La prophétie du roi déchu: Le seigneur oublié
Chapitre 37 : Celui qui défie les dieux
7921 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 06/03/2026 12:03
Chapitre 37: Celui qui défie les dieux
Au sein du Temple, Ilada poussa de toutes ses forces, les contractions lui firent perdre la tête. La sage femme improvisée commença a apercevoir le crâne blanchâtre du nourrisson.
_ Je le vois ! S'exclama-t-elle émue. Encore un effort, POUSSEZ !
Pendant ce temps là, le prince noir Galaran s’infiltra dans les jardins sacrés. Si son plan se concrétisait, toutes les casernes seraient neutralisées instantanément. Il fit déposer son explosif au niveau du dortoir de la garde, Galaran n’était pas du genre hâtif. Il avait effectué plusieurs nuits de repérage avant, il avait mémorisé toutes les places de cette cité. Les puits furent empoisonnés, les sentinelles massacrées, et il s’apprêtait à déchaîner l’enfer du feu. Tout se déroulait comme prévu. Alors, l’élu de la Prophétie de l’Ombre donna l’ordre. À l’aide d’un briquet et d’un amadou, son acolyte alluma une torche.
_ Il est temps. Les elfes noirs règneront, dites adieu à votre Temple.
Il s’éloigna alors que son serviteur se posta à côté de la mèche. Quand la distance fut convenable, le noble elfe noir entomna les syllabes du Chant du sang. Obéissant aveuglément, tous les assassins à côté des bombes allumèrent les mèches et se mirent à l’abri. Après quelques secondes…
Plusieurs déflagrations gargantuesques pulvérisèrent les maisons de gardes, les différents postes de guet, toutes les défenses s’effondrèrent. Les habitants se réveillèrent en hâte, l’homme qui avait logé Warda et ses compagnons lança un regard vers le Temple, Grenthenal était en flammes. Et comme si cela n’était pas suffisant, des créatures sordides vêtues de cuir moulant et armées jusqu’aux dents jaillirent des ombres, exterminant la population. Le père saisit un bout de tabouret pour défendre ses enfants, mais un assassin s’approcha et lui fendit le crâne sans sommation. Alors, impuissante, la mère de famille ne put qu’assister au massacre de ses bambins, hurlant de terreur. Galaran vit son œuvre du sommet du mur, il fut ravi. Le monde des hommes s’écroulait. Il se retourna vers le Temple sacré, tout une aile de la cathédrale s’était effondrée. Alors il œuvra pour libérer ses frères et sœurs, il extermina les croisés restant jusqu’au dernier.
Des explosions retentirent, Nardel se tourna, paniqué. Que se passait-il ? Ce n’était pas le moment ! Il vit le visage d’Ilada et de la bonne sœur devenir blèmes.
_ Continuez ! Plus vite !
Sur ordre du jeune valet, Ilada reprit son souffle et continua de contracter ses muscles pour en finir le plus vite possible. La pauvre femme humaine saisit le crâne de l’enfant sorti. Il avait presque l’air humain, si on omettait les oreilles pointues.
_ Respirez ! Ordonna la sage femme. Il faut des forces. Nous avons fait le plus dur. Respirez, respirez, puis… POUSSEZ !
Les bruits d’une bataille résonna dans les couloirs du Temple. Ils étaient sous attaque ! Nardel se sentit impuissant, il saisit sa dague, prêt à défendre Ilada au péril de sa vie. L’enfant de Galro était tout ce qui comptait, Nardel ne décevrait pas son maître. Il se prépara au pire. Nul ni personne ne passerait.
Sur le champ de bataille du nord, telle une flèche, la charge épique des Rescapés de l’Ouest perça la ligne des démons fétides. Warda extermina tous ses opposants dans une orgie macabre. Jamais de sa vie il ne versa autant de sang, il se sentit presque euphorique du carnage commit. Est-ce que le seigneur des ombres commençait à corrompre son esprit. Après tout, Kaös était le seigneur des batailles. Déviant une lame destinée à son visage, il riposta avec la lame incurvée derrière son pommeau en anneau. Il aperçut son ami Garak se débattre comme un dément au milieu de la mêlée. Il avait occis un grand nombre de fidèles des ténèbres, il marchait dorénavant sur un monticule de cadavres. Dans sa juste fureur, le guerrier du Royaume des Os démembra un autre avatar sanglant du souverain du meurtre et aperçut son compagnon de route.
_ Ne t’en fais pas, j’ai toute la journée !
_ Je viens te sauver, donne moi un instant !
Jaron bondit par-dessus la foule, et écrasa un groupe d’orques noirs à son atterrissage. Sans hésitation, Warda bondit dans la mêlée, éviscérant hordes après hordes impies. À chaque coup, chaque impact, il balaya les soldats des ténèbres dans un acte de bravoure désespéré. Ne comprenant même pas qu’il était à l’origine d’une percée, il fut surpris de voir la pointe de l’assaut croisé, orque et hommes de l’ouest les rejoindre et tenir la colline contre les légions infinies. Tilbar, armé d’une étoile du soir, fracassa les crânes des serviteurs malveillants.
_ Je crois que nous avons tout donné, déclara le Septième. Ça va être coton de tenir la position.
Dourgen, Brentark et Ikimito rejoignirent les meneurs, défendant dos à dos la place. Cette butte serait leur ultime bastion. Là, ils menèrent un carré défensif sur la position, la bataille fut âpre. Les pertes furent nombreuses, mais chaque victime croisée vendit sa vie au prix coûteux. Malgré tout, l’armée des ténèbres ne semblait pas diminuer, pire encore, des monstres de plus en plus affreux et colossaux affluèrent vers le centre du champ de bataille. Uthuna, depuis le ciel, guida ses chevaucheurs de vouivre pour soutenir les soldats de Galro, hélas elle-même fut encerclée de dragons noirs. Garak s’adressa à Warda:
_ C’est moi où ils sont de plus en plus nombreux ?
L’elfe noir lança un regard vers le château en flammes, cela pouvait paraître étonnant, mais les osts de Kaös convergeaient vers eux. Ce n’était pas prévu, mais cela les arrangeait, les Guiogniens pouvaient souffler un peu.
_ Massacrons les tous ! Gagnons du temps, plus nous en tuons plus il en vient.
_ Tu as perdu la boule ? Tu veux tous les tuer ? Tu as vu leur nombre ? Nous ne tiendrons pas !
_ Garak, je tiens à te dire… merci de m’avoir traîné dans cette aventure.
L’orque se tourna vers l’elfe après avoir décapité un soldat en armure noire. Il sourit, un bref instant.
_ Non, toi merci. Si je ne t’avais pas rencontré, je serais mort dans le désert. Tu me donnes une chance inestimable, mourir aux côtés d’un ami.
L’elfe noir fut ému. Ainsi tout allait se finir, ensemble ils résisteraient contre la horde du Grand Ennemi, et lutteraient jusqu’au bout.
Galro se réveilla, il avait l’impression d’être rouillé. Entouré de soldats, il peina à se redresser. Tilbar, couvert de sang noir, l’appela:
_ Hé princesse ! On a bien dormi ?
_ La ferme ! Les canons ?
_ Détruits, et pas grâce à toi. Nous pouvons remercier ton copain orque, il a foutu un bordel ! Bref, pas le temps de discuter…
Le Septième lui fila une gifle.
_ … Ça c’est pour te réveiller !
Puis il lui en fila une deuxième.
_ Et ça c’est pour avoir failli crever comme un con ! Écoute, prend ton arme et là tu vas pouvoir t’éclater à zigouiller un maximum d’orques noirs. Kaös nous envoie tous ses bâtards dégénérés nous combattre. Tout ce qu’il faut faire, c’est envoyer un maximum dans le cimetière, tu peux faire ça ?
_ … Je… Je crois. Je veux les saigner, tous !
_ C’est ce que je voulais entendre. Rappelle-toi, pourquoi tu te bats ?
Galro sourit tandis que Tilbar le saisit par l’arrière du crâne.
_ Oh putain oui je sais pourquoi je me bat. Allons fumer les vermines !
Le Commandeur saisit sa fiole de magilith et en bu le contenu. Il sentit sa force lui revenir. Il avait bien l’intention de rentabiliser en morts chacune des gouttes de son sang. Il leva Grandal et appela chaque homme, chaque femme, chaque guerrier à résister autant qu’il le faudra. Puis, il chargea, aux côtés de Warda et Garak. Nos trois héros frappèrent dans la mêlée comme un ouragan en pleine furie. Jaron, malgré les armes plantées dans son cuir, plongea au sein de la horde et commit un carnage. Brentark fut blessé par une guisarme, mais renvoya coup pour coup. Tilbar monta sur un rocher et balaya de sa masse les têtes en contrebas.
_ Encore ! Encore ! Venez vermines, je n’ai pas mon compte !
La bande sanguinaire progressa en rugissant, bientôt la cité de Guiogne fut vidée de ses occupants. Galro déploya la toute puissance de Grandal dans les rangs de l’Arbre Noir. Plusieurs vouivres tombèrent, les rangs orques et croisés diminuaient. Mais braves, ils ne reculèrent pas. Braves, ils tuèrent des régiments entiers de ces entités effroyables. Peu importait les aberrations et les monstres déments, ils les exterminèrent encore et encore. Mais le regard du dieu noir était toujours braqué sur sa proie. Warda.
L’elfe noir sentit sa Marque le lacérer. Quelque chose de pire l’attaquait. Il était à bout de souffle. Il ne devait pas relâcher l’effort. Il scruta le ciel.
Uthuna ! La femme était encerclée par dix dragons, isolée elle se débattit, et parvint à en tuer deux dans sa lutte frénétique. Mais… Un dragon noir en armure se jeta sur elle. Shuy fut tuée sur le coup, transpercée par la lame frontale de l’infâme bête. Sa monture morte, Uthuna fut entrainée dans sa chute, s’écrasant au milieu des rangs orques noirs.
_ UTHUNA ! Hurla Warda. Jaron ! Allons la sauver !
Il monta sur son loup et s’élança à travers les hordes ennemies. Galro tenta de le rattraper, en vain.
_ Il fait chier à se mettre en danger sans arrêt ce con ! Croisés, avec moi !
D’un éclair magistral, il pulvérisa une phalange complète de rejetons de l’Arbre Maudit. Warda, lui, continua de découper tous ses adversaires qui barrèrent son chemin. Dans un tourbillon de rage, il démembra par dizaines les adeptes de Kaös. Alors qu’il aperçut le corps de Shuy au milieu des rangs démoniaques, Uthuna était couchée sur le côté, juste sur son flanc. Elle était vivante, elle devait être vivante, il la sauverait, quoiqu’il en coûte. Mais là… Un dragon de cristal plongea en piqué sur Jaron, le saisissant de sa gueule le flanc du loup. La jambe gauche de Warda fut transpercée par les crocs luisants de cette maudite créature. Emmenés dans les airs, les deux camarades furent jetés ensuite sur l’herbe souillée. Quand vint la chute, la jambe de l’elfe noir se détacha dans un craquement horrible, jamais pareille douleur n’avait jamais été ressentit par le passé. Coincé sous le corps de Jaron, Warda tenta de se débattre. Puis… son cœur ne fit qu’un tour, le cavalier du dragon de cristal posa pied à terre. Il transforma sa monture en une épée terrifiante. Le chevalier encapuchonné portait un masque de plaques de fer superposées.
_ Te voici, Marqué. Je suis fort déçu, moi qui espérait un duel épique. Mais tant pis, mon maître se moque de la gloire, la seule chose qui lui importe est… Ta mort.
Il se rapprocha, lentement. Alors qu’il fut tout proche, un éclair le frappa. De la paume de sa main, il le stoppa net, et se retourna. Galro et Tilbar le défièrent.
_ Bat les pattes, Spectre !
La Mort dégaina sa deuxième Dyaladuil, Bulzshard, et en invoqua son pouvoir.
_ Tu ne peux me vaincre, mortel, je suis la Mort.
Il métamorphosa Tyrazalgan en une nouvelle arme, un fouet aux lames acérées. Tilbar saisit sa masse à deux mains et chargea en premier.
_ Fils de pute ! Seuls nous pouvons tuer ces foutus elfes noirs !
Alors qu’il s’avança, la Mort le lacéra de sa flagelle. Le Septième Paladin Phénix fut projeté en arrière, des plaies béantes dans son corps. Il tomba inconscient. Galro lança une foudre dans sa direction, déviée par le revers de la faucille.
_ Ton arme… est pathétique. Vos Dyaladuils ne sont rien d’autres que de pâles imitations des nôtres. J’étais le Premier Conseiller du roi Raldir, son bras droit ultime. Quand je fus tué par notre roi traître, je n’ai rien ressenti, ma mort a été instantanée. Nous, Spectres, portons le nom des dernières émotions qui nous ont accompagnés dans l’au-delà. La Colère, la Peur, la Douleur, la Tristesse, et moi la Mort. Je suis le Néant incarné, le porteur de la volonté suprême de Kaös.
Une aura glaciale s’échappa de lui, l’herbe flétri dans son sillage. Les cadavres devinrent poussière, les âmes se déchirèrent dans un milliers de cris d’agonie.
_ Je suis le temps qui passe, je suis la fatalité. Je suis inéluctable.
La terreur étrangla Galro, mais il ne pouvait renoncer. Il le savait depuis le début qu’il serait amené à affronter pareilles horreurs. “Je t’en conjure Warda, donne moi ta force.” Il envoya une nouvelle salve d’éclairs aveuglants dans la direction du monarque des cadavres, mais la Mort les bloqua avec une facilité déconcertante. Sa puissance était-elle sans limite ? Un coup de fouet le visa, mais le Commandeur esquiva de justesse. Ce knout était terrible. Dans un élan héroïque, il fonça et transperça le revenant. Sans effet. Le Spectre le projeta d’un coup de pied dans le ventre. Juste à temps, Galro roula sur le côté pour éviter une nouvelle attaque de l’arme impie. Puis encore, et encore. Il parvint à se relever, et bloqua le fouet. Erreur fatale, les lames incurvées se plantèrent dans son épaule, comme des crochets, et il fut tiré en avant.
_ Tu n’as jamais été un homme d’honneur, Galro. Tu te pavanes avec tes principes, mais n’en respecte aucun. Face à moi tu es mis à nu.
Le Spectre le tira une nouvelle fois, le chevalier de Dieu tomba face à terre. Quand il leva les yeux, il vit la faucille s’approcher de son visage.
_ Tu as trahi ta femme, tu as trahi ton roi, tu as trahi ton église. Tu as trahi ton armée en l’amenant à moi. Paye pour tous tes péchés, Galro, fils de Lurthor.
La Mort brandit sa seconde Dyaladuil, puis fut transpercée par l’arrière, une lance noire. Derrière le roi revenant, Tilbar leva sa victime du sol, ses mains fumantes contre la hampe de l’arme maudite.
_ Qui a dit que tu étais inéluctable ? Mon cul !
Le Spectre lâcha sa Dyaladuil corrompue et brisa à main nue le bois du pique. Posant pieds à terre, la Mort toisa Tilbar, toujours inexpressive. Le Septième le défia une dernière fois:
_ J’ai déjà combattu des masques à la con dans ton genre !
Sans cérémonie, la Mort lui porta un coup d’estoc dans l’estomac avec Tyrazalgan sous forme d’épée. Le maître d’armes tomba à genoux quand le Spectre retira son arme, du sang coula de sa bouche. Galro le vit et hurla:
_ TIIIIIIIILBAR !!!!!!
“Pourquoi tu te battras ?” Demanda à ce jeune homme ce vieux capitaine beaucoup trop sévère. L'œil unique du Septième se posa sur son apprenti. Il était fier. Le Spectre ramassa Bulzshard.
_ Tilbar ! Bats-toi Tilbar ! Je t’en conjure, bats-toi !
_ Couvre moi de honte si tu le veux… Dit le vieil homme en crachant du sang.
La Mort posa ses deux lames de chaque côté du cou de Tilbar. Les dernières paroles du maître d’armes à son élève furent:
_ Mais ne déshonore pas ton rang.
Les deux épées s’entrechoquèrent, la tête de ce vieux guerrier, beaucoup trop usé par ses années de service, roula sur le sol, une expression de joie dessus.
Galro hurla, il hurla à plein poumons. Il hurla de chagrin. Il hurla de rage. Il hurla car jamais il ne se sentit autant blessé jusqu’à ce jour. Il venait de perdre… son deuxième père. Il frappa du poing sur le sol, il maudit la Mort. Il maudit sa faiblesse. Il maudit Kaös. Le Spectre ne le calcula pas, il avait un objectif plus clair. Warda était toujours immobilisé. Il progressa lentement, en direction du loup géant.
_ Jaron ! Jaron relève toi !
Le canidé ne répondit pas, du sang coulait de ses babines. Quand Warda réalisa qu’il ne sentait plus son souffle, il réalisa que Jaron n’était plus. Le souverain spectrale s’avança, posant sa botte contre le flanc du canin gigantesque. Il poussa le corps sans vie et se mit au-dessus de l’elfe noir.
_ Fils de l’Ombre, j’ai attendu ce moment depuis des millénaires. Je vais enfin savourer le sang royal qui coule dans tes veines.
Il empoigna à deux mains Tyrazalgan et s’apprêta à achever Warda. Il leva la pointe… Et un ange draconique lui tomba dessus, le fauchant de ses griffes. Roulant à terre, la Mort se releva rapidement, et vit le dragon rouge le défier.
_ Je ne suis pas encore mort, déclara Dranoss. Je verserai jusqu’à la dernière goutte de mon sang pour te bannir !
_ Soit…
Les deux élus divins s’affrontèrent dans un déluge pyrotechnique.
_ Respirez ! Respirez ! POUSSEZ !
Ilada, à bout de souffle, contracta tous ses muscles, une dernière fois, soulagée. Après un grand effort, la bonne sœur regarda quelque chose dans ses bras, elle avait l’air émerveillée. Elle se tourna vers Nardel. Le jeune valet regarda Ilada, puis… vint un cri. Un pleur. Celui d’un bébé.
_ Vous avez réussi, c’est un garçon.
Émue, Ilada saisit son fils quand la sage femme lui confia. Elle défit sa robe et donna le sein à son enfant.
_ C’est… C’est… Incroyable…
Ilada pleura de joie, jamais elle n’avait eu de sa vie l’occasion de voir quelque chose de si beau. Il avait la peau blanche, des oreilles pointues, et de petites mèches blanches. Une couverture fut donnée au bébé. Il se cramponna à sa mère. Nardel eut les larmes aux yeux. Ça y est, le fils de Sa Flamboyance venait de naître. Il eut le souffle court, il avait un mélange d’émotions. De la joie, certes, mais aussi de la jalousie. Il aurait tant aimé que cela soit le sien.
_ Toutes mes félicitations dame Ilada.
Les clameurs de la bataille vinrent à leurs oreilles. Il fallait fuir, vite. Certainement que si un hybride venait à être découvert, peu importait qui rentrait, il l’exécuterait sans cérémonie. Nardel prit la décision la plus difficile de son existence, mais… Il arracha l’enfant des mains d’Ilada.
_ Que fais-tu ? Demanda la femme elfe noire. Où vas-tu ?
Nardel, en larmes, s’excusa.
_ Ne m’en voulais pas, j’ai une mission. Je dois veiller sur Son fils. Je suis désolé Ilada.
Il arracha le collier du cou de sa protégée, et courut dans les escaliers. D’abord hébétée, la pauvre mère ne comprit pas, puis vint la colère. À peine venait-elle de donner vie que tout ce qu’elle possédait lui fut arraché. La peur la saisit quand les clameurs du combat vint dans les escaliers, puis un tambour… ses marques se mirent à briller. La jeune fille comprit trop tard.
_ Pitié ! Je vous ai aidé à donner la vie !
Ilada ne pensait déjà plus, son instinct bestiale reprit le dessus. À mains nues, elle pulvérisa la pauvre servante.
Nardel, en pleine fuite, se faufila dans les passages secrets pour rejoindre l’écurie. Il trouva un poney à sa taille et l’enfourcha. Sans autre réflexion, il partit au galop, explosant la porte d’entrée. Tenant fermement le bébé, il le serra contre sa poitrine. Quand il sortit des jardins, la cité était en flammes. Heureusement, lui, le petit valet, connaissait les passages dérobés. Il contourna les assassins elfes noirs en train de génocider les habitants. Par chance, le pont levis fut baissé, il put s’évader sans attirer l’attention.
Galaran arriva à la tour nord, la porte était défoncée, la cellule tapissée de sang. Au centre, une femelle elfe noir en train de se repaître des restes d’une humaine. La pauvre elfe aux vêtements déchirés portrait encore un cordon ombilical à son entre-jambes.
_ Où est ton enfant ? Demanda le prince noir en se penchant vers elle.
Ilada n’osa pas répondre. Le prince de la race maudite la caressa sur la joue, essuyant le sang humide.
_ Où est-il ?
_ On me l’a pris. J’ai à peine eu le temps de le porter une fois aux bras. On m’a dupé…
Le prince des ténèbres lui releva le menton. Il avait l’air si fort, si rassurant.
_ Nous le retrouverons, je te le promets. Je suis venu vous délivrer, les hommes ne vous feront plus jamais de mal.
Prise par les sentiments, Ilada serra autour du cou de son sauveur, et pleura sur son épaule.
_ Retrouvez-le, je vous en conjure.
_ Oui, mais d’abord… Je vais démolir cet endroit.
Sur le tertre naturel, les dernières troupes de Garak et croisés affrontèrent les marées infinies de Kaös le fiélon. Au loin, des déflagrations lumineuses donnaient une impression de jour du jugement dernier. Garak fendit le crâne d’un clone malfaisant d’orque et se tourna vers Brentark.
_ Mes frères, j’ai été ravi de combattre à vos côtés.
Il se tourna vers un paladin qui venait lui aussi de commettre un massacre.
_ Vous aussi, croisés. Nous aurons tout donné. Hurlons, hurlons face aux ténèbres !
Brandissant son épée, il provoqua les légions infërniennes, il était décidé à faire payer le plus possible le Grand Dragon Noir siégeant depuis le sommet des nuages. Ses murmures se firent de plus en plus insistants dans les esprits des plus courageux guerriers. Lui, le Seigneur des batailles, comptait bien remporter la victoire. Dourgen, dans un ultime acte de défi, saisit l’étendard tombé au sol, la main sanglante, et le dressa pour motiver les troupes.
_ Pour Garak ! Pour Warda ! Pour la Guiogne ! Pour NATAL !
Galro, au sol, rampa jusqu’à la tête de son subordonné. Il la saisit, entre ses mains. Il lui ferma les paupières, on aurait dit qu’il était au milieu d’un rêve. Il posa son front sur le sien, et pleura.
_ Vieux con de Tilbar. Pourquoi ? pourquoi…?
“Pourquoi tu te battras ?” Lui dit le salaud de maître d’armes alors qu’il n’avait que huit printemps. Il lui laissa une cicatrice superficielle ce jour là, que Galro portait toujours. “Pourquoi tu te battras ?”
Empoignant son épée, il se releva une nouvelle fois, difficilement, il se retrouva en face d’un ouragan de pure magie. Dranoss donna tout pour défaire le vile sorcier. De Falcionn s’échappait une puissance colossale, chaque coup désintégra des centaines de mètres de plaine. Malgré sa puissance démesurée, la Mort le repoussa à chaque fois. Pas étonnant que Galro fut impuissant, ce Spectre était une vraie terreur. La magilith dégagée irradiait les alentours, cristallisant l’herbe. L’embrasement arcanique donna l’impression d’admirer des amas d'étoiles. “Pourquoi tu te battras ?” lui demanda une dernière fois le vétéran.
_ Je le sais maintenant… Je le sais ! Naerden neral der ter Aridanmar, Grandal !
La foudre se mit à crépiter à l’intérieur de la lame bleutée, plus intense que jamais. Il était temps de relâcher toute sa sacro sainte puissance.
_ LA MORT ! Hurla Galro.
Le Spectre se retourna vers le chevalier de la lumière. Il transforma Tyrazalgan en bouclier. Dans un élan de pure furie, Galro déchaîna toute l’énergie de sa Dyaladuil.
_ JE TE VAINCRAIS ! MOOOOORT !
Il projeta un arc de foudre si intense et puissant qu’il devint presque un nouveau soleil à lui seul. L’impact contre le bouclier de la Mort la projeta en arrière, mais le souverain revenant se maintint sur ses jambes. Ses bottes creusèrent des sillons sur son passage, alors que Grandal déferla la puissance de Dieu sur terre.
_ MEEEEEURRT ! MOOOORT !
Un pure spectacle de dévastation fut offert aux derniers survivants de la butte, admirant l’ultime duel entre Galro et le roi des Spectres.
Une porte d’argent barra son passage, elle fut gravée d’anges et de symboles religieux. Quand Galaran la vit, il pouffa de rire.
_ Seuls ceux qui en sont dignes peuvent la franchir ? Voyons voir si je le suis.
Il fracassa l’immense obstacle d’un coup de botte magistral. Quand les battant se poussèrent, alors il l’aperçut, la Pierre Sacrée, reposant au centre d’une cathédrale magistrale. Il s’en approcha, suivi d’Ilada à qui on avait donné des vêtements. Le prince noir frôla la surface électrisante du monolith en lévitation.
_ Est-ce que ceci est important ?
_ Je l’ignore, avoua Ilada. Mais je crois.
Le souverain du peuple maudit se tourna vers ses fidèles. Il esquissa un sourire malicieux.
_ Puisque ton geôlier y tient, nous allons la briser.
Il posa les paumes de ses deux mains contre l’onyx sacré, une énergie absolument gigantesque l’envahit. Alors Galaran incanta un sortilège, un maléfice sacrilège qui condamnerait tout Grenthenal. Des glyphes impies rougeoyants se gravèrent à sa surface, des marques de douleur. Il récita sa malédiction un long moment, mais quand son méfait fut commis, la Pierre Sacrée réagit. Des éclairs crépitèrent, un crissement aigü la secoua, puis elle se fissura légèrement en de multiples endroits. Le mobilier se mit à léviter, la force spirituelle de la relique devint instable.
_ Qu’as tu fait ? Demanda Ilada.
_ Je tiens mes promesses, je démolis cet endroit. Cette prison sera rasée de la carte. Viens, nous n’avons guère de temps.
Les elfes noirs fuirent la capitale, tandis que le Temple brilla d’une lueur inquiétante. La Pierre Sacrée se fissura de plus en plus.
Galro avait presque épuisé ses forces, mais avec l’aide de Dranoss, ils firent reculer la Mort. Protégé par son rempart, le roi spectrale encaissa les assauts répétés des deux Dyaladuils. Mais le bouclier commença à se fissurer. Voyant ceci, le dragon s’adressa à Galro.
_ ENCORE ! FRAPPEZ ENCORE !
Dans un élan de fureur, Galro intensifia les décharges électriques. N’importe quelle légion aurait été réduite en cendre face à un déploiement d’une telle énergie, mais le Spectre résista encore. Mais son égide se fractura. Un éclair lui arracha une épaulière.
_ ENCORE ! GALRO ! PLUS FOOORT !
_ RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !
Un nouvel arc de foudre incendia la cape du maléfique sorcier nécrotique. Falcionn frappa de son faisceau d’énergie solaire en plein dans son pavois. Les résistances commencèrent à s’effondrer, le Spectre de la Mort allait être vaincu. Warda vit les deux guerriers lutter contre le lieutenant suprême de Kaös. Il regagna espoir. À eux deux, ils pouvaient le vaincre. Des arcs de magilith fendirent le sol, attirant l’acier dans une spirale magnétique. La réalité s’étiola sur la zone de frappe. Le cristal magique transfigura le paysage. S’accrochant aux restes de son pavois, la Mort tenta encore de tenir face à ses deux opposants. Elle n’avait pas dit son dernier mort.
_ JE. SUIS. INÉLUCTABLE !
Nardel se retourna quand il atteint la colline la plus proche, il vit le Temple crépiter d’une magie si intense qu’elle semblait tout dévorer. Les bâtiments alentour se cristallisèrent, avant d’être aspirés dans un tourbillon montant jusqu’au ciel.
_ Pardonne moi Ilada ! Supplia Nardel en larmes. Pardonnez moi sire Galro !
Il reprit son galop, le plus loin possible.
Au cœur du Temple, le joyaux ultime de l’Ordre commença à s’effondrer sur lui-même. Les sceaux maudits l’écrasèrent de plus en plus, leur aura maléfique brilla d’une rare intensité. La sainte cathédrale fut avalée par un maelstrom magique et se désintégra dans un déluge de puissance. Des éclairs multicolores frappèrent les quartiers de la capitale, les personnes touchées se pétrifièrent en statues de cristal avant d’exploser. Les derniers survivants tentèrent de fuir, mais furent tous absorbés par la tornade de magilith. La tempête iridescente s’embrasa. En pleine nuit, l’Étale connut une aube aussi mystérieuse que terrifiante. Des sifflements suraiguë firent trembler les nuages. La puissance de la Pierre, lors de cette apothéose de flammes et de lumière, explosa alors.
La déflagration souffla Grenthenal.
L’onde de choc arracha les arbres du sol.
Nardel se réfugia sous une butte, juste à temps.
L’explosion annihila cette magnifique cité en un éclair divin. Un nuage en forme de champignon multicolore irradia tout le pays.
Puis, la poussière retomba, engloutissant des hectares et des hectares de forêt. Les débris atteignirent la stratosphère avant de retomber sous la forme d’étoiles filantes. Et enfin… Le calme revint. Nardel parvint à ressortir de la poussière tout en protégeant les voies respiratoires du bébé. Il regarda Grenthenal, du moins ce qu’il en restait. Un cratère fumant. Alors, le valet tomba à genoux, hurlant au désespoir.
Quand la victoire fut proche, Galro sentit quelque chose d’étrange. Un sentiment étrange. Sa lame, Grandal, s’éteignit. Il la regarda, stupéfait.
_ GALRO ! FRAPPEZ, MAINTENANT !
_ Je ne peux plus, que se passe-t-il ? Naerden neral der ter Aridanmar, Grandal ! Naerden neral der ter Aridanmar, Grandal ! NAERDEN NERAL DER TER ARIDANMAR, GRANDAL !!!!!
La dyaladuil sacrée ne répondit pas, elle resta inerte. Une onde de choc projeta le dragon, la Mort se dressa victorieuse. Elle tourna son masque vers le chef de l’Ordre.
_ Tu ne comprends pas. L’enchantement de ta Dyaladuil est rompue.
Un flash multicolor aveugla les deux guerriers, dans la main de la Mort apparut une hache. Quand Dranoss se releva pour mener une dernière charge, elle lui lança le projectile et lui blessa le flanc. D’une force mystique, la hache revint ensuite dans ses mains, alors que le reptile s’écroula de douleur. Le revenant domina les trois combattants, savourant son triomphe.
_ Vous n’avez jamais été à la hauteur. Je vais en finir avec vous, maintenant.
Les éclairs disparurent. Soudainement, le dieu noir fut aspiré dans des nuages sombres. Un ciel vide. La Mort s’approcha de Warda, empoignant sa serpe illuminée d’une aura verte.
_ Fils de l’Ombre. Je viens te prendre la vie.
Il brandit son arme, et frappa… Bulzshard fut parée. Dans un nuage de fumée osbcure, le chevalier noir apparut.
Un pression gigantesque envahit le champ de bataille. Tous les serviteurs du Mal se retournèrent, et le virent alors. Le roi déchu en personne. La Mort alors recula, intimidée par l’apparition brutale de l’Ombre.
_ Partez ! Ordonna le chevalier tout puissant.
Warda leva les yeux, et reconnut que c'était le même qu’en haut du mont de Léondia. Un casque à l’effigie d’une bête carnivore ornée de deux longues cornes. Deux épaulières massives. Une longue cape de ténèbres. Sa coiffe blanche spectrale atteignant ses pieds. Le chevalier noir se tourna vers l’elfe noir.
_ Ton destin n’est pas de mourir ici.
Il tenait une arme aussi massive que légendaire: Zuanduil. Cet espadon à la garde en forme de crâne d’or. La Mort balbutia:
_ Cela ne se peut. Affronte moi, et mon maître t’écrasera !
Le chevalier obscure fit un pas dans sa direction, son poid secoua la plaine entière.
_ Qu’il vienne.
Galro, tombé à terre, reconnut la silhouette dans les opaques ténèbres. C’était celui qui lui avait offert les Calenaclidyals. Hésitant, Warda demanda:
_ Qui es-tu ?
Sans se retourner, le mystérieux sauveur répondit, sa voix ébranla la réalité même.
_ L’Ombre. Ton père.
Depuis le ciel, une boule de feu tomba, un être composé de lave s’écrasa aux côtés de la Mort. Du cratère en jaillit la Colère. Les trois autres Spectres se joignirent à la Mort. Tous dégainèrent les Dyaladuils, et incantèrent les mots de pouvoir. Le roi noir observa ses adversaires.
_ Je vous ai déjà tous tué une fois, je recommencerais autant de fois qu’il le faudra.
_ Nous sommes immortels, répondit la Mort. Peu importe le nombre de fois que tu nous vaincras, nous reviendrons, encore et encore !
_ Alors votre supplice n’en sera que plus long. J’arrive.
De nouveau, le roi déchu posa pied au sol. Un séisme vacilla les Cinq. L’aura du roi maudit était colossale, elle absorbait le monde entier. Le poids de son pouvoir fit s’agenouiller tous les belligérants, même Garak ploya le genoux.
Un autre pas, une autre secousse.
Les Spectres capables de résister à une telle pression, hésitèrent tout de fois à faire le premier pas. La Mort fit un signe à la Tristesse de se lancer la première. Le Spectre au visage endeuillé fit hurler son épée, mais d’un simple geste de la main, le roi déchu l’enferma dans une bulle hermétique de magie et l’écrasa sous la pression. Un premier ectoplasme fut aspiré par Kaös. La Douleur s’élança, dansant avec ses lames. Son corps fut instantanément brisé par Zuanduil, ses restes furent dispersés sur le sol. Son esprit à son tour fut avalé par les nuages. Et de deux. La Peur envoya un rayon givrant sur son ancien maître, des yeux du créateur des elfes noirs jaillirent des rayons embrasés qui fondirent sur le Spectre. Son armure en fusion rejoignit ses frères d’armes auprès de Kaös. Plus que deux. Dans un élan de folie, la Colère invoqua de la lave sur son épée et frappa en frontal son adversaire. De son gant, le souverain des Iles Mortes l’attrapa, écrasa Drazielduil, puis fendit en deux le Spectre au masque de fauve. Ses débris rejoignirent le plan astral du dieu noir. Bien que son masque ne lui permettait pas d’afficher la moindre émotion, la Mort semblait être tétanisée de terreur.
_ Comment ? COMMENT AS TU FAIS POUR ÊTRE AUSSI FORT ?!!
Le roi déchu ne répondit pas, restant impassible. Il marcha une nouvelle fois. Le sol trembla. Le Spectre brandit Bulzshard. En plein désespoir, il chargea. Zuanduil la para sans effort, et projeta au loin la lame corrompue.
_ Je t’ai connu plus fort que ça par le passé, déclara l’Ombre.
_ SILENCE ! JE SUIS INÉLUCTABLE !!!
Il écarta les doigts, et mue par une force mystique, l’ancienne Jindaïlyu revint dans sa main. La serpe sanguinolente fut de nouveau maniée, attaquant sans répit le souverain du peuple maudit. D’une rapidité déconcertante, le roi sombre bloqua tous les coups, tandis que la Mort croyait avoir une ouverture, le regard de l’Archimage ultime se posa sur la lame incurvée. Par la seule force de son esprit, il écrasa Bulzshard dans un éclat de sang. Reculant, la Mort saisit sa deuxième épée, Tyrazalgan, et la changea en faux.
_ Il me suffit d’une égratignure, et ton âme sera fauchée.
Celui qui régna sur l'ancien empire elfe fit un nouveau pas. BOUM ! Le sol trembla encore. Le roi Spectre, du nom de Alënar, hésita à continuer ce combat. Le suzerain des temps passé dit, d’une voix si profonde que la réalité se figea:
_ Affronte moi, et ta mort sera définitive.
La Mort recula d’un pas. Puis les murmures du dieu sombre résonnèrent dans sa tête. Nul ne sut ce qu’il lui dit, cela devait être suffisant pour le convaincre d’offrir un dernier duel au roi maudit.
_ Roi Déchu, je faucherais ton âme.
Il se lança dans un dernier assaut, mais le chevalier des ténèbres écarta les doigts de sa main gauche puis saisit la hampe de Tyrazalgan. Zuanduil empala le Spectre qui hurla de douleur. La Mort lâcha son arme, et tenta d’extraire son ectoplasme de son corps. Pour une raison mystérieuse, Zuanduil semblait l’absorber. Alors, d’un geste aussi puissant que théâtrale, celui qu’on nomma autrefois Raldir arracha le masque de son adversaire. Il ouvrit sa main et l’âme d’Alënar fut aspiré dans son creux. D’une poigne forte, le roi déchu l’écrasa, son énergie spirituelle fut détruite.
Sous le regard stupéfait de toute la Légion noire, le souverain déchu fut vainqueur. Le ciel se déchira d’une plaie rouge béante, le dieu maléfique rugit de colère. Le monde matériel vacilla, des milliards d’âmes s’échappèrent de cette faille cosmique. En face de l’Ombre, un ange blafard aux ailes noires apparut:
_ NOOOOOOOOOOOOON ! Tu n’étais pas supposé prendre part ! J’allais gagner, je l’ai vu, Natal doit tomber !
Le roi sombre ne répondit pas. Il avait toujours la main ferme sur Zuanduil. L’ange tourna ses yeux malveillants, deux disques d’or semblables à des soleils, en direction de Warda.
_ Puisque tu te dresses sur ma route, moi, le dieu noir, arracherais tout ce que tu possèdes. En commençant par toi, avortons de Raldir !
Il pointa un doigt griffu dans sa direction, le jeune elfe noir sentit sa Marque se tordre de douleur. Le souverain dragon noir rugit, les nuages saignèrent. L’ange, dont le visage se décomposa en goudron noir déclara:
_ Je dévorerais TOUT, je ne laisserais qu’un monde en ruine. Tu aurais pu régner, l’Ombre, mais moi, Kaös, te punis de ton arrogance !
Les orques noirs se massèrent autour de Warda. Les légions de l’Arbre Maudit brandirent les armes, prêts à frapper. Mais le chevalier noir leva sa lame royale:
_ Zuan, Zuanduil !
Le ciel fut zébré d’éclairs blancs. Les démons stoppèrent net, ils contemplèrent les nuages, inquiets. L’ange maléfique grimaça de rage, et montra du doigt le roi noir.
_ TUEZ-LE !
Des ténèbres célestes, des entités plongèrent vers le sol. Par millions. Par milliards. Des créatures à l’apparence draconique constituées d'obsidiennes. D’un souffle blanc aveuglant, la horde d’esprits aux ordres de l’Ombre réduisirent en poussières les légions noires. Galro, Dranoss, Garak, Warda et tous les survivants se masquèrent les yeux tant la lumière fut forte. Les dragons noirs fidèles à Kaös furent déchiquetés sans effort par les entités nommées Raldors. Après une scène brève et apocalyptique, toute l’armée des ténèbres fut rasée. L’ange aux ailes de goudrons hurla en même temps que son avatar céleste:
_ NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOON !
Il se jeta sur Raldir, mais il se fit trancher la gorge par l’arme épique. L’avatar du dieu du sud s’étouffa, mais eut le temps d’avertir son ultime ennemi.
_ Puisque tu me défis, j’arrive…
L’ange se désintégra sous forme de cendre, puis de son trône entre les nuages, le Grand Dragon Noir descendit jusqu’au monde des mortels tel une comète. La déflagration aurait rasé le château si Raldir n’avait pas déployé un bouclier d’énergie tout bonnement titanesque. L’onde de choc balaya montagnes, plaines, lacs et rivières. Juste un énorme cratère de lave illumina en contreplongée le gargantuesque dragon cadavre. Ses yeux de flammes fixèrent le roi noir juste devant son fils.
_ Je suis celui qui brisera ce monde. Roi maudit, meurt !
Dans sa patte de la taille d’un comté, une épée de feu apparut. À elle seule, elle pourrait pulvériser la capitale de Guiogne. L’avatar divin brandit son arme au-dessus de la tête, et frappa avec la force d’un météore. Mais… Le roi noir heurta sa lame titanesque avec Zuanduil et la pulvérisa dans une gerbe de magma. L’onde de choc trancha une partie du crâne noir et une aile du dieu malfaisant. De rage pure, Kaös rugit, l’onde sismique parcourut le monde entier.
_ TU OSES DÉFIER UN DIEU ?!!
Le père de Warda leva sa tête, dévoilant ses yeux rouges. Il fixa le souverain du Mal et déclara d’une voix autoritaire:
_ Pars, ou je te tue.
Sur ces paroles, l’expression de fureur de l’Empereur du sud se figea. Il comprit alors une terrible vérité, il ne pouvait gagner. Le Grand Maléfique fit repousser son aile noire et s’envola maladroitement vers son continent, renonçant au combat en couinant de peur.
Tandis que la pluie de sang cessa, le roi sombre s’adressa à son fils, l’élu de la prophétie:
_ Rejoins moi. Je te rendrais fort. Tu me vaincras et tu libéreras notre peuple de ma malédiction.
Il tendit ses doigts, de la magilith en jaillit et une jambe de pierre noire apparut à la place du moignon de Warda. Des veines de magilith la parcoururent, elle était solide comme du mythril. Le roi noir tendit une main vers son enfant… Qui la repoussa.
_ Non ! Je refuse !
Le roi noir sembla être furieux, mais contint sa colère.
_ Ce n’est pas une question, mais un ordre. Suis moi !
_ Tu n’es pas mon père. Le seul qui en était digne s’appelait Raon.
Le chevalier ténébreux secoua la tête, exacerbé, et se montra insistant.
_ Si tu ne le fais pas, jamais tu n’auras la force de me vaincre ! SUIS MOI !
_ C’est exactement pour ça que vous avez toujours échoué, dit Raon en s’approchant de Raldir.
L’Ombre l’aperçut, cette apparition mystérieuse. Aux côtés du forgeron, Hélène apparut aussi, tous deux derrières Warda. L’avatar de Daös dit au souverain maudit:
_ Tu as toujours employé la force pour parvenir à tes fins. Ce n’est pas comme ça que ça marche. Laisse-le faire ses choix.
Le chevalier des ténèbres s’énerva, son aura sombre grandit.
_ Je pourrais vous détruire tous les deux.
_ Tu ne le feras pas, dit Fëalian, car tu sais que ce n’est pas la chose à faire. Laisse nous le guider, il accomplira la prophétie. Il doit juste choisir son chemin par lui-même.
Finalement, Raldir fixa Galro.
_ Je compte sur toi. Rend le fort, rend le invincible. Retrouvez moi sur les Iles Mortes, je vous attendrais.
Dans une explosion d’ombres, le roi noir disparut. Les nuages s’écartèrent, le soleil transperça les ténèbres. Un rayon tomba sur Warda. Devant les avatars divins, l’elfe noir voulut s’incliner. Mais Raon s’approcha.
_ Ce n’est pas comme ça qu’on me vénère.
Il releva son fils et le serra fort dans ses bras.
_ Je préfère ça plutôt.
L’étreinte fut longue et chaleureuse, Hélène les rejoignit. L’elfe noir avait les yeux rouges à cause du sel.
_ Je… je vous remercie… merci.
Les deux dieux s’évaporèrent, tandis que les rayons pure de chaleur illuminèrent les décombres de la capitale. Les trois orques se regardèrent mutuellement, et se jetèrent dans les bras des uns et des autres. Les croisés se félicitèrent d’avoir survécu. La Guiogne avait triomphé.
Au coeur des cendres, Galro tenait toujours contre lui la tête de Tilbar. Il le pleura longuement. Warda, lui, s’approcha de Jaron. Pas un souffle. Il posa une dernière fois son front contre son flanc.
_ Puisses-tu rejoindre Mélane dans un monde en paix.
Le Dragon s’approcha de l’elfe noir. Il lui dit d’une voix calme et pleine de compassion:
_ Je suis navré pour vos amis. Moi aussi, Kaös m’a beaucoup pris. Nous pleurerons nos morts une prochaine fois. Nous avons une dernière quêtes, élu divin.
_ Laquelle ? Demanda Warda en se retournant difficilement.
Galro fixa à son tour le guerrier dragon, et s’approcha en clopinant. Le reptile s’adressa au Commandant Suprême.
_ Allons sauver votre enfant.
Il planta son arme au sol, déploya ses ailes massives et donna l’ordre aux deux camarades:
_ Montez, je n’ai pas toute la journée !
_ Mon enfant est encore vivant ? Osa demander Galro.
_ Oui, dépêchez-vous ! Venez si vous voulez être un père digne !
Galro enroula dans un baluchon la tête de Tilbar et grimpa sur le dos du dragon. Warda le rejoignit en boitant, il n’était pas encore habitué à sa nouvelle jambe. Une fois installé entre les omoplates de Dranoss, le gardien du temple décolla et s’envola vers l’Étale.