Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël

Chapitre 16 : Tension dans l'air

4110 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/12/2025 11:22

Chapitre 16 : Tension dans l’air **** 


Je me glisse dans sa voiture, plus fière qu’un paon. Je le découvre alors dans une tenue que je n’avais jamais vu, une tenue qui lui va si bien que j’ai du mal à en détourner les yeux. Après l’avoir vu en costume et en tenue de sport, je suppose que je le découvre dans sa tenue du quotidien, qui lui va à ravir. Il porte un sweat à capuche noir et un pantalon cargo noir rentré dans des bottines en cuir style rangers militaire. Ça devient automatiquement ma tenue préférée, parce qu’elle est comme son tatouage, elle lui donne ce petit côté un peu rebelle, presque « rock » qui remue mes tripes avec efficacité. Alors qu’il cherche à s’insérer sur une route, il regarde dans son rétro en se penchant en avant et je jette un coup d’œil sur les pointes d’encre noire de son tatouage qui remontent jusqu’à la racine de ses cheveux. Son aura grimpe encore, tout le personnage est de plus en plus attirant maintenant que j’ai un aperçu de son « lui » quotidien qui tranche avec son côté gentleman de la plus jolie des façons. Même le voir au volant de cette voiture apporte une dualité dingue, il y avait drôlement plus sa place en costume que dans sa tenue de « rebelle » actuelle mais c’est pourtant cent fois plus sexy.

Je suis plus conquise que jamais alors que les chatouilles dans mon ventre prennent de l’ampleur, en fait, je suis si séduite par le personnage que je reste fixée sur lui avec insistance, au point qu’il m’interroge rapidement du regard.

-         Je te vois rarement autrement qu’en tenue de sport, me justifie-je bêtement.  

-         C’est vrai, admet-il pensivement. Et bien c’est comme ça que je m’habille tous les jours.

-         Les habits se lavent, le taquine-je.

Il me lance un regard mi-blasé, mi-amusé :

-         Les habits s’achètent aussi en plusieurs exemplaires, rétorque-t-il.

-         Tu n’as pas d’imagination ? l’embête-je encore.

Je ne sais pas ce que j’ai, je crois que mon euphorie est si forte que je deviens dingue, mais il faut dire qu’il cherche à me retourner des pieds à la tête en venant me chercher à mon cours comme un parfait gentleman.

Il plisse un peu les yeux en affichant un sourire en coin :

-         Je crois que j’ai de l’imagination, mais pas avec les vêtements. J’aime que ce soit simple, ne pas me poser de question, ne pas avoir à y réfléchir le matin…

-         Tu en es vraiment à essayer d’alléger ton esprit à ce point ? m’amuse-je.

-         Tu n’imagines pas la quantité de choses auxquelles je dois penser en permanence Hestia…, répond-il avec un sérieux soudain.

Sa voix est lasse, presque triste et je comprends qu’il est tout à fait sérieux.

-         Ah bon ? demande-je doucement.

-         Oui c’est… j’ai une charge mentale… Je te promets que ne pas avoir à réfléchir à mes vêtements aide sincèrement … Je dois toujours réfléchir, anticiper, penser à tout… Pardonne-moi, je ne sais pas pourquoi je t’ennuie avec ça, se reprend-il alors.

-         Tu devrais envisager de changer de travail si je peux me permettre, car j’ose espérer que ce n’est pas ton master qui te met dans cet état, dis-je timidement.

Il m’offre un beau sourire sans quitter la route des yeux, comme si mes mots le touchaient alors que je ne vois pas bien pourquoi mais il répond :

-         Je ne peux pas changer de travail, c’est compliqué. J’ai trop bossé pour en arriver où j’en suis alors…

-         Même si c’est dur, tu t’accrocheras, finis-je à sa place.

Il me lance un joli regard :

-         Exactement. Mais assez parlé de moi, comment était ta séance ?

-         Nulle ! m’exclame-je.

-         Ah bon ?! demande-t-il en riant.

-         Rien à voir avec la tienne ! Déjà, il n’y avait effectivement pas de renforcement musculaire, les enchainements étaient à mes yeux moins utiles et puis… ce n’était pas toi, c’est tout ! boude-je.

Il éclate de rire et je ne perds pas une miette de son sourire sublime et ses fossettes parfaites, jusqu’à ce qu’il tourne la tête vers moi pour me lancer un regard si séduisant que l’électricité se déploie avec zèle au creux de mon ventre.

-         Ce n’était pas moi ? Dois-je comprendre que tu étais déçue d’avoir un autre instructeur ? demande-t-il d’une voix basse et séductrice.

-         Evidemment…, réponds-je d’une petite voix en rougissant. Déjà parce que tes entrainements sont objectivement mieux, parce que je te connais et… parce que tu faisais les répétitions avec moi…

Ma voix est de plus en plus faible jusqu’à la fin de ma phrase, je suis tellement gênée de lui dire ça que j’ai un petit coup de chaud mais je ne vois pas ce qu’il y a de honteux là-dedans. Il affiche d’ailleurs un sourire rayonnant qui me rassure.

-         Tu n’étais pas en duo avec mon remplaçant ? demande-t-il.

-         Non ! Je n’aurais jamais voulu ! couine-je d’un ton horrifié. J’étais avec les filles de la semaine dernière, elles sont sympas je crois…

-         Tu crois ?

-         Oui, je ne suis pas très douée pour me faire des amies, mais j’ai quand même bien l’impression qu’elles m’apprécient. J’essaie d’ouvrir un peu mon cercle, plaisante-je.

-         Je compatis, je ne suis pas très doué non plus, en revanche, je ne cherche pas à agrandir mon cercle, répond-il avec humour.

-         Tu devrais peut-être, ça pourrait être sympa pour toi de sortir un peu la tête du boulot et du sport, tu ne fais que ça à entendre Eden, il dit que tu n’es jamais à la maison…, souligne-je en marchant sur des œufs.

-         Et que veux-tu que je fasse d’autre que le boulot et le sport ? répond-il tranquillement en se garant devant mon bâtiment.

S’il y a une chose que je commence à comprendre, c’est que j’ai clairement envie de passer du temps avec Hunter, plus de temps que je n’en passe actuellement et il est temps d’oser agir… Je rougis encore plus alors que je prends mon courage à deux mains :

-         Je ne sais pas… tu pourrais venir avec moi au match d’Eden demain… ? C’est à dix-huit heures et j’y vais seule toutes les semaines… Ça pourrait être sympa de s’y retrouver tous les deux…

J’ai l’impression qu’il tourne la tête vers moi au ralenti, que le seul bruit dans l’habitacle est mon cœur qui cogne de toutes ses forces contre ma cage thoracique, son visage passe de l’étonnement pur à la joie sincère mais tombe ensuite dans l’inquiétude, ce que je ne comprends pas trop. Il me dévisage avec les sourcils crispés, ce qui n’indique rien de bon.

Tout mon courage se dégonfle, je suis presque honteuse de lui avoir proposé de venir avec moi et je suis à deux doigts de sortir de sa voiture en claquant la porte tout en me jurant de ne plus jamais l’approcher.

-         Ecoute Hestia… j’adorerais venir avec toi mais…, commence-t-il.

-         Mais il n’y a pas de soucis, tu n’as pas à te justifier Hunter ! couine-je en attrapant la poignée de la portière.

Il me retient en posant sa main sur ma cuisse et je crois que chaque poil sur mon corps se dresse instantanément alors que les chatouilles se transforment en centaines de papillons qui volent dans tous les sens. J’ose espérer qu’il ne remarque pas à quel point il me trouble, ou ma honte triplerait instantanément. J’essaie de me composer un visage cool et serein pour l’interroger du regard et il me surprend :

-         Si… il y a un soucis je crois. Il faut que je t’avoue quelque chose, parce que j’ai peur que tu le prennes extrêmement mal en l’apprenant…, chuchote-t-il.

-         Quoi… ? m’inquiète-je.

-         Je crois que je commence un peu à te cerner Hestia, je sais que ça va te mettre en rogne, je ne sais juste pas à quel point… alors avant d’accepter de venir passer deux heures avec toi demain, j’aimerais te le dire mais…

Plus il parle, plus je m’inquiète. Ce moment précis marque un tournant dans mon esprit, le moment où je réalise à quel point cet homme s’est insinué en moi sans que je ne le voie venir, à quel point je l’apprécie plus que je ne veux l’admettre, à quel point je serais déçue s’il me révélait quelque chose de sordide ou douteux.

C’est Hunter, le brillant étudiant, le parfait gentleman qui me raccompagne, le respectueux instructeur, l’homme le plus éblouissant que je n’ai jamais vu… L’adrénaline m’inonde, la panique me serre le ventre cette fois et je ne peux plus supporter qu’il me laisse languir avec sa tête qui indique clairement qu’il a fait une bêtise.

-         Accouche Hunter ! aboie-je.

J’envisage tout ce qui pourrait me décevoir, du meurtre au cambriolage, qui le classerait comme criminel, de l’homosexualité au mariage heureux, qui condamnerait tout rapprochements entre nous, de la trahison au petit mensonge sans incidence, qui me ferait perdre confiance en lui. Toutes les possibilités se croisent dans ma tête à une vitesse ahurissante.

-         Ce n’est rien de grave, tempère-t-il en voyant ma tête horrifiée.

-         Alors dis-le moi ! réplique-je vivement. Tu me fais peur Hunter, je ne vois pas ce qui peut bien se passer, on dirait que tu vas m’avouer un crime !

-         Pas du tout, mais je sais que tu vas mal le prendre, t’énerver même. Garde en tête que c’est mon choix et que je peux me le permettre.

C’est encore très flou, mais rassurant quand même… ça élimine quelques options et surtout, je préfère largement être en colère que déçue par cet homme qui coche pour moi tellement de cases de l’homme parfait que c’en est ahurissant.

-         Hunter ! gronde-je.

-         J’ai payé pour toi le voyage à la neige proposé par l’Université.

Je fronce les sourcils, parce que je ne m’attendais vraiment pas à ça et il faut le temps pour que mon esprit intègre qu’il n’a rien fait de grave. En revanche, une fois que je suis rassurée, je prends la mesure de ce qu’il est en train de me dire et effectivement, ça me contrarie.

-         Quoi ? demande-je en espérant avoir mal entendu.

Il ne répond pas, se contentant de me regarder avec un air hésitant et mes joues chauffent de honte.

-         Tu plaisantes Hunter ? demande-je.

-         Non, je ne plaisante pas. Quand Eden est allé réserver le voyage en début de semaine, je suis allé avec lui.

-         Et lui ? Tu lui as payé ?

-         Non.

J’hausse les sourcils, de plus en plus choquée.

-         Et pourquoi donc ? siffle-je.

-         Parce qu’il ne m’a pas laissé faire.

-         Et moi je t’ai laissé faire peut-être ? rétorque-je.

-         Non…, admet-il.

Je tourne la tête pour observer mon bâtiment en essayant d’intégrer ce qu’il vient de me dire. La honte s’intensifie, la panique aussi à l’idée de devoir trouver un travail… Tout ça n’était pas prévu, je n’avais rien demandé !

-         Les billets sont remboursables ? demande-je.

-         Non.

La panique explose en moi :

-         Hunter ! Je ne pourrai jamais te rembourser cet argent ! m’énerve-je. Je ne pourrais même pas te rembourser cinquante euros ! Je ne plaisantais pas, je n’ai de l’argent chaque mois que pour mes dépenses, je ne peux rien m’offrir de plus ! Pourquoi as-tu fait une chose pareille sans m’en parler ?! Je ne voulais pas avoir à travailler !

-         Mais je n’attends pas de toi que tu me rembourses ! s’offusque-t-il.

J’ouvre des yeux encore plus ronds, littéralement sciée en deux :

-         Mais… non mais ça ne va pas la tête…, chuchote-je.

-         Hestia, je n’attends aucun remboursement de ta part, je m’en moque ! Je voulais simplement t’offrir ce voyage, que tu sortes enfin de cette ville ! s’énerve-t-il à son tour.

-         Je t’ai pourtant bien dit samedi soir que j’attendrais de travailler, d’avoir mon propre argent pour pouvoir faire tout ce que je souhaite ! Je n’ai pas joué les malheureuses pour qu’on m’offre ce stupide voyage ! crie-je.

-         Je n’ai jamais dit ça !

-         C’est pourtant exactement ce que tu me fais ressentir Hunter ! hurle-je dans un cri du cœur.

-         Mais en quoi ?!

Je suis de plus en plus hallucinée :

-         Donne-moi une seule bonne raison, une seule, qui justifie que tu m’aies offert un voyage à deux cent cinquante euros à part la pitié Hunter !

Il ouvre la bouche mais rien n’en sort et je le désigne théâtralement de mes mains pour assoir mes propos. Mais ses sourcils se froncent alors qu’il reprend du poil de la bête :

-         La gentillesse Hestia ! Je voulais simplement te faire plaisir ! rétorque-t-il.

-         Tu ne me fais pas plaisir ! Tu me gênes ! Je ne te laisserai jamais débourser une somme pareille simplement pour qu’Hestia la princesse soit heureuse d’aller trois pauvres jours faire de la luge ! Bon sang mais rends-toi compte Hunter ! m’écrie-je. Je ne sais pas dans quel monde tu vis, mais dans le mien, on n’accepte pas un cadeau pareil, c’est du délire ! Et maintenant je vais devoir jongler dans mes horaires pour essayer de me trouver un travail pour te rembourser le plus rapidement possible !

-         Mais arrête Hestia ! Je ne veux pas de ton remboursement, je m’en contre-fous ! Deux cent cinquante euros ne signifient rien pour moi, rien !

-         Et dire une chose pareille à une boursière te semble être une bonne idée pour l’apaiser ?! rétorque-je d’un ton mauvais.

-         Mais justement Hestia ! Justement ! Laisse-moi dépenser cet argent qui ne représente rien pour moi afin de faire plaisir à une amie pour qui cette somme représente le bout du monde ! s’exclame-t-il avec désespoir.

-         Mais tu me connais à peine ! crie-je.

Cette fois, il s’agace plus fort :

-         Mais et alors ?! Bon sang, si je t’avais payé un café tu n’en ferais pas toute une histoire ! Si je te disais que cette somme équivalait à un café pour moi, me croirais-tu ?! Je n’accepterais jamais que tu me rembourses, jamais ! Et je peux te dire que si ce voyage avait coûté deux mille cinq cents euros, je te l’aurais offert quand même, je ne vais pas m’excuser d’être gentil avec toi Hestia ! aboie-t-il.  

J’ai un mouvement de recul phénoménal, je me tasse pratiquement contre la portière :

-         Mais qui es-tu Hunter ?! Tu es de la mafia ou quoi ?! hurle-je.

-         Tu m’as simplement touché, ça me tue d’imaginer que tu n’aies jamais quitté cette ville, je ne peux pas le supporter ! Je peux t’offrir ce plaisir sans me mettre dans la merde alors je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas !

Je le dévisage quelques secondes, je ne sais même pas quoi lui dire, ça me passe au-dessus de la tête. Voyant que je ne réponds pas, il reprend plus calmement :

-         Qu’est-ce qui te gêne dans le fond ? Si je te dis que cette somme ne me manquera pas, que je le fais avec plaisir, alors pourquoi ne pourrais-tu pas simplement l’accepter et passer un bon moment ?

Je l’observe toujours, l’esprit tourbillonnant à cent à l’heure. Je ne comprends pas ce qu’il se passe, pourquoi ce type a fait une chose pareille, pourquoi je me retrouve encore dans sa voiture pour la énième fois… Je ne le connais pas tant que ça, pourquoi veut-il toujours me rendre service à ce point finalement ?

-         Mais dis-moi Hunter, je te fais vraiment pitié à ce point ? demande-je alors dans un souffle.

-         Quoi ? Absolument pas, tu ne me fais aucunement pitié Hestia.

-         Alors qu’est-ce que je fiche là ? Pourquoi es-tu venu me chercher ce soir ? Pourquoi m’as-tu ramené la semaine dernière ? Pourquoi me payes-tu ce voyage hors de prix simplement parce que j’ai dit que ça pourrait être chouette ?

Un blanc monumental s’abat dans l’habitacle alors que je le fixe avec mes yeux les plus durs. Il soutient mon regard sans ciller quelques longues secondes, une main crispée autour du volant sous sa frustration. Et c’est soudain trop pour moi, c’est comme si je sortais la tête de la situation et que je voyais les choses. Je vois sa montre hors de prix, sa voiture de luxe, son appartement dingue et je me vois moi… La pauvre petite orpheline boursière, incapable de se payer un restaurant. Je vois son enfance, dans une villa grandiose avec des poneys à ses anniversaires et je me vois moi, dans mon dortoir avec une barre de chocolat à Noël.

Bien sûr qu’il ne peut pas comprendre, évidemment, ça lui passe complétement au-dessus de la tête… Il compare ce voyage à un café bon sang, comment pourrais-je lui expliquer ce qui me dérange là-dedans… Nous ne sommes tout simplement pas du même monde, de la même planète, nous ne pouvons pas nous comprendre et ce n’est ni de sa faute, ni de la mienne.

Je sors donc de sa voiture en évitant sa main qui essaie de me retenir, me plantant sur le trottoir pour le regarder à travers la porte ouverte :

-         Je ne suis pas ta foutue œuvre de charité Hunter… ta foutue bonne action qui te fera mieux dormir le soir… Tu veux savoir la différence entre toi et moi ? Je n’ai pas été élevé par des parents riches qui m’offraient le luxe sur un plateau d’argent, qui m’ont mise dans un somptueux appartement à deux pas du campus ni acheté une voiture hors de prix… Me payer ce voyage est indécent, ça me fait simplement me sentir honteuse au possible et en colère de ne même pas pouvoir te rembourser rapidement.

Il tressaille un peu à ce que je lui dis, affichant une tête indéchiffrable et je recule d’un pas :

-         Je te rembourserai cette somme, d’un moyen ou d’un autre.

Je claque sa portière et je rentre sans me retourner dans ma chambre où je me torture déjà l’esprit pour trouver une solution. Le comble, c’est que la seule option à laquelle j’en arrive est de devoir travailler pendant mes vacances, ce qui exclut fatalement ma participation à ce voyage.

Cette histoire me remue jusqu’aux tripes parce qu’elle me couvre de honte, elle me met face à ma réalité parallèlement à la sienne et ça me rend malheureuse parce que j’avais enfin l’impression d’avoir trouvé un homme pour moi.

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