Zoomorphic - Wolves & Wendigos
C'était la première fois que je courrais pour ma vie. Naturellement, comme toute jeune fille, j'avais déjà imaginé que cela pouvait arriver. Et naturellement, j'avais beaucoup plus souvent envisagé que ce soit pour fuir un détraqué, un violeur ou un type trop insistant mais jamais je n'avais imaginé que ce soit une créature sortie tout droit d'un folklore fantastique - et il faudrait encore m'expliquer comment ce monstre avait pu me confondre avec un putain de biscuit apéritif. Il n'empêchait qu'en cet instant là ma vie dépendait clairement de ma vitesse de percussion au sol. Malheureusement pour moi - ce serait si simple sinon - le sol était couvert de neige et chacun de mes pas était assez compliqué. Parfois, mon pied bien caché dans sa botte s'enfonçait plus que nécessaire, parfois l'autre me faisait glisser. Et comme j'étais clairement une fille chanceuse, la neige m'empêchait de voir si il y avait des branches ou des racines au sol. En clair, j'étais dans une merde clairement énorme. Ce Wendigo, Charlie, semblait clairement à mes trousses, je l'entendais clairement grogner derrière moi. Secrètement, je croisais les doigts pour que les Lexington se débarrassent sans hésitation des Wendigos et que Max viennent à ma rescousse. J'étais peut-être une fille très moderne - du genre qui estimait que les mecs étaient assez inutiles - mais là, j'avais envie d'être la demoiselle en détresse que l'on vient sauver. Essayant de semer ce monstre affamé, je courus sans me retourner vers un petit amoncellement d'arbres. Je me blottis derrière, histoire de reprendre mon souffle.
- Putain... Et je suis encore loin, marmonnai-je pour moi-même.
J'entendis des craquements derrière moi et je me figeai.
- Douce jeune fille... Tu me donnes faim, fit la voix caverneuse de Charlie.
Je jettai alors un coup d'œil autour de moi et je remarquai plusieurs choses pouvant me servir d'armes. Si il croyait que j'allais me la jouer pauvre cruche de film d'horreur qui court et se pète la cheville, il allait être servi. J'avais clairement l'intention de ne pas me laisser faire et je dus attendre qu'il arrive en serrant mes prises. Et j'avais compris un détail à force de côtoyer des Thériens : l'instinct prévaut. Les Wendigos étaient les plus dangereux et les plus sadiques des prédateurs, ils aimaient donc jouer avec leurs proies. Ce connard qui en voulait à ma vie le faisait déjà car il aurait pû me rattraper en un instant - et oui, il y en a là dedans et puis Blaine et Max disposaient d'une vitesse incroyable - mais il avait couru à vitesse humaine.
- La peur donne un coup tendre à la viande..., fit encore Charlie en reniflant l'air.
C'était exactement ce que je pensais et il le confirmait. Petit à petit, je réalisai - surtout grâce au bruit de la neige - qu'il approchait. Et je vis apparaître da tête de monstre psychotique. Immédiatement, je levais la main droite pour abattre une grosse branche sur sa tête mais il la saisit au vol.
- Te battre contre moi? Tu es trop créd..., commença-t-il avant d'être obligé de se taire.
En effet, l'experte en combat contre les Thériens - autoproclamée certes mais experte tout de même - n'avait pas eu d'autres brillantes idées que d'attirer l'attention de ce dingue affamé par une mise en scène un peu basique : la fille frêle et une branche pour attirer le regard. Ensuite, j'avais donc écrasé la grosse pierre que j'avais dégotée un instant plus tôt. Je fus soulagée de le voir esquisser un léger mouvement de tête en revenant le choc mais il n'était cependant pas assez fort pour réussi un exploit : celui de la tuer. Cependant, cela me laissa quand même du répit même si ce n'était pas bien long. Ce même répit, je le mis à bon escient pour me carapater. Je n'avais pas vraiment compris que, malgré ma force mise dans mon coup, cela n'avait pas dû être extrêmement efficace. En effet, je l'avais bien vu reculer sous le choc mais cela n'avait sans doute été dû qu'au choc sur la tempe. Ces Thériens restaient faits en béton armé est forcément, je n'eus d'autres choix que de retourner à ma fuite. Je l'entendis rigoler à gorge déployée avant de se lancer à ma poursuite sans aucune nouvelle hésitation. Il fallait vraiment me dépêcher, il n'allait pas confondre à jouer longtemps avec sa proie - et comme c'était moi, cela ne m'arrangeait pas. Je me mis à courir encore plus vite, si c'était seulement possible pour moi, avant de regarder derrière moi. Ce Charlie continuait à gagner du terrain et il en riait bien. Je me mis à m'engouffrer dans un coin où les arbres étaient plus serrés mais ils ne purent le retenir bien longtemps, celui-ci mes pulvérisant presque au passage. Chacun de mes pas me faisait mal, signe que les entraînements étaient quand même utiles. Malheureusement, je sentais mon chasseur s'approchant rapidement de moi et je commençai mon testament mental. Et puis soudain, je reconnus un rocher que nous avions croisés en venant et où la sœur de Max avait voulu s'arrêter pour moi. Vu sa position géographique, ce rocher devait se trouver à équidistance des deux localisations, le châlet et l'espace de la bataille. Je n'avais plus vraiment qu'un seul choix et il était plutôt du genre à me faire chier mais malheureusement, c'était le seul que le destin m'avait laissé. Je n'avais donc plus vraiment le choix.
- BLAINE!!!!!!! criai-je en espérant que ce soit suffisamment fort. J'AI BESOIN D'AIDE!!!!
Au moment même où je poussais ce cri, je vis apparaître devant moi l'immense masse de Charlie qui me fixa attentivement et avec une sacrée pointe d'amusement. Visiblement m'entendre hurler attisait sa faim ou ses instincts meurtriers. Il s'était placé su rapidement devant moi que je n'avais eu d'autres choix que de reculer lentement.
- Tu appelles ton chéri au secours ? demanda Charlie. Il est peut-être déjà mort.
- Ferme ta gueule, grommelai-je en reculant.
- Hmmm.... Rebelle... La viande aura meilleur goût..., fit-il en s'avançant vers moi.
Je reculai immédiatement vers les arbres, voyant sa peau changer de couleur. Il tendit alors le bras vers moi et je me jetai sur le côté pour l'éviter. J'espérais tant que mon cri avait été entendu, même si je doutais que Blaine ne vienne me sauver. Charlie jouait au chat et à la souris avec moi, tendant les bras pour m'attraper. C'était clairement un jeu pour lui, un jeu malsain mais un jeu quand même. J'évitai surtout d'être attrapée grâce aux arbres mais ils n'étaient pas assez nombreux.
- Arrête de jouer!!! hurla Charlie en brisant un arbre en deux d'un seul coup.
Je m'étais figée sous la panique, peu encline à me faire bouffer sans hésitation. Malheureusement il réussit à attraper mon bras.
- Lâche moi sale con! dis-je en tirant.
- Personne ne viendra t'aider, tu vas me servir de diner..., fit-il avec un sourire sadique.
Il me tira lentement vers lui, comme si je pesais le poids d'une bouteille d'eau - et encore je devais être plus légère que ça à ses yeux. Il me tira lentement et là je les vis. Ses crocs étaient saillants près à me croquer sans la moindre gêne.
- Non! criai-je en tirant encore.
Il guida mon bras à sa bouche et je savais que j'allais y laisser mon bras. Puis, des plus soudainement, j'entendis comme des pas rapides qui approchaient de plus en plus. Si il n'agissait pas seul, j'aurai pu croire que c'était ses amis. Les pas approchèrent encore et, au moment où il allait mordre, je sentis son emprise lâcher pendant que je fermais les yeux. Je les rouvris immédiatement, juste à temps pour le voir être soulevé et rejeté au loin par une masse qui venait d'arriver. Je ne pus en voir que le dos nu, muscles saillants indiquant un être au corps sculpté pour le combat. Ce fameux corps se retourna et m'offrit la vue sur Blaine, les traits désormais assez caractéristiques à mes yeux m'indiquant qu'il avait pris un aspect de loup.
- B... Blaine ? appelai-je en le reconnaissant.
- C'est quoi ce putain de bordel? s'énerva ce dernier.
- Des Wendigos... Ils ont interrompu la partie... Et lui il...
- Il a envie de te bouffer ? demanda simplement Blaine. Logique...
Logique.... Sans doute à ses yeux mais pas aux miens...
- Encore un... Mais t'en baises combien ? lâcha Charlie.
Je mis deux secondes à comprendre qu'il me prenait pour la salope de la région. Je le regardai attentivement, prête à le remettre à sa place quand je vis ses yeux briller d'un rouge intense.
- Lynn... Reste derrière moi, fit Blaine en s'interposant.
Franchement, je ne pouvais pas aller bien loin non plus.
- T'as intérêt de dégager de là ou je vais te défoncer, lui lança Blaine.
- Fais gaffe, dis-je à ce dernier. Sa meute n'a pas pu le retenir.
- Hey je suis pas une biche, jr sais me batt... Argh! me répondit Blaine avant d'être soulevé par les immenses battoirs de Charlie.
- Blaine!!! criai-je en le voyant être soulevé contre un arbre par la gorge.
- Tu vas le regarder mourir, me lança Charlie. Ta viande sera meilleure grâce à la peur.
- Va te faire..., marmonnai-je en cherchant de quoi aider Blaine.
- L'enfoiré, grommela d'ailleurs Blaine pendant que je saisis une branche épaisse et m'avançait pour l'aider.
- Toi mon petit louveteau... Tu vas mourir rapidement... Que? fit alors Charlie surpris.
Moi aussi je l'étais, Blaine avait effectivement saisi brutalement les avants bras de Charlie en le regardant comme si il était le diable.
- Je supporte pas les insultes connard! lança Blaine.
Et là, je fus aussi surprise que Charlie en réalité. Évidemment je l'avais déjà été de voir Blaine avec un aspect de loup, ne comprenant pas réellement son apparence. Mais ce que je vis était encore plus étonnant - si on pouvait encore l'être. Petit à petit, sa peau devenait grisâtre, exactement comme pour les autres Wendigos. C'était assez effrayant à voir cet aspect étrange qui alliait les deux formes. Je le regardai en écarquillant les yeux mais je relevai également que ses bois - si on se réfère à la reproduction stylisée du Wendigo - semblaient plus gros que ceux de Charlie. Et je fus littéralement effarée de voir que Charlie semblait effrayé. Et il avait clairement de quoi l'être. En effet, lentement mais très sûrement, Blaine était en train d'écarter peu à peu les mains de Charlie de son cou. Image déjà saisissante, elle fut encore plus effrayante au moment même où Blaine sourit - mais c'était surtout parce que ses yeux s'étaient mis à briller. Blaine restait dans l'air, tenant à bout de bras sur ceux de Charlie, désormais écartés.
- Tu vas en chier, lança alors Blaine avec un sourire à faire pâlir le diable.
Et tout commença à devenir étrange. D'un coup de pied en plein milieu du thorax, il envoya voler Charlie au moins trois mètres en arrière, détruisant au passage un pauvre arbre qui n'avait rien demandé à personne.
- Bordel..., dis-je entre mes dents tant je fus étonnée.
Je vis immédiatement Charlie se redresser, plus surpris que blessé - malheureusement pour moi - et observer alors Blaine non seulement d'un regard surpris mais surtout dubitatif. Il fixait Blaine comme si ce qu'il avait sous les yeux ne devait pas exister. J'avouerai bien que je le comprenais totalement - moi-même leur existence me semblait si étrange.
- Mais qu'est ce que t'es toi ? demanda Charlie en serrant les poings.
- Ho juste l'être parfait, lança un Blaine plutôt provocateur et surtout loin d'être modeste.
Provocateur certes mais surtout capable d'assurer ce qu'il faisait. Je n'aurais pas dû cligner des yeux à cet instant là car je l'aurais vu foncer vers Charlie. Au lieu de cela, je le vis déjà sur lui, assenant des dizaines et des dizaines de coups. Charlie n'était clairement pas en reste et faisait de même avec Blaine. Qui touchait qui? Qui était avantagé ? Qui était plus fort? Je n'avais aucune de ces réponses à cet instant. À l'inverse, je réalisai que Blaine s'amusait beaucoup plus et ça, c'était angoissant. Ils s'écartèrent alors l'un de l'autre et je les vis dans la même position l'un et l'autre : légèrement courbés et s'observant avec attention. Mais je vis de la buée sortit de la bouche de Blaine et cela lui donna un air incroyablement dangereux. Et cette fois il se jeta littéralement comme un fauve sur sa proie, le saisissant par la gorge pour le jeter au sol. Charlie se défendit à coup de genoux et put se redresser avant de se battre de nouveau. Étonnement, il toucha de moins en moins Blaine qui prenait le dessus. J'avais envie de l'encourager quand je relevai alors un étrange détail. Blaine frappait souvent Charlie mais sa façon de faire m'était étonnement familière. En effet, c'était de la boxe, des coups simples comme ceux de mon shadow boxing mais c'était bien de la boxe. Je ne savais pas que Blaine savait boxer ni même pourquoi il ne me l'avait jamais dit. D'un coup, Blaine fonça sur Charlie qui le mordit à l'avant bras.
- Blaine!!! criai-je effrayée pour lui.
- Je vais te bouffer et elle ensuite, grogna Charlie sans lâcher prise de ses crocs.
Et là, j'eus l'impression que les ténèbres poussaient un cri mais il s'agissait bien de Blaine - qui d'autre en même temps ? - et ce cri était à se sentir mourir d'effroi. Alors que Charlie fut propulsé au sol dans un craquement sonore de son genou, ce cri provoqua en moi la peur. C'était une peut intense, brutale, violente, et honnêtement, elle me donnait envie de me pisser dessus - et la suite ne fut guère mieux. Désormais à la merci de Blaine, Charlie fut roué de coups de poings qui provoquèrent d'abord des bruits spongieux d'impacts avant de commencer à émettre des craquements. Je réalisai avec effroi que les os de Charlie se brisaient les uns après les autres, de plus en plus vite au fur et à mesure que la rage de Blaine montait crescendo.
- ON NE TOUCHE PAS AUX MIENS!!!!!! hurla alors Blaine en accélérant ses coups et augmentant leur puissance.
Je vis avec étonnement que Charlie bougeait de moins en moins tandis que les poings de Blaine réduisaient son visage à un amas difforme de chair, de sang et d'os pulvérisés. Puis les bras de Charlie tombèrent au sol pendant que sa peau reprenait la couleur de la peau humaine. Il l'avait tué.
- B... Blaine... Blaine... Blaine..., marmonnai-je en reculant.
- QUOI???? hurla alors le guerrier vainqueur qui venait de réduire son ennemi à un cadavre.
Je tombai alors à la renverse quand mes jambes refusèrent encore de me porter. Si les Wendigos étaient des sortes de démons, le garçon en face de moi aurait pû en être leur dieu ou au moins leur prince. Il faisait vraiment peur et je le sentis dangereux comme jamais. Il me fixa alors et je fus de même, découvrant ses mains qui contrairement à ce que je croyais étaient aussi extrêmement blessées et surtout, du sang en coulait, sans doute celui de Charlie. Je vis alors Blaine renifler l'air et me fixer froidement.
- Ha ouais... Forcément, grogna Blaine qui était effrayant.
Je le vis se retourner avec colère et je réalisai un détail : les Wendigos pouvaient sentir la peur de leur proie, comme Charlie avec moi. Et donc Blaine pouvait sentir la mienne à cet instant et je l'avais donc blessé. Je dus lutter contre ma propre peur pour me redeesser et avec la force qu'il me restait, je fonçai vers Blaine pour saisir son bras droit.
- Je n'ai pas peur!!! dis-je alors.
- Tu n'as pas peur? me demanda t'il choqué. Tu pues la peur! Dès que t'as vu cette apparence.
- Non! Tu viens de me sauver, avouai-je alors en essayant en réalité de me convaincre moi-même.
- L'un n'empêche pas l'autre, précisa Blaine en essayant de dégager mon bras.
- Je n'ai pas peur de toi! dis-je en ne trouvant rien de mieux à faire que le prendre dans mes bras.
Je n'avais pas su quoi faire pour le conforter dans cette idée car je mentais comme jamais dans ma vie. Si je pouvais, je prendrais la fuite pour me réfugier au châlet sans la moindre hésitation afin de m'y cacher de Blaine et des autres Wendigos. Il n'avait pas hésité à tuer même si c'était pour moi. Je l'avais également entendu dire qu'il ne fallait pas toucher à ses prochains et j'étais malgré tout touchée d'être considérée comme telle. Et pourtant, je crevais de trouille. Si il me faisait peur quand j'ignorais qui il était, c'était pire désormais mais je ne voulais pas le rejeter.
- Blaine..., marmonnai-je en réalisant que sa peau est toujours grise.
- Lâche moi Lynn... On approche... Tu vas peut-être devoir courir, fit alors Blaine.
Je relâchai immédiatement mon étreinte, complètement paniquée de la situation, avant d'observer notre environnement. Effectivement, je voyais la neige virevolter depuis la direction d'où j'étais venue, quelqu'un approchait bien. Mur par mon instinct de survie, je me cachai immédiatement derrière mon précédent sauveur et je patientai avec la boule au ventre. J'étais inquiète pour les Lexington et leur état de santé, craignant que ces monstres n'en aient fait qu'une bouchée. Plus la neige se soulevait plus je pus discerner non pas une mais deux formes bien précises. Je fis un pas de côté quand je compris qu'il s'agissait d'Ezekiel et de Kyle. Cela signifiait clairement autre chose. Ce fut donc Kyle qui s'arrêta en premier.
- Lynn? Tu vas bien? me demanda alors le père de Max visiblement très inquiet.
- Euh... Oui... On va dire... Blaine m'a..., dis-je avant de me figer en réalisant un détail.
Blaine était toujours dans sa forme effrayante et cela avait même poussé Kyle à se figer. Je dois reconnaître que le plus surpris était Ezekiel.
- Ce garçon est de votre famille ? demanda-t-il surpris.
- Oui, nous avons recueilli Blaine, précisa donc Kyle.
- Je suis surpris que vous ayez accepté un Wendigo parmis les vôtres, précisa-t-il calmement.
- Et il se passe quoi exactement ? Je dois m'y remettre ?
- T'y remettre ? demanda Kyle avant de réaliser une chose.
Ezekiel avait en effet relevé une chose dans la scène et ce n'était guère pour me rassurer. En effet, il avait remarqué le corps en charpie de Charlie et je sentis que les ennuis allaient se profiler à l'horizon.
- C'est toi qui a fait ça ? demanda alors Ezekiel.
- À votre avis? demanda Blaine tandis que sa peau redevenait humaine.
Je le regardai fixement en le voyant se sortir sa petite cigarette, tout tranquillement, comme si il ne venait pas de tuer quelqu'un.
- Blaine... Qu'est-ce que tu as fait? demanda alors Kyle saisit visiblement d'une certaine crainte.
- Il s'en prenait à Lynn, disons que j'étais là, fit Blaine avant de me regarder. Ça va ton bras ?
- Hein? Heu..., dis-je en le regardant. Il n'a pas eu le temps de mordre.
En disant cela je réalisai que d'autres personnes arrivaient, tous les autres en fait. Visiblement, cela s'était juste envenimé un petit peu sans plus, veinards qu'ils étaient.
- Lynn? m'interrogea immédiatement Max après avoir réduit l'écart pour s'assurer de mon état.
- Je vais bien..., dis-je en voyant les nerfs lâcher chez les Wendigos pendant que Max me serrait contre lui.
- Ce putain de clebard a buté Charlie! lança Sonja.
- Sonja! Ça suffit ! cria Ezekiel. Et ce garçon... Blaine ?
- Ouais..., fit le concerné.
- Ce n'est pas un loup, il est l'un des nôtres, précisa Ezekiel.
Je regardai la famille Lexington, visiblement encore plus inquiets maintenant. Ils devaient imaginer que Blaine pourrait les rejoindre. En même temps, je m'étais mise à me le demander aussi - avec lui, on est toujours surpris.
- Et tu as tué Charlie tout seul? demanda Sonja.
- Ouais, pas besoin de meute comme Mister Perfection, fit-il en regardant Max. Tu veux vérifier peut-être ?
- Tu crois qu'un petit jeune comme toi va me faire peur? s'énerva Sonja.
- Le grand dadet aussi croyait avoir une chance, fit Blaine en fumant tranquillement.
- Cela suffit Sonja !!!! s'énerva alors Ezekiel.
- Mais tu...
- Charlie a tenté de tuer cette jeune fille, rappela Ezekiel. Il n'a fait que défendre l'une des siens.
Je me rendis compte une fois de plus que j'étais la source des problèmes mais visiblement Ezekiel prenait en compte la légitime défense. C'était tant mieux.
- Alpha Lexington, nous allons enterrer nous même notre frère, précisa Ezekiel. J'espère que cet événement ne ternira pas nos relations.
- Tant que vous respectez les territoires, concéda enfin Kyle.
- Et toi..., marmonna Sonja. Quand tu en auras marre d'obéir à des loups, les Wendigos n'hésiteront pas à t'accueillir.
Je regardai vers Blaine en serrant Max contre moi. Si Blaine voulait faire chier sa famille, il pouvait largement. Étonnement, il regarda vers nous et se mit à rire.
- Je n'aime pas les faibles, les provoqua Blaine.
- Espèce de sale petit..., fit Sonja avant d'être interrompue dans son mouvement par Ezekiel.
- Tu es un Wendigo mais connais-tu nos lois? demanda alors Ezekiel.
- Vaguement pourquoi ? demanda Blaine légèrement méfiant.
- Il est de tradition qu'un Wendigo ayant vaincu un autre Wendigo en combat singulier puisse prendre quelque chose lui appartenant comme trophée, précisa Ezekiel.
Je regardai la situation avec étonnement, peut-être allait-il recevoir un cadeau sympa.
- Et donc..., marmonna Blaine.
- Nous sommes malheureusement assez nomades et avons peu de possessions... Mais nous pouvons tr céder quelque chose... Nel? appela alors Ezekiel.
Je vis soudainement s'approcher la plus jeune des Wendigos, la jeune fille de douze ans. D'aussi près, je me rendis compte qu'elle semblait assez malingre et sale mais malgré tout, on arrivait à discerner le visage encore assez poupon d'une jeune fille. Il était évident que dans quelques années, elle serait capable de faire des ravages pour peu qu'elle prenne soin d'elle. Je ne la voyais absolument rien tenir et je commençais à me demander ce qu'elle devait donner à Blaine.
- Nel était la seule nièce encore en vie de Charlie, précisa Ezekiel.
Je fermai les yeux immédiatement, me rendant compte que par ma seule présence, nous avions fait de cette jeune fille une orpheline. J'avais envie de remonter le temps pour compenser cela mais malheureusement cela m'était impossible - l'était ce seulement?
- Et je suis censé en avoir quelque chose à foutre? demanda Blaine assez sèchement.
- Blaine, sois un peu respectueux, grogna Kyle.
- Il va nous attirer des ennuis, marmonna Max.
- Il m'a sauvée je te rappelle..., marmonnai-je en réponse à Max.
L'air ahuri d'Ezekiel aurait mérité d'être encadré tant il était visiblement surpris. Il regardait Blaine avec beaucoup de choses qui devaient lui passer par la tête.
- Laissez, ce jeune homme a du mal avec sa nature, il était élevé par des Thériens moins dangereux, fit alors Ezekiel avant de réaliser l'affront et de regarder Kyle avec un air navré.
- Je ne le prends pas mal même si cela est quelque peu insultant, précisa ce dernier.
- Ezekiel Un, Kyke zéro..., fit Blaine avec mesquinerie.
- Je comprends que cela puisse te surprendre, c'est logique si tu je connais pas nos traditions mais je t'assure qu'elle est déjà féconde, ajouta Ezekiel.
J'avais alors cru mal comprendre et je regardai Ezekiel avec stupéfaction - il était bien en train de dire ce que je pense. Blaine, pourtant si nonchalant habituellement, regarda alors Ezekiel avec un petit air complètement surpris.
- Euh... Quoi ? demanda alors Blaine, histoire sans doute d'être sûr de ce qu'il avait entendu.
- Oui, et elle et son oncle viennent d'une ancienne lignée de Wendigos, votre portée sera sans doute assez exceptionnelle, précisa Ezekiel. Et elle est encore pure.
- Non mais vous êtes complètement malade? demandai-je avec colère.
- Mademoiselle... Il s'agit des traditions des Wendigos, nous cherchons une forme d'atavisme pour transmettre nos gènes, précisa Ezekiel.
- Mais je m'en tape!!! dis-je énervée avant que Tanya ne pose ses mains sur mes épaules.
- Arrête, cela ne sert à rien, précisa la mère de Max.
- Naturellement, tu n'es pas obligé d'en faire ta concubine officielle, ajouta Ezekiel comme si c'était censé nous rassurer. Mais tu l'as acquise.
- Nous... Nous allons la recueillir, précisa Kyle. Nous la traiterons bien.
- Parfait, fit Ezekiel. J'espère te revoir jeune homme, je te tiendrai à l'œil.
- Me surveillez pas de trop près, j'ai tendance à être violent, grogna Blaine avec consternation.
Cette consternation, elle m'emplissait également. Tandis qu'ils s'éloignèrent tous, je ne pus que penser à quel point les Wendigos étaient profondément mauvais pour offrir l'une des leurs. Nous, nous étions tous assez dubitatif. En fait, on regardait surtout Nel en se demandant ce que cela impliquait. Celle-ci, comme une fleur mais tout de même assez gênée de la situation, s'approcha de Blaine et baissa la tête en rougissant.
- Je me nomme Nel, je suis honorée d'être là pour assouvir notre nature... Tu sembles vigoureux, fit-elle alors.
Autant le dire, ça, c'était choquant - et pas qu'un peu - mais surtout franchement perturbant.
- Les Wendigos sont franchement des monstres, fit Max avant de réaliser que Nel le fixait avec une haine non feinte.
- N'insulte pas les miens, le menaça clairement Nel.
- Elle me plait bien moi, fit Blaine.
- Non mais t'as compris ou quoi ? dis-je consternée.
- Fais pas chier Seattle, t'es en partie responsable, me lança bêtement Blaine.
- Hey ho !!! Elle a à peine douze ans... Ça t'évoque un truc? demandai-je outrée.
- Blaine... C'est une enfant, marmonna Max.
- Et donc...
- Bon ça suffit ces conneries, lança alors Tanya. Tout le monde au châlet... Et toi aussi, fit-elle en regardant Nel. Pauvre petite... Depuis combien de temps tu n'as pas pris un vrai repas ?
- Nous mangeons des conserves de raviolis chaque soir... Nous pensions manger du cerf ce soir, répondit la concernée d'une voix fluette qui appuyait son jeune âge.
- Bon... Blaine, pas de commentaires idiots.... Vous deux, ouvrez la marche, on ne sait jamais, fit alors Kyle en nous regardant moi et Max.
- Kyle... C'est une...
- Je sais parfaitement Lynn, et crois moi, je ne laisserai rien se passer, fit-il en fixant son neveu avec beaucoup d'attention.
Blaine s'en moqua totalement et avança avec le groupe tandis que Tanya et Debbie guidaient la petite Nel au milieu du troupeau - ça sonne mieux que meute vu le bordel. Pendant que nous marchions, j'observais très attentivement la jeune Nel, comme si je pouvais envisager qu'elle ne soit qu'une espionne des Wendigos - mais bon, j'ignorais aussi si ils espionnaient leurs ennemis - et qu'elle s'apprêtait à nous tuer. Mais étonnement, elle semblait beaucoup plus inquiète que nous. Cela se voyait à ses regards fuyants, ses pas hésitants mais le tout, sans jamais quitter Blaine des yeux. C'était assez surprenant d'ailleurs mais elle semblait s'y être faite à cette étrange situation assez improbable. Moi, serrant la main de Max très fortement, j'observai malgré tout Blaine qui me fixait comme un type à qui il arrivait une chose comme ça toutes les semaines: sans plus de réactions. Nous arrivâmes alors rapidement au châlet et j'en fus soulagée - bah oui quoi: pas d'attaque et pas de nouvelles bestioles improbables... Plutôt bon donc. Kyle ouvrit la porte et tout nôtre groupe pénétra à l'intérieur, les humaines comme moi en profitant pour se réchauffer - c'est à dire tout de même la seule. J'entendis immédiatement Tanya s'affairer en cuisine et je me mis à observer très attentivement le comportement de la jeune Nel. Pour elle, une maison semblait plutôt quelque chose d'abstrait, elle regardait absolument partout. J'en profitai alors pour m'installer avec Max et à me faire un peu câliner par lui. je fixai attentivement Blaine et il agissait avec Nel comme une poule avec un cure dent - en bref il ne savait pas d'où ça venait ni quoi en faire - et cela en était risible. Elle, par contre, semblait attendre une quelconque attention de sa part. Elle finit même par s'installer à côté de lui en me fixant moi et Max. Je réalisai aisément qu'elle étudiait notre comportement pour faire de même et espérait que Blaine passe son bras autour d'elle comme Max le faisait avec moi.
- Blaine..., dis-je simplement.
- Ça va je suis pas un taré, me répondit alors Blaine comme énervé de mon sous-entendu.
Peut-être parce qu'elle en fut surprise mais elle me fixa attentivement.
- Lui aussi? demanda-t-elle soudainement.
- Lui aussi quoi? demandai-je au bout de cinq secondes après avoir enfin compris qu'elle s'adressait à moi.
- Tu es aussi son croissant de lune? demanda-t-elle sans savoir ce qu'elle déclenchait.
- Son quoi? demanda alors Blaine en hurlant presque et se levant brusquement.
Max s'écarta de moi et se leva brusquement légèrement paniqué.
- Attends..., marmonna Max quand Blaine s'approcha de lui.
Blaine, sous les cris de la famille, saisit Max par le t-shirt et le souleva de terre pour le plaquer au mur.
- T'as osé !!! s'énerva Blaine.
- Calme toi, dis-je en me levant.
- J'ai improvisé, se défendit Max.
- Improvisé mon cul!!!! Qu'est-ce qu'il t'a pris? demanda Blaine en plaquant encore plus violemment Max sous les invectives de Kyle les priant de se séparer.
- Arrête ! dis-je en posant ma main sur le bras de Blaine. On peut m'expliquer ?
- Ce con a fait de toi sa chose! m'assura Blaine.
- Pardon? dis-je choquée en regardant Max.
- C'était pour éviter les ennuis, m'assura Max. Je ne me serais jamais permis de...
- C'est quoi un croissant de lune bordel ! m'énervai-je un peu tant j'étais perdue.
- C'est euh... Tu es ma reproductrice attitrée, précisa enfin Max avec une honte non feinte.
- Quoi? dis-je choquée.
- Les Thériens n'ont pas le droit de s'en prendre au croissant de lune de quelqu'un... C'est juste pour ça, je ne te demande rien, avoua Max.
- T'es vraiment un putain de crétin, lança Blaine. Tu sais à quel point ça circule non?
- Non mais c'est des Wendigos... Ils ne parleront à personne..., se défendit Max.
- À personne hein? demanda Blaine. Et ceux installés ?
- Deux secondes!!! criai-je alors. Qu'est-ce que ça implique ? Concrètement...
- Que personne ne peut t'approcher sans son autorisation, me lança Blaine.
Je fixai immédiatement Max choquée et consternée du propos de Blaine. Je ne savais pas que les loups étaient comme ça et cela me fit un peu mal.
- Lynn, je voulais juste te protéger pas... En profiter, se défendit encore Max.
- Mais bien sûr, Mister Perfection s'impose encore...
- Blaine... Lache le bordel de merde, dis-je en le bousculant. Je le crois quand il le dit ok?
- C'est ça ouais... J'aurais dû deviner, marmonna Blaine en lâchant Max.
- Ça va arrête.... Ok? dis-je lassée.
Jetant un coup d'œil, je vis que Nel s'amusait bien de la situation et que la force de Blaine semblait lui plaire. Les Wendigos étaient vraiment à part.
- Ça commence à me gaver putain... Et toi arrête de me regarda comme si le diner était servi ça me gonfle ! grommela Blaine à l'attention de Nel.
Celle-ci baissa alors immédiatement les yeux, peut-être plus pour lui obéir qu'autre chose en réalité, je ne pouvais en en être sûre. Tout à coup, équipée de grands plats de verre, Tanya sortit de la cuisine.
- On va pouvoir remplumer un peu cette petite... Par contre, fit-elle en l'observant attentivement. On va aussi te changer.
- Ha..., répondit Nel.
- Debbie va te trouver quelque chose de propre et de non troué, fit alors Tanya ordonnant ainsi à sa fille d'obéir. Et faudra nettoyer un peu cette crasse. Tu vas au moins te changer.
Je regardai alors Nel en souriant, ne m'attendant nullement à la suite. En effet, celle-ci se contenta de se lever de sa chaise et d'un coup, elle se mit à enlever son t-shirt nous dévoilant ainsi qu'elle ne portait rien en dessous. Je m'empressai alors de foncer vers elle pour baisser le fameux t-shirt, sachant que Max avait détourné la tête comme son père qui avait en plus eu le réflexe de cacher les yeux de son fils. Il n'y avait cependant plus aucun doute sur l'âge de cette fille qui commençait à peine à développer des formes féminines. Me débattant avec celle-ci pour baisser le t-shirt, j'entendis rire Blaine.
- Ça a déjà du caractère, dit-il en regardant Nel.
- Blaine! dis-je choquée. Baisse les yeux.
- Et encore quoi?
- Tu veux mon pied au cul? demandai-je alors que Debbie débarquait avec des fringues.
- Ha ouais... Euh... Viens Nel, on va te changer...
J'étais consternée que les Wendigos ne possédaient visiblement aucun filtre ou aucune pudeur. Mais ce n'était pas forcément si surprenant en voyant Blaine. Par chance, Nel suivit Debbie sans esclandre et elles revinrent quelques instants plus tard, habillée de vêtements propre pour Nel. La voir manger par contre, c'était une toute autre histoire. C'était un croisement entre un vélociraptor et une femme des cavernes, capable de grogner si l'on passait trop près de son assiette ou de se jeter sans demander son reste sur les cuisses de poulet. Et le pire, c'était peut-être d'entendre les os de poulet se briser sous ses dents.
- C'est effrayant... Elle devait avoir vachement faim, lança Tanya au bout d'un moment. Euh... Prends une serviette...
Elle la prit évidemment mais la posa sur la table comme si cela n'était pas utile. Les vêtements n'étaient déjà plus si propres au final et j'essayai quant à moi de manger mon assiette en évitant d'être dégoûtée.
- C'est bon? demanda Blaine au cas où.
- Grmhll, geogna Nel en arrachant la chaire des os.
- C'est flippant de vivre comme ça, marmonnai-je.
- Les Wendigos sont vraiment à part, enchérit Max.
- Vous croyez qu'elle est acharnée comme ça pour tout? demanda alors Blaine un sourire aux lèvres.
Le silence se fit à table, juste interrompu par Nel - oui, rien ne l'arrêtait - et tout le monde fixa attentivement Blaine.
- J'espère que tu ne feras rien, lança Tanya. Je ne te laisserai pas faire.
- Si on peut plus déconner, marmonna Blaine.
Nel mangea largement plus que sa part. Trois ou quatre part à elle seule - je parle ici de part comme la mienne car les Thériens mangeaient beaucoup. Il était clairement évident que cette petite mourait de faim. Le dessert, de la tarte au citron, reçut le même accueil, surprenant quand même un peu tout le monde.
- C'est qu'elle a de l'appétit, lança Debbie.
- C'était bon..., fit Nel comme si elle en revoulait.
Elle eut droit au café à un petit biscuit pour essayer de la caler quand vint enfin l'heure de se coucher - j'étais d'ailleurs assez crevée moi-même.
- Nel, tu dormiras avec les filles, précisa alors Tanya.
Dire qu'elle était clairement vexée serait un doux euphémisme. Elle était littéralement déçue de ne pas être avec celui dont elle était la récompense. Avec Debbie, nous la menâmes à notre chambre où je pris la peine de dormir au sol. Il fut cependant assez amusant de la voir renifler le linge de maison qui sentait clairement très bon à ses yeux. Ce fut lors du déshabillage avant son bain donné par Debbie que nous pûmes prendre l'ampleur de sa maigreur. Son bain fut tout de même court et elle revint assez vite dans la chambre pendant que je me changeais. Elle me fixa alors très attentivement et je sentis un petit malaise. Je ne savais pas ce qu'elle avait mais c'était assez gênant.
- Tu as un soucis Nel? demandai-je alors.
- C'est ça qu'il faut mettre? demanda-t-elle en fixant mes sous-vêtements.
- Euh... Non... Tu es encore jeune mais plus tard...
- Elle ne portait rien sous ses vêtements, assura Debbie. Je crois que les Wendigos s'en moquent...
- Ha... Pourquoi tu demandais alors? insistai-je.
- Pour que Blaine veuille de moi dans sa chambre, répliqua la petite sauvage.
- Bah on va éviter hein? fit simplement Debbie.
Je croyais comme elle que c'était une meilleure idée. Même si je commençais clairement à douter que Blaine ne saisisse l'occasion, je craignais malgré tout que la tentation soit trop forte. Et surtout il pourrait la casser en deux, littéralement, surtout avec les propos des filles de la fête.
- Me dit pas que je dois aussi te surveiller ? me lança Debbie avec un petit rire.
- Quoi ? demandai-je choquée.
- Tu comptes rejoindre Max? demanda-t-elle en riant.
- Je pensais à Blaine, dis-je alors.
Debbie me regarda assez estomaquée et je ne compris pas tout de suite pour quoi. Pour autant - et n'étant pas née de la dernière pluie - je compris le lapsus.
- Je pense qu'il ne céderait pas mais on ne va pas tenter la chance hein? dis-je alors pour me donner consistance.
- Ha..., marmonna Nel.
Debbie et moi, nous tournâmes en même temps la tête vers elle, légèrement intriguée.
- Quoi ? demandai-je méfiante.
- Je pensais qu'il était traditionnel que des filles plus âgées expliquent, précisa Nel.
- Expliquer quoi? insistai-je avant de réaliser par le petit rire de Debbie.
- Bah que vous m'expliquiez comment faire du bien... Avec son... Sa..., dit-elle avant de mimer l'entrejambe masculine.
Vu l'ampleur du geste, je dus quand même me dire qu'elle n'était pas forcément loin du compte pour Blaine vu ce que j'avais remarqué. Je me mis bêtement à rougir.
- Tu es jeune, dis-je bêtement.
- Je peux enfanter mais je ne sais pas vraiment si je dois me laisser faire ou si je dois participer... J'ai déjà vu Sonja être euh... Au dessus... Et à quatre pattes mais elle ne m'a jamais vu... Ça avait l'air bien même si elle faisait des bruits bizarres... Elle a même demandé de faire ça ailleurs... Pourtant elle croyait être cachée..., fit la petite pensive mais trop curieuse.
- Ok..., marmonna Debbie. Tu en parleras avec ma maman, dit elle immédiatement me choquant un peu.
- On va quand même pas...
- Non mais visiblement il va falloir lui expliquer, précisa Debbie. Si elle finit par aller au lycée elle pourrait céder au premier venu. Elle ne comprendrait pas.
- On fait comment alors... Il paraît qu'il faut aussi la mettre dans la bouche mais si c'est trop gros? insista Nel.
- Là on va dormir, fit Debbie. Tu dors là d'accord ?
- Demain je saurai ? insista encore Nel.
- On verra, dis-je bêtement en préparant son lit.
J'étais convaincue que les emmerdes allaient continuer. On lui expliqua rapidement nos vies normales, dans mon cas, histoire qu'elle ne soit pas totalement perdue. Par chance, rapidement, elle s'endormit. Debbie et moi continuâmes cependant longuement de parler de ce choc culturel avant que moi-même, je ne me sente fatiguée. Et en fait, à peine m'étais-je allongée sous ma couette que toute l'adrénaline de la journée redescendit vitesse grand v et un énorme épuisement s'empara de moi, me poussant ainsi à fermer les yeux et à tomber dans le sommeil du juste en un instant ou presque. Malheureusement pour moi, cette journée avait été si chargée en émotions que mes rêves étaient tous mélangés. D'abord, je me vis encore pourchassée mais cette fois, ce fut durant des heures et des heures - du moins était-ce possible dans un rêve - et par Charlie mais cette fois armé d'une grande fourchette et d'un couteau tout aussi gros. L'esprit tortueux qui est le mien, ne trouva guère mieux que de divaguer avec mon traumatisme. Vint ensuite un rêve de mariage sous un croissant de lune - plutôt facile à deviner celui-là - qui me aurait pû me faire sourire. Puis, histoire de conclure une trilogie aux deux premiers tomes assez surprenantes, vint le troisième rêve encore plus bizarre que les deux premiers. J'avais clairement l'impression d'être auprès de Max, dans une maison assez semblable au chalet et nous préparions attentivement un repas - si ça c'est pas de la fiction vu mon talent pour recevoir - en vue de clairement recevoir. Je me vis me diriger vers la porte d'entrée avant de me trouver consternante par ma démarche trop enjouée, cela ne ressemblait pas du tout - mais vraiment pas hein - à ma démarche. Max fut absolument ravi et m'amena ce que je supposais être nos invités : Blaine et Nel. Cela aurait pû également ressembler à une série sur les années cinquante vu nos tenues. Nel par contre était très propre, loin de la réalité donc, et visiblement sympathique avec moi. Ensuite - transformant mon rêve en cauchemar - je découvris qu'à chaque fois que je disparaissais pour faire une petite improvisé en cuisine, je revenais pour découvrir Blaine avec un enfant, puis un autre, puis encore un... Parents de famille nombreuse, un cauchemar à mes yeux et ce même cauchemar, il me réveilla tout simplement. Je me réveillai d'ailleurs en un immense sursaut, plus digne d'un diablotin sortant de sa boîte que d'une jeune fille gracieuse d'ailleurs.
- Le chalet..., marmonnai-je avant de retomber sur mon dos en soupirant.
Quelle nouille mais bon, ça devait être le stress. En plus imaginer Blaine en père de famille, et avec cette gamine en plus, je n'étais plus saine d'esprit. Au moins celle-ci ne ronflait pas, histoire de ne pas noircir le tableau. Je regardai mon téléphone et en réalité, nous étions déjà au matin, sept heures trente précisément. Peut-être somnolait-elle dans son lit. Je tournai la tête avant de me figer inquiète que j'étais. Immédiatement, je me relevai.
- Putain... La merdeuse, dis-je alors entre mes dents.
Et fameuse merdeuse, et bien elle n'était plus là. Honnêtement, il n'était pas nécessaire d'être diplômée de Yale, Harvard, , Oxford, La Sorbonne ou toute autre grande université du monde pour comprendre où elle avait bien pû aller. Je me levai, juste vêtue d'un pyjama et je fonçai aussi discrètement que possible vers le salon. Et là, je ne mis qu'un instant pour repérer Blaine, debout devant la cheminée, notre bébé robot allongé sur la table avec une respiration qui symbolisait clairement l'endormissement.
- Blaine...
- Tu cherches Nel? demanda Blaine attirant ainsi l'attention de son oncle et de sa tante qui étaient dans la cuisine.
- Oui..., hésitai-je.
- Elle est dans ma chambre, elle s'est endormie, elle était épuisée, me lança alors Blaine avec un regard plutôt mesquin.
Ce fut instinctif, je fondis sur Blaine et lui administrait une gifle monumentale - plus douloureuse pour ma main que pour lui en réalité - et je le regardai emplie de rage.
- T'es taré ! Elle a douze ans!!!!
- Alors... La prochaine gifle, tu te prends le retour, m'avoua Blaine tranquillement. De deux, je fais ce que je veux ok ?
- Comment t'as pu hein? dis-je choquée et outrée.
- Je te juge pour Max? Non, alors lâche moi un peu... Je suis un Wendigo moi, grogna Blaine.
- Si ça ne faisait pas aussi mal, je t'en mettrai une autre...
- Stop, ça suffit, fit alors Tanya qui interrompit par ce biais notre règlement de compte.
- Mais il...
- Blaine a dormi dans le salon, avec le robot, précisa Tanya. J'ai le sommeil très léger par rapport aux autres et je l'ai entendue se lever et rejoindre sa chambre... Il a attendu qu'elle s'en dorme et il est sortit.
Je regardai Tanya fixement avant de tourner lentement la tête vers Blaine, honteuse et gênée de la situation. Je ne savais plus quoi dire en réalité et ce fut lui qui réduisit le temps d'attente d'une manière assez drastique.
- J'aurais peut-être dû rester avec elle en fait, vu que pour certaines je suis un monstre capable de faire ça... J'aurais pu lui apprendre deux ou trois trucs dès le départ..., grogna Blaine.
- Blaine... Je... C'était...
- Donc, je dois aussi obéir à tes désirs ? Dis-donc, je sens que je suis à deux doigts du meurtre de masse moi, marmonna Blaine en attrapant une veste.
- Tu vas où ? demanda Tanya.
- Je vais chez Alma, avec ce truc, fit-il en montrant le robot. Là où mon existence n'est pas une source de stress.
- Blaine, attends, dis-je en le suivant à l'extérieur. Je suis désolée...
- Juste bon à sauver des vies parce que l'autre crétin en est incapable... J'ai compris merci, dit-il lassé en avançant vers sa voiture.
- Mais... Comprends moi aussi, dis-je alors.
- Ça aurait Max, tu aurais douté ? demanda-t-il simplement mais passablement énervé.
Je le regardai fixement et je savais déjà qu'il comprenait qu'elle était ma réponse. Ce fut peut-être ce qui lui fit le plus mal de notre conversation, le fait que dans l'éventualité où Max serait à sa place, je n'aurais eu aucune hésitation à lui confier Nel. Ça se voyait aux traits qu'il avait - comme une minuterie avant l'explosion - et ensuite il me dévisagea.
- Le prochain truc qui veut te bouffer, fais-moi plaisir, oublie moi, grogna Blaine en montant dans sa voiture et démarrant en trombe.
- Mais... Et merde! grognai-je sur le perron du chalet.
- Ça va lui passer, fit la voix de Tanya. Il est juste blessé.
- Je suis désolée...
- On a l'habitude, il ne réagit pas à ce point mais bon, ça passera... Allons nous occuper de Nel...
Et ainsi, dans un bel esclandre, Nel devint un membre de la famille Lexington