanya en me tendant l'assiette. C'est gentil de ta part de penser à lui.

- Difficile de passer outre, précisai-je. Et puis j'ai du répondant.

Je quittai alors mon siège, emmenant l'assiette avec moi. Une fois la porte de la maison refermée derrière moi, je fus saisie par le froid.

- Brrr... Je hais l'Alaska !!! marmonnai-je en me dépêchant de foncer vers la caravane.

Heureusement, elle n'était pas bien loin. Je me retrouvai ainsi devant la porte métallique de la caravane, ne sachant pas trop comment faire pour ne pas me faire jeter comme une merde. Il n'y avait en fait aucune bonne méthode alors, je frappai un coup à la porte. Puis un second. Je n'avais toujours aucune réponse alors - à défaut d'autres solutions - je poussais la poignée et j'ouvris avant d'entrer.

- Blaine? appelai-je en pénétrant dans la caravane.

J'entendis alors un juron provenant de ma droite et je tournai la tête. Je vis alors Blaine, allongé sur son lit, se cachant d'une couverture. Je me retournai brusquement, totalement gênée et honteuse.

- Désolée, désolée, balbutiai-je honteusement. Je n'ai rien vu.

- Qu'est-ce que tu fous là putain? s'énerva Blaine.

- Je... Je t'amenais un dessert... Mais il n'y a pas de honte à avoir, marmonnai-je alors.

- Hein? s'étonna Blaine.

- C'est naturel, c'est logique... Il n'y a pas de honte, ça m'arrive aussi, dis-je avant de réaliser le côté gênant de mon propos. Euh... Je...

- Je vois, fit alors Blaine en riant.

Je me retournai vers lui et il était assis sur son lit en me fixant. Je pus alors enfin découvrir à quoi ressemblait sa caravane. Près de moi, derrière désormais, il y avait un petit canapé avec des livres empilés. Près de Blaine et son lit, il y avait une télévision et une console de jeux mais également la même guitare que dans l'atelier. Sa décoration était assez sommaire - majoritairement des groupes de rock - et plutôt basique. Je m'attendais presque à découvrir des dizaines de posters de filles nues. Je me demandais où il pouvait ranger ses vêtements mais cela devait être dans les grosses caisses près du canapé. Je tenais toujours l'assiette en main et je le regardai.

- Comme ça, t'es du genre à te faire du bien, fit-il en riant.

- Ho ça va! dis-je gênée et consternée.

- Moi, je n'étais pas en train de me branler, avoua Blaine en souriant mesquinement.

- Alors qu'est-ce que tu foutais pour te cacher comme ça et sans me répondre ? demandai-je vexée.

- Je lisais, répondit simplement Blaine.

- Mouais bien sûr... Et je suppose que c'était un numéro de playboy ? demandai-je méchamment.

- Même pas, me fit Blaine.

- Je ne te crois pas, ajoutai-je immédiatement.

- C'est le dessert ? demanda-t-il alors.

- Euh... Oui... Tu lisais quoi alors? demandai-je comprenant qu'il essayait de changer de sujet.

- Si je ne réponds pas je n'ai pas de dessert ? demanda-t-il vexé.

- Non... Tiens, dis-je en tendant l'assiette.

- Ha un clafoutis, c'est cool, fit alors Blaine.

- J'adore ça aussi..., dis-je alors gênée.

Blaine me fixa attentivement et j'eus la nette impression qu'il réfléchissait. Il me dévisagea alors avant de soupirer.

- Tu veux t'asseoir ? demanda-t-il alors.

- Sauf si je dérange, précisai-je quand même.

- Assieds-toi..., fit-il en se prenant une cigarette et avant de me tendre le paquet.

- Merci, dis-je en prenant une cigarette.

Blaine alluma nos cigarettes et cela me fit un bien fou. Je le regardai attentivement avant de reporter mon attention sur sa déco. Juste à côté de sa télévision, je vis une photo, une femme jeune avec un bébé. Je me sentis alors immédiatement mal à l'aise. Je ne saurais dire si cela se voyait mais Blaine fit basuler la photo, la cachant à ma vue.

- Ta mère était très belle, dis-je alors.

- Tu comptes faire la conversation ? demanda Blaine méchamment.

- Bah je... Je voulais te remercier en fait, avouai-je alors en tirant sur ma cigarette.

- Pour? s'étonna le boulet à côté de moi.

- M'avoir sauvée, assurai-je alors à Blaine.

- Fallait bien, l'autre Mister Perfection avait pas vraiment réfléchi plus loin que le bout de son nez, précisa Blaine.

Je le regardai extrêmement méchamment suite à son propos. Je ne comprenais pas pourquoi il critiquait encore Max. Il ne méritait pas ça.

- Pourquoi tu t'en prends toujours à Max? demandai-je alors assez outrée.

- Qu'est-ce que ça peut te foutre? demanda sèchement Blaine.

- J'en ai plein le cul que tu critiques sans cesse mon mec, tu le comprends ça ? dis-je vexée.

- Ça va, il a tout ce qu'il veut, il peut encaisser, marmonna Blaine.

- C'est donc de la jalousie, compris-je immédiatement.

- Jaloux? De quoi? m'interrogea méchamment Blaine. De sa petite famille parfaite qui se plonge dans sa contemplation ? De sa bande d'amis complètement cons qui le suivent car il est le prochain Alpha ? Qu'il veut aider tout le monde parce qu'il se croit au royaume des Bisounours ?

- Prochain Alpha? demandai-je choquée.

- Et ouais... Monsieur sera le chef... Pourvu que je sois loin..., fit-il en s'allongeant en travers de son lit.

- T'as pas envie de faire des efforts ? demandai-je alors. Peut-être qu'il pourrait changer la façon dont les gens te voient..., marmonnai-je.

- Comment ça ? demanda Blaine en me regardant.

- Ils m'ont dit pour toi... Ta petite différence, précisai-je alors.

- Donc tu sais que je suis un monstre cannibale et psychopathe ? s'amusa Blaine. Et tu fumes avec moi comme ça ?

- Ce n'est pas ta faute, ce qui est arrivé à ta mè...

- Pas un mot de plus, ordonna Blaine me faisant cesser de parler.

- Oui... Désolée..., dis-je alors. Mais je ne suis pas sûre.

- De? s'étonna encore Blaine.

- T'es pas foncièrement si mauvais... T'as sauvé cette fille non? dis-je alors avec certitude.

- Pour ce que ça m'a apporté..., grommela Blaine. Ils m'ont tous bien fait chier...

- Faut reconnaître aussi que tu cumules un peu... Comme avec cette fille, précisai-je alors.

- Jalouse ? demanda Blaine amusé.

- Pauvre con, répondis-je alors avant de sourire.

- Tu sais quand même que je pourrais t'arracher la tête pour cette insulte ? fit alors Blaine d'un calme assez étrange.

- Tu comptes essayer ? demandai-je alors. Je suis peut-être humaine mais je sais me battre...

- Tu te casserais les poings, assura alors Blaine.

- Et cette fille... Elle était humaine ? demandai-je.

- Non... Elle aimait le danger je pense, avoua Blaine. C'était une Puma.

- C'est un grand félin ça... Ça doit être dangereux aussi, dis-je en ignorant clairement si c'était valable.

- Les femmes félins sont... Très libres, assura Blaine.

- Tu sais que t'es un porc? dis-je consternée. Je peux reprendre une autre clope?

- Et tu sais que t'es une pique assiette ? demanda alors Blaine.

Je tournai la tête vers lui, stupéfaite du propos. Blaine était donc capable de faire de l'humour. Je souris doucement et il me tendit une cigarette.

- Ils sont chiants avec leurs règles à la con hein? demanda Blaine.

- C'est leur maison Blaine..., dis-je consternée.

- J'avais remarqué..., marmonna ce dernier pendant que j'allumai une cigarette. Une taffe?

- Ok, fit-il en prenant la cigarette et me la rendant ensuite. Pas peur d'être contaminée par ma mauvaise influance ? demanda-t-il en riant.

- Pourquoi t'acceptes de vivre en étant au centre de toutes ces rumeurs ? T'as aidé cette fille ! dis-je lassée.

Blaine me regarda et se redressa lentement, me faisant déglutir d'inquiétude. Je réalisai enfin - avec trois trains de retard - que nous étions tout deux installés sur son lit et qu'il était torse nu.

- Les Wendigos ont une propension à la rage, pas la maladie, fit-il en m'obligeant à lui faire un doigt. T'as bien autre chose à faire avec ce doigt...

- Je t'emmerde, répondis-je.

- Farouche, fit-il en riant. Pire qu'une Puma.

Je le regardai complètement effarée. J'avais l'impression que c'était autant un compliment qu'une vanne remplie de sous-entendus.

- Les Wendigos alors? dis-je pour recentrer la conversation.

- On a tendance à s'emporter et à régler nos problèmes par la force. Les loups sont unis mais les Wendigos sont pires. T'en prendre à l'un, c'est s'en prendre à tous. Ils peuvent tuer pour pas grand-chose... Et ils ont une propension à haïr les autres lignées et surtout... Les humains.

- Ho...

- Pour eux les humains auraient dû rester une source de nourriture... Ou dans le cas des hulaines..., fit-il en me fixant.

- Je crois avoir compris, marmonnai-je gênée en tendant la cigarette.

Fumer avec quelqu'un ne m'avait jamais gênée et puis, c'était une de ses cigarettes. Je pouvais bien faire cela.

- J'éloigne les gens car je le veux, assura Blaine. Je n'ai besoin de personne.

- Tu sais... Moi tu peux me faire confiance, je ne trahirai le secret d'aucun d'entre vous, précisai-je alors. Je suis fiable.

- Tu dis ça parce que tu veux te faire baiser par Max, me sortit Blaine sans hésitation.

- Je ne suis pas ce genre de filles, dis-je consternée et en colère.

- Tu préfères la chatte? demanda Blaine en riant.

- Je ne suis pas le genre de fille obnubilée à l'idée de perdre sa virginité... De coucher avec un garçon, dis-je pour me rattraper. Je veux être sûre que ce soit sérieux.

- Donc t'as jamais essayé ? Tu ne peux pas dire que cela ne plait pas, fit simplement Blaine.

- Parce que t'as déjà essayé un mec peut-être ? demandai-je en voulant le mettre mal à l'aise.

- Non, mais l'idée n'est pas impossible, on ne sait jamais, fit simplement Blaine.

J'avais ouvert la bouche de stupeur en entendant ce propos. Blaine ne trouvait pas cette idée choquante. Peut-être était-il pansexuel alors... Peut-être parce que je ne parlais plus mais il retira la couverture - m'inquiétant un peu au passage - avant de me lancer le livre qu'il lisait sur les genoux - ce qui me rassura au final. Je pris le livre et je lus le titre, choquée.

- Devenir père... T'as mis une fille enceinte ? demandai-je choquée.

- T'es débile ou quoi? s'étonna Blaine. Je te rappelle que cette semaine on nous donne les bébés à la con... Je voulais juste savoir quoi faire...

- Tu prépares les cours... Je croyais que t'étais un cancre ? demandai-je en souriant.

- Parce que je ne veux pas me faire chier mais là... Je ne suis pas le seul noté, précisa Blaine.

- Monsieur est grand seigneur, dis-je en me levant. Bon, j'y vais, j'adore aussi le clafoutis et le mien m'attend.

- Et il vaut mieux éviter qu'ils ne puissent croire que j'ai grillé la priorité à Mister Perfection, lança Blaine.

- Rêve pas crétin, aucune chance, dis-je alors avec un sourire en coin. Salut, ajoutai-je en allant vers la porte.

- Pourquoi tu m'as remercié ? demanda alors Blaine alors que je mettais ma main sur la poignée.

- Tu m'as sauvée, dis-je simplement.

- Simple instinct, répondit Blaine.

- Et bien remercie ton instinct... En tout cas t'es franchement rapide, assurai-je en ouvrant la porte.

- Seulement pour ça, lança Blaine.

- Consternant, dis-je en descendant les marches.

- Lynn! appela Blaine avec empressement.

Je me retournais immédiatement, surprise qu'il puisse m'appeler par mon prénom, d'habitude je n'avais droit qu'à Seattle. Il semblait désireux de dire quelque chose et j'attendis un peu. Peut-être voulait-il me remercier d'être gentille... Ou alors voulait-il dire qu'il ferait des efforts pour être sympathique...

- Ne compte pas prendre l'habitude de me gratter des clopes, précisa Blaine.

- Je t'en rendrai, dis-je consternée du seul propos.

- Je n'aime pas partager, ajouta Blaine.

Je le regardai attentivement, simplement surprise. Je refermai alors la porte de sa caravane, me retrouvant dans le froid et le silence. Cela s'était bien passé et je pouvais désormais rentrer dans la maison. Désormais, je savais ce qui existait à Juneau et franchement, ma vie allait en être bouleversée. Des êtres capables de prendre les traits d'animaux existaient et j'étais amoureuse de l'un d'entre eux. J'avais l'impression d'être dans une fiction pour adolescente et je me jurai de ne pas être aussi consternante que ces héroïnes là... Si seulement tout était aussi simple...






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