La prophétie du roi déchu: Le seigneur oublié
Chapitre 36: Charge héroïque
Au coeur du temple de Daös, des détonations firent trembler les fondations. Ouvrant la grande porte en hâte, un soldat traînant un autre pénétra, paniqué, et déclara à son souverain:
_ Messire, le cinquième niveau est tombé ! Nous sommes retranchés au sixième, nous ne tiendrons pas très longtemps. Ils possèdent des pièces d'artillerie beaucoup trop lourdes !
Esleneus fronça des sourcils, il serra du poing. Dranoss le fixa, devinant son intention il l’avertit:
_ Ne soyez pas trop hâtifs. Votre rôle n’est pas sur le champ de bataille.
_ Mon rôle… N’est pas de suivre vos ordres. Préparez mon armure ! Je ne laisserais pas mon peuple périr les bras croisés. Falcionn est la plus puissante des Dyaladuils, le Père Dragon me protégera.
Le gardien reptile soupira et tenta une dernière fois de raisonner son seigneur:
_ Messire Esleneus, je vous connais depuis votre enfance, je vous ai vu grandir, devenir fort et décroître. Ne m’infligez pas la peine de votre mort, je vous en conjure, cela me blesserait au plus profond de mon âme.
_ Vous ne me suivez pas capitaine ?
Le dragon resta en retrait, devant l’autel, il tenta de saisir instinctivement son amulette mais elle était absente. Il la savait entre de bonnes mains, mais elle lui manquait déjà.
_ Ce n’est pas l’envie qui me manque, répondit Dranoss gêné. Mais mon maître m’ordonne de veiller ici, sur ceux qui ont besoin de moi.
_ J’ai besoin de vous ! Plus que jamais, vous avez toujours veillé sur moi, vous êtes mon protecteur sacré.
Le géant baissa les yeux, attristé d’être impuissant. Esleneus, agacé, se retourna vers des soldats qui lui amenèrent une armure d’argent scintillante. Alors qu’on lui enfila, le plastron eut du mal à passer à cause de son embonpoint. Certes, Esleneus n’avait plus la forme athlétique de sa jeunesse, mais sa détermination à vaincre le Grand Ennemi dépassa la peur qui tiraillait son ventre.
_ Je ne peux vous accompagner sur le champ de bataille, mon souverain, mais je promet de protéger votre royaume.
Le roi humain ne prêta guère attention à son serviteur. Il passa la grande porte, entrant dans la tempête. Le ciel, d’une noirceur profonde, était zébré d’un million d’éclairs incandescents. La vision infernale ferait reculer tout homme saint d’esprit, on pouvait voir les âmes fauchées tournoyer dans un gigantesque cyclone où trônait un titanesque dragon noir dont on ne pouvait qu’à peine deviner la silhouette maléfique. Esleneus le défia, il ne reculerait pas, lui, le roi de la Guiogne. Il refusa de rendre les armes. Il vaincrait le Grand Mal. Il suivit les soldats jusqu’à la sixième muraille, là où la bataille fut la plus forte.
Warda pouvait distinguer les rangs des ténèbres, une masse compacte d’orques noirs, démons et autres horreurs en tout genre. Le reflet de leurs armures furent trahis par les innombrables éclairs infernaux. Jaron demanda à son cavalier en pleine course:
_ On ne devrait pas attendre le reste ?
Warda talonna ses flancs en guise de réponse. Il sentit sa Marque brûler, le Grand Maléfique tentait de s’y infiltrer. Il voulut en finir au plus vite.
_ Jaron ! Je voudrais te dire merci.
_ Merci ?
_ Oui, d’avoir toujours été à mes côtés, de m’avoir protégé, de m’avoir sauvé dans mes moments les plus durs. Je suis heureux de mourir à tes côtés.
Les larmes montèrent aux yeux du loup, ému, il répondit au bout d’un moment, déterminé:
_ Merci Warda. Nous vendrons chèrement nos vies. Ensemble. Montrons ce que les dernières Lunes d'Argent ont dans le ventre !
Il se mit à grogner en retroussant ses babines. À une centaine de mètres, les arrières gardes des orques noires bandèrent leurs arcs. Tous les paladins et cavaliers croisés rejoignirent rapidement Warda, ayant du mal à suivre sa cadence. Chargeant sans sourciller, les vaillants héros de Natal se lancèrent à l’assaut telle une bande d’anges vengeurs. Une première volée de flèches tomba, fauchant les premières lignes de cavaliers. Mais une majorité écrasante de chevaucheurs continua sa course. Les cavaliers célestes se jetèrent depuis le ciel, dans une charge absolument épique. Galro et Garak rejoignirent l’elfe noir dans un élan glorieux. Les meneurs de la Croisade furent les premiers à atteindre les rangs démoniaques. Malgré les vouges, les armes d’hasts impies et autres attirails de morts, nos magnifiques chevaliers de l’Espoir traversèrent les rangs de l’ennemi. Puis vint le choc. Deux armées de tailles titanesques entrèrent en collision, les corps volèrent et les armes s’entrechoquèrent. Les démons subirent une charge de la plus grande violence qui soit.
Les monteurs de vouivres se lancèrent à l’assaut des dragons noirs, percutant les reptiles maléfiques de toutes leurs forces. Le ciel devint un chaos sans nom. Des flammes, des flèches et même des coups d’arquebuses. Pour Uthuna, ce fut la bataille la plus rude jamais menée. Elle combattit, massacrant les milliers de dragons déments dans une folie guerrière connue seulement chez les sintraënniens. Shuy égorgea un grand nombre de démons ailés, embrasant le ciel. La cavalière et sa monture oeuvrèrent de concert pour décimer les incarnations de Kaös. Depuis son trône de douleur, le dieu noir contempla le massacre, grognant de colère. Chacun de ses rugissements se changea en une salve d’éclairs couleur sang. En réponse, la Tokeï brandit son arc dans sa direction, défiant le seigneur des ténèbres.
Au coeur de combat, le fils de Raon, celui qui saigne pour les autres, brandit Algazalm contre les fidèles de l’Arbre Noir. Il frappa, fort et sans retenue, contre les maléfiques serviteurs du Malin. Sur son passage, les ignobles monstres auxquels il fut confronté fuyaient son courroux. Warda n’éprouvait plus la peur, il n’éprouvait plus le chagrin, juste une ardente détermination à balayer tous ces démons impies. Jaron faucha plusieurs orques noirs de ses crocs et de ses griffes. Les immondes rejetons de l’arbre maudit tentèrent tant bien que mal de leur résister, mais la puissance quasi divine de Warda décima les rangs de ces abominations infernales. Une bête, massive et armurée, s’approcha en tenant un énorme cimeterre tordu. Warda l’ignorait, mais il était sur le point d’affronter un troll corrompu. Le démon en question possédait une cuirasse impie, des lanières de cuir retenaient ses épaulières ornées de piques. En travers de son thorax, une bouche garnie de crocs luisants retenait l’une de ces lanières. Des yeux rouges sur sa poitrine fixaient l’elfe noir avec avidité et rage. Le colosse progressa, trainant sa lourde arme derrière lui. “Son sang ! Je veux… son sang ! Je veux… son âme !” Les immondes chuchotements mentaux du dieu impi envahirent les pensées de l’elfe. Il se tourna vers son nouvel adversaire, le vile démon le fixa en dévoilant une rangée de dents pointues, de la salive coulait de sa gueule. “Je veux… TON SANG !” Le troll mutant se jeta sur Warda et Jaron. Le loup esquiva le premier coup, mais Warda dû parer le revers du poing du démon. Bien que le choc fut violent, il tint bon. En réponse, le guerrier sombre frappa le crâne du serviteur de l’Obscur. Sa lame rebondit, la cuirasse en fut légèrement cabossée. “Mince ! Pensa Warda. Je dois frapper plus fort !” Il recommença, lançant une série d’assauts qui auraient taillé en pièce n’importe quel chevalier, mais le troll lui, résista sans broncher. “Voilà un qui est coriace, songea-t-il.” Il sauta de sa monture pour esquiver un coup latéral, roula sur le sol poisseux, se faufila entre ses jambes pachydermiques, et coupa son tendon d’achille. Le monstre posa genoux à terre, tentant désespérément d’attraper sa proie. “Je veux… TON ÂME !” la terrible créature roula sur elle-même pour tenter de saisir Warda, en vain. Elle reprit son arme, et… se releva de nouveau. Restant coi, l’elfe fut pourtant persuadé de lui avoir infligé une lourde blessure. Effectuant une roulade de côté pour esquiver une attaque verticale, il frappa ensuite sous l'aisselle, sectionnant les muscles du bras. Le troll lâcha son cimeterre mais en profita pour attraper l’elfe et le balancer plusieurs mètres plus loin. Le choc avec le sol fut rude, il avait l’impression de se faire charger par une bande de buffle. Le souffle court, il ne vit pas le serviteur de Kaös attraper un cheval et lui jeter dessus. Alors qu’il allait se faire écraser, un éclair blanc désintégra le destrier en plein vol. Galro fit face au troll, son épée irradiait de pouvoir.
_ Décidément, il faut faire tout le travail à ta place !
Couvert du sang de d’équidé, Warda se frotta les yeux pour mieux voir le chevalier de la lumière lancer sa charge contre le troll. Telle une arme de pure énergie, lorsque le monstre tenta d’écraser le Commandeur, Grandal sectionna son bras comme si de rien n’était, cautérisant la plaie au passage. “Tu mourras de la main du fils de l’Ombre !” Hurla psychiquement le troll, du moins son dieu le fit à travers lui.
Sans prêter attention à son avertissement, Galro foudroya la créature qui fut réduite en cendres. Le Commandant Suprême s’adressa à Warda qui en profita pour remonter sur Jaron.
_ Tu n’avais aucune chance de le vaincre, ces créatures se régénèrent. Les pulvériser est la seule solution.
_ Tu as de meilleurs conseils à me donner ?
_ Laisse faire les grands, si un jour tu apprends à maîtriser la magie nous en discuterons.
Blessé dans son orgueil, Warda reprit son arme et se lança dans une nouvelle charge contre l’ennemi. La multitude d’orques noirs était juste hallucinante. Même sur le mont de Léondia il n’avait jamais eu à affronter autant d’adversaires à la fois. Plusieurs fois les armes maudites ricochèrent contre son armure, mais il reconnut la puissance de ses terribles opposants. Il fendit crânes, os et chair dans un déluge de violence extrême. Au même moment Garak mena une percée avec les orques chevauchant des Raas en pleine frénésie. Grâce à ces brutes venues du désert, la colonne de croisés s’engouffra au milieu des rangs infërniens. Dourgen et Brentark décimèrent à ses côtés un grand nombre de rejetons maudits. Les Zhaargs furent lancés à leur encontre, ces ignobles montures à l’odeur putride. Mais en face ce n’était guère de frêles humains, mais de robustes et redoutables orques, l’accueil fut explosif. La contre charge fut mortelle, les cavaliers des deux légions se fracassèrent tels des vagues sur des rochers. Les lances affûtées des guerriers de Garak transpercèrent l’épaisse cuirasse des créatures difformes. Dans un élan de frénésie, Garak transperça un cavalier noir et lui arracha la tête à main nue, la brandissant tel un trophée de chasse.
Quand Nardel et la sœur atteignirent le sommet de la tour, on pouvait entendre hurler Ilada qui perdait les eaux. La femme de couvent s’arrêta momentanément et regarda agarde la porte en chêne.
_ Pourquoi elle est dans la tour nord ? Je croyais qu’elle était en rénovation après l’attaque du Temple.
_ Je répondrais plus tard, j’ai accepté ton marché, maintenant accompli ton devoir, femme !
Nardel saisit son trousseau de clé et déverrouilla la serrure. Quand il ouvrit le battant, la soeur de couvent hurla à la vue d’une elfe noir.
_ Ce n’est pas ce qui était convenu ! Réfuta-t-elle.
_ Tu veux me voir à la bergerie oui ou non ?! Se mit à s’écrier Nardel. Je veux que cette elfe mette bas, et tu le feras !
_ Mais … mais… je n’ai pas l’expérience de … ça !
_ De quoi ? Tu m’as dit que tu avais donné naissance à plein de bébés ! Tu m’as menti ?!
_ Pas vraiment, dit la jeune femme intimidée. J’ai… j’ai fait accoucher des moutons jusque là.
Nardel se mit en colère. Le temps pressait. Il l’attrapa et l’amena jusqu’à Ilada.
_ Si tu échoues, le fils de sa Flamboyance mourra. Tu veux vraiment en être responsable ?
La fille de couvent se figea. Son teint devint blafard. Elle balbutia difficilement:
_ Sa… sa… Flamboyance ? Tu es en train de me dire que notre bien aimé Prophète a …
L’interrompant dans sa phrase, Nardel la saisit au col, furieux, les yeux plein de larmes. Il grommela, plein de rage:
_ Tu m’as promis. Je ne laisserai personne ni quoique ce soit arriver à Son fils. Mets le au monde, je te l’ordonne !
Voyant la fureur dans son regard, la jeune servante comprit alors que Nardel était on ne peut plus sérieux. Elle ne le vit plus comme le petit toutou de Galro, mais un serviteur dévoué prêt à absolument tout pour satisfaire son maître, même … à tuer. Prenant peur de lui, elle se mit en face de Ilada couchée sur le lit. Elle prit une profonde inspiration et donna les instructions à l’elfe noire.
_ Je vais vous aider. D’abord respirez aussi fort que possible, puis… POUSSEZ !
Dans la capitale d’Étale, les gardes veillaient sur les différents quartiers, et sans se rendre compte, leur nombre diminuait. Telles des ombres, les agents infiltrés décimaient les croisés restant avec une facilité déconcertante. Galaran mena un groupe qui traînait d’énormes sphères remplies de poudre noire. Son plan se déroulait sans accroc, les Croisés de l’Ordre tomberont.
Du haut des murailles, Esleneus lutta contre la pluie acide pour gravir les marches. Il scruta le lointain, il aperçut des armures dorées. Serait-ce …? Non, impossible ! C’étaient… des renforts ! Il sentit le courage grandir en lui, une force armée absolument titanesque était venue les secourir. Il brandit Falcionn et insuffla le courage à ses troupes.
_ Défendez le sixième bastion quoiqu’il en coûte ! Même jusqu’à vos vies ! L’Ennemi ne doit en aucun cas s’en emparer, vous êtes l’ultime espoir ! À mort ! À mort !
Les osts guiognienne reprirent en chœur, défiant les ténèbres de Kaös. Le souverain se lança à l’assaut des troupes se déversant de tours de siège. Un orque noir se dressa sur son chemin. Le cœur empli de courage, Esleneus frappa… Falcionn se brisa sur son armure. Complètement hébété, le roi regarda son arme. Comment ? C’était Falcionn, la plus puissante arme que le monde ait jamais porté ! Comment pouvait-elle se briser si facilement ? Il regarda l’orque qui arma son coup, un soldat s’interposa et fut exécuté à sa place. Le visage couvert de sang, Esleneus rampa sur la pierre, espérant passer inaperçu. Daös l’avait abandonné, Daös était mort, telle fut sa conviction la plus sincère. Alors qu’il avait presque atteint une tour de guet, un long manteau noir en lambeaux couvrant des bottes de fer lui barrèrent le chemin. Une longue faucille organique s’approcha de son visage. Quand le souverain de Guiogne leva la tête, la lame lui coupa la gorge.
La Mort brandit son trophée, perchée en haut d’une tour sacrée, la tête du roi de la faction la plus puissante de Natal dans sa main. Il montra sa prise à son dieu malfaisant, lui qui contemplait son œuvre.
_ GUIOGNE ! Votre roi est mort !
Elle lança sa prise au milieu des rangs des soldats, tous virent avec horreur le visage d’Esleneus rouler à leur pied. Les quatre Spectres firent une symphonie morbide de cris de banshee. Tout espoir était mort. Le sixième niveau tomba. Dorénavant, seul le temple de Daös serait le dernier rempart face à la folie. Dranoss s’attrapa la poitrine, une vive douleur l’envahit. Le Malin l’attaquait personnellement, à travers la Marque qui se mit à saigner. Cette fois ci, le capitaine de la Garde accomplirait son serment. Il se tourna vers Taläsna et Zuanlanor, les contemplant une dernière fois. Les fidèles supplièrent le gardien du temple de les sauver. Les derniers survivants guiogniens pénétrèrent dans la cathédrale et la barricadèrent derrière eux. Le dragon se dirigea vers l’autel de Daös, où sa statue de marbre tenait du bout des doigts la réplique géante de Falcionn.
_ Père Dragon, toi qui m’as fait prêter serment de ne jamais abandonner ton peuple, je suis prêt aujourd’hui à verser mon sang pour ta cause. Puisse ta lame rester pure en ces temps de ténèbres, car aujourd’hui, avec humilité, je t’emprunte Falcionn, la lame sacrée des dragons.
Le Marqué saisit alors la poignée de la Dyaladuil légendaire, la véritable, qui se mit à s’illuminer d’une aura chaude. Le vrombissement qu’elle émit fit trembler les fondations. Sa lueur éclatante embrasa d’or l’ultime gardien, alors que les démons frappèrent la porte du dernier bastion.
_ Quoiqu’il arrive, vous tiendrez vos positions, hommes du nord. Avec moi, affrontez l’envahisseur !
Un coup puissant, celui d’un troll de siège, martella la porte. L’heure de vérité avait sonné !
Garak exécuta un nouvel adversaire du revers de sa claymore. Il avait perdu le nombre de victimes, ses ennemis étaient innombrables. De plus, chaque orque noir était véritablement un monstre de bataille, il lui était difficile d’en abattre ne serait-ce qu’un. Capables de lire ses mouvements, prédire ses prochains coups et riposter en conséquence, jamais il n’aurait rencontré pareils ennemis. Alors il fit ce qu’il savait faire de mieux, lutter. Lutter de toutes ses forces, lutter avec conviction et ferveur. Il était incroyable de voir la supériorité numérique de tant de vils félons. Brentark vint à ses côtés, lui-même chevauchant un Raas.
_ Ils nous submergent ! Que faisons-nous ?
_ Tenons, anéantissez les ! Jusqu’au dernier !
Un dragon tomba à côté de lui, s’écrasant sur le sol, encore fumant. Les cavaliers sintraënniens firent un travail remarquable en décimant ces maudites créatures.
_ Nous devons briser le siège, quel que soit le prix. Envoyez nos frères vers la forteresse, brisons leurs rangs !
_ Un contournement ? Comment ?
_ Quelle question ! Tracez la voie au fil de l’épée !
Le second de Garak souffla dans son cor, la horde orque se jeta dans un gouffre, massacrant tout sur son passage.
Galro tua un nouveau serviteur de l’Arbre Noir, mais lui-même sentait son bras faiblir. Tilbar le rejoignit, décapitant au passage un autre démon.
_ L’ennemi possède des canons !
_ Quoi ? Comment est-ce possible ? Où sont-ils ?
Le Septième montra le centre de la formation infërnienne, sur une colline une rangée de pièces d’artillerie colossales pilonnait la cité. Cette vision lui rappela la mine d’Aleyss. Cette fois-ci, c’était à lui de briser les armes de siège.
_ Tilbar, réunit un maximum de croisés et de paladins, nous devons les détruire, tout de suite !
_ C’est de la folie, ils sont en plein milieu de leurs rangs ! Comment allons-nous faire ?
Le Commandant vit la percée orque, Garak était parvenu à briser la formation. Avec cette diversion, ils avaient une chance.
_ Appelle Warda et ses fidèles, qu’ils soutiennent les orques. Pendant qu’ils vont attirer les forces de Kaös, nous percerons leur défense !
_ Tu veux vraiment les envoyer en mission suicide ?
_ C’est notre seule chance ! Si nous ne le faisons pas, la cité tombera et nous aurons parcouru tout ce chemin pour rien !
Tilbar hésita et finit par acquiescer. Il lança un appel du cor en direction de Warda. L’elfe noir entendit le signal, alors il s’approcha en clairsemant son chemin par de violents coups d’épées.
_ Qu’y a t-il ? demanda le guerrier sombre. Nous sommes encerclés !
_ Va prêter main forte à Garak, il nous faut briser la formation ennemie.
L’elfe noir regarda les rangs arrières, ils étaient pris de toutes parts. Il se retourna en direction du Septième et lui dit:
_ Nos hommes en arrière ont besoin de soutien. Les démons les encerclent.
_ Nous avons une priorité ! Notre mission est de briser la formation, ton ami Garak est seul ! Nous devons accepter des sacrifices !
Mécontent, Warda finit par accepter. Il n’aimait guère l’idée de se résoudre à laisser mourir ses alliés, mais malheureusement Tilbar avait raison, il n’avait pas le pouvoir de sauver tout le monde. Jaron hurla et l’elfe noir guida une charge combinée sur le flanc d’un régiment ténébreux. Tel un marteau broyant le fer sur l’enclume, les rescapés de l’ouest s’élancèrent en pleine furie contre les rejetons du Mal. Soutenant les orques de Garak, les bannières de la Main Sanglante brisèrent les rangs de l’Arbre Maudit. Alors que les forces maléfiques se rassemblèrent autour de cette percée, Galro et les croisés de l’Ordre en profitèrent pour lancer une charge tonitruante en direction des pièces d’artillerie. Certains canons devaient atteindre six à huit mètres de long, avec un cylindre démesuré. Pas étonnant que les Guiogniens furent à bout, nulle armée n’aurait pu résister face à un pareil arsenal. Mais la progression à travers les couches de défense fut lente, difficile et coûteuse. Uthuna et ses cavaliers célestes apportèrent un soutien aérien nécessaire aux chevaliers de l’Église, barrant la route des renforts maléfiques avec un barrage de feu.
Exterminant les adorateurs du Dragon Cadavre, Garak s’avança difficilement au milieu des rangs démoniaques. De nouveaux monstres apparurent, des amas de tentacules et de fléaux d’armes tournoyants se jetèrent au milieu des rangs orques. Ces immondices étaient bien difficiles à atteindre, ou à faire tomber. Brentark tenta de tirer dessus, mais son carreau ricocha contre les masses en mouvement. Ce tourbillon de griffes et de métal était insaisissable. Un orque armé de bolas les jeta à ses pieds, l’abomination tomba rapidement et se pulvérisa à même le sol dans une gerbe d’hémoglobine noire. Quand Warda rejoignit le chef orque, il fut couvert de sang humide, il avait massacré un grand nombre de ces serviteurs malfaisants.
_ Nous vous soutenons ! Nous briserons les fidèles de Kaös.
_ Oui, brisons les !
Alors qu’ils se réjouirent un bref instant, deux légions d’orques de Kaös prirent en tenaille la bande de Garak. Les rejetons de l’Obscur étaient disciplinés, trop même, ils étaient guidés par une force surnaturelle. Les ordres silencieux du maître des ténèbres coordonnaient en parfaite synchronisation les osts noirs. Un dragon noir tomba encore au milieu des rangs, manquant d’écraser de peu Dourgen qui affrontait un amas de tentacules féroce. Par chance, la carcasse de reptile aplati à la place le monstre horrible.
_ Nous devons en décimer combien encore ? Se demanda le jeune orque en tournoyant avec ses sabres.
Brentark tua un orque noir dans le dos de son camarade, d’un carreau bien placé. Les deux guerriers s’élancèrent dans une mêlée totale, exterminant les vermines impies. Puis…
Une nouvelle horreur, plus ignoble que les précédentes. Un taureau à moitié constitué de fer et de chair les chargea. Une tête blindée faucha les rangs des orques alliés à l’aide de lames en guise de cornes, ses pattes massives piétinèrent les cadavres jusqu’à en faire de la pulpe, de ses narines des flammes maudites en jaillirent, son cœur ardent battait au rythme des rouages. Sur son dos, une arme à feu impie crachait un mélange de lave et d’âmes souillées, détruisant le corps et l’esprit de ses victimes. La monstruosité d'airain bondit en direction des frères orques qui se jetèrent sur le côté. Quand la bête de ferraille se retourna, elle hurla un mélange de cris d’angoisse de toutes ses victimes consumées dans son fourneau ardent.
_ Une belle saloperie ! S’écria Dourgen.
Les deux orques se ruèrent sur ses flancs, mais le monstre mécanique rua, manquant d’écraser Brentark. Ses souffles de feu firent reculer Dourgen qui chercha un angle d’attaque. Une pareille aberration n’avait aucune faille au premier regard. Brentark tenta bien de tirer, mais son arme fut totalement inefficace contre l’épaisse cuirasse. Le combat allait bien plus difficile que prévu.
Warda venait d’exécuter un amalgame de corps humains garnis de lames. Jamais il n’avait jamais eu l’occasion d’occire une pareille horreur. Un mélange de sang et d’acide envahit sa bouche, la pluie que déversait le grand maléfique n’aidait guère. Il balaya un nouvel adversaire du tranchant de son épée, sectionnant en deux la bête en armure. Le sang purulent des ennemis était tout bonnement infecte. Il aperçut le monstre de métal affronter ses deux compères orques. Il talonna Jaron et montra la direction de la pointe de sa lame. Le loup rechigna.
_ Tu as vu la taille de ce truc ? Tu veux vraiment combattre ça ?
_ Arrête de discuter Jaron ! En avant !
Alors sans plus de cérémonie, le loup géant se lança à la charge. Mue par une volonté impie, la bête d’acier fit face à Warda, délaissant les deux orques. “Je veux… TA CHAIR !” rugit le souverain démon dans son esprit. Les visions de l’elfe noir se brouillèrent un instant. L’influence du Grand Dément s’était renforcée. Mais il tiendrait le coup. Il se lança à la mêlée contre l’immonde créature. Le béhémoth tenta de percuter Jaron, mais les réflexes du loup le sauvèrent quand il bondit par-dessus la masse métallique sauvage. Gravissant son dos, le colosse rua, désarçonnant le canidé. Mais Warda bondit à temps et se retrouva à cheval sur la pièce d’artillerie mobile. La machinerie infernale était maintenue par une gueule béante sur son dos, reliée à la créature par des chaînes. Dans la bouche on devinait le halo du feu maudit qui l’alimentait. Alors que le démon se cabrait, l’elfe noir fit du rodéo dessus, se tenant fermement aux chaînes d’une seule main. Là, Brentark profita d’un moment de répit et tira avec son arbalète, il toucha l'œil de la bête. Le sang impie coula de sa blessure, le démon d’acier rugit. Mettant à profit ce bref instant de calme, Warda sectionna une première chaîne, le canon dévia sur le dos provoquant un déséquilibre. De la lave coulait de son orifice, il s'apprêtait à faire feu en direction de Dourgen. “Maudit sois tu, rejeton de l’Ombre !” Se positionnant sur ses omoplates, le guerrier sombre planta son épée dans une interstice de son cou, il parvint à perforer la chair. Quand il sectionna une artère, le canon pivota et ouvrit le feu au milieu des orques noirs. Mais Warda fut projeté par la puissance prodigieuse de la machine démon. Il roula à terre, visage dans la boue. Il tourna son regard, aveuglé par le magma magique. Le monstre de métal rugit, puis… Jaron bondit sur son dos, une nouvelle fois, et parvint à briser la dernière chaîne qui maintenait le canon. L’arme, déstabilisée, rata une nouvelle fois son tir, et le loup l’arracha du dos, faisant jaillir des entrailles en fusion. Brûlé, Jaron recula en couinant, mais le démon mécanique s’effondra au sol. Warda s’approcha, arracha son épée des plaques de fer et la plongea dans la gueule dorsale. Les mécanismes se rompirent, des étincelles volèrent, et quand le cœur fut empalé, l’abomination lâcha un dernier soupir, les flammes s’éteignirent. Warda brandit sa lame triomphalement, acclamé par la horde de Garak.
Les croisés parvinrent à rompre une formation de piquiers, mais d’autres bandes de tueurs maléfiques leur sautèrent dessus. Galro hésita à employer Grandal contre cette masse compacte d’orques noirs, il ne tiendrait pas longtemps s’il utilisait toute sa force dès le début de la bataille. Surtout que la marée d'ennemis semblait infinie. Néanmoins, son plan marchait, Garak et Warda firent diversion, obligeant les osts des ténèbres de se regrouper autour d’eux: s’ils atteignaient le château, ils pourraient rompre le siège. Il réfléchit un moment tout en tuant des orques maléfiques, puis vint une idée.
_ Nous n’avons pas besoin d’aller en mêlée contre les canons, il faut tuer les servants. Rassemblez les archers, qu’ils se mettent en position au milieu de nos rangs, qu’ils ciblent les artilleurs !
_ Bien messire ! Je transmet l’ordre !
Tilbar donna l’ordre à l’infanterie qui relaya la mission, ils sécurisèrent un périmètre en faisant barrage de leurs corps. Quand les archers se mirent en place, ils prirent pour cible les artilleries. “Que Dieu soit de mon côté ! pensa Galro”.
_ TIREZ !
Une pluie de flèches faucha plusieurs canonniers. Organisant l’offensive, Galro protégea ses hommes avant de donner l’ordre:
_ TIREZ ! TIREZ À VOLONTÉ !
Les volées de flèches décimèrent les manieurs d’armes à poudre. Du moins, ils espérèrent les avoir paralysé. Puis… Les soldats orques noirs prirent la relève.
_ Comment ? S’offusqua Galro alors que son plan était ingénieux.
_ C’est une conscience collective, expliqua Tilbar. Si un orque noir sait utiliser la poudre, alors ils le savent tous.
_ Fait chier !
Comprenant qu’il n’eut guère le choix, il donna une nouvelle instruction:
_ Protégez moi, je dois avoir une ligne de vue. Je vais utiliser Grandal pour détruire les canons.
_ C’est de la folie ! Répondit Tilbar en venant à ses côtés. Nous allons droit à la mort !
_ Je m’en moque ! Avancez sur les cadavres si nécessaire, nous devons détruire les engins de siège, maintenant !
Tilbar grogna mais s’y résolut. Il hurla à ses troupes d’une voix de stentor:
_ Vous avez entendu croisés ?! Avancez, massacrez le plus de vermine de l’Archi-Némésis que possible, en avant !
Les soldats de l’Église se lancèrent dans une charge absolument dévastatrice, balayant les hordes infâmes. Grâce à la formation compacte des croisés et un mur de bouclier efficace, ils progressèrent en décimant les bêtes du néant. Galro avait besoin d’une percée plus rapide.
Dans la grande cathédrale du Père Dragon, les soldats de Guiogne se préparèrent à la rupture de la porte. BRONG ! Un grand coup de masse fut donné, les enfants et les femmes pleurèrent. Taläsna sentit la terreur l’envahir. Serait-ce la fin ? BRONG ! Encore un terrible fracas, l’entrée se fissura. Le dragon plaça les civiles derrière ses ailes membraneuses et hurla:
_ Vous profanez la demeure de Daös ! Frère démoniaque, retourne dans les ténèbres, ta place n’est pas ici !
En guise de réponse, sa Marque saigna abondamment. Le seigneur des ténèbres chuchota mentalement dans les esprits de ses proies. Le maître du Mal souilla le bois de l’église en insinuant des amas de chair grotesque par les orifices. Le capitaine se mit en garde, prêt à encaisser la charge.
_ Survivants de Guiogne, vous avez prouvé votre foi en ce jour ! Vous avez défié la mort à maintes reprises, maintenant je vous demande solennellement de la vendre pour sauver le peu qui nous reste. Vous ne romprez pas le rang quand Kaös déversera sur nous toute sa malfaisance. Vous combattrez une dernière fois !
BRONG ! Un dernier coup de massue défonce le dernier obstacle entre le Grand Ennemi et ses futures victimes. Un troll armuré absolument colossale, de la taille de Dranoss, entra en furie, accompagné d’une multitude de ces démons infernaux. Dans un dernier acte de bravoure, les soldats Guiogniens se lancèrent dans un baroud d’honneur digne des sagas. Il n’était pas question de survivre, juste de défier une dernière fois l’empereur du sud. Dranoss leva sa lame et sans autre cérémonie trancha en deux le troll en armure. De son épée, de sa queue, de ses ailes, de ses griffes, de ses crocs, il affronta la vague ennemie, décimant les orque noirs dans un rare déchaînement de pure violence. Ses flammes blanches purifièrent les impies, le garde du temple déploya toute sa puissance pour écraser les infâmes pions de Kaös.
Alors que les Guiogniens vendirent leur vie dans un acte désespéré, entre les rangs des fidèles de l’Arbre Noir, un Spectre, le plus puissant, toisa le gardien dragon.
_ Chien de Daös, tu vas payer de ton allégeance. Chacun des rois dont tu avais la garde a failli, j’ai tué ton favori de mes propres mains.
Le guerrier d’écailles saisit Falcionn d’une main ferme, sa vision se troubla. Taläsna le vit aussi, Dranoss allait combattre la Mort en personne. Il tenta de hurler à Dranoss de fuir, mais le dragon fit face au seigneur revenant.
_ Je ne te crains pas, mort-vivant ! Daös m’a montré le futur, nous serons vainqueurs !
_ Ne te moque pas de moi, répondit le Spectre qui dégaina ses deux épées.
L’elfe sylvain reconnu son épée corrompue. Le souverain des fantômes toisa son descendant.
_ Bien faible es-tu Taläsna. Ne t’en fais pas, après le dragon, tu seras ma prochaine victime.
_ Trève de paroles inutiles ! Hurla le fidèle du Père Dragon. Approche !
La Mort incanta la prière pour éveiller le pouvoir de sa première arme:
_ Zalsenraseth Tyrazalgan !
L’épée répondant à ce nom se changea en un fléau d’armes en forme d'encensoir. Du feu bleu s’en échappa. Puis il invoqua la formule associée à sa faucille:
_ Ubenmen fellorn, Bulzhard !*
Une lueur verdâtre s’en échappa, du sang noir coula le long de ses plaies infectées. Les deux opposants se chargèrent mutuellement, le duel fut d’une rare intensité. La lame bénite de Daös trancha les rangs orques alors que le maître des morts l’esquiva avec aisance. Un faisceau d’énergie pure s’échappa de Falcionn, désintégrant un pan de mur entier. Zuanlanor saisit Juzalial et se lança à l’attaque des orques noirs, avec une grande difficulté à cause de sa main manquante. Taläsna, lui, était incapable de se battre, il ne pouvait n’être que spectateur. La Mort bondit derrière Dranoss et effleura de sa faucille la cuirasse du gardien sacré. Dranoss remarqua alors l’anomalie, le métal se mit à s’éroder à vive allure. Il se débarassa de son plastron, qui se transforma en poussière dans la minute qui vint.
_ Quel maléfice as-tu infligé à une arme si noble ? Demanda le Dragon. Je te ferais payer ton affront, démon !
La Mort ne réagit pas, elle se contenta de marcher vers le capitaine en tournoyant ses armes. Alors, sans autre forme que la brutalité, Dranoss cracha un torrent de feu blanc. Le Spectre balaya devant lui, le fléau aspira toutes les flammes. Quand l’incendie fut contenu, il se mit à irradier d’une lueur maléfique.
_ Tu ne peux me vaincre, fidèle du Traître.
La provocation de la Mort ne décontenança pas le prêtre guerrier. Empoignant Falcionn, il frappa en direction du sorcier cadavre, mais Tyrazalgan percuta la Dyaladuil massive et une gerbe iridescente explosa, Dranoss fut brûlé par le contact des flammes impies. Il sentit alors, le poison de la corruption le souiller.
_ DÉMON ! Comment oses-tu profaner le temple de mon dieu de ta vile magie ?
Le Spectre ne réagit pas. Il se contenta de marcher implacablement vers sa proie. Même en étant Marqué, Dranoss se sentit faible face à la Mort. Mais son sens du devoir prima sur ses émotions, il prit garde et fonça de nouveau contre l’Archi-nécromancien.
Dans la plaine d’Alarion, Warda massacrait des rangs complets de ces progénitures du Mal. Orques noirs, trolls, démons divers et variés, il ne recula jamais et frappa sans s’arrêter une seconde. Telle une tornade, l’elfe noir décima les troupes maudites dans une frénésie guerrière. Le sang fétide coulait dans sa bouche, il avait un goût âpre et acide, on pouvait y goûter toute la haine de leur maître. Garak, lui aussi, mena les orques dans un élan commun vers la brèche de la muraille. Ses combattants exterminèrent un immense nombre de drônes de Kaös. De son épée il démembra un troll sur son chemin, alors que le fauve qu’il montait se jeta sur sa carotide. Il aperçut un nouveau taureau d’airin se jeter dans la bataille. Nul ne saurait dire pour quelle raison, il se jeta à sa poursuite. Décpitant un autre orque noir sur le chemin, il parvint au niveau de la créature mécanisée. Il bondit de sa monture, le canon d’âmes impures vomi son torrent de lave sur les orques de Garak. Le chef de horde vit alors le mécanisme piégé dans la mâchoire. À mains nues, il arracha les chaînes et pointa le canon sur les troupes de Kaös. Le feu impie consuma les rangs du Malin. Le Taureau en pleine frénésie se rua au sein de la mêlée. Garak arracha le canon maudit puis jeta la pièce d’artillerie sur le côté. Le contact avec le métal fut très douloureux, mais il s’en moqua, il était un orque, il était dur au mal. À l’aide de ses chaînes, il saisit la gueule acérée de la bête mécanique et la dirigea comme un cheval.
Galro tenta encore une fois de se rapprocher de sa cible, mais les canons infernaux étaient en hauteur, sa vue n’était pas dégagée. Les osts ténébreux résistèrent plus que prévu, malgré l’exploit de Garak et Warda de retenir aussi longtemps les orques noirs cela ne suffit pas. Il continua de trucider les soldats maudits, plus par frustration que par conviction, cela faisait presque une heure que la mêlée avait déjà commencé. Les éclairs rouges zébrèrent le ciel de la teinte sanguine. L’ombre de Kaös plongea son regard vers le chef des croisés.
“Tu as trahit ta femme, tu as abandonné ton enfant, tu as renoncé à tout. Pourquoi ? Pour mourir à mes pieds !”
_ Silence Kaös ! Hurla de colère Galro face au titan céleste. Nous te vaincrons, car tel est notre serment !
“Les serments, tu n’en respecte aucun. Tu as promis le Temple à ton suzerain, et tout ce que tu lui offres n’est que ruines.”
_ Comment ça ?
“Tu l’ignores, mais le fils de l’Ombre t’as tout prit. Ce n’est pas le futur que je te dévoile, mais le présent.”
_ Mais Warda est sur le champ de bataille, je le vois combattre tes légions.
“L’Espoir m’affronte, mais le premier fils de l’Ombre, lui, a atteint ta précieuse cité. Il te prendra TOUT !”
Comprenant avec horreur, Galro se surprit à dire à voix haute:
_ Galaran. Le frère de Warda.
Le Temple était attaqué, en ce moment même, et Galro se sentit impuissant. Comment ? Comment Galaran pouvait avoir la force et les ressources d’attaquer le Temple… Il se rappela qu’il avait prit un maximum de croisés pour sa quête. La ville était démunie. De frustration, il hurla de rage. Il maudit le nom de Kaös, le nom de Galaran, il maudit le chevalier noir de la montagne. Lui, qui avait tout bâtit, allait se faire arracher tout ce à quoi il tenait sans pouvoir rien y faire. Il se vengea alors, en exterminant les vauriens des ténèbres. Dans un élan de folie, il convoqua Grandal et foudroya les osts noirs. Une foudre divine aveuglante pulvérisa les rangs païens, les démons furent clairsemés en un instant. Emporté par l’émotion, il ne sentit pas sa magilith brûler en lui. Aveuglé par la rage, il plongea le champ de bataille dans un chaos cataclysmique. Bientôt, de la magilith s’échappa du bord de ses yeux et de ses narines. Voyant cela, Tilbar le saisit et tenta de le raisonner:
_ Qu’est-ce qui te prend mon garçon ? Calme toi, économise tes forces pour détruire les canons !
_ Je veux qu’il paye ! Je veux faire payer Kaös, recule !
Il reçut un soufflet en plein visage, du sang coula de sa narine. Soudain, il fut pris de vertige. Avant de s’écrouler sous son propre poids, Tilbar le rattrapa, et ordonna à des soldats de le protéger au péril de leur vie.
_ C’est foutu espèce de malin ! Comment on va détruire ces putains de canons ?!
Soudain, un taureau d’acier convergea vers la position des pièces d’artillerie. Garak, à son sommet, tenait fermement des chaînes pour maintenir sa trajectoire. Dans son élan bestiale, le démon mécanique percuta un premier canon qui percuta un second, et d’un effet domino, toutes les armes d’artillerie se renversèrent, et vint une déflagration titanesque. Soufflé, l’orque fut projeté sur plusieurs mètres, roula boulé au milieu des rangs démoniaques. Le descendant de Thaarg se releva, et commença à affronter les légionnaires ténébreux. Le voyant dans le pétrin, Tilbar s’écria:
_ Croisés, sauvez cet orque ! Chargez ! Butez-moi tous ces fils de putes !
Voyant Garak en difficulté, Warda avertit Jaron qui hurla à l’intention des Rescapés de l’ouest. Les fidèles de la Main Sanglante se ruèrent contre les adorateur du dieu sombre, motivé à sauver son ami, l’elfe noir trancha dans la mêlée avec une brutalité rarement atteinte. Le regard du maître du Mal se posa sur le guerrier sombre. “Je te dévorerai.”
Alors que la Mort dominait le chevalier dragon, un murmure vint à son esprit. Les orques noirs se replièrent, renonçant à la bataille. La cathédrale fut vidée des rejetons de Kaös, alors que la Mort tourna les talons.
_ Où vas-tu ? Demanda Zuanlanor.
Dranoss vomit du sang, il regarda le lointain. Dans les plaines, un nouvel objectif plus alléchant que la fin de la Guiogne attira l'attention de leur maître infernal.
_ Le… Marqué… Ils veulent le doublement Marqué…
Dranoss rampa, ses innombrables blessures l’handicapèrent trop pour qu’il puisse partir à la poursuite de la Mort. Alors, comprenant que ce mystérieux Marqué était le plus grand Espoir de Natal, Taläsna rampa jusqu’au garde du temple et lui dit:
_ Je ne peux combattre, mais je vous lègue mes dernières forces.
Il incanta un sort de soin particulièrement puissant. Il puisa dans ses dernières limites, il referma les plaies du dragon. Comprenant son sacrifice, Dranoss le serra une dernière fois contre son cœur.
_ Merci. Merci. Vous avez été digne.
Se redressant sur ses pattes, le guerrier reptilien se releva, Falcionn en main. Lui, Dranoss, l’élu de Daös, allait sauver l’Espoir des griffes de la Mort. Il prit son envol.