La prophétie du roi déchu: Le seigneur oublié
Chapitre 33 : Les Seigneurs des Fléaux
4176 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 13/01/2026 21:12
Chapitre 33: Les seigneurs des fléaux
Taläsna se réveilla aux sons de la guerre, il eut perdu le compte des jours de combat. Ils étaient si intenses et longs qu’il lui semblait combattre depuis une éternité. Alors que de nouveaux blessés rejoignirent les baraques, une soldate donna un gruau indescriptible au souverain des bois.
_ Depuis que la viande a été contaminée par le sort, c’est compliqué de se nourrir. Nous faisons ce que nous pouvons. Nos hommes tiennent, mais les Spectres nous donnent du fil à retordre.
Méditatif, Taläsna mâcha longuement sa maigre pitance. Le combat se résumait en un statu quo, mais pour combien de temps ? Les forces de l’Arbre Noir étaient encore colossales, malgré les pertes innombrables. Le bombardement intensif épuisait les défenseurs, même si la capitale était miraculeusement sauvée les dégâts infligés étaient irréversibles. Le centre du monde deviendrait un champ de ruines, mais leurs souffrances n’allaient pas encore s’arrêter. Les osts du Mal progressaient de jour en jour, comment les stopper ? “ Les Spectres, je dois les abattre !” Se décida-t-il. Il avala le reste de son repas et se leva, prêt à retourner occire des serviteurs de Kaös. Il boucla sa ceinture à laquelle Jindaïlyu était pendue. Décidé de vaincre ces satanés revenants, il sortit sous la pluie ardente. La brûlure ! Il avait beau avoir combattu dans des conditions atroces depuis des jours, des semaines, des mois, jamais il ne s’acclimatait à la pluie acide. Néanmoins, la douleur l’endurcit, il monta en haut de la muraille, dégaina son arme et retourna massacrer des orques noirs. À peine rejoignit-il son poste, les divers monstres ailés se jetèrent sur lui. Escorté de plusieurs vétérans, il trancha dans le tas, ils repoussèrent les immondes gargouilles. Un garde en haut d’une tour s’adressa aux soldats en contrebas:
_ La tour ouest est attaquée ! Nous avons besoin de renforts là-bas !
Attaqués, ils l’étaient de toutes parts, toutefois cette annonce informa de l’intensité de l’assaut sur cette partie du mur. Accompagné des meilleurs guerriers, l’elfe sylvain progressa, prêt à frapper l’envahisseur.
Alors qu’il s’y dirigea, d’un regard attentif, la Mort observa sa proie. L’heure était de frapper.
Plongé dans une frénésie totale, Taläsna éviscéra un grand nombre de démons. Les soldats noirs étaient certes robustes, leur armure épaisse, mais la lame enchantée de l’elfe les trancha comme dans du beurre. Sa danse aussi hypnotique que mortelle clairsema le rang des engeances maudites. Mais un frisson parcouru son échine au cœur de la bataille. Les orques noirs reculèrent bien, mais une ombre inquiétante engloutit tout espoir. Depuis le ciel déchaîné, un dragon de cristal tendit ses serres pour saisir le roi des bois. Alerte, l’elfe sauta sur le côté, roula et fit face au monstre magique. L’invocation ailée tournoya dans les airs, et se repositionna pour un nouveau plongeon. Un murmure en langue noire commença à résonner dans son esprit. Sur la bête de magilith, un Spectre, la Mort elle-même, défia Taläsna. Un nom se répéta dans sa tête: Alënar. Un tambour, celui de son coeur, commença à frapper au plus profond de lui-même. Ce nom, celui d’un traître, commença à le tétaniser de terreur. Ce Spectre, ce n’était pas n’importe qui. Ce n’était pas un simple ennemi, c’était une Némésis. Ce revenant, la Mort, était venu pour lui. Il comptait… finir le travail. Soudainement, alors qu’il s’apprêtait à combattre, l’effroi le saisit. Le cri du messager de l’apocalypse résonna en un milliard d’échos damnés. Les hurlements de sa voix furent ceux de ses innombrables victimes, il reconnut ceux de ses parents. La Mort ne se contentait pas d’occire, elle volait les âmes. Imaginer un instant faire partie d’une collection macabre lui glaça le sang. Les gardes formèrent un rempart de bouclier, les archers encochèrent les flèches, attendant le signal du dernier souverain combattant. L’ignoble murmure reprit, chuchotant chacun de ses échecs. Lui et le Spectre étaient connectés, l’idée de le combattre lui parut… impossible. Alors que le fantôme matérialisé lança son assaut, un archer s’adressa à Taläsna:
_ Nous attendons votre signal, votre Altesse !
Tu as tout abandonné ! Ton père, ta mère, tes convictions, tes croyances… ta misérable sœur. Je suis Alënar, maître des Arcanes Noires, l'archi nécromancien. Je suis la Mort. Je suis … ton ancêtre.
Alors que la bête de pierre magique écarta ses griffes, prête à frapper, les soldats attendirent le signal… qui ne fut jamais donné. Mû par une terreur indicible, Taläsna prit les jambes à son cou. La troupe se fit projeter dans les airs, avant de retomber au pied du mur. le sang gicla sur le visage encore transit de peur du roi elfe. Que s’était-il passé ? Lui, Taläsna, n’avait jamais reculé. Pourquoi… pourquoi il n’arrivait plus à se battre. Entre les cadavres, la silhouette encapuchonnée du maître des Spectres se tint immobile, un masque de fer le fixa. D’un geste mécanique, le roi revenant tendit sa main, le dragon cristallin se rapprocha, puis d’un éclat aveuglant, se métamorphosa en épée. Une Dyaladuil !
_ Tu es pathétique, Taläsna.
Le grand Faucheur marcha lentement, son aura de ténèbres glaça le sang de tous les êtres vivants. L’elfe se releva, tenant à peine sur ses jambes, et prit la fuite. Paniqué, il esquiva ses alliés, il voulut s’évader le plus loin possible. Mais…
… Dans un nuage de fumée, jaillissant de nul part, le Spectre lui fit face. Tyrazalgan, la lame au clair, se pointa dans la direction de Taläsna.
_ Tu ne peux me fuir.
Le chevalier noir frappa en direction de l’elfe qui bloqua le coup, la puissance fut telle qu’il roula sur plusieur mètres. Une puissance aussi brutale que implacable. Les gardes qui l’approchèrent se tétanisèrent quand ils entrèrent dans l’aura de mort du sorcier revenant, puis s’effondrèrent au sol, sans vie. La puissance de ce champion du dieu sombre dépassait l’entendement. Taläsna saisit son arme, et accourut jusqu’à une tour. Dedans, il se cacha, mais un éclair violacé pulvérisa le sommet.
_ Tu ne peux te cacher.
D’entre les décombres, Taläsna rampa jusqu’à s’extraire. Acculé, il vit le maître nécromant se rapprocher. Comprenant qu’il ne parviendrait pas à le fuir, il leva sa lame. D’un vil sortilège, la Mort saisit son sabre et l’envoya voler au loin, à l’intérieur de la ville.
_ Tu ne peux te battre.
Le général des ténèbres fit cliqueter ses bottes de métal sur la pierre, annonçant qu’il venait de triompher. Saisissant sa bourse, Taläsna insuffla un courant de magilith et envoya trois perles de sorts à l’encontre du Spectre. Ce dernier leva une main, une force invisible stoppa net les projectiles magiques. Alors que les perles explosèrent, le mort-vivant referma sa main et la déflagration fut écrasée puis mourut dans un petit nuage de fumée.
_ L’espoir est mort. Tu ne peux me vaincre, nul ne le peux.
Il fit quelques pas, décidé à achever ce combat. Taläsna était coincé, il ne pouvait espérer l’emporter. Il lança un sort de vent, sous ses pieds, et se mit à léviter pour échapper à son funeste destin. Il vola par-dessus les toits des maisons. La Mort hurla, un appel. Trois dragons fidèles à l’obscurité volèrent au-dessus d’elle.
Arrivant sur une bâtisse, Taläsna se mit à courir. Il entendit le rugissement sauvage de dragons noirs.. Lorsqu’il leva la tête, il aperçut trois ombres menaçantes aux yeux rouges. Non content de devoir se confronter à la Mort, voilà que les autres Spectres le prirent en chasse. Il sauta sur un balcon à temps pour esquiver le plongeon d’un reptile démesuré. Entrant dans l’édifice, Taläsna parcourut les chambres et la salle de bain de cette propriété. Une maison bourgeoise. Il se cacha sous une table, attentif aux bruits. Les grognements des montures parvinrent à ses oreilles surdéveloppées. La pluie résonnait sur le bois humide, les tuiles glissèrent avant de se fracasser lorsque le dragon piétina le toit. Le sol tremblait. Puis… Le silence. Taläsna se retint de soupirer, il les avait réellement semés ? Puis…
Le plafond fut éventré d’un coup de queue qui se planta juste à côté de l’elfe qui roula boulé. Lorsqu’il releva la tête, il vit l’immonde bête dévoiler ses crocs.
_ Nous venons pour toi ! Proclama le spectre nommé Tristesse.
Avec nulle autre sortie, le souverain sauta par la fenêtre, juste à temps pour esquiver le souffle de feu qui réduisit l’édifice en cendres. Se réceptionnant de justesse dans une pile de foin, Taläsna n’eut guère de répit, il roula sur le côté pour éviter les mâchoires d’un colosse écailleux. Rampant difficilement dans les quartiers, le monstre pourchassa Taläsna au milieu des rues étroites. L’elfe sylvain courut jusqu’à trouver refuge dans un goulot d’étranglement, mais il savait que l’abri n’était que temporaire. “Comment les vaincre sans mon épée ?” Se demanda-t-il. Pas le choix, il fallait la retrouver. Il trouva une trappe menant à une cave, mais un cadenas bloquait l’accès. Il se pencha et incanta un sort:
_ Zenderir * !
Un éclat bleuté sortit de son index, le verrou sauta. Il plongea assez vite dans sa cachette, puis referma la trappe derrière lui. À l’intérieur, il plaça la planche de bois pour verrouiller, certes c’était ridicule face aux Spectres, au mieux il gagnera quelques secondes. Mais chacune d’elles étaient infiniment précieuses.
Il se retourna et saisit une torche, pas le temps pour jouer avec un briquet et un amadou, il usa de la magie pour l’allumer. Il était au milieu de tonneaux et autres caisses, c’était une réserve. Il progressa et monta un escalier, toujours vigilant. Démuni, il ne pouvait espérer remporter un duel contre un des Cinq à la loyale. Alors que le vacarme de l’extérieur grondait dans le lointain, dans le bâtiment régnait un calme relatif. Les affaires des occupants avaient été laissées en plan, de la nourriture en décomposition reposait sur la table de la salle à manger, l’odeur était infecte. Les occupants étaient partis en hâte, certainement au même moment où l’état de siège fut déclaré. Pénétrant dans la cuisine, Taläsna entendit un bruit. Il se retourna, illuminant de sa torche le couloir lui faisant face. D’infinies obscurités, puis il remarqua une petite forme courir entre ses jambes. Un rat. Il soupira, certes il n’aimait guère ces rongeurs, mais ce n’était pas une petite bête qui le ferait flancher. Puis, un pas métallique. Du fond du couloir, une silhouette humanoïde encapuchonnée s’avança, elle arbora un masque de loup. Son aura givra le passage.
_ La peur… Tu transpire de peur… Je vais t’enseigner la véritable Peur.
Le Spectre dégaina une lame courbée, c’était Crizialduil, une lueur bleutée s’en échappa. Le froid saisit toute la pièce, de la glace se forma tout autour d’eux. Voyant qu’un autre chemin s’offrait à lui, Taläsna ne réfléchit pas et s’évada. Alors qu’il parcouru le couloir, une patte griffue gargantuesque lui barra la route, éventrant le mur. De l’extérieur, un dragon noir tenta de se frayer un chemin pour dévorer le frêle elfe. Le revenant le chevauchant était masqué avec des plaques de fer superposées, fendues en trois endroits.
_ RESSENT MA DOULEUR ! Ta souffrance n’aura aucune limite !
Bondissant en arrière, Taläsna dû toutefois esquiver un attaque de la Peur. Lui envoyant un coup de pied sauté en plein visage, il fut néanmoins saisi au vol et projeté à travers la fenêtre. Tombant avec fracas au milieu de la boue et des débris de verre, Taläsna rampa quelques instants à terre, les lèvres saignantes, recouvert d’équimoses. Il entendit le bruit humide des bottes de fer derrière lui, il se retourna et aperçut la Peur brandir sa lame. Dans un réflex surhumain, l’elfe sylvain leva la main et incanta:
_ Draziel Lanor !*
Un rayon d’énergie brute frappa de plein fouet de seigneur revenant le projetant comme une vulgaire poupée de chiffons. Profitant de la confusion Taläsna se releva, tituba, et reprit sa course effrénée. Le dragon de la Douleur lui fit face, le guerrier mort-vivant enleva son manteau et dévoila son armure magique. De ses avant-bras jaillirent deux longues lames recourbées, de son masque les tresses de métal se dressèrent à la manière de serpents, tel une gorgone.
_ Je prendrais ton cœur, proclama d’un cri strident le fantôme nommé Douleur.
Incapable de se battre, l’elfe tenta de s’évader par une ruelle, mais la Douleur bondit vivement, lui barrant le passage. Il agita son index d’un signe de négation.
_ Tu ne peux nous échapper. Même avec tes talents tu n’es rien face à nous.
Derrière Taläsna, le Spectre de la Peur se releva, des flammèches léchaient toujours le bout de ses tissus, mais lui-même ne semblait pas affecté par le feu.
_ Nous avons occis tes parents, ta lignée doit s’éteindre.
Pris en tenaille, l’elfe chercha une issue, n’importe laquelle. Le dragon noir quant à lui dressa son cou, dominant le fragile mortel à ses pieds.
_ Je me repaîtrait de ton âme, dit le pantin de Kaös. À travers la mort, tu ne trouveras qu’une éternité de tourment, comme tes ancêtres, comme chacune de mes victimes. Perd espoir, seigneur des bois, et agonise dans mon gosier pour l’éternité !
Le démon volant souffla un torrent de feu, Taläsna bondit dans une ruelle mais instantanément se retrouva confronté à la Douleur. Bien que agile, la rapidité du Spectre était supérieure à la sienne. Il lui planta une de ses lames recourbées dans l’avant-bras droit, l’acier froid lui infligea une douleur atroce. Il frappa du pied dans la poitrine du fantôme, mais il cru frapper un mur de pierre tant la résistance fut incroyable. D’un geste vif, le seigneur revenant retira sa lame de sa victime et saisit Taläsna à la gorge.
_ Je savoure chacune de tes suppliques, alors supplie moi !
L’elfe se contenta de se débattre, et de cracher au masque de gorgone. La Douleur essuya d’un revers de main la salive, et fixa dans les yeux son adversaire.
_ Même dans la défaite, tu es indigne.
Il balança l’elfe sylvain au fond de la ruelle, dans un tas de déchets. De nouveau il fit jaillir deux lames incurvées de ses avant-bras, marchant lentement. Handicapé, profondément meurtri, le roi sylvain se releva péniblement, boitant pour s’évader. Son hémorragie était grave, il avait absolument besoin de Jindaïlyu. Il devait la retrouver !
_ Je me délecte de cette partie de la chasse, s’exclama la Douleur. Quand l’espoir tente de se frayer un chemin…
Taläsna se retourna, la Douleur avait disparu. Il courut, espérant avoir semé le sinistre chevalier noir. Au détour d’un passage étroit, une lame dentée lui entailla la jambe. Il s’écroula face dans la boue, la vivacité de la souffrance fut abominable. Le Spectre le retourna, face à lui, et posa son pied sur sa blessure.
_ … Jusqu’à ce que je l’écrase.
À bout de son endurance, Taläsna hurla. Il put sentir sa chair se déchirer sous le poids de la botte, avant que celle-ci ne le retourne et l’envoie valser d’un coup de pied dans les côtes. Incapable de marcher, il se mit à ramper, il n’eut plus qu’une fixation. Jindaïlyu, son dernier espoir. Il pouvait entendre le Spectre le suivre à la trace, il n’avait aucune chance de s’échapper. Là, deux nouvelles bottes lui barrèrent le chemin, un autre lieutenant du Mal. Lorsque Taläsna releva les yeux, il aperçut dans les ténèbres le masque aux larmes de la Tristesse.
_ Voyez le pauvre roi perdre toute dignité. Tant de chagrin dans son coeur.
Il le saisit par le col. Lorsqu’il l’amena au niveau de son masque, il lui chuchota:
_ Toutes ces tourmentes, nous pouvons y mettre fin. Il suffit de le demander. Regarde toi, tu as perdu tes hommes, tu as perdu ta bien aimée, tu as perdu la guerre. Pourquoi s’acharner à vivre ?
D’un geste puissant, il envoya l’elfe voler au loin, son visage s’écrasant dans la boue humide et infecte. Au bout de la rue, il aperçut, plantée dans la terre, son sabre, sa Dyaladuil. Il rampa, au prix d’un effort surhumain, exploitant toute son énergie restante. Il toucha sa lame du bout des doigts, mais… les Trois Spectres l’encerclèrent, avant que les bottes de fer de la Mort ne se posent derrière son épée.
_ Cette arme… Elle est mienne dorénavant.
La Mort saisit la poignée du sabre magique, et la leva vers le ciel. Les nuages se mirent à tourbillonner au-dessus.
_ Jindaïlyu… Ce nom est un blasphème pour moi. Je vais la remodeler !
Un éclair verdâtre à la lueur corrosive frappa Jindaïlyu qui se mit à crépiter. Sa lame se tordit, déformé par la puissance impie des ténèbres. Sa courbure élégante devint ignoble, elle prit l’apparence d’une faucille répugnante. Des ulcères et des yeux poussèrent dessus. On pouvait presque entendre l’arme hurler sous les énergies démoniaques. Sous le regard impuissant de Taläsna, son épée sacrée fut corrompue par un rituel infâme. Il pleura, cette Dyaladuil lui avait été offerte par son père après la fin de sa formation.
Avec cette lame il sauva maintes vies, pris celles qui devaient être fauchées, protégea ses terres des invasions et des guerres qu’il endura durant son long règne. Il avait proclamé la victoire grâce à elle, il avait défendu sa terre natale avec elle. Mais… Jindaïlyu n’était plus. À la place, une monstruosité informe reposa dans la main du seigneur noir. Cette abomination meurtrie et mutée au-delà du reconnaissable avait remplacé son épée antique.
_ Bulzshard * sera dorénavant son nom ! Proclama la Mort. Et de par sa lame infectée tu périras !
_ Pas tant que je respirerai, proclama d’une voix colossale un immense dragon rouge qui atterrit en saisissant Taläsna au vol.
Dranoss, dans un élan héroïque, envoya voler des Spectres d’un violent revers de bras, et emmena Taläsna dans les airs. La Douleur commença à monter sur son dragon, mais la Mort le stoppa d’un geste de la main. Abasourdi, le Spectres gorgone demanda à son souverain:
_ Traquons le, le Marqué ne fait pas le poid face à nous quatre.
_ Inutile, le seigneur elfe est brisé. Sa Dyaladuil est nôtre, il sera un poid pour ses camarades. Qu’ils le soignent, qu’ils le nourrissent, cela réduira leurs provisions. Mais le roi des bois n’est plus une menace, plus jamais il tiendra une épée.
Dans son lit, Warda se réveilla en sursaut, il se toucha la Marque sur son torse, quelque chose d’absolument terrible était arrivé ! Sa marque brûlait, pulsait, se tordait de douleur. Il sentit une blessure en lui. Il se rendit compte que tout le monde dormait encore, Galro et Tilbar n’étaient guère loins, le maître des paladins n’était pas le dernier à ronfler. Incapable de fermer les paupières, le guerrier sombre sortit de la hutte. La nuit était encore sombre, des flocons de neige tombaient délicatement sur la plaine. Alors que l’elfe noir marcha aux milieux des soldats toujours transits de froid et de fatigue, la voix d’Ikimito l’interpella:
_ Tu l’as sentis aussi ?
Le samouraï était sur une petite bute, debout, bras croisés vers le nord. Ignorant ce qu’il devait répondre, Warda s’avança hésitant et rejoignit le Chasseur d’ombres.
_ J’ai comme été souillé, quelque chose de malfaisant m’a …
_ Infecté ? Pareil pour moi, Kaös ne nous attend pas, le siège de Guiogne se poursuit, ses pièces sont en marche, et frappent avec une précision chirurgicale, frappent violemment comme des bouchers. Je n’en suis pas sûr, mais un coup dur vient d’être porté. Pour que cela nous affecte jusqu’ici, c’est que notre ennemi a atteint un objectif aux conséquences désastreuses.
Comprenant que son allié en savait beaucoup sur les événements, Warda fut attisé de curiosité. Mais en même temps, il avait le frisson. Serait-ce le froid ? La fièvre ? Non… C’était la peur. Dans sa marque, ce n’étaient pas des sorciers de pacotilles qui le torturaient, c’étaient des Spectres, il en avait l’intime conviction. L’aura de mort de la Colère ne l’avait pas laissé indemne, la blessure qu’il lui affligea ne guérirait jamais complètement. Quelqu’un à qui il tenait était en grand danger ? Mais qui ? Rien qu’à l’idée d’affronter à nouveau l’un des revenants le terrifia, ne serait-ce qu’un seul l’avait amené dans ses derniers retranchements, comment pouvait-il en vaincre quatre autres. Il demanda à Ikimito:
_ Vos connaissances sur l’Obscur semblent vastes, d’où vous viennent-elles ?
_ Vastes ? Vraiment, vous êtes flatteur, mais en réalité j’ai l’impression d’être un ignorant. J’ai combattu les ténèbres aux services de mon roi pendant vingt longues années, acquis l’enseignement de maître Nilleth sur le domaine, puis enfin rencontré mon dernier mentor, Noma le Sage. C’est son anneau que possède votre ami, il l’a béni avec sa propre Marque. D’après les récits des prêtres, il a légué une partie de son âme dans cette bague. Je pensais que c’étaient des balivernes, mais visiblement, ce bijoux renferme encore du pouvoir. Je pense en quelque sorte avoir une certaine… sensibilité avec les gens comme vous.
_ Les gens comme moi ? Un elfe noir ?
_ Un élu divin. Vous n’êtes pas un démon, sortez cette idée de votre crâne, je sais d’expérience qu’avec une bonne éducation que vous pouvez être des alliés fiables. Laissez-moi exploiter votre pouvoir, vous donner les moyens de devenir la meilleure version de vous-même.
Ikimito se tourna vers Warda, souriant, ses cheveux gris et blancs et sa barbe naissante lui donnaient un air de vagabond. Mais d’un autre côté, il semblait d’une infinie sagesse. Toujours sur ses gardes, Warda demanda:
_ Vous me proposez de me former ?
_ Exactement. D’abord les fondamentaux …
_ Se battre, je sais, Galro me gave avec ses leçons !
_ … La religion. Si vous ne connaissez pas nos dieux, exploiter votre marque sera très difficile. Le combat vient bien plus tard, votre véritable guerre ne se mène pas avec une épée.
_ Avec quoi je suis supposé la mener ?
_ Avec ça ! Déclara Ikimito en frappant sur la poitrine de Warda, là où se trouvait la Marque.
Le guerrier des montagnes le contourna et se dirigea vers les chariots de rationnement. Conscient d’être encore un parfait ignorant, Warda médita sur ses paroles, alors que le soleil jaillit de derrière les montagnes, l’aube se leva. Le coq chanta, réveillant toute l’armée engourdie. L’heure était de reprendre la marche.
Zenderir *: Briser
Draziel Lanor: Feu solaire
Bulzshard: Plaie Infectée