Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël
Chapitre 13 : L’infirmière ****
Le samedi midi, Julia me fait une petite crise de jalousie, parce qu’elle trouve que nous ne faisons plus assez de choses entre filles et je dois lui donner raison. Je décide donc de l’inviter au match d’Eden, pour passer un peu de temps avec elle et surtout enfin lui présenter mon ami.
Elle est enchantée par ma proposition et nous nous rendons donc au stade pour dix-huit heures. Nous nous installons à « mon endroit », à savoir le bord du terrain, et elle est si heureuse d’avoir une si bonne vue qu’elle ne se plaint même pas de devoir rester deux heures debout. Le match débute et nous passons la première mi-temps à papoter, nous abordons longuement ses déceptions amoureuses avec les garçons qui lui plaisent sur le campus et je la pousse à changer de « cible ».
Lorsque la mi-temps sonne, l’équipe fonce droit sur nous puisqu’ils viennent boire au bord du terrain, pratiquement à nos pieds.
- Voilà de la perfection en arrivage ! glousse-Julia.
- Choisis-en un ! plaisante-je.
Elle ouvre de grands yeux affamés alors qu’un spectacle viril déroule sous nos yeux. Les garçons de l’équipe boivent, se renversent de l’eau sur la tête et certains enlèvent même leurs tee-shirts pour se rafraichir.
- Honnêtement, je choisirais le capitaine… et je ne dis pas ça pour son statut, il est vraiment le plus beau de l’équipe… Tu… il ne t’intéresse vraiment pas ? demande-t-elle avec des yeux hésitants.
- Non ! Je te le jure Julia, vraiment.
Elle a l’air heureuse de ma réponse et mon meilleur ami ne tarde pas à venir se percher devant nous, comme d’habitude. Je lui présente donc Julia, qui est drôlement timide comparé à d’habitude et le complimente discrètement sur sa façon de jouer.
- Hestia… Je crois que je vais devoir zapper la promenade de Cal ce soir… le coach aimerait qu’on emmène l’équipe adverse à la soirée pour faire un peu de cohésion, et puisque je suis le capitaine… mon absence serait vite remarquée… tu pourrais venir avec …, commence Eden.
- Hors de question ! m’exclame-je. Tant pis pour notre balade, ce n’est pas grave.
- Sinon tu peux toujours m’attendre chez moi ? Je ne resterai pas longtemps là-bas… une heure maxi… juste pour faire bonne figure, reprend-il.
- Mais non, je vais rentrer.
- S’il te plait Titi ! J’adore notre balade du samedi soir ! C’est presque le seul moment où on peut débriefer notre semaine ! geint-il.
- Je ne vais pas poireauter chez toi ! m’exclame-je.
- Fais-le pour Cal, tu sais qu’il sera trop heureux d’être avec toi plutôt que tout seul…, insiste-t-il.
Une petite partie de soirée en tête à tête avec Calyouk dans un appartement luxueux n’est quand même pas le pire programme après tout.
- Bon d’accord, je t’attendrai, va me chercher tes clés ! accepte-je.
Il repart à toute vitesse et je me tourne vers Julia :
- Dis-lui voir quelque chose ! m’exclame-je. On dirait qu’il ne t’intéresse pas !
- Je n’ose pas ! siffle-t-elle. Je n’ai jamais dragué un gars comme lui et il ne m’a pas l’air plus intéressé que ça !
- Je vais t’aider, chuchote-je alors qu’il revient à toute vitesse.
Il se reperche sur la barrière en me tendant une clé que je ne connais pas en s’expliquant :
- C’est notre double, on s’est toujours dit qu’il faudrait qu’on le file à quelqu’un de confiance au cas où mais Hunter n’était pas chaud pour le donner à un mec de l’équipe. Et avant que tu demandes, je lui ai bien sûr demandé et il était ok pour qu’on te la file, surtout si tu es amenée à t’occuper de Cal quand il ne peut pas.
- Oh, c’est vrai que c’est intelligent… je devrais peut-être te donner un double au cas où je sois dans la panade puisque Julia n’est jamais là…, dis-je pensivement.
Je lui lance un regard interrogatif et elle hoche la tête pour confirmer que ça lui va lorsque l’idée de génie m’effleure l’esprit :
- Eden, tu pourrais donner ton numéro à Julia, comme ça, si c’était elle qui se retrouvait coincée à la porte, elle pourrait t’appeler quand tu auras la clé… ? propose-je innocemment.
- Bien sûr pas de problème.
Les joues de Julia deviennent rouge cerise alors qu’elle entre dans son portable le numéro qu’Eden lui cite, penché vers elle pour vérifier qu’elle ne se trompe pas.
- Allez, bon match les filles ! J’essaie de rester une heure max à la soirée mais si je traine un peu, attends-moi Hestia ! supplie Eden.
- Ça marche !
Il retombe sur le terrain avant de courir rejoindre son équipe et Julia se tourne lentement vers moi, la bouche grande ouverte, son téléphone serré précieusement entre ses mains.
*
Après le match, je me rends chez Eden avec ma nouvelle clé et Calyouk m’accueille avec autant d’entrain que d’habitude.
C’est étrange d’être seule ici, je suis là pour un moment, une bonne heure a priori et connaissant Eden, j’estime qu’il risque de s’emballer et d’y rester deux. Je suis toujours plantée dans la cuisine, mais ma curiosité grimpe en flèche. J’ai ce bel appartement pour moi toute seule et j’ai bien envie de le découvrir un peu alors je trottine joyeusement jusqu’au balcon, qui m’intrigue depuis le premier jour.
Dès que je sors, je suis époustouflée. La terrasse est immense, elle fait tout le long de l’appartement, à savoir le salon, la chambre d’Eden sur la gauche et celle d’Hunter sur la droite, qui ont visiblement chacun une porte privée pour y accéder. La vue est incroyable, vertigineuse, les lumières de la ville en contre-bas m’apaisent et j’observe l’agitation douce de la soirée, les étudiants qui marchent et rient, les commerces de nuit qui luisent, les gens qui promènent leurs chiens… Et moi, invisible en haut de ma petite tour qui les espionne, appuyée sur la barrière. Calyouk se couche à mes pieds tandis que j’observe la petite fourmilière nocturne.
Je reste un moment dehors, j’y bois même un thé pour me réchauffer en me régalant de la vue et du vent frais qui me caresse mais le froid finit tout de même par avoir raison de moi et je rentre. Dès que je regagne l’appartement, ma curiosité reprend, j’ai tellement envie de fureter, je sais que ce n’est pas très poli mais je ne peux pas m’en empêcher et je marche donc dans la grande pièce de vie en allumant simplement une petite lampe chaleureuse. Plus je détaille la pièce, plus je la trouve raffinée. Le mobilier sombre est sublime, en bois massif de bonne facture, il y a des vases et des sculptures en une espèce de roche volcanique noire sur les étagères mais le tout reste très sobre et minimaliste.
Je m’arrête devant la grande étagère remplie de livres, en prenant quelques-uns au hasard pour les observer. L’un est épais et traite apparemment de gestion, un autre de comptabilité, un troisième de sujets que je ne comprends même pas. On dirait presque que les livres sont choisis au hasard, comme s’ils faisaient partie de la décoration avec leurs couvertures noires… si l’on exclut l’étage qui arbore tous les livres de droit d’Hunter qui sont justifiés.
Je me demande un peu lequel des deux est féru de décoration au point d’avoir une étagère remplie de livres inutiles mais je ne peux imaginer ni l’un ni l’autre alors j’en conclus que c’est peut-être tout simplement un héritage de famille … Je ne sais pas trop, mais finalement ce qui détonne le plus dans cet appartement sont les deux garçons qui habitent dedans.
Ça me fait réfléchir, puisque l’appartement a été acheté par les parents d’Hunter, je commence à réaliser qu’il était peut-être déjà comme ça lorsqu’ils ont emménagé et que je suis simplement en train de découvrir la décoration d’un de ses parents. Cette idée me plait, peut-être parce que je n’ai pas de famille mais je trouve ça touchant d’imaginer un parent qui encourage son fils à habiter dans l’appartement qu’il a habité autrefois, quand lui-même était à l’université, comme une petite continuité familiale… C’est adorable.
Ma curiosité continue et j’approche de la chambre d’Eden, dont j’ouvre la porte. Je reste sur le seuil, parce que je ne veux pas non plus pénétrer dans son espace sans sa permission mais puisqu’il est mon meilleur ami, je n’ai pas de scrupules à jeter un coup d’œil. Le sol est jonché de vêtements de sport et de cahiers, les murs couverts de banderoles et de fanions aux couleurs de son équipe, le bureau croule sous des coupes et des médailles… Je souris un peu face à cette vision, constatant à quel point il est évident que le rugby est toute sa vie et je prie pour que son rêve de devenir professionnel se réalise un jour.
Je rappelle Calyouk, qui a déjà sauté dans le lit, et je referme avant de me diriger de l’autre côté. Je jette un coup d’œil à la porte d’Hunter mais mon cœur accélère exponentiellement sous la pression et je sais que je serais incapable de l’ouvrir, je ne le connais pas assez, j’aurais vraiment l’impression de dépasser les bornes même si je meurs d’envie de voir son espace.
Je me rends donc dans le petit renfoncement à la place, où se situent les deux dernières portes. L’une d’elle est une pièce d’une dizaine de mètre carrés, qui sert visiblement de buanderie à en juger par l’électroménager, la planche à repasser et l’étendoir à linge où pendent quelques chemises et pantalons de costumes.
J’examine ensuite la dernière pièce, la salle de bain, et elle ne me déçoit pas. Elle est sublime, le carrelage est une imitation parquet, du même bois sombre et chaud que la pièce à vivre, j’ai sur ma droite un meuble double vasque, sur ma gauche une baignoire îlot et au fond de la pièce une grande douche. Le meuble, la baignoire, la tuyauterie, le sèche serviette et même les linges sont noirs. C’est sublime, comme tout le reste de l’appartement. Je n’en reviens pas qu’ils aient la chance d’habiter ici tous les deux, plus je pense à ma chambre douteuse et plus je réalise à quel point cet appartement est somptueux.
Je retourne dans le salon et je constate que ça fait une petite heure que je suis ici, Eden n’est évidemment pas là et je sais pertinemment qu’il aura du retard alors je retourne devant la bibliothèque pour me choisir un livre. Lorsque je découvre mon roman préféré, je n’en reviens pas et je le prends donc joyeusement avant d’aller me jeter sur le canapé pour lire à la lueur tamisée de la pièce.
Je lis un petit moment avant de m’installer plus confortablement, je me recroqueville en chien de fusil, posant ma tête sur l’accoudoir en cuir moelleux et m’enroulant dans le grand plaid noir alors que Cal s’allonge le long de mon corps pour faire la sieste pendant ma lecture.
*
Je me réveille soudain, ouvrant un œil un peu déphasé. J’ai du mal à comprendre où je suis mais le bruit de la porte qui s’ouvre m’indique qu’Eden est enfin de retour et que c’est lui qui m’a sorti du sommeil. Je cligne des yeux en cherchant l’heure sur le petit décodeur de la télé, étonnée de voir qu’il est déjà bientôt vingt-trois heures.
Je suis toute groggy, je suis tellement bien installée dans mon petit nid sur le canapé que je ne trouve pas la motivation de bouger et encore moins de me projeter promener Cal alors que j’ai commencé ma nuit.
Les pas marchent dans la cuisine et le robinet d’eau s’ouvre alors que je lutte pour que mes yeux ne se referment pas. J’ai presque envie de demander à Eden de dormir là, ce canapé est plus confortable que mon lit sérieusement…
Un soupir de douleur attire un peu mon attention et je commence à me réveiller tout à fait. Je me redresse dans le canapé et j’ai la surprise de découvrir Hunter au robinet, qui observe ses mains avec une mine contrariée. Immédiatement, l’adrénaline me secoue des pieds à la tête, me remettant complétement alerte alors que je rougis comme une pivoine à l’idée qu’il me trouve dans son canapé comme si j’étais chez moi alors qu’il rentre visiblement du sport.
Il doit me voir du coin de l’œil parce qu’il tourne vivement la tête vers moi en ouvrant de grands yeux :
- Oh bonsoir… je ne savais pas que tu étais là, je ne t’avais pas vu, dit-il avec un air étonné.
- Excuse-moi, je… je m’étais endormie, je croyais que c’était Eden sinon je me serais signalée.
- Endormie ?
Il vient vers moi et découvre mon petit nid douillet, ce qui ne manque pas de me gêner encore plus tandis que j’essaie de me justifier :
- Il m’a dit de l’attendre ici, il devait me rejoindre au bout d’une heure pour aller promener Cal mais… il n’est pas encore rentré et je me suis endormie en lisant, explique-je à toute vitesse.
- Je suis navré de t’avoir réveillé, s’excuse-t-il en affichant une mine contrite.
- Mais enfin… il n’y a pas de mal, tu es chez toi… c’est plutôt moi qui m’excuse de… de m’être endormie comme ça dans ton canapé…, bafouille-je.
Il sourit et mes yeux en prennent encore plein la vue.
- Il n’y a pas de mal à s’endormir Hestia, dit-il gentiment en posant ses mains sur le dossier du canapé.
- Euh…oui…
Je baisse le nez, intimidée, et mes yeux se posent alors sur ses mains, complétement ensanglantées.
- Oh mon dieu ! Tu es blessé ?! m’inquiète-je immédiatement en me redressant sur les genoux.
Il retire ses mains vivement et affiche un air agité :
- Euh… oui, je me suis blessé à l’entrainement ce soir, répond-il.
Je saute sur mes pieds pour contourner le canapé, toute inquiète :
- Tu as mal ? m’angoisse-je.
- Mais non, ça va.
Mais je vois le sang qui perle déjà et j’attrape ses mains pour regarder ses blessures. Toutes ses phalanges sont éclatées, ça me rappelle les blessures régulières de Kai.
- Tu veux que je te soigne ? demande-je.
- Ne t’inquiète pas, j’ai mis de l’eau dessus et je dois avoir du coton quelque part…
- Surtout pas, les fibres vont se déposer dans la plaie, il faut de la gaze, réplique-je en observant toujours ses blessures.
Il ne répond pas tandis que je remue un peu ses mains pour voir l’ampleur des dégâts :
- Laisse-moi m’en occuper, je sais faire, insiste-je un peu.
- D’accord, souffle-t-il d’une petite voix.
Je relève le nez, un peu surprise qu’il accepte mais il pose un drôle de regard sur moi, indéchiffrable bien qu’un poil peureux et je rougis automatiquement en relâchant ses mains.
- Je… on va trouver de quoi te soigner, chuchote-je.
Il me suit docilement à la salle de bain, où il m’ouvre le tiroir à pharmacie et j’y prends le nécessaire pour m’occuper de lui. Après ça, je l’assois sur le tabouret en bois dans un coin et je m’agenouille devant lui tandis qu’il pose ses coudes sur ses genoux pour me présenter ses mains. Je déplie de la gaze et j’absorbe délicatement le sang de ses blessures avec une main de plume pour éviter de lui faire mal.
Lorsque je prends l’antiseptique, je lui lance un regard désolé :
- Ça va piquer un peu…, le préviens-je d’une petite voix inquiète.
Il sourit en me lançant un regard si doux que je me reconcentre bien vite sur ses mains en me sentant de plus en plus perturbée.
- Je pense que j’encaisserai…, plaisante-t-il à voix basse.
Il me fait rire un peu et je relève la tête :
- Ne sois pas si sûr de toi, les petits bobos sont la pire chose pour les hommes je crois, la plupart imaginent qu’ils vont mourir d’un petit rhume…, le taquine-je timidement.
- Tu me mettras au lit lorsque je me serai évanoui parce que « ça pique un peu » alors, répond-il en souriant.
Je rougis un peu plus avant d’appliquer l’antiseptique sur ses plaies. Je souffle doucement dessus pour essayer d’atténuer le picotement, me souvenant des grimaces de Kai à l’époque.
- Merci Hestia, chuchote-t-il d’une drôle de voix.
- Ce n’est rien, j’ai l’habitude, réponds-je en lui souriant.
- Tu soignes souvent ce type de blessures ? s’étonne-t-il.
Je reprends une gaze pour renettoyer tout doucement les plaies en soupirant :
- Quand j’étais jeune… j’avais un ami… un très bon ami en fait, plutôt comme un grand frère. Il se battait tout le temps, il revenait avec ce genre de blessures toutes les semaines et je m’occupais de lui à chaque fois…, explique-je à voix basse, perdue dans mes pensées.
- Tu parles au passé… ? demande-t-il d’un ton contrit.
- Oui je… il… je ne le vois plus depuis quelques années, explique-je en fronçant les sourcils. En fait, il est a été incarcéré et je n’ai jamais su où, je n’ai plus de nouvelles depuis mes seize ans.
- Je suis désolé pour toi, vraiment.
- Ce n’est pas grave, c’est comme ça… j’ai toujours plus ou moins su qu’il ne finirait pas très bien… il n’était gentil qu’avec moi. Parfois je me dis que c’est vraiment dommage, qu’il aurait pu mener une tout autre vie, qu’on aurait pu se retrouver à la fac en même temps mais… il a eu une enfance extrêmement difficile, se battre et se confronter aux autres était sans doute sa façon de garder le contrôle dans nos vies particulières…
Je rougis encore en me rendant compte que je parle trop et je m’excuse :
- Je suis désolée, je ne sais pas pourquoi je t’ennuie avec mes histoires.
- Il n’y a aucun problème, j’aime apprendre à te connaitre.
Je cache mon trouble en soufflant un peu plus sur ses plaies qui s’assèchent enfin alors que je tiens toujours délicatement ses mains dans les miennes :
- C’est un peu long, je suis désolée, m’excuse-je encore.
- Ne te presse pas, prends tout le temps que tu veux…, murmure-t-il.
Son murmure est étrange, presque comme une supplique et je fais l’erreur de relever le nez pour le regarder. Son visage est tout près du mien puisqu’il est penché, je suis immédiatement happée par ses yeux si doux ce soir, par ses longs cils qui les rendent encore plus angéliques et nous nous dévisageons en silence. C’est comme si son contact me brûlait, que ses mains posées dans les miennes faisaient réagir ma peau et mon cœur bat si fort dans mes oreilles que j’ai peur qu’il l’entende.
- Tu ne portais pas de gants ? souffle-je pour combler le silence assourdissant.
Je me souviens nettement l’avoir vu rentrer avec des gants autour du cou le samedi soir de notre rencontre.
- Non, je les avais oublié… pas très malin, j’en conviens, dit-il en souriant un peu.
- Tu aurais mieux fait de rentrer… Ça va mettre une petite semaine à cicatriser je dirais, mais au moins, tu ne les oublieras plus ! plaisante-je faiblement.
Il baisse les yeux pour regarder nos mains, prenant quelques secondes avant de répondre d’une voix si basse que je l’entends à peine :
- Ou alors je les oublierai pour que tu me soignes encore…
Ma bouche s’entrouvre et il relève le regard pour finalement planter ses yeux hésitants dans les miens. Je suis chamboulée par ce qu’il vient de dire, complétement, et je réponds sans même réfléchir :
- Je te soignerai, confirme-je.
Il m’offre un beau sourire, qui fait pétiller ses yeux et creuse ses fossettes.
- J’ai fini…, annonce-je doucement sans lâcher ses mains qui semblent collées aux miennes.
- Merci beaucoup, tu es une infirmière très douce.
Je lui souris à mon tour lorsque la porte d’entrée s’ouvre si vivement dans la pièce à vivre que nous sursautons tous les deux.
- Titi !! hurle Eden.
- Oui ? réponds-je d’une voix forte.
Eden déboule comme un diable dans la salle de bain alors que je croise les bras en plissant les yeux.
- Ouai je suis désolé, j’ai du retard mais… mais qu’est-ce que vous foutez là ?! s’étonne-t-il alors en réalisant l’absurde de la situation.
- Hunter s’est blessé à l’entrainement, je le soignais, précise-je.
- Ouai bon, on s’en fou ! reprend-il en secouant la tête.
- Je te remercie, ronchonne Hunter.
Je lui lance un regard amusé et il me sourit tandis qu’Eden reprend :
- Je sais que j’ai du retard, vraiment du retard, mais il s’est passé un truc de dingue Titi !
- Ah bon ? demande-je avec curiosité.
- Ouai ! Je suis resté deux bonnes heures avec nos invités et je te jure que j’essayais de me tirer mais impossible, le coach était là, il me forçait à discuter avec l’autre capitaine et bref, d’un coup les secours sont arrivés, puis les flics ! s’égosille-t-il.
Je me redresse en l’observant avec des yeux ronds :
- Au campus ? demande-je.
- A la fête ! Ils se sont garés derrière en quatrième vitesse alors tu imagines bien que nous sommes tous sortis voir ce qu’il se passait ! Les flics interrogeaient les gens présents et les secours s’occupaient d’un type par terre !
- Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! Tes fêtes craignent Eden ! couine-je.
- Non mais attends ! Tu ne sais pas la meilleure ! Le mec par terre, devine qui c’était ?!
Il m’observe avec des yeux exorbités mais on dirait presque qu’il est content, je ne comprends rien.
- Je… je ne sais pas ? Je ne connais personne … ? bafouille-je.
- Le mec qui t’a agressé Titi ! Ce blaireau s’est fait défoncer ce soir et une fille est tombée dessus en partant de la soirée alors elle a appelé les secours !
- Quoi ? souffle-je en posant une main sur mes lèvres pour cacher le vilain sourire qui s’y installe.
- Je te jure ! Le karma lui est tombé dessus ! Cette ordure était à moitié dans le coma apparemment !
- Je n’y crois pas…, souffle-je encore en souriant plus fort.
- Ce retour de flamme sans déconner ! En tout cas avec toute l’agitation, je me suis fait interroger par un flic et je suis rentré dans la foulée ! Mais ce type n’est pas prêt de te ré-embêter puisqu’il risque de passer un moment à l’hosto ! Ça le calmera !
- Et les flics ? intervient alors Hunter. Ils ont une piste… ? Ils ont parlé de quelque chose ?
- Non ! Personne n’a rien vu, apparemment il n’y a aucun témoin ! Bordel je filerais bien une médaille à ce type ! se marre Eden.
- Moi aussi ! glousse-je. Je lui sauterais même dans les bras !
Hunter se relève alors en dépliant ses doigts, me regardant rire dans ma main avec des yeux doux tandis qu’Eden est plié en deux.
- Il y a quelqu’un là-haut qui veille sur toi ! se marre mon meilleur ami.
- J’ai le droit de dire que je suis trop heureuse ?! couine-je en me tortillant de rire.
- Évidemment ! s’exclame Eden.
- Ce type n’a eu que ce qu’il méritait, confirme Hunter.
- Alors je suis trop heureuse ! rayonne-je en levant les bras.