Ce qui reste après
Adeline se réveilla dans son lit. Elle remarqua son plateau sur sa table de nuit, et la présence de Luc à ses côtés.
Elle tenta de s'asseoir, mais son épaule la lança au premier mouvement qu'elle fit.
_ Adeline!
La jeune femme jeta un coup d'œil à son bras. Il avait été entouré de bandages. Luc, lui, la regardait avec inquietude.
_ Tu es… tu es inquiet ?
_ Pardon? Non, je…
_ Si! Je me rappelle maintenant. C'est ta voix que j'ai entendu avant de m'évanouir. Tu avais l'air paniqué. Je croyais que les servants ne ressentaient pas les émotions.
_ Je suppose qu'il est temps de t'expliquer certaines choses. D'abord, explique moi ce qu'il s'est passé.
Adeline lui raconta tout, et lorsqu'elle eut fini, il se leva et commença à faire les cents pas.
_ Ce n'est pas si grave…Ça ne fait pas si mal que ça.
_ Bien sûr que si, ça te fait mal, n'essaie pas de prétendre le contraire. J'ai pu constater de moi même l'état de ta brûlure. Elle n'y est pas allée de main morte, tu ne pourras pas te servir de ton bras pendant une durée conséquente.
_ Pourquoi a-t-elle fait ça?
_ Je ne sais pas… j'en parlerai à Marianne. En attendant, tu devrais rester ici quelques jours. Peut-être pourrons-nous te confier quelques tâches une fois que ton bras ira mieux. Il faudra aussi que tu vois un médecin.
_ D'accord… Mais je veux que tu m'expliques cette histoire d'émotion.
_ Tu devrais peut-être terrible reposer d'abord. Tu es très pâle…
_ Ça ira. Explique moi, s'il te plaît.
_ Bon. Comme tu le sais, nous autres de la classe moyenne sommes censés avoir pris le Sérum, et voir nos émotions anesthésiées. Mais Adrian considère que le contrôle de nos émotions nous prive de nos identités… de notre humanité. Et comme il a du respect pour nous, il nous donné l'antidote. Mais ce qu'il a fait est interdit et il pourrait avoir des ennuis si on le découvrait. C'est pourquoi il limite au maximum le nombre de personnel. Je pense qu'il ne tardera pas à te donner l'antidote. Il doit d'abord s'assurer que tu ne nous trahiras pas.
Adeline réfléchit un instant. Elle était persuadée que quelque chose s'était mal passé lorsqu'on lui avait injecté le Sérum. Ses émotions étaient les mêmes avant et après sa mort. Devait elle le dire à Luc? Il le dirait sans doute à Shinner et à Marianne, mais il garderait certainement son secret. Et puis elle n'aurait plus à contrôler ses émotions, et eux non plus. Oui, c'était la chose à faire.
_ En fait… j'ai quelque chose à te dire.
_ Oui?
_ Le Sérum n'a pas fait effet sur moi. Mes émotions n'ont pas changé depuis ma mort. Elles sont les mêmes qu'avant.
Luc resta silencieux quelques secondes, avant de prendre la jeune femme dans les bras. Il la serra contre lui quelques secondes, puis la relâcha avec un sourire éclatant.
_ Tu es une anomalie!
_ Je ne comprends pas ce qu'il y a de bien à ça, rétorqua Adeline, vexée.
_ Je dois aller raconter tout ça à Adrian!
_ Tu ne l'appelles pas Monsieur ? Je croyais que…
_ Nous devions tous donner le change devant toi, afin de te faire croire que Marianne et moi étions toujours sous l'emprise du Sérum. En réalité nos relations avec Adrian sont beaucoup plus cordiales que ce que nous t'avons montré.
_ Va-t-il cesser de se comporter ainsi avec moi?
Luc hésita, puis sourit d'un air hésitant.
_ Sans doute, oui. Qu'est ce que ça fait du bien de pouvoir enfin exprimer mes émotions! Et toi aussi tu dois être soulagée.
Adeline hocha la tête.
_ Bon, repose toi maintenant! Je vais parler à Adrian et Marianne et je reviendrai avec eux.
La jeune femme voulut protester, mais ses yeux se fermaient d'eux-même, elle ne résista donc pas.
Quelques heures plus tard, elle se réveilla, Marianne et Luc à son chevet, et Shinner marchant comme un lion en cage. Lorsqu'il la vit ouvrir les yeux, il se précipita vers elle.
_ Luc m'a tout raconté. Comment vas-tu?
_ Mieux. Mais mon épaule me fait toujours souffrir…
_ J'ai appelé un médecin. Il m'a aussi dit que tu étais au courant pour l'antidote que je leur ai administré, et que tu étais toi-même capable de ressentir aussi fortement qu'avant ta mort.
Adeline confirma, et un léger sourire apparut sur les lèvres du Maître de maison.
_ C'est parfait! Merveilleux! Si tu dis la vérité, nous tenons peut-être la solution à l'un des problèmes nous préoccupant.
_ Comment ça ?
Il s'assit sur le bord de son lit et plongea son regard dans celui de la jeune femme.
_ Nous vivons dans un système injuste. Une dictature ignoble dans laquelle les capacités décident de ta place dans la société. Je ne supporte pas ça, et l'un de mes projets est de libérer les morts de ce Sérum. Jusqu'à maintenant, le seul moyen est l'antidote mais il est difficile de s'en procurer. Mais toi, Adeline, toi! Tu as quelque chose qui à fait échouer l'effet du Sérum! Et je compte bien découvrir quoi, afin de déterminer si l'on peut s'en servir.
_ Je… je comprends.
_ Adrian! le réprimanda soudain Marianne. Rappelle-toi ce qu'on a dit.
_ Oui, oui… je ne ferai mes recherches que si tu es d'accord, évidemment.
_ Pas de problème, murmura Adeline, troublée par la façon dont se parlaient à présent les trois personnes autour d'elle.
Elle se demanda depuis combien de temps ces trois là se connaissaient. À présent qu'ils avaient laissé tomber leurs faux-semblants, la relation entre Luc et Shinner ressemblait à présent à une relation amicale, voir même fraternelle, et les remontrances de Marianne à l'égard du Maître de maison faisaient penser à un comportement presque… maternel.
Ils débattaient à présent sur ce qu'il convenait de faire, lorsqu'Adeline posa enfin la question qu'elle avait sur le bout de la langue.
_ Est ce que cette femme est partie ?
_ Oui, lui répondit Shinner. Je n'arrive pas à croire qu'elle ait osé te faire mal de cette façon.
_ C'est inacceptable! renchérit Luc.
_ Je vais regarder si le docteur est arrivé. Rappelle-toi, Adeline. Les seules personnes devant lesquelles tu peux être toi-même sont moi, Adrian et Luc, lui rappela Marianne.
_ Oui.
La vieille femme hocha la tête et sortit.
_ Je vais devoir y aller aussi, leur dit Adrian. Il vaut mieux qu'on ne me voit pas au chevet d'une servante. Au revoir.
Il se retira, avec un dernier sourire à l'attention d'Adeline.
_ Eh bien, ce n'est plus le même homme.
_ Ta présence le dérangeait car il devait donner le change, mais maintenant que tu fais partie de notre petit secret, il peut se détendre. Et puis l'inefficacité du Sérum sur toi change la donne.
_ Je vois. Si je peux me permettre, depuis quand connais-tu M. Shinner?
_ Plus de deux cents ans! Nous avons quasiment le même âge et sommes morts à seulement quelques mois d'écart. J'ai passé cinquante ans dans une autre demeure, puis vingt cinq ans dans une deuxième avant d'atterrir ici. Il m'a pratiquement accueilli à bras ouverts. Il comptait sur mon absence de pouvoir pour me convaincre de l'injustice du système. Il m'a rapidement administré l'antidote, et nous sommes devenus amis.
_ Et Marianne?
_ Elle était déjà là quand je suis arrivé, ils avaient déjà cette relation mère-fils. Elle fait pas partie de ses connaissances de vivants.
Adeline tenta d'assimiler les informations. D'un coup, Shinner lui paraissait beaucoup plus humain, plus naturel.
_ Et sa mère ? C'est peut-être stupide mais je croyais qu'une fois mort, on ne retrouvait pas forcément ses proches d'avant.
_ C'est normalement le cas. Les personnes faisant partis de la haute société correspondent à 15% des morts. Les chances d'y retrouver un proche sont faibles. Le hasard à fait que Adrian et sa mère se sont retrouvés. Mais ce n'est pas pour le plus grand bonheur d'Adrian…
_ Pourquoi donc?
_ Eh bien, tu as pu remarquer qu'Adrian est très jeune. Il a mon âge. Il est mort avant sa mère, et l'a toujours soupçonné d'avoir orchestré sa mort.
Adeline le regarda avec horreur.
_ Il pense que… que sa mère l'a tué?
Luc acquiesça avec un air grave.
_ Adrian est mort depuis plus de trois cents ans. Il a vécu dans des temps plus durs, ou les liens familiaux… n'étaient pas les mêmes qu'à l'époque actuelle. Je crois que Marianne était sa nourrice. C'est lui qui a arrangé des dossiers pour qu'elle se retrouve à son service.
_ Je vois…
Quelqu'un toqua à la porte. Luc se composa un air neutre, imité par Adeline, puis ouvrit la porte.
Un homme dans la quarantaine entra, les traits impassibles lui aussi. Il congédia Luc, et s'assit à sa place.
_ Bien, que vous est-il arrivé?
Devait-elle dire la vérité ? Elle opta pour un mensonge, de peur de se mettre à dos une femme de la haute société.
_ J'ai trébuché et suis tombée sur la cheminée…
Le docteur enleva délicatement le bandage, mais fronça les sourcils en voyant la plaie.
_ C'est grave ?
_ Vous aurez une cicatrice. Vous avez été brûlée au troisième degré. Ils ont bien fait en vous administrer un anti-douleur.
Adeline retint une grimace. Elle avait tellement mal qu'elle était au bord de l'évanouissement et il lui disait qu'elle était sous l'effet d'un anti-douleur?!
Elle soupira, et il lui offrit un sourire se voulant désolé, mais qui ressemblait plutôt à un rictus sans émotion.
_ Vous resterez sous anti-douleurs pendant au moins 2 semaines. Je vous interdit de sortir de ce lit pendant cette durée. Ensuite, je proscris les mouvements brusques ou quoi que ce soit forçant trop sur votre épaule pour un mois de plus. Dans environ deux mois vous pourrez bouger normalement et reprendre vos activités. Mais vous garderez une marque de ce malheureux… incident à vie. Enfin en attendant, quelqu'un devra vous appliquer de la pommade sur l'épaule matin et soir pendant trois mois minimum, afin d'aider à la cicatrisation de la brûlure, et estomper au maximum la marque. Tenez.
Il lui tendit un pot de pommade, de taille assez moyenne. Adeline l'ouvrit et découvrit une solution claire, à la senteur florale. Elle en fut rassurée; les pommades ne sentaient pas toujours très bon…
Après quelques dernières consignes, le docteur s'en alla, et Adeline resta seule.
Si sa blessure la faisait atrocement souffrir, le fait de savoir qu'elle n'aurait plus à camoufler ses émotions était une véritable libération.
Quelques heures plus tard, Luc entra de nouveau, tout sourire.
_ Re bonjour, belle demoiselle! J'ai été chargé de t'appliquer ta pommade, lui expliqua-t-il avec un clin d'œil.
_ Prépare tes yeux, ce n'est pas un spectacle agréable.
_ J'ai vu pire, ne t'en fais pas.
Il s'assit vers la jeune femme et entreprit de défaire le bandage le plus délicatement possible. Il avait beau être doux, chaques contacts avec la blessure était suivie d'une grimace de la jeune femme. Afin de faciliter les soins, elle portait à présent un débardeur dont la bretelle avait été repoussée sur son bras, laissant la zone libre. Une fois le bandage complètement enlevé, Luc commença à appliquer la pommade. Adeline ferma les yeux, s'attendant à souffrir, mais heureusement le traitement lui donnait une sensation de fraîcheur bienvenue. Lorsqu'il eut finit, il passa à la salle de bain pour se laver les mains, et revint s'asseoir vers elle.
_ Afin d'éviter que le bandage n'absorbe toute la pommade, il faut laisser poser à l'air libre une trentaine de minutes. Ensuite je te remettrai ton bandage et le laisserait te reposer. Sauf si tu veux toujours de ma présence évidemment, lui dit-il avec un sourire charmeur.
Ils discutèrent donc une vingtaine de minutes de tout et de rien, Adeline demandant des précisions sur cette société, et Luc lui expliquant avec bonne humeur tout ce qu'elle avait à savoir. Il fallut à la jeune femme un petit temps d'adaptation face à la véritable personnalité du cuisinier.
Elle apprit donc que c'était le Sénateur qui dirigeait le Gouvernement. Il avait nommé quatre Ministres, s'occupant de domaines particuliers. La Haute Société, composée des morts possédants les capacités les puissantes, composait la noblesse. Certains d'entre eux avait des capacités appartenant à une classe encore superieure, et étaient donc encore plus respectés. La classe moyenne et les servants servaient de main d'œuvre et étaient sous l'emprise du Sérum, contrairement à la Haute Société.
Enfin, elle apprit que pour une raison inconnue, les enfants de moins de onze ans ne se Réveillaient pas après leur mort. Luc lui confia qu'Adrian se questionnait beaucoup sur ça, malgré les explications pourtant crédibles du Sénateur.
Pourquoi seuls les enfants échappement au Réveil? Cela cachait-il quelque chose ?
Le lendemain, la douleur qui s'était pourtant apaisée dans la nuit revint, encore plus fort. Lorsque la porte s'ouvrit sur Shinner, Adeline était en train de se tordre de douleur dans son lit.
Il s'approcha avec une mine inquiète, et épongea la sueur de la jeune femme avec un tissu frais. Il s'installa ensuite à ses côtés et lui fit avaler le contenu d'une fiole.
_ C'est un anti-douleur, lui dit-il simplement.
Adeline l'avala difficilement, puis tenta de se redresser sur ses oreillers, geste qui lui tira un cri de douleur.
_ Ne tente pas de bouger.
Elle obéit et resta immobile.
Il s'assura qu'elle était prête, et enleva son pansement. Puis il lui appliqua la pommade, chaque contact avec la peau de la jeune femme lui provoquant des frissons de fraîcheur. Une fois finit, il se plongea dans la lecture d'un livre.
_ Excusez-moi, M. Shinner…
_ Appelle-moi Adrian.
_ D'accord. Je voulais savoir si je pouvais vous emprunter un livre, pour m'occuper.
_ Bien entendu. Je demanderai à Marianne de s'en occuper.
_ Merci.
Il hocha la tête et se replongea dans sa lecture.
_ Que lisez-vous?
_ Le Seigneur des Anneaux. Connaissez-vous?
_ J'avais vu les films.
_ Les livres sont mieux.
_ Ah bon…
Le silence retomba, seulement troublé par le bruit des pages.
Une dizaine de minutes plus tard, Adrian lui remit son bandage, et se retira avec un signe de tête amical. Adeline le remercia d'un sourire.
Une routine s'installa ainsi. Le matin, Adrian s'occupait de ses bandages et de la pommade, et le soir c'était Luc. Marianne lui apportait régulièrement des livres à lire. Sur les consignes d'Adrian, elle avait commencé par apporter à Adeline Le Seigneur des Anneaux.
La jeune femme avait commencé à les lire, mais n'avait pu s'empêcher de sauter quelques pages.
À la fin de la première semaine, ses douleurs s'étaient calmées.
Alors que Marianne lui apportait un nouveau livre, elle lui confia qu’Adrian était soulagé de ne plus voir Adeline en train de gémir de douleur lorsqu'il arrivait le matin.
Un matin, le cinquième jour de la deuxième semaine, ce fut Marianne qui entra à la place d'Adrian.
Elle effectua l'application de la pommade sans rien laisser paraître, mais un tremblement dans ses gestes indiquait son stress.
_ Que se passe-t-il ?
_ Je te jure que j'ai essayé de l'en empêcher! Adrian était très en colère, j'ai cru qu'il allait la gifler, mais même-lui n'a pas pu la faire changer d'avis.
_ De quoi tu parles?
_ Madame est passée à l'improviste aujourd'hui, et elle veut absolument te rendre visite, seule à seule. Adrian est en ce moment même en train de se battre pour l'empêcher de venir. Il insiste pour que l'échange se fasse en sa présence.
À la mention de la mère d'Adrian, un frisson parcourut Adeline. Sans même qu'elle s'en rende compte, une larme glissa le long de sa joue et vint s'écraser sur le lit.
_ Bon dieu, elle ne peut te voir si tu es dans cet état. Tu n'es pas censée avoir peur d'elle. Je pense que c'est pour ça qu'elle veut te voir. Elle doit soupçonner son fils de nous avoir administré l'antidote, et veut vérifier d'elle-même.
Alors qu'elle tentait de la rassurer, des éclats de voix se rapprochèrent.
_ Très bien, vas-y, mais je resterai là!
_ Tu n'as donc pas confiance en ta vieille mère?
_ Exactement! Et si vous la tuiez?
_ Je croyais que sa présence te dérangeait.
_ Ce n'est pas parce que sa présence me gêne que je veux pour autant la voir morte!
_ Pff… je n'ai jamais eu l'intention de tuer cette pauvre enfant. Je voulais simplement l'avertir, et j'ai mal contrôlé ma force. Tu me connais, je suis vieille et maladroite.
_ N'utilisez pas ce genre d'excuses avec moi, mère.
À ce moment-là, la porte s'ouvrit brusquement, et Marianne et Adeline se composèrent aussitôt un air neutre.
La mère d'Adrian avait rassemblé ses longs cheveux blonds en chignon strict, et elle portait aujourd'hui une magnifique robe violette ajustée au col en V.
_ Dehors, dit-elle à Marianne, qui obéit aussitôt et sortit de la pièce les yeux baissés. Adrian, je suppose que tu restes ?
_ Vous supposez bien, mère.
_ Ce que tu peux être immature… pas une once de sympathie envers la femme qui t'as donné naissance et qui t'as élevé!
_ Vous n'en avez pas eu beaucoup pour moi le jour où vous m'avez tué.
_ De stupides et fausses accusations! Enfin, ce n'est pas pour parler de notre ancienne vie que je suis là.
Elle se tourna vers Adeline, et la scruta de ses yeux noirs, donnant l'impression à la jeune femme qu'elle allait lui transpercer l'âme.
Elle s'approcha de la jeune femme et s'assit sur la chaise qu'occupait Marianne quelque instants plus tôt.
_ Me permets-tu, très chère?
Adrian adressa un petit signe de tête à Adeline, qui acquiesça donc à l'égard du monstre assise à côté d'elle.
Celle-ci lui offrit un sourire faussement désolé, et entreprit de lui enlever son pansement. Contrairement à ce que la jeune servante imaginait, elle n'effectua pas de gestes brusques. Au contraire, elle s'en occupa avec douceur.
Elle observa la plaie en pleine cicatrisation, et tourna un visage désolé à l'adresse de Adeline.
_ Oh mon dieu! Je n'avais pas mesuré l'intensité de la chaleur de mes mains… Eh bien cette blessure laissera une cicatrice odieuse, une fois complètement cicatrisée! Quel dommage… En revanche je n'arrive pas totalement à percevoir l'ampleur des dégâts. Laisse-moi éclairer un peu mieux.
Elle effectua un rapide mouvement de poignet, et une flamme apparut au creux de sa main. Adeline fit de son mieux pour rester impassible, et cacha ses mains pour ne pas montrer ses tremblements. Le feu était devenu un terrible traumatisme, dû à sa mort et à sa précédente blessure.
La mère d'Adrian parut déçue devant le manque de réaction de la servante. Elle se releva donc, et sortit de la pièce entraînant son fils avec elle.
La porte claqua et le silence retomba. Luc entra alors, et se précipita au chevet d'Adeline.
_ Qu'est ce que cette abominable femme t'as fait ?!
_ Rien. Elle a essayé de me provoquer, mais je n'ai pas réagi, ne t'inquiète pas… mais elle a défait mon bandage.
_ Je m'en occupe, ne t'en fais pas.
Il refit son pansement, puis prit la jeune femme dans ses bras un court instant.
_ Je dois retourner en cuisine. Je reviendrai ce soir.
La servante acquiesça, et il repartit d'où il était venu.
Quelques heures plus tard, Adrian entra une nouvelle fois dans la chambre.
_ Adeline! Tu t'es magnifiquement bien débrouillée. Si ma mère a sans doute encore quelques suspicions, tu as joué ton rôle à la perfection.
Il s'assit avec enthousiasme à côté d'elle et lui raconta la suite de la journée.
_ … Et ensuite elle est partie comme ça! Tu te rends compte?!
Adeline retint un éclat de rire, geste que remarqua Adrian.
_ Pourquoi tu te retiens?
_ Pardon?
_ Pourquoi tu te retiens de rire?
_ Je crois que je suis encore mal à l'aise de laisser libre cours à mes émotions face à vous. Après tout, vous m'avez habitué à un jeune homme froid, agacé par ma simple présence. Je ne sais pas vraiment comment agir face à votre jovialité soudaine.
Il se pencha vers elle, et ficha son regard dans celui de la jeune femme.
_ Commence par me tutoyer, murmura-t-il. Et excuse moi pour mon comportement durant ces premières semaines passées ensemble. J'étais persuadé que tu étais une espionne du Sénateur, et je ne supportais pas l'idée qu'à cause de toi je ne puisse plus mener mes recherches tranquillement, et que nous ne puissions plus agir naturellement. Je suis rassuré de te savoir avec nous.