METALBORN : Les Gardiens du Métal

Chapitre 12 : Reste avec Moi

5359 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 22/10/2025 19:12

Koichi ne s'était jamais senti aussi fatigué, et pourtant, il était loin d'en avoir fini. Reprenant son souffle, assis sur un banc de cette petite place du centre-ville, il s'accorda une courte pause et but une gorgée de la petite bouteille d'eau achetée à l'épicerie voisine. Autour de lui, la vie continuait de s'écouler, les voitures défilant sur la route et les passants vaquant à leurs occupations, même si la tension des récentes tragédies se faisait encore sentir.

Koichi observa un instant le déroulement de cette monotonie citadine autour de lui, puis reporta son attention sur la raison de sa présence dehors en cette fin d'après-midi. D'un sac brun sortaient plusieurs affiches enroulées, qui se révélèrent être des avis de recherche concernant la disparition de Mariko Miyazaki, avec son portrait, que Koichi avait imprimé à partir d'une photo trouvée sur la page Facebook de la police, montrant le visage de la jeune fille pour signaler sa mystérieuse disparition suite à l'incendie qui avait coûté la vie à l'inspecteur Shiro Miyazaki. Jusqu'à présent, aucune trace de la jeune étudiante japonaise n'avait été retrouvée, mais Koichi, dans toute son humilité, avait décidé de participer à sa recherche.

Pendant la majeure partie de la journée, il avait arpenté son quartier, distribuant des affiches aux passants pour qu'ils puissent voir le visage de Mariko. Une mission épuisante, il ne s'était même pas arrêté pour manger, ce qui ne lui était jamais arrivé auparavant. Il ne voulait pas perdre de temps alors que Mariko était peut-être en danger de mort quelque part. Cependant, son estomac se retournait, lui rappelant constamment qu'il avait faim et lui faisant réaliser qu'il faisait peut-être une erreur. Comment aider Mariko s'il était lui-même incapable de bouger ?

Décidant, un peu à contrecœur, que c'était fini pour aujourd'hui, Koichi prit son sac et s'apprêtait à rentrer à son immeuble, quand soudain…

_ "Hé mais je rêve pas… Voilà Koichi le nabot."

Oh non, pas lui, pensa Koichi en déglutissant, puis en se retournant. Hideto arriva, arborant toujours ce sourire suffisant, accompagné de trois de ces primates sans cervelle qui lui servaient de camarades. Cependant, la brute de l'école portait toujours le bandage qu'on lui avait appliqué après la raclée reçue par Mariko. Koichi, malgré son anxiété, décida de ne pas céder comme on autrefois lorsqu'il se faisait harcelé, et il fit face à la brute, serrant son sac contre lui. Hideto, avec un sourire malicieux, le dominait de toute sa hauteur, le regardant d'un air condescendant.

_ "Alors, mon gars, qu'est-ce que tu fais là tout seul ? T'es pas dans les bras de ta mère à lui téter le nibard ?" demanda Hideto, provoquant les rires mesquins de ses amis.

_ "Ça ne te regarde pas, Hideto." répondit sèchement Koichi, la voix tremblante mais déterminé à ne pas se laisser intimider.

Hideto regarda alors le sac et les affiches qui dépassaient, et d'un geste rapide, en prit une. Koichi voulut protester, mais les amis d'Hideto se mirent en travers de son chemin, l'empêchant de récupérer l'affiche. Hideto la déplia pour voir ce qu'elle représentait. Il éclata alors d'un rire cruel.

_ "Oh c'est trop mignon ! Le petit Koichi joue les héros et veut retrouver sa petite copine disparue !" se moqua Hideto, feignant l'affection. "J'ai entendu ce qui s'est passé, et franchement, je dois admettre que c'était vraiment pas de chance. C'est peut-être son poivrot de père qui a encore fait une connerie. Son haleine devait être tellement chargée que le panneau électrique de la maison a dû exploser dès qu'il a roté."

Sur ces mots plus que malveillants, et sous le rire encore plus cruel de ses amis, Hideto déchira l'affiche en deux, sous le regard choqué et indigné de Koichi. Sur ce, Hideto laissa tomber l'affiche déchirée et s'éloigna avec ses amis, passant devant Koichi pour lui donner une tape humiliante sur le front.

_ "À ta place, je l'accepterai, mon petit Koichi", dit-il. « Ta pétasse de Mariko n'est plus qu'un tas de cendres… Allez les gars, on se casse."

Figé sur place, à nouveau humilié, mais surtout profondément blessé au cœur, Koichi resta silencieux, les larmes aux yeux et ses petits poings tremblants tandis que les morceaux de l'affiche, montrant le visage de Mariko déchiré en deux, étaient projetés à ses pieds par le vent. Comment pouvait-on dire de telles choses ? Comment pouvait-on être aussi insensible ? Ces individus méprisables comme Hideto, qui malheureusement empoisonnaient ce monde par leur présence, étaient bel et bien humains… Mais ils ne méritaient pas d’être appelés ainsi !

Hassité par une colère qu’il n’aurait jamais cru ressentir, Koichi se retourna et lança de toutes ses forces la petite bouteille d’eau encore à moitié pleine. Elle vola à toute vitesse et heurta l’arrière de la tête d’Hideto. La brute, surprise par l’impact mais indemne, se retourna vers l’origine du jet, l’air plus que surpris, tout comme ses amis. Ce qui se passa attira l’attention des passants les plus proches, perplexes. Koichi, les larmes aux yeux, se redressa, les poings serrés.

_ "RETIRES CE QUE TU AS DIT IMMÉDIATEMENT, OU JE TE LE FERAIS REGRETTER !" ordonna alors Koichi à Hideto d’un ton menaçant.

_ "Ha, vous entendez ça, les gars ? Le chevalier nain qui veut défendre sa princesse carbonisée ! Et qu’est-ce que tu vas faire, Koichi Emiya, maintenant que ta chère Mariko est plus là pour te sauver les fesses ?!"

Koichi vit le groupe de brutes approcher et bien décider à lui donner une leçon. En temps normal, il se serait enfui aussi vite que possible… Mais pas cette fois. Bien que certain de ne pas pouvoir gagner et d’être violemment tabassé, Koichi ravala sa peur et refusa de s’enfuir… Pour l’honneur de Mariko, il n’avait pas le droit de reculer. Mais les actions du groupe de Hideto furent vite stoppées par l’arrivée d’un policier.

_ "Hé, qu'est-ce qui se passe ici ?" demanda l’agent d’un ton sévère.

_ "Oh, rien du tout, monsieur l'agent. Juste un petit malentendu, rien de plus." répondit Hideto, enfilant rapidement son masque invisible de fausse respectabilité pour se donner en spectacle.

_ "Bon, dans ce cas, passez votre chemin", ordonna le policier.

N'ayant pas le choix, ne voulant pas avoir d'ennuis avec la police, Hideto et son groupe s'éloignèrent. Le policier se tourna alors vers Koichi, qui séchait ses larmes et parvenait à retrouver son calme.

_ "Tout va bien, jeune homme ?" demanda le policier.

_ "Je… oui, merci beaucoup, monsieur l'agent", répondit poliment Koichi.

Remarquant l'affiche déchirée en deux au sol, le policier la ramassa et vit qu'il s'agissait d'un avis de recherche. Il crut même reconnaître le portrait de la jeune fille et comprendre ce qui s'était passé.

_ "Ah, la fille de l'inspecteur Miyazaki…" soupira-t-il tristement. « C'est vraiment tragique ce qui s'est passé… C'est une de tes amies ?"

_ "Je… oui, monsieur", affirma Koichi en reniflant mais en reconnaissant le fait avec fierté.

_ "Eh bien, elle a de la chance d'avoir un ami aussi dévoué et courageux que toi", ajouta le policier avec un sourire réconfortant, puis il lui rendit les morceaux de l'affiche.

_ "Merci, monsieur", dit Koichi en s'inclinant avec respect pour remercier le policier.

Le policier repartit ensuite pour sa patrouille, laissant au jeune Koichi un peu d'espoir. Oui, il était l'ami de Mariko, et il ne cesserait jamais de vouloir la retrouver, quels que soient les risques et où qu'elle soit.


*****


Mariko avait passé la journée entière enfermée dans cette petite pièce, essayant de se reposer et surtout de se remettre, non sans mal, de tout ce qu'elle venait de vivre. Dehors, le crépuscule naissant laissait filtrer sa lueur orangée à travers les volets, peignant le ciel tandis que le soleil déclinait lentement à l'horizon. La journée s'était écoulée au ralenti pour Mariko, chaque heure lui semblant une éternité. Elle avait tenté de dormir un peu durant l'après-midi, mais n'avait pu que vaguement somnoler, encore hantée par cet effroyable cauchemar et craignant presque de le revivre rien qu'en fermant les yeux.

Malgré cela, elle avait réussi à manger le petit repas chaud que Mathieu lui avait apporté en fin de matinée. Bien qu'encore très secouée émotionnellement, elle ne s'était pas laissée mourir de faim, et la nourriture, bien que peu réconfortante, avait été la bienvenue. Ignorant ce qui se passait et n'entendant aucun bruit, Mariko décida finalement de quitter son lit pour jeter un coup d'œil, se demandant où elle était. Vêtue seulement d'un t-shirt et d'un pantalon, elle se leva, entendant le parquet craquer légèrement sous ses pieds nus. Très discrètement, elle entrouvrit la porte et jeta un coup d'œil dans le couloir de l'appartement qui s'offrait à elle. Personne en vue. Encore un peu méfiante, Mariko s'aventura hors de la pièce et avança silencieusement. Elle crut alors entendre des bruits, comme une conversation entre plusieurs personnes venant du couloir. Mais elle sentit aussi une agréable odeur de cuisine provenant de derrière une des portes du couloir, à sa gauche. Elle s'approcha de la porte, qui n'était pas complètement fermée, et entendit aussi… de la musique ? Elle ne rêvait pas, elle entendait du rock, plus précisément un morceau du groupe de hard rock australien Thunder Struckers, ce qui la fit lever un sourcil. Elle s'approcha discrètement et jeta un coup d'œil par l'entrebâillement de la porte.

Dans la pièce, qui s'avéra être la cuisine, Jessica était là, vêtue d'un tablier, cuisinant, grillant des steaks à la poêle tout en faisant griller des pains à hamburger sur la plaque du four. Le téléphone de Jessica, branché et affichant une application de musique en ligne, jouait le morceau de hard rock. En cuisinant, Jessica semblait absorbée par la musique, dansant et hochant la tête au rythme, tapotant le dos des casseroles inutilisées avec ses mains comme si elle jouait de la batterie, et parfois même imitant le chant en utilisant la spatule comme microphone.

Levant un sourcil, surprise, confuse et fascinée, Mariko l'observa, la reconnaissant comme l'une des autres personnes possédant des pouvoirs. Se tenant dos à elle, Jessica ne l'avait pas remarquée. Mariko se souvint des paroles de Mathieu plus tôt, disant que le repas avait été préparé par Jessica. De toute évidence, cette Jessica était une passionnée de cuisine en plus d'être une fan de métal. Mariko poussa délicatement la porte un peu plus et fit un premier pas dans la cuisine.

_ "Euh… excuse-moi…" demanda-t-elle timidement.

Cependant, la musique était un peu trop forte, Jessica ne semblant pas l'avoir entendue et continuant sa tâche, commençant à déballer des tranches de cheddar emballées puis à les préparer à fondre. Puis, comme si elle sentait une présence derrière elle, Jessica se retourna et poussa un cri de surprise, manquant de sauter sur place, ce qui surprit également Mariko, qui sursauta légèrement en arrière. Jessica mit alors la musique en pause et expira profondément.

_ "Oh putain… Tu m'as fait peur. Encore un peu et je faisais une crise cardiaque… Ouf…" souffla Jessica, sans colère, mais sentant son cœur battre la chamade.

_ "Je… pardonne-moi, je suis vraiment désolée…" s'excusa maladroitement Mariko, se sentant stupide de ne pas avoir annoncé sa présence autrement.

Alertés par le petit cri de Jessica, les autres gardiens arrivèrent rapidement dans la cuisine, pour trouver Mariko avec elle. Voyant les autres, Mariko recula dans un coin de la pièce, intimidée.

_ "C'est bon, les gars, plus de peur que de mal." les rassura Jessica.

_ "Je… je suis désolée", répéta Mariko.

_ "Bah, t'inquiète, c'est déjà oublié", lui dit Jessica avec sympathie, sans rancune. "C'est ma faute, j'aurais pas dû mettre la musique aussi forte. Mais j'y peux rien, quand je vis ma passion, rien d'autre n'existe autour de moi, c'est comme une bulle… J'espère que tu as faim, et que t'as rien contre la viande, à moins que tu sois végétarienne, ce qui me briserais le cœur. Mais non, je plaisante, tu fais comme tu veux."

Mariko l'écouta parler, et bien qu'encore un peu intimidée par ces gens, elle fut plutôt rassurée par le caractère chaleureux et bavard de Jessica, voyant qu'elle ne jouait pas un rôle et qu'elle était totalement naturelle. Mathieu vint ensuite voir Mariko à son tour.

_ "Ça va ? Tu te sens un peu mieux ?" demanda-t-il.

_ "Je… oui… non… je ne suis pas sûre…" répondit Mariko honnêtement, très troublée.

_ "C’est normal, on serait tous pareils à ta place", dit Naveen. "Mais ne t’inquiète pas, ici tu n’es entourée que d’amis."

Mariko ne dit rien, son regard passant de l’un à l’autre. Bien qu’elle se sentît un peu gênée par tous ces regards braqués sur elle et qu’une partie d’elle-même se demandât si elle pouvait leur faire confiance, une autre partie d’elle-même voulait leur accorder le bénéfice du doute. Après tout, ils étaient venus à son secours, et sans eux, qui sait ce qui aurait pu se passer ?

Parvenant à se détendre un peu, Mariko suivit Mathieu et Lars dans le salon, tandis que Naveen restait dans la cuisine pour aider Jessica à préparer le dîner. On entendait la voix de Jessica en arrière-plan, fustigeant Naveen et sa méthode de préparation du fromage fondu, allant même jusqu'à considérer sa façon de faire comme un sacrilège, ce qui ne manqua pas de faire sourire Mathieu et Lars, amusés.

Mais en arrivant au salon, Mariko se figea à la vue de l'homme chauve aux lunettes noires et t-shirt assis dans le fauteuil, semblant l'attendre, et leva les yeux vers elle. Elle le reconnut, c'était l'homme qu'elle avait croisé par hasard le jour où tout avait basculé.

_ "Vous ?" souffla Mariko, confuse.

_ "N'aie pas peur. Il est avec nous", dit Mathieu d'un ton rassurant.

_ "Bonsoir, Mariko", dit l'homme chauve avec un sourire amical, les mains jointes, presque comme un chef mafieux dans un film. "Je suis content de te revoir et de constater que tu as repris des forces. Je t'en prie, assieds-toi."

Il fit ensuite un geste très poli vers le canapé. Mariko, d'abord hésitante, regarda Mathieu qui, du regard, lui assura qu'elle n'avait rien à craindre. N'ayant pas vraiment d'autre choix, elle choisit de le croire et alla s'asseoir sur le canapé, en face de l'homme chauve. Mathieu vint s'installer à côté d'elle, telle une présence rassurante, tandis que Lars s'adossait au mur près de la fenêtre, regardant dehors. Le silence qui s'installa d'abord dans le salon fut plutôt pesant et gênant pour Mariko, comme si l'homme aux lunettes noires attendait qu'elle lui pose une première question, ce qu'elle fit finalement.

_ "Qui… qui êtes-vous ?"

_ "Je m'appelle Rob Ozbourne", dit l'homme chauve. « Et tu connais déjà Mathieu Moreau, Lars Johansen, Jessica Sieger et Naveen Bhatt. Comme toi, ils sont les porteurs de pouvoirs très importants, et surtout, une force immense, bien au delà de ce qu'un humain ordinaire est capable de faire."

_ "Les Cœurs de Gardiens…" demanda alors Mariko, devinant.

_ "Précisément", répondit Rob. "Des artefacts anciens et uniques, chacun lié à un élément primordial, vivant au sein d'hôtes tout aussi exceptionnels, choisis par les cœurs eux-mêmes pour être les nouveaux détenteurs du pouvoir du Métal et protéger l'équilibre des mondes. J'ai passé ma vie à parcourir le monde, à la recherche de ces nouveaux détenteurs, dans l'espoir de les réunir afin qu'un jour, ils puissent accomplir leur devoir et nous sauver tous."

Mariko écoutait, de plus en plus perturbée par ce qu'elle entendait, presque comme si elle écoutait un scénario de fantasy ou de science-fiction dans un manga. Cet homme, Rob, semblait absolument sérieux et convaincu de ces paroles. Elle regarda Mathieu et Lars et vit qu'eux aussi restaient extrêmement sérieux et n'étaient pas d'humeur à plaisanter. La jeune étudiante dut prendre quelques instants pour laisser à son esprit déjà très fatigué le temps d'analyser toutes ces informations et de les accepter plus ou moins. Elle, la détentrice d'un artefact ancestral qui vivait en elle et la désignait comme l'une des gardiennes et garantes d'une sorte d'équilibre cosmique ? Cette idée simple et complètement folle lui donna le vertige, mais elle se força à rester concentrée, des milliers de questions se bousculant dans sa tête.

_ "Si j'ai bien compris, vous dites que nous devons sauver ce monde… Vous parlez de ces étranges créatures que j'ai déjà dû combattre plusieurs fois ?"

_ "Les progénitures de l'Abysse", clarifia Lars.

_ "L'Abysse ?" demanda Mariko, perplexe.

_ "Une dimension parallèle à celle-ci, un reflet sombre et déformé du monde des humains", ajouta Rob. "Un lieu de silence et de vide, chargé d'ondes négatives, d'où naissent des créatures sans âme, animées uniquement par des instincts primaires et ne cherchant qu'à consumer et détruire tout ce qui passe à leur portée. Certains spécimens, comme les Goules ou les Ravageurs, ne sont que la partie émergée de l'iceberg, et bien d'autres abominations, encore plus répugnantes, se cachent dans ces profondeurs insondables… Depuis des temps immémoriaux, les cinq porteurs de cœur n'ont cessé de combattre et de repousser les forces des abysses, et aujourd'hui, c'est à vous de reprendre le flambeau, tous les cinq ensemble, et de poursuivre le combat."

C'était complètement surréaliste, pensa Mariko. Adossée au canapé, la jeune étudiante japonaise ne dissimula pas sa confusion, réalisant que ce pouvoir qu'elle détenait depuis si longtemps était bien plus grand qu'elle n'aurait pu l'imaginer. Après avoir passé tant de temps à essayer d'en découvrir la véritable nature, elle ne s'attendait pas à une telle folie.

_ "Je sais que c'est beaucoup à encaisser, Mariko, surtout après tout ce que tu as traversé ces derniers temps." admit Rob, sincèrement désolé pour elle. "Mais il fallait que tu saches…"

_ "Ça suffit !" dit Mariko en l'interrompant brusquement et en levant les yeux vers lui, les larmes aux yeux, ne masquant plus un mélange de colère et de tristesse. "Vous dites que j'ai été choisie, que je suis destinée à être l'une des grandes protectrices d'une sorte d'équilibre universel ? Foutaises ! Comment je pourrais protéger ce monde alors que je n'ai même pas pu protéger mon père ?!"

Les lèvres tremblantes et les larmes ruisselant sur ses joues, Mariko s'effondrait nerveusement sous l'effet de toutes ces révélations, incapable d'empêcher la douleur de la mort de son père de refaire surface, apportant avec elle le poison du remords. Mathieu la serra alors doucement dans ses bras. Mariko aurait pu choisir de le repousser, mais elle se blottit contre lui, trouvant là un réconfort bienvenu malgré le fait qu'elle ne le connaissait pas tant que ça. Mathieu la serra contre lui, la laissant respirer et se calmer. Tout en serrant Mariko dans ses bras, le jeune Français lança un regard appuyé à Rob, lui signifiant que c'en était assez pour ce soir, ce à quoi Rob acquiesça. Lars, de son côté, resta silencieux, mais approuva le choix de Mathieu.


Un peu plus tard, Mariko se retrouva dans la petite salle de bain située dans le couloir, à côté de la cuisine. S'étant enfermée pour être seule, la jeune étudiante japonaise fit couler de l'eau froide dans le lavabo, s'en aspergeant le visage et tentant de rassembler ses pensées et, surtout, de se calmer.

Elle releva lentement la tête tout en s'essuyant le visage avec une serviette, se regardant dans le miroir ovale accroché au mur juste en face d'elle. Elle pouvait voir ses yeux rougis par les pleurs, les traces de larmes séchées sur ses joues… Elle, une gardienne détentrice d'un pouvoir ancestral censé protéger le monde ? Quelle blague, pensa-t-elle en se voyant si pitoyable dans le miroir. D'une certaine manière, elle aurait presque souhaité n'avoir jamais appris tout cela. Mais ce qui était fait était fait, et rien ne pouvait le changer maintenant. Sentant la tension monter en elle, Mariko prit une grande inspiration pour canaliser sa flamme intérieure, qui semblait se nourrir de ses émotions et ne demander qu'à exploser. Calme-toi, reprends-toi, respire, se répétait Mariko, fermant les yeux et inspirant et expirant lentement mais sûrement pendant quelques secondes.

Mais en rouvrant les yeux, Mariko vit soudain le miroir devant elle se remplir d'une obscurité vive et tentaculaire, la forçant à reculer. De ces abîmes mouvants émergea une forme féminine, aux yeux rouges et aux cornes, qu'elle reconnut comme celle assise sur le trône de crânes dans son cauchemar. Une aura inhumaine, macabre et écrasante s'insinua dans la salle de bains. Mariko fit tout son possible pour rester parfaitement calme malgré le malaise plus qu'évident, ne quittant jamais des yeux cette forme.

_ "Va-t'en… Laisse-moi tranquille…" murmura Mariko doucement comme un ordre, essayant de ne pas céder à la colère.

Mais l'ombre dans le miroir n'obéit pas, ne disant rien et imitant même les mouvements de Mariko, comme si c'était son reflet. Très méfiante mais désireuse de la faire partir, Mariko s'approcha du miroir avec précaution, l'ombre s'approchant inexorablement dans le reflet.

_ "Va-t'en… Laisse-moi tranquille…" répéta Mariko un peu plus fort et d'un ton beaucoup plus menaçant.

Finalement, après un long et intense échange de regards, l'ombre aux yeux rouges sembla décider de partir, reculant lentement et disparaissant dans l'obscurité, qui à son tour disparut, rendant au miroir son état normal. L'aura sombre se volatilisa également. Mariko resta un instant devant le miroir, respirant normalement et apaisant sa nervosité encore très présente. Que pouvait bien être cette chose ? Était-ce une autre créature obscure, capable de se manifester dans le subconscient pour tourmenter ses victimes ? Aucune idée, mais après tout ce qu'elle avait déjà vu, ce ne serait pas surprenant. Et pourtant, malgré toute l'obscurité qui s'en dégageait, elle avait aussi ressenti une profonde mélancolie, une intense douleur… Vraiment étrange…

Essayant d'oublier, Mariko quitta la salle de bain et retourna au salon. Mathieu, Lars et Naveen étaient là, tous assis soit sur le canapé, soit dans l'un des deux fauteuils. Rob, quant à lui, se tenait dehors, sur le petit balcon derrière la porte-fenêtre fermée, dos à eux, les mains dans les poches, fumant une cigarette tout en regardant le ciel nocturne. Mariko ne dit rien et alla s'asseoir sur le canapé à côté de Mathieu.

_ "Tu… vas mieux ?" osa alors demander le jeune homme, même s'il connaissait déjà la réponse.

_ "Je mentirais si je disais que oui, tu ne trouves pas ?" admit Mariko tristement.

_ "Ouais…" admit Mathieu. "Écoute, je suis vraiment désolé pour tout ça. C'est vrai que Rob peut être un peu trop direct, mais crois-moi, il ne voulait pas te faire de mal quand il t'a dit tout ça… Il se soucie vraiment de chacun de nous…"

_ "C'est juste… C'est vraiment trop en si peu de temps", dit Mariko. "Pendant si longtemps, je me suis demandée pourquoi j'avais ce pouvoir, et comment il m'était parvenu. Je pensais ne jamais obtenir de réponses, et finalement, une partie de moi regrette d'en avoir obtenue."

Tout en parlant, elle regarda ses mains, comme si elle se demandait si elles étaient toujours les siennes. Sentant sa gorge se serrer, elle retint de nouvelles larmes, ravalant du mieux qu'elle put la douleur qui la rongeait encore. La voyant ainsi, Mathieu voulut la soutenir, posant doucement sa main sur son épaule et lui faisant comprendre par son regard qu'elle n'était pas seule.

_ "La quête de la vérité est souvent plus douloureuse que l'ignorance", dit Naveen avec sagesse. "Mais c'est souvent cette même vérité qui nous fait avancer et nous rend plus forts."

Mariko l'écouta et crut comprendre ce qu'il essayait de dire, même si elle doutait encore sérieusement d'elle-même et de la vérité derrière son pouvoir et son rôle. Elle ne savait plus vraiment quoi penser ni même quoi croire. Tant de questions restaient sans réponse, dont l'une était : voulait-elle vraiment en savoir plus ?

La conversation prit fin lorsque Jessica arriva de la cuisine, apportant les hamburgers maison fumants sur un plateau.

_ "Le dîner est prêt !" dit-elle en souriant. "J'ai préparé des hamburgers façon Hambourg, vous allez m'en dire des nouvelles.

Sans hésiter, elle plaça chaque assiette devant chacun de ses amis, qui purent constater que les hamburgers avaient effectivement l'air généreux et, surtout, délicieux, les pains bien dorés et la viande apparemment cuite à la perfection.

_ "Hé, Papa Rob, le dîner va être froid !" appela Jessica.

_ "Laisse le tranquille. Je pense qu'il a besoin d'être seul. Il mangera plus tard." suggéra Lars en regardant Rob, immobile sur le petit balcon.

Sur ce, le groupe de jeunes gardiens se prépara à passer à table.

_ "Bon appétit !" dit Jessica avec gourmandise, avant de croquer son hamburger avec enthousiasme.

Mathieu, Lars et Naveen prirent leurs hamburgers à tour de rôle, les croquant et semblant apprécier le goût et la consistance.

_ "Tendre mais ferme, et très juteux… Tu es vraiment la reine des burgers, Jess." commenta Naveen.

_ "Franchement, t'as déjà pensé à te reconvertir et à ouvrir un restaurant ?" ajouta Lars, plus réservé mais reconnaissant qu'il appréciait le goût.

_ "Je cuisine par amour, pas par profit", déclara Jessica.

Mariko, quant à elle, était restée plutôt discrète, mais prit tout de même le burger devant elle et en prit une petite bouchée.

_ "C'est très bon…" dit-elle doucement à Jessica. "Au fait, je voulais… te remercier pour le repas que tu as préparé tout à l'heure… C'était très gentil de ta part."

_ "C'est normal. Entre amis, il faut se serrer les coudes, et pour ça, la nourriture est le meilleur des remèdes." répondit Jessica avec sympathie, levant le pouce avec sympathie.

La compassion de cette jeune Allemande ne cessait d'étonner Mariko. Elle ne la connaissait que depuis très peu de temps, et pourtant elle la considérait déjà comme une amie. Bien que cela ait pu la surprendre, Mariko en fut touchée, ce qui lui ramena une petite chaleur réconfortante.

_ "Ouais… pas mal, même s’il manque un peu de sauce à mon goût", fit Mathieu d’une voix légèrement critique.

_ "Dis donc, le jour où tu sauras faire réchauffer des pâtes au micro-ondes, je te demanderai ton avis, le Frenchie !" s’exclama Jessica avec indignation, presque enfantine pour son âge.

Mathieu adressa alors un sourire provocateur à Jessica, qui vit rouge. Naveen ne put s’empêcher d’éclater de rire, tandis que Lars restait blasé, visiblement très habitué à ce genre de situation. Mariko observa la situation, et même si elle ne s’y prêtait pas avec tout ce qui lui arrivait, elle parvint à retrouver un léger sourire en voyant cette bonne humeur au sein de ce groupe de jeunes qui, bien qu’encore inconnus pour elle, lui ressemblaient. Un petit détail qu’elle venait d’entendre suffit même à la faire glousser légèrement d’amusement.

_ "Alors… Mathieu ne sait même pas faire cuire des pâtes ?" demanda-t-elle timidement à Jessica.


Pendant ce temps, depuis le petit balcon extérieur, Rob observait le repas entre les cinq gardiens, constatant qu'une bonne entente s'était installée et voyant même Mariko sourire un peu et discuter avec Jessica. La vue de tous ces porteurs de cœurs de métal réunis, tous venus d'horizons différents, suffisait à faire sourire Rob et à raviver une lueur d'espoir en lui… Un espoir que ces cinq jeunes âmes incarnaient pour ce monde.

_ "Nous y voilà, Hana…" soupira-t-il doucement, s'appuyant sur ses coudes et contemplant pensivement le ciel étoilé, une expression mélancolique derrière ses lunettes, mais toujours souriant. "Tous nos espoirs reposent désormais sur ta fille et ses amies."


Un peu plus tard…

Après le dîner, comme il se faisait tard, Jessica et Lars s'étaient livrés à un concours de bière, sous les yeux consternés de Rob qui se frottait la tempe, déjà las du résultat. Naveen, quant à lui, faisait comme si de rien n'était et consultait son téléphone.

Pendant ce temps, Mathieu sortit de la salle de bain après une bonne douche et remarqua que Mariko semblait hésitante, debout devant la porte de sa chambre, comme si elle avait peur d'entrer.

_ "Mariko ?" demanda le jeune homme, concerné. "Ça va ?"

_ "C'est juste que… j'ai le sommeil agité ces derniers temps. Dès que je ferme les yeux, je fais… d'horribles cauchemars…"

Elle n'osa pas en dire plus, de peur de voir ces horribles images refaire surface dans son esprit. Mathieu vit clairement qu'elle avait peur et vint la voir. Elle se tourna vers lui et le regarda dans les yeux, même s'il la dépassait d'une tête. Elle n'avait pas oublié qu'il était là à son réveil et qu'il l'avait réconfortée plus tôt… Intimidée, hésitante au début, elle lui prit doucement la main, ce qui le surprit un peu.

_ "J'ai… j'ai peur d'être seule… Tu peux… Tu peux rester avec moi ce soir ?" demanda-t-elle.

Mathieu ne sut pas quoi dire au début, un peu gêné par une telle demande, mais il savait aussi que Mariko avait plus que jamais besoin de soutien. Il ne pouvait se résoudre à la laisser ainsi. Et une fois de plus, tous deux, sans pouvoir l'expliquer et sans en comprendre le sens, ressentirent à l'unisson cette résonance de leurs cœurs gardiens respectifs, comme s'ils réagissaient l'un à l'autre. En se regardant, chacun devina que l'autre le savait aussi.

_ "Bien sûr. Je reste avec toi." fut la réponse douce et attentionnée qu'il lui donna.

Rassurée, Mariko le remercia d'un regard. Ainsi, elle et Mathieu entrèrent dans la petite pièce. La jeune étudiante japonaise s'allongea dans son lit, puis ce fut au tour du jeune Français de s'installer à ses côtés, malgré la petite largeur du lit. Mariko, rassurée par la présence de quelqu'un, se blottit doucement contre Mathieu et ferma les yeux pour s'endormir. Mathieu la laissa faire, l'observant quelques instants, les joues légèrement rouges… Elle était si vulnérable et pourtant si forte à la fois. Combien de personnes auraient perdu la raison après avoir tant souffert ? Mais pas Mariko… Elle souffrait, mais elle restait debout malgré tout. Elle était vraiment incroyable.

Finalement, Mathieu ferma les yeux à son tour, restant aux côtés de Mariko, se jurant de ne jamais la laisser seule.

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