METALBORN : Les Gardiens du Métal

Chapitre 10 : En Cavale

4529 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 02/10/2025 02:47

Les ravages causés dans ce quartier résidentiel pourtant paisible laissèrent les habitants sans voix. Tandis que les pompiers s'activaient rapidement pour éteindre l'incendie qui continuait de dévorer les vestiges de la maison, la police et les secours ont collaboré pour rassembler tous les civils du quartier afin de dresser la liste des blessés potentiels. Plusieurs témoins, sous le choc et blessés, ont dû être transportés d'urgence à l'hôpital, leurs témoignages décrivant des événements normalement impossibles.

Craignant une attaque terroriste après les nombreuses explosions entendues, des membres des Forces d'autodéfense militaires ont été dépêchés sur place pour protéger la zone. Le Premier ministre japonais lui-même a publié une déclaration, affirmant haut et fort son soutien aux victimes et promettant que le ou les auteurs de cette catastrophe seraient retrouvés et traduits en justice.

Les images des dégâts colossaux dans le quartier ont rapidement fait le tour des médias de la ville, puis du pays tout entier. Les théories du complot se répandirent comme une traînée de poudre et semèrent rapidement la panique au sein de la population, craignant que des catastrophes similaires ne se reproduisent dans les jours à venir. Assis devant le canapé de leur salon, Koichi Emiya et sa mère regardaient eux aussi les informations, le cœur brisé par la tragédie. Intérieurement, Koichi ne pouvait réprimer sa profonde inquiétude pour Mariko, ignorant totalement où elle pouvait bien être.


Perché sur le toit d'une des maisons environnantes, un étrange corbeau aux yeux rouges avait observé les secours japonais boucler la zone et évacuer les civils. Puis, l'oiseau noir déploya ses ailes et, dans un cri rauque, s'éleva haut dans le ciel, disparaissant entièrement dans les nuages, sa vitesse augmentant au point d'être plus rapide que la lumière.

Beaucoup plus tard, par une faille qui déchira littéralement l'espace en deux, le corbeau émergea dans un autre plan d'existence, bien loin du monde des humains. Il voletait désormais dans un intérieur sombre et sinistre, dans une pièce à l'architecture tortueuse, presque gothique, à l'apparence techno-organique, ne représentant absolument rien de connu sur Terre. Dans d'immenses fosses sur les côtés de l'allée centrale, des essaims de Goules étaient rassemblés, se chamaillant comme des chiens enragés. Mais dès que le corbeau entra dans la pièce, les créatures cessèrent leurs disputes et parurent effrayées, se recroquevillant en sa présence.

Atterrissant sur le sol froid et métallique de la pièce, le corbeau changea radicalement de taille et d'apparence, prenant une forme humanoïde massive et grandissant en quelques secondes pour atteindre près de trois mètres de haut. Ses plumes noires laissèrent place à une longue cape noire flottant dans son dos. Ses yeux rouges comme des braises sombres luisants dans l'obscurité, la forme humanoïde et cuirassée reprit sa marche, ses pas lourds et métalliques résonnant sur le sol. À son passage, toutes les créatures abyssales s'écartèrent avec crainte et respect, n'osant pas le regarder en face et préférant courir se cacher dans les recoins sombres.

Après de longues secondes, il entra enfin dans une autre pièce, tout aussi inquiétante et délirante que la première, quoique plus vaste. Sur les côtés, d'épaisses et imposantes colonnes noires soutenaient toute la structure, donnant l'illusion de colonnes vertébrales géantes d'acier. De grandes statues, semblables à des humanoïdes minces, déformés et sans visage, ornaient les colonnes et tenaient des braseros dont les flammes bleu pâle créaient une atmosphère encore plus intimidante.

Au bout de l'allée centrale, perché sur de larges marches d'obsidienne, se dressait un immense trône, aussi majestueux que menaçant. Il n'était fait ni de bois ni de métal, mais de plusieurs centaines de crânes, plus ou moins récents, rassemblés pour créer ce monstrueux siège déformé. Dessus était assise une silhouette féminine sombre, de taille humaine, semblant porter une sorte d'armure, arborant de longs cheveux noirs ondulés et flottants, ainsi que des cornes recourbées. La tête appuyée sur son poing, comme si elle attendait patiemment, la silhouette féminine dissimulée dans l'obscurité ouvrit ses yeux rouges menaçants et releva légèrement la tête. Le grand humanoïde, en armure et vêtu de noir, s'arrêta devant les marches du trône et s'agenouilla respectueusement.

_ "Psyker a échoué. Ces jeunes gardiens sont décidément plus coriaces que je ne l'imaginais." déclara la silhouette cornue sur le trône.

_ "Ce n'est pas surprenant venant de lui. Cet imbécile de Psyker n'en faisait toujours qu'à sa tête. Il vous aurait encore déçu, comme je vous l'avais dit." répondit le grand humanoïde en armure, d'une voix grave, écrasante et inhumaine.

_ "Tu as toujours été de bon conseil, mon cher Mordiggan." dit la femme assise sur le trône, insensible à la perte du Psyker. "Toi qui as été témoin de ce qui s'est passé, que penses-tu de ces nouveaux gardiens ?"

_ "Ils sont jeunes, inexpérimentés, mais leurs pouvoirs ne feront que croître", déclara l'être en armure nommé Mordiggan. "Surtout cette jeune fille, Mariko… Elle possède déjà un tel pouvoir, à un si jeune âge… Avec plus d'entraînement, elle pourrait devenir une menace sérieuse."

À cette déclaration, la femme sur le trône laissa échapper un petit gloussement sinistre, semblant presque se réjouir de cette nouvelle.

_ "Je n'en attendais pas moins du plus puissant des Cœurs de Métal", dit-elle sans crainte. "Cette petite attaque était un excellent moyen de se faire une idée de leur force, et la mort de Psyker n'est qu'un dommage collatéral insignifiant… Retournez dans la dimension humaine, Général, et dites à Armin Krügger et à sa petite armée de fanatiques de se tenir prêts pour les prochaines opérations. Assurez-vous également que les autres Doigts soient prêts à agir le moment venu."

_ "Il en sera fait selon votre désir, Impératrice." répondit humblement Mordiggan, inclinant la tête et frappant son plastron de son poing blindé, puis se leva et quitta la salle du trône.

Seule désormais dans l'obscurité abyssale de cette pièce, grattant la surface des crânes composant son trône du bout de ses ongles noirs, l'Impératrice resta silencieuse, comme perdue dans ses pensées. Tendant une main devant elle, elle laissa jaillir une flamme ondulante, d'un noir profond, de sa paume pâle. Toujours sans dire un mot, elle contempla pensivement la petite flamme sombre qui dansait au creux de sa main.

_ "Ma chère Vénéséa... Sois patiente... Bientôt, toi et moi serons à nouveau réunis." soupira l'Impératrice, laissant entrevoir une sorte de tristesse nostalgique mais aussi... d'espoir.


*****


L'aube se levait sur la zone, le soleil apparaissant lentement à l'horizon, apportant une lueur d'espoir après une nuit très noire. Après une marche assez ardue à travers la ville, évitant les routes principales, le groupe de jeunes gardiens avait réussi à atteindre la partie abandonnée de la zone industrielle, plus éloignée et déserte.

Tous les membres du groupe semblaient fatigués, non seulement par le manque de sommeil, mais aussi par l'importante dépense d'énergie magique consécutive à cette nuit de combat contre les créatures abyssales. Mariko, la plus jeune mais aussi la moins expérimentée, n'avait toujours pas repris connaissance, Mathieu la portant toujours avec précaution sur son dos et vérifiant régulièrement qu'elle respirait encore. Jessica et Naveen, également éreintés, marchaient devant, tandis que Lars, dernier, continuait inlassablement d'appeler Rob sur son portable.

_ "Le répondeur sonne encore… Ce n'est pas normal, avec tout ce qui se passe, il aurait déjà dû décrocher", murmura Lars d'une voix taciturne, mais laissant transparaître une réelle inquiétude.

_ "Ce n'est pas le genre de Rob. Il a dû lui arriver quelque chose", ajouta Jessica avec la même inquiétude.

Les autres acquiescèrent, connaissant très bien leur mentor pour leur longue collaboration. Cette absence de réponses à leurs questions n'améliora pas leur moral. Craignant une nouvelle embuscade de créatures des abysses ou des hommes de main d'Armin Krügger, le groupe resta sur ses gardes. Ils atteignirent enfin le vieil entrepôt abandonné qui leur servait de cachette, mais alors qu'ils franchissaient la porte ouverte, Naveen se figea soudain, l'air méfiant, et fit signe aux autres de rester sur place. Ils comprirent immédiatement pourquoi il faisait cela. Devant eux, les portes du vieil entrepôt avaient été forcées à l'explosif.

_ "Qu'est-ce que… ?" murmura Jesica.

_ "Allez-y. Si quelque chose bouge, tuez-le", ordonna Mathieu en invoquant un de ses fusils à pompe éclair, gardant Mariko à proximité. Avec suffisamment d'énergie magique restante, Jessica, Naveen et Lars invoquèrent également leurs armes. Les deux premiers avancèrent prudemment vers la ligne de front, tandis que le troisième restait près de Mathieu et Mariko pour les protéger de sa faux en cas d'attaque par-derrière. Après s'être regardés, Jessica et Naveen entrèrent dans l'entrepôt presque en commando, pour se retrouver face à un spectacle plutôt inquiétant.

L'odeur de poudre, de sang et de mort imprégnait l'air. Au sol, une quarantaine de cadavres gisaient, tous sans exception vêtus des mêmes uniformes blindés high-tech et arborant la même croix noire significative. La plupart semblaient intacts, mais présentaient des marques importantes sur la gorge, comme s'ils avaient été égorgés proprement et efficacement.

_ "Les hommes d'Armin…" dit Jessica avec une haine contenue en retournant l'un des corps du pied. "Enfoirés…"

_ "Maintenant, je comprends mieux pourquoi Rob ne répondait pas", ajouta Naveen, observant lui aussi le carnage qui s'était déroulé.

_ "ROB ! TU ES LÀ ?!" appela alors Mathieu.

Il n'y eut aucune réponse, à part le craquement du métal rouillé et le vent dehors. Pendant que Mathieu et Lars restaient dans la pièce principale avec les corps, Jessica et Naveen allèrent jeter un coup d'œil dans l'ancien bureau du directeur, transformé en squat, mais retournèrent vite auprès de leurs amis.

_ "Tout est en désordre, mais on n'a rien trouvé. Aucun message, aucun indice. Rien." souffla Jessica, agacée. "Vous croyez qu'il pourrait être… ?"

_ "Mort ? Attends, on parle de Rob, non ? Franchement, de stupides clowns en combinaisons venus du futur ne peuvent pas le tuer." répondit Mathieu.

_ "Je suis d'accord, mais on ne peut pas exclure la possibilité qu'il ait été capturé par l'ennemi." ajouta Naveen, poussant les autres à envisager un tel scénario, même s'ils refusaient d'y croire au fond d'eux-mêmes.

_ "Bon… et c'est quoi la suite des festivités ? Je ne sais pas pour vous, mais moi, je suis complètement crevée…" dit Jessica.

_ "On ne sait pas où est Rob, et le chercher au hasard dans la ville nous ferait perdre du temps et nous exposerait trop", répondit Mathieu. "De plus, Mariko est clairement dans un très mauvais état, et on a tous besoin de repos. Restons ici pour l'instant et attendons. On montera la garde à tour de rôle et on s'occupera de Mariko. Des objections ?"

Les trois autres ne firent aucun commentaire et acceptèrent la suggestion de Mathieu, n'ayant rien de mieux à proposer pour le moment. Sur ce, le petit groupe de gardiens s'installa dans l'ancien bureau transformé en squat, rétablissant un peu d'ordre après l'attaque des hommes d'Armin. Mariko était allongée sur un vieux matelas dans un coin, recouverte d'une couverture pour la tenir au chaud jusqu'à ce qu'elle retrouve ses forces et se réveille.

Lars et Naveen s'affairaient à rassembler les cadavres dans une fosse commune derrière l'entrepôt pour les dissimuler au mieux. Pendant ce temps, Jessica fouillait les tiroirs du squat, ramassant toute la nourriture qu'elle trouvait.

_ "Ouf, heureusement qu'ils n'ont pas touché à mes chips au bacon", dit-elle, rassurée, en prenant le paquet dans sa main.

Mathieu, quant à lui, restait silencieux, assis sur une vieille chaise au chevet de Mariko, la surveillant. Le voyant ainsi, Jessica le rejoignit, jetant elle aussi un regard concerné pour Mariko. La jeune étudiante japonaise grimaçait parfois légèrement dans son inconscience, comme si elle rêvait.

_ "Pauvre Mariko… J'espère qu'elle s'en remettra", dit la jeune Allemande. "Sérieusement, Mathieu… Qu’est-ce qui t’a pris de l’emmener dans ton Dôme du Tonnerre ? Elle n’est pas encore assez entraînée pour supporter une telle charge d’énergie… Tu réalises qu’elle aurait pu en mourir ?"

_ "Je sais, mais contre Psyker, je n’ai pas vu d’autre solution", répondit Mathieu d’un ton sombre, se sentant vraiment coupable. "J’ai pris cette décision en toute connaissance de cause et j’étais prêt à en assumer la responsabilité. Ça fait partie du rôle de Gardien."

_ "Je comprends, mais c’est juste… regarde la, comparé à nous, ce n’est qu’une enfant…" rétorqua Jessica, presque comme une grande sœur s’inquiétant pour sa petite sœur.

_ "Comme nous quand on a été choisis, si tu te souviens", interrompit Mathieu en tournant son regard vers elle, montrant clairement qu'il se sentait déjà assez coupable comme ça. "Juge moi si ça te fait plaisir, je maintiens mes choix, mais ne crois pas que j'ignore ce qu'elle ressent. Elle a perdue en une nuit tout ce qui la rattachait à une vie normale, et rien ne poura changer ça maintenant… Si j'avais pu trouver une autre solution, crois moi, je l'aurais fait, mais parfois, en situation de combat, on n'a pas le luxe de choisir. C'est tuer ou être tué."

Jessica l'écouta, percevant un mélange de frustration et de culpabilité dans la voix de Mathieu. D'une certaine manière, elle le comprenait, car lui aussi avait dû traverser ce genre d'épreuve. Elle aussi, d'ailleurs, et Rob et Naveen aussi… Telle était la vie de quelqu'un avec un cœur de gardien. Ne voulant pas créer de tension entre eux alors que le soutien était essentiel en ces temps troublés, Jessica ouvrit une canette de bière et la tendit à Mathieu avec un sourire entendu. Il l'accepta, la remercia d'un hochement de tête et lui sourit en retour.

_ "Je suis désolée", dit-elle sincèrement.

_ "Moi aussi", répondit-il.


Choquant doucement les canettes l'une contre l'autre pour se réconcilier et oublier ce bref moment de tension, ils burent tous deux une gorgée. Contente de voir que cette discussion animée ne dégénèrerait pas trop, Jessica alla s'affaler sur le vieux canapé, impatiente de se reposer enfin un peu, au moins jusqu'à l'arrivée de Lars cinq minutes plus tard.

_ "Dis donc, Jess, tu peux venir nous aider à enterrer les corps ? Avec ton pouvoir, tu pourras creuser un trou assez grand", demanda le gothique de sa voix taciturne.

_ "Raah, sérieusement ?" grommela Jessica. "Les gars, vous savez qu'il existe des trucs pour creuser ? Attends comme c'est déjà... ah oui, des pelles!"

_ "On n'en a pas", fut la brève réponse de Lars.

_ "D'accord, d'accord, j'arrive." Jessica répondit avec une agacement presque puérile, comme une adolescente se plaignant de devoir déménager. "Vous savez quoi, les gars ? Je sais ce que je vais vous offrir pour Noël prochain."

Lars, toujours impassible, partit simplement, suivi de Jessica, qui continuait de parler. Mathieu les regarda avec un sourire amusé, heureux de constater que malgré les années, ils n'avaient pas changé. Son attention se reporta alors sur Mariko et devint plus sérieuse. Il repensa à ce qui s'était passé dans le Dôme du Tonnerre… Cette poussée de puissance, cette union parfaite de leurs deux cœurs, de leurs deux pouvoirs pendant le chant d'exécution… Il l'avait clairement ressentie, comme une vibration intense à travers tout son être, mais surtout, cette impression de déjà-vu, comme s'il l'avait déjà expérimenté auparavant… Mais c'était impossible, car il s'en souviendrait… Comment se souvenir de quelque chose qu'on n'a jamais vécu ?

Ses pensées furent alors interrompues par un léger gémissement de détresse de Mariko, qui s'agitait légèrement dans son sommeil, comme si elle venait de faire un mauvais rêve. Mathieu lui prit doucement la main, pour la soutenir mentalement.

_ "Je suis là, ne t'inquiète pas", dit-il doucement. "Je veillerai à ce qu'il ne t'arrive rien, je te le jure."

Puis, il sentit la main de Mariko se resserrer doucement autour de la sienne, même si elle dormait encore profondément mais ressentait tout de même son contact. Un peu déconcerté sur le moment, Mathieu décida de la laisser tranquille, restant près d'elle et se jurant de ne plus la mettre en danger.


*****


Pendant ce temps…

Suite aux événements tragiques survenus au lycée, celui-ci resterait fermé jusqu'à nouvel ordre. Comme il n'y avait pas cours aujourd'hui, Koichi Emiya avait décidé de ne pas rester dans son appartement à flâner. Prétextant à sa mère qu'il voulait aller à la galerie marchande non loin de chez lui, Koichi prit les transports en commun qui, après de longues minutes de trajet, le conduisirent près du quartier résidentiel où habitait Mariko. En temps normal, il n'aurait jamais fait un tel trajet, et encore moins seul, à travers la ville, mais là, c'était différent.

Cependant, Koichi remarqua rapidement que le quartier était bouclé et encerclé par les forces de police, ainsi que la présence de quelques soldats des JSDF. Rien d'étonnant après toutes les rumeurs d'attentats terroristes sur les réseaux sociaux et à la télévision. Mais au fond, Koichi savait que ce n'était pas si simple, après ce qu'il avait vu sans s'en rendre compte dans la cour du lycée. Il se souvenait aussi très bien de l'avertissement de l'homme au chapeau, mais ne pouvait s'empêcher de vouloir en savoir plus, surtout pour s'assurer que Mariko allait bien.

La nouvelle de la mort de l'inspecteur de police Shiro Miyazaki, dont le corps calciné avait été retrouvé sous les décombres de sa maison, avait été un choc pour Koichi, mais il n'y avait aucune nouvelle de sa fille Mariko, qui fut annoncée comme portée disparue et possiblement morte elle aussi dans l'incendie. Bien qu'il craigne le pire pour elle, Koichi refusait de croire à sa mort.

Son cœur se serra à cette simple pensée. Non, il ne pouvait pas la perdre, elle qui avait été si gentille avec lui, elle qui s'était révélée être ce qui se rapprochait le plus d'une véritable amie… Serrant son poing frêle, le jeune étudiant chétif retint ses larmes, levant les yeux avec détermination.

_ "Je te retrouverai, Mariko… Où que tu sois", souffla-t-il, résolu.


*****


Bien plus tard…

La journée s'était écoulée lentement, mais heureusement sans autre incident. Le groupe de gardiens avait profité de ce répit pour se reposer à tour de rôle et veiller sur Mariko, toujours pas réveillée. Malgré son désir ardent de veiller sur la jeune Japonaise, Mathieu avait fini par s'effondrer d'épuisement et s'assoupir sur la chaise. Par un geste attentionné, Jessica avait étendu une couverture sur lui pour qu'il n'ait pas trop froid.

La nuit était tombée depuis un moment, et minuit approchait. Un silence pesant mais apaisant régnait désormais sur les lieux. Jessica, affalée sur le canapé avec Naveen, ce dernier ronflant bruyamment, un filet de bave coulant de sa bouche, ce qui n'empêchait pas ses amis de dormir. Mais alors qu'il dormait, Mathieu sentit soudain une main lui serrer fermement l'épaule. Surpris, le jeune homme vit alors Lars lui faire signe de se taire et de regarder par la fenêtre. Remarquant immédiatement l'inquiétude de son ami, Mathieu reprit rapidement ses esprits et jeta un coup d'œil discret vers l'extérieur, craignant le pire. Et, malheureusement, ce pressentiment fut confirmé.

Sous le couvert de l'obscurité, plusieurs silhouettes humaines silencieuses, vêtues de noir et visiblement armées, se déplaçaient en véritable commando, se dispersant progressivement et encerclant l'entrepôt. Un simple œil mortel n'aurait pas pu les repérer dans cette obscurité, mais heureusement, ils pouvaient compter sur leurs sens, amplifiés par leurs cœurs gardiens.

_ "Merde… Réveille les autres", murmura Mathieu, sa hache dans une main et un fusil à canon scié dans l'autre.

Lars s'exécuta sans tarder, secouant Jessica et Naveen, et devant même gifler la jeune Allemande une ou deux fois pour la tirer de son lourd sommeil.

_ "Hein ? Quoi ? C'est déjà le matin… ?!" haleta-t-elle en se redressant d'un bond, mais fut rapidement interrompue par Lars, qui lui couvrit la bouche et lui fit signe de se taire.

_ "On a de la compagnie. Préparez-vous." leur dit Mathieu, restant près de Mariko pour la protéger. "Lars, avec moi. Naveen et Jessica, couvrez la porte."

Ayant convenu de leur plan de défense, les jeunes gardiens, armes à la main, prirent position. Jessica et Naveen se mirent en place, chacun d'un côté de la porte, prêts à accueillir dignement le premier ennemi qui oserait la franchir. Lars et Mathieu, plus près des fenêtres, s'étaient accroupis pour ne pas être vus. La tension était palpable. Malgré ces heures de repos, ils sentaient qu'ils n'avaient pas encore complètement recouvré leurs pouvoirs. Il leur faudrait être très prudents. Les minutes passèrent, et pourtant rien ne se produisit, à la grande confusion des gardiens, qui se demandaient ce qui se passait.

Soudain, les fenêtres volèrent en éclats dans un fracas assourdissant, tandis que plusieurs projectiles de la taille de balles de tennis les traversaient depuis l'extérieur. Pris au dépourvu, Mathieu et les autres virent ces choses, qui s'avérèrent être des grenades, libérer des nuages ​​d'un gaz vert menaçant qui se répandit très rapidement dans la pièce. Ils en ressentirent immédiatement les effets : une toux abondante, la gorge brûlante et une respiration s'accélérant considérablement.

_ "C'était un piège… Ils… ils veulent… nous étouffer !" toussa Jessica, à peine capable de parler.

_ "Naveen… ton pouvoir…" haleta Lars.

Le jeune Indien, bien que gravement affecté par le gaz, parvint à puiser dans son cœur gardien pour déclencher une puissante vague de vent qui emporta les grenades et une grande partie du gaz dehors. Malheureusement, la porte s'ouvrit brusquement dans une explosion, emportant Naveen et Jessica et les envoyant s'écraser de plein fouet contre le mur du fond.

_ "JESSICA ! NAVEEN !" s'exclama Mathieu à cette vue.

Mais très vite, son attention et celle de Lars furent attirées par la brèche créée par l'explosion : plusieurs hommes, vêtus des combinaisons noires high-tech d'Armin Krügger, surgirent de la fumée et ouvrirent le feu. Affaiblis par les effets du gaz, Mathieu et Lars ne purent ni parer ni esquiver, se retrouvant pris dans les filets tirés par les canons des assaillants. Jessica et Naveen eurent à peine le temps de reprendre leurs esprits qu'ils furent eux aussi pris pour cible et immobilisés.

_ "On les a !» s'écria l'un des assaillants sous son masque à gaz. "Injectez-leur les doses ! Endormez-les !"

_ "Laissez-nous ! Je vais vous buter, bande de salauds !" jura Jessica en se débattant violemment dans son filet tandis que trois des hommes en noir tentaient de la maîtriser et que l'un d'eux préparait une seringue.

Naveen et Lars tentèrent également de se défendre, mais en vain, tout comme Mathieu, complètement immobilisé, qui, à sa grande horreur, vit deux des hommes en noir s'approcher de Mariko et se préparer à l'emmener.

_ "NON ! JE VOUS INTERDIS DE LA TOUCHER !" hurla-t-il furieusement.

_ "Je vois que je ne suis pas trop en retard pour la fête", déclara soudain une voix familière, prenant tout le monde par surprise.

Émergeant à son tour de la fumée, la silhouette chauve de Rob, portant ses lunettes noires et son grand manteau noir, apparut à la vue de tous, ravivant l'espoir dans les yeux des gardiens et la stupeur chez les hommes d'Armin.

_ "Rob ! Je savais qu'ils t'avaient pas attrapé !" dit Mathieu.

L'escouade d'hommes en noir, bien que surprise par la présence inattendue de Rob, se précipita pour saisir ses armes et se prépara à tirer sur lui. Mais l'homme chauve, indifférent, leur tendit doucement la main, leur faisant signe d'arrêter.

_ "Pas la peine de vous fatiguer… Vous êtes déjà morts."

Sur cette simple phrase, teintée à la fois d'assurance et de menace, il claqua des doigts. Tout se passa très vite, et en à peine une seconde, toute l'escouade d'hommes en noir s'effondra lourdement au sol, la gorge tranchée et le sang ruisselant autour d'eux. Rob, quant à lui, semblait être resté où il était, ajustant simplement ses lunettes, mais tenant un poignard ensanglanté dans une main. Cependant, il semblait plus fatigué qu'avant, titubant légèrement mais ne mettant que quelques instants à se remettre. S'aidant mutuellement à se libérer des filets, Mathieu et les autres vinrent voir leur mentor, tous soulagés de le revoir et vice versa.

_ "J'étais si inquiète. C'est si bon de te voir, Papa Rob", dit Jessica en s'approchant de lui pour le serrer dans ses bras comme une fille avec son père.

_ "Désolé de vous avoir autant inquiétés, les jeunes", répondit-il. "Mais j'étais débordé avec Armin et ses acolytes. J'ai dû passer la journée à me cacher pour leur échapper, mais je me doutais bien qu'au fond, ils reviendraient ici pour essayer de vous capturer au moment où vous seriez le plus vulnérables."

_ "Ouais, et sans toi, on étaient tous foutus. Merci", lui dit Naveen.

_ "Je ne veux pas jouer les trouble-fêtes, mais on verra pour les remerciements plus tard", dit Rob d'un ton pressant. "On prend Mariko et on se tirent avant l'arrivée des renforts… J'ai trouvé une nouvelle cachette."

Il avait raison. Sans perdre de temps, le groupe rassembla le nécessaire pendant que Mathieu récupérait Mariko dans ses bras. Une fois tout le monde prêt, ils suivirent Rob hors de l'entrepôt jusqu'à une voiture qu'il avait « empruntée » et partirent dans la nuit vers leur nouvelle cachette.

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