Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël
Chapitre 15 : Kai ? ****
Ma semaine déroule tranquillement, les professeurs nous donnent moins de travail pour nous laisser du temps pour réviser nos partiels et j’occupe donc mes soirées à travailler avec sérieux. Je ne suis pas très inquiète, ces révisions me prouvent simplement que je connais très bien le programme et que tout devrait bien se passer quels que soient les sujets qui tomberont.
La seule chose notable, et pas des moindres, a lieu le jeudi.
Je suis avec Julia dans une petite boutique où elle a absolument voulu venir car ils y font les meilleurs ristournes sur des vêtements de luxe. Dès notre arrivée dans le quartier, j’ai su que quelque chose clochait. Les trois quarts des fenêtres portent des grilles, de nombreux magasins sont définitivement fermés avec des tags sur leurs façades et les vitrines explosées. J’avais déjà entendu parler de ce quartier sans jamais y avoir mis les pieds, mais Julia était vraiment trop intéressée alors nous avons pris sa voiture pour venir, ce qui nous rassure grandement car nous nous serions mal vu marcher dans les rues inquiétantes alors que la nuit est désormais noire.
Nous discutons un peu d’Eden, puisqu’après avoir essayé quelques fois de lancer une conversation, il n’a pas particulièrement donné suite et elle a visiblement décidé de jeter l’éponge puisqu’elle n’est pas du genre à forcer le destin. Elle est un peu déçue mais se remet vite d’aplomb dès qu’un sac à main de luxe lui tape dans l’œil. Après vingt minutes de discussion animée, j’arrive à ouvrir les yeux de Julia qui concède enfin que les articles de luxe à une dizaine d’euros sont tout simplement des faux et nous repartons bredouilles de la boutique.
- C’était trop beau pour être vrai…, se plaint-elle.
- Des sacs à main haute-coutures à quinze euros… Franchement Julia ? la taquine-je gentiment.
- Désolée ! rit-elle. Mais les filles de mon cours d’anglais se sont fait avoir et m’ont assuré qu’ils étaient vrais !
Je lève les yeux au ciel tandis que nous traversons la rue pour rejoindre sa voiture et elle soupire :
- En tout cas, désolée de t’avoir trainée dans ce trou à rat ! Je ne serais pas surprise de découvrir mes pneus complétement crevés !
- Arrête ! couine-je.
- T’inquiète, tu es une super ninja maintenant ! pouffe-t-elle.
- Je suis sur la voie, mais attends que je fasse quelques séances avant de me demander de te défendre contre un gang ! plaisante-je.
Elle rit à gorge déployée et nous attirons l’attention d’un groupe d’hommes à l’autre bout de la rue. Ils sont heureusement très loin, parce qu’ils n’inspirent clairement pas confiance. Ils sont tous tatoués de la tête aux pieds, percés pour la majorité, habillés comme des voyous et en train de fumer ce qui ne ressemble pas à des cigarettes.
Nous nous jetons un coup d’œil mi-amusé mi-terrifié avant de nous enfermer rapidement dans sa voiture où notre rire sort enfin.
- Je suis vraiment désolée ! répète-t-elle.
- Ce n’est pas grave, ne t’en fais pas mais disons que je ne risque pas de revenir ici, commente-je.
- Moi non plus, dit-elle en démarrant. Regarde-moi ce groupe de mecs, je suis sûre qu’ils ont tous fait de la taule pour meurtre.
J’hoche la tête en frémissant et elle allume la musique en reprenant sa bonne humeur :
- Alors, c’est le coloc d’Eden qui te fait cours demain ?
- Je suppose…
Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais plus que ça parlé d’Hunter à Julia, ce qui est plutôt étrange puisque je n’ai pas vraiment de secret pour elle. Ce n’est même pas un secret, je ne comprends pas pourquoi je ne lui dis pas ce qu’il se passe dès qu’il est impliqué alors j’essaie d’agir plus normalement :
- Il m’a pris comme exemple…, dis-je.
- Ah, ma pauvre, dit-elle distraitement en s’engageant sur la route.
Forcément, elle n’a pas la teneur de la chose, elle ne peut pas deviner que son contact me remue le ventre… Pourtant il serait bien utile de lui en parler je crois, je ne sais pas, j’ai eu beau lui cacher les choses, j’ai désormais très envie de parler de lui constamment, pour aucune raison. Décidemment, je ne tourne pas rond en ce moment.
Je fixe par la fenêtre pour cacher mes joues rouges et j’inspire un bon coup avant de me lancer :
- En fait, je te dis ça parce que … Quand Hunter est un peu proche de moi, j’ai comme des … des drôles de chatouilles qui…, bafouille-je.
Sauf qu’à ce moment-là, nous dépassons le groupe de garçons et mon regard croise deux yeux gris qui ont bien longtemps hantés mes rêves, me coupant net dans ma phrase le temps que mon cerveau réalise.
- Des chatouilles ?! s’étonne-t-elle.
- Julia arrête-toi !! hurle-je.
Elle sursaute comme un diable et je crie encore avec urgence :
- Arrête-toi ! Tout de suite !!
Elle s’exécute en se rangeant en catastrophe sur le bas-côté, à une cinquantaine de mètres du groupe d’hommes et je déverrouille ma portière en deux temps trois mouvements. Lorsque je me jette hors de la voiture, elle essaie de me retenir par le bras en me criant quelque chose mais c’est peine perdue, je m’arrache littéralement à son étreinte.
Je cours, je cours comme une dingue en direction du groupe de voyous alors qu’une larme roule sur ma joue et ils se tournent tous vers moi. La plupart affichent des yeux ronds, d’autres hostiles et certains échangent des coups d’œil en fronçant les sourcils. J’entends vaguement Julia qui me hurle de revenir mais je ne l’écoute pas, courant toujours alors que mon ventre est retourné, ma gorge nouée et mon cœur à deux doigts de la crise cardiaque.
- Kai ! hurle-je alors que je me rapproche d’eux.
Ils me font alors face en formant une longue ligne inquiétante, certains croisent les bras et d’autres touchent leur ceinture. Je ne veux même pas réfléchir à ce que j’imagine qu’il se trouve dans leurs pantalons et qui pourrait m’ôter la vie en une seconde maximum, je préfère foncer sur les yeux gris qui ont bercé mon enfance.
Mais il ne m’accueille pas, il n’esquisse pas même un mouvement vers moi et l’un d’eux aboie :
- Qu’est-ce que tu veux toi ?!
Je m’arrête net, car le supposé Kai ne réagit pas, il ne bouge pas d’un poil et je commence à douter. Il est différent, il a les cheveux longs, des tatouages le recouvrent, des piercings modifient ses traits et une barbe qu’il n’avait pas recouvre le bas de son visage. Je commence sérieusement à douter et je suis donc soulagée d’entendre Julia qui recule à toute vitesse pour me rejoindre.
Pourtant, dès que mes yeux recroisent les iris gris de mon enfance, une flamme s’allume dans mon cœur et je suis sûre :
- Kai… ? souffle-je.
- On ne connait pas de Kai ! aboie l’homme qui m’a arrêté.
Je ne lui lance même pas un regard, je reste complétement focalisée sur les yeux que mon cœur reconnait mais l’homme en face de moi ne réagit toujours pas.
- Je… nous étions… à l’orphelinat ensemble… tu … ne te souviens pas de moi ? bafouille-je alors que des larmes de peine roulent de mes yeux.
- Je ne sais pas qui vous êtes, répond-il avec neutralité.
Je fronce les sourcils en faisant un petit pas en arrière, complétement douchée. Je me plonge dans mes souvenirs et évidemment que cet homme est différent, mais lorsque j’ai vu Kai pour la dernière fois, il avait tout juste dix-huit ans. L’inconnu semble en avoir vingt-cinq, alors que mon ami devrait en avoir vingt-deux, mais la prison peut changer fondamentalement le visage d’un homme, j’ai déjà vu ça… je n’arrive pas à admettre que je me sois trompée.
Julia se gare en catastrophe, ouvrant ma portière d’une main :
- Bordel Hestia tu montes et MAINTENANT ! hurle-t-elle.
Je recule encore d’un pas en direction de la voiture, essayant toujours de trancher si je suis complétement dingue mais plus l’inconnu reste de marbre plus je réalise que jamais Kai n’aurait pu faire ça… Nous étions comme les deux doigts de la main, il était mon grand-frère sur terre…
- Excusez-moi, souffle-je. J’ai dû … me tromper…
- Ouai et bah dégage de là avant que je ne te colle une balle entre les deux yeux bordel ! crie l’un d’entre eux en faisant deux pas vers moi. Je suis sûr que c’est une foutue flic !
Mon supposé Kai l’arrête d’un coup de bras violent en s’énervant :
- Il est évident que non, bordel regarde-là ! Qu’est-ce qu’elle a d’une flic Terry ?! Elle s’est juste plantée et va vite dégager avec sa copine ! aboie-t-il.
Ils s’empoignent presque, alors je monte dans la voiture sans discuter et Julia démarre en quatrième vitesse. Elle me hurle dessus comme jamais elle ne l’a fait, elle me traite comme une gamine qui vient de faire la bêtise de sa vie, elle me traite même d’idiote et d’inconsciente pendant les dix minutes que dure notre trajet.
Je lui explique donc sobrement que j’ai cru reconnaitre Kai (dont je lui avais déjà parlé) et elle me sonne les cloches un peu plus fort en me soulignant que si ce type était vraiment mon « semi-frère » envolé, alors il aurait peut-être eu l’ombre d’une réaction. Je ne peux que lui donner raison mais je n’arrive quand même pas à lâcher l’information totalement puisque même sa voix me semble être la bonne.
Dès notre retour, Julia part à la salle de bain avec colère et je saute sur mon téléphone pour appeler la prison de la ville, mais comme d’habitude, on me demande si je fais partie de la famille et dès que j’avoue que non en expliquant notre situation, on refuse de me donner plus d’informations. J’abandonne donc mais je garde ça dans un coin de ma tête.
*
Cette histoire se tasse dès le lendemain, Julia ne me fait plus la tête et je me prépare pour mon cours d’autodéfense en mettant cette histoire de côté. Je m’habille directement en tenue de sport avant de me rendre au gymnase, et heureusement, car j’arrive juste à temps pour le début du cours. Je rejoins Gloria et Chio vers le fond de la salle, qui m’accueillent gentiment, mais dès que notre instructeur nous salue, je ne comprends pas pourquoi je ne le connais pas et j’affiche une tête interloquée.
Gloria me tapote le bras :
- L’instructeur change régulièrement, soupire-t-elle.
- Ah bon ? demande-je avec déception.
- Et oui…
Elles m’expliquent donc qu’effectivement, les instructeurs sont trois et même si Hunter s’occupe de la plupart des séances, il ne les anime pas toutes. J’apprends en même temps qu’il n’y a pas de cours pendant les vacances scolaires, ce qui me déçoit outre mesure. Les vacances de Noël débutent dans quelques semaines, alors je n’ai pas beaucoup de séances devant moi. Ça me motive encore plus à rester bien concentrée pour apprendre un maximum de choses et le cours se passe bien. J’en profite plutôt pour me rapprocher de mes nouvelles amies puisque je reste à trois avec elles et nous apprenons à nous connaitre un peu mieux, Gloria me proposant même de déjeuner avec moi dans la semaine suivante.
A la fin du cours, nous discutons quelques minutes dans le couloir avant qu’elles ne filent à toute vitesse chopper leur bus comme la semaine dernière et je remets mon écharpe avant de sortir, prête à affronter les quelques dizaines de minutes de marche dans le froid qui m’attendent.
Pourtant, lorsque je sors du gymnase, je fais à peine quelques pas avant que mon regard ne soit attiré par une très belle voiture noire que je commence à connaitre, garée à une dizaine de mètres. J’observe du coin de l’œil l’Aston Martin, découvrant qu’Hunter m’a l’air d’être derrière le volant et je commence déjà à me faire des nœuds au cerveau pour savoir si je dois aller le saluer ou non en marchant à petits pas hésitants.
J’ai l’impression qu’il est au téléphone, il me semble que ses lèvres bougent et que son bras est levé à son oreille, j’ai peur de le déranger mais je le connais suffisamment maintenant pour qu’il soit très étrange de faire comme si je ne l’avais pas vu. Je coupe donc la poire en deux et je prends la direction du retour tout en lui faisant un grand signe de la main pour le saluer. Il ne répond pas, ce qui m’annonce la couleur et je tourne donc la tête en haussant les sourcils, un peu surprise et triste.
Une minute après, je l’entends démarrer dans mon dos et il me rejoint à basse allure, s’arrêtant à côté de moi en ouvrant sa fenêtre.
- Salut, dis-je en souriant avec hésitation. Je t’ai fait signe… mais tu… ne m’as peut-être pas vue… ?
- Si, je raccrochais excuse-moi, précise-t-il.
- Il n’y a pas de soucis, bonne soirée, réponds-je en souriant plus franchement.
- Je te raccompagne ?
Je ris un peu :
- Non, je ne vais pas abuser de toi à chaque fois que tu rentres du gymnase Hunter !
- Et bien en fait… je n’étais pas au gymnase… Je suis venu te chercher, explique-t-il d’une voix incertaine.
Je suis absolument choquée par l’information et j’écarquille les yeux tandis qu’il affiche une mine inquiète :
- Je t’aurais bien demandé avant mais je n’ai pas ton numéro, alors je suis venu quand même au cas où… Eden répète toujours que tu n’aimes pas marcher dans la nuit toute seule, ce qui est largement compréhensible et comme je tournais en rond à la maison…
- Tu es vraiment venu me chercher ? Comme ça ? souffle-je d’une voix blanche.
- Oui…, répond-il prudemment. Je ne voulais pas te contrarier, simplement te rendre service…
Je pose mes doigts fébriles sur mes lèvres pour cacher mon sourire rayonnant :
- Tu ne me contraries pas. C’est… Oh mon dieu, c’est tellement gentil de ta part Hunter ! couine-je.
Il affiche enfin un joli sourire :
- Alors monte, répond-il simplement.
Seigneur, mais quel parfait gentleman, où se cache donc le loup chez cet homme ?