Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël

Chapitre 17 : L'oeuvre de charité du gosse de riches

3434 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 17/12/2025 11:30

Chapitre 17 : L’œuvre de charité du gosse de riches ****


Je suis tellement remontée contre Hunter dans la semaine suivante que j’évite aussi Eden. Je réponds à peine à ses textos, lui prétextant que je travaille comme une acharnée pour les partiels la semaine prochaine et je refuse toutes ses propositions de nous voir. Il m’apprend d’ailleurs que le match de samedi se déroulera dans une autre ville, ce qui m’arrange et m’évitera d’avoir à trouver une excuse pour l’éviter.

Puisque j’ai eu plus de temps libre que d’habitude mis à part un repas avec Gloria le mardi, je travaille effectivement beaucoup et lorsque le vendredi soir arrive, j’ai besoin d’air.

Il est bien évident que je refuse tout net de me rendre à mon cours d’autodéfense, que je sais mené par Hunter cette semaine et je préfère donc aller marcher au parc à la place. Je me sens beaucoup plus sereine après mes deux premiers cours, je n’ai pas d’appréhension à l’idée d’être au parc en début de soirée mais ça me fait poser question. Si je dois rater les cours quand il les anime, alors je ferais peut-être mieux de me mettre à la recherche d’un autre gymnase… quitte à aller plus loin et devoir prendre le bus… A moins de demander sa voiture à Julia… Je médite tout ça en prenant l’air frais du début de soirée, franchement hors de moi à l’idée de devoir abandonner cette salle pratique simplement à cause d’Hunter mais j’ai le temps d’y réfléchir puisque les vacances scolaires débutant vendredi prochain, il n’y aura pas cours ce jour-là ni durant les deux semaines suivantes.

Je suis tellement perdue dans mes pensées que je sursaute comme un diable lorsque les grosses pattes de Calyouk s’abattent sur mon manteau et que sa truffe pousse ma joue gentiment. Autant je suis heureuse de le voir, autant j’hésite à me sauver en courant avant qu’Eden me remarque mais je suis plus ou moins persuadée que Cal me courrait après en pensant que je joue et que ma fuite serait alors extrêmement peu discrète. Je choisis donc la fatalité et j’attends qu’Eden trottine vers moi, ce qu’il fait.

-         Bah alors Titi ! Tu me fuis ? Pourquoi tu ne m’as pas dit que tu te baladais … ? demande-t-il tristement.  

-         Je… parce que je sortais juste dix minutes en coup de vent, mens-je.

Il hausse un sourcil peu dupe tandis que je me concentre sur Calyouk pour cacher mes joues écarlates de mon mensonge.

-         Bon, je vais pas y aller par quatre chemins, j’espère que tu ne m’ignores pas à cause de ton embrouille avec Hunter, lâche-t-il.

Je me redresse du sol en soupirant, déjà agacée :

-         Mais non, je suis simplement très concentrée…

-         J’espère bien, parce que je n’ai rien fait de mal.

-         Je sais … je … écoute, je ne sais pas, j’avais juste envie d’être un peu seule, de m’éloigner de …

-         De nous ? finit-il à ma place.

-         De lui plus que de toi, mais j’avais peur de le croiser en te voyant, explique-je rapidement.

Il hoche la tête avec un air franchement agacé :

-         D’accord, donc je subis votre guéguerre puérile, tout ça est très logique.

-         Ça n’a rien de puéril ! ronchonne-je.

-         Ah bon ? Ça n’a rien de puéril de lui prendre la tête comme tu l’as fait, de lui claquer la porte au nez et de le fuir … attends une seconde… tu ne devrais pas être à ton cours de défense ce soir d’ailleurs ?! demande-t-il alors en ouvrant des yeux ronds.

Je rougis automatiquement, refusant de répondre pour éviter qu’il me réprimande mais ça ne rate pas :

-         Non mais je rêve ! Tu es tellement remontée après lui que tu t’empêches d’aller à un cours qui te fait du bien, qui te rassure et qui pourrait te protéger ?! s’écrie-t-il.

-         Je te l’ai dit, je ne veux pas le voir, m’obstine-je. 

-         Mais pourquoi franchement ? Tu te rends compte d’à quel point tu exagères Hestia ? Au point de le fuir comme ça ? Non je rêve, c’est du délire, dit-il en haussant les sourcils.

-         Je n’exagère pas, c’est complétement déplacé ! m’agace-je.

-         Déplacé ? Non, c’est adorable tu veux dire ! rétorque-t-il.

-         Tu le défends parce qu’il est ton meilleur ami ! Tu as bien refusé qu’il paye ton séjour il me semble ! siffle-je.

-         Euh oui, déjà parce que j’ai l’argent pour me le payer et parce qu’accessoirement, ça fait trois ans que j’habite chez lui gratuitement Hestia !

-         Il est ton meilleur ami ! insiste-je. Je le connais depuis cinq minutes, je ne suis que sa bonne action du moment, la pauvresse qu’il veut sortir de sa misère le temps d’un voyage formidable à la neige ! Bon sang c’est ridicule, ça m’énerve à nouveau !

-         Et toi tu es son amie ! Tu imagines quoi exactement ?! Qu’Hunter s’amuse à discuter avec beaucoup de monde ? Qu’il va chercher beaucoup de monde à leur cours de sport pour être sûr qu’ils rentrent en sécurité ? Qu’il prend sa bagnole à 1h du matin pour t’éviter d’avoir à traverser le parc de nuit simplement parce que tu es sa « bonne action » ?! Il me demande souvent comment tu vas, si tes cours se passent bien… Parce qu’il t’apprécie ! Tu te fiches peut-être royalement de sa gueule mais ça ne veut pas dire que l’inverse est vrai ! aboie-t-il.

Je rougis automatiquement :

-         Je ne me fiche pas de lui ! Il était mon ami avant de me faire me sentir comme la dernière des merdes ! réplique-je.

-         Mais en quoi ?! Il n’a jamais fait une chose pareille ! Tu es juste ridicule !

-         C’est ce que je ressens, tu ne peux pas encore juger de ce que je ressens Eden !

-         Alors explique-moi ! Parce que moi je suis ton ami, alors je t’en prie Hestia, explique moi ce que cette histoire réveille en toi, car ce n’est pas beau à voir ! Le mec t’offre un super voyage et tu le remercies en lui hurlant dessus et en le rayant de ta vie !

J’ai envie de l’étrangler, comme très régulièrement, ce qui signifie pour sûr que ce type est un vrai frère pour moi. Il m’énerve déjà terriblement de se mêler de cette histoire mais un peu plus en prenant partie pour Hunter, alors je lâche les vannes de ma colère :

-         J’ai l’impression de lui faire pitié, que la pauvre petite Hestia fait pitié au grand chevalier Hunter, prince au cœur pur qui se fait un véritable devoir de montrer à cette pauvre Hestia comme la vie est belle lorsqu’on a de l’argent !

-         Et même si c’était le cas, où est le mal ?!

-         Mais je ne sais pas, c’est cet écart entre lui et moi ! L’impression d’être la gueuse face au roi, qu’il ne comprenne même pas quand j’essaie de lui expliquer ce qui me gêne ! Il me renvoie à la tête mon enfance pourrie, tous les manques que j’ai pu avoir ! Je ne veux pas être l’œuvre de charité du gosse de riches !! explose-je.

Eden recule d’un pas, l’air profondément déçu de moi et je croise les bras vivement, incapable de soutenir cette sombre émotion au fond de ses yeux. Il hoche la tête avec sa mine dégoutée :

-         Et bien… ce que tu viens de dire démontre juste complétement à quel point tu ne connais pas Hunter…

-         Quoi ? demande-je d’une voix mauvaise pour garder la face.

-         Qu’est-ce que tu imagines exactement ? Qu’il est allé payer ton voyage en tirant cet argent du compte plein à craquer de ses parents en sachant qu’ils ne verront pas la dépense ? Ou même que ses parents versent tant d’argent sur son compte qu’il peut se permettre de lâcher deux-cent-cinquante balles à la première « pauvresse » qui passe par là ?

Je commence à me sentir mal. Parce que c’est exactement ce que je pensais, mais puisqu’il me le demande, c’est que je suis visiblement loin du compte…

-         Et bien… plus ou moins…, avoue-je de mauvaise grâce.

Eden tape dans ses mains théâtralement, me jugeant très clairement de ses yeux en colère :

-         Félicitation Hestia, tu n’aurais pas pu plus te planter. La vie d’Hunter ne regarde que lui, ce n’est pas à moi de t’en parler et je ne le ferai pas. Tout ce que j’ai à te dire, c’est qu’Hunter n’a pas utilisé l’argent de ses parents pour te payer ce voyage. Tout l’argent qui se trouve sur son compte en banque actuellement est uniquement le fruit de son travail, travail pour lequel il se donne corps et âme depuis plus de trois longues années et qui lui permet de pouvoir offrir de bon cœur un voyage à une amie qui ne peut pas, parce que : Surprise ! Figure-toi qu’il sait ce que c’est que de vivre avec rien… Donc pour un gosse qui sait ce que sont les temps vraiment durs, tu ne crois pas qu’il est finalement tout à fait normal qu’il ait envie d’aider une amie qui a encore le nez dedans alors qu’il a désormais de quoi s’offrir une vie confortable ?

J’en ouvre la bouche sous le choc, incapable de me défendre. Eden est en train de renverser complétement la situation, de me rendre plus honteuse et plus stupide que jamais dans ma vie. Je n’arrive presque pas à croire à ce qu’il me raconte alors que je sais pertinemment qu’il ne me ment pas…

Toute ma colère pour Hunter fond comme neige au soleil et la peine immense étrangle mon cœur quand me revient en tête mon hypothèse :

-         Il ne parle plus à ses parents ? Ils lui ont coupé les vivres ? demande-je tristement.

-         Tu sais quoi ? Non seulement ce n’est pas à moi de te répondre mais en plus, tu ne mérites même pas de savoir.

Il tourne les talons et me laisse plantée au milieu du parc alors que je mords ma lèvre pour m’empêcher de pleurer. J’ai envie de pleurer parce que je me rends compte que je viens de gâcher ma relation avec Hunter par pur égo, alors qu’il me manque déjà à mourir depuis que j’ai claqué sa portière. Ma colère stupide me tenait parce que je savais qu’un jour ou l’autre, lorsque j’aurais réussi à le rembourser, les compteurs se seraient remis à zéro et que nous serions redevenus amis… Là…

Bon sang comment pourrait-il me pardonner la crise de nerf que je lui ai faite et pire, mes derniers mots si tranchants, si dégoulinants d’assurance alors que je lui jetais au nez que nous étions différent… ? J’ai tellement honte que je tourne les talons pour rentrer tout droit chez moi et me cacher sous ma couette alors que toutes les méchancetés que j’ai sorti à Hunter tournent dans ma tête.

Après les révélations d’Eden, tout est différent. J’imagine que ses parents ont dû lui acheter la voiture pour ses dix-huit ans et le loger dans leur appartement, début plutôt classique… Mais il s’est forcément passé quelque chose de grave peu de temps après, quelque chose qui a poussé Hunter à connaitre des temps difficiles et je ne vois pas bien ce que ça pourrait être mis à part un rejet total de ses parents… Ainsi, il s’est retrouvé à l’université, sans bourse et n’a pas eu le choix que de travailler pour subvenir à ses besoins…

J’ai l’impression que mon cœur se rallume à l’idée de sauver notre amitié, comme s’il était éteint depuis une semaine, comme si ma vie allait redevenir meilleure avec Hunter dans le paysage… mais ce n’est pas gagné je crois. Je ne sais même pas comment aborder la chose, j’ai une peur bleue d’aller toquer chez lui alors que je l’ai sans doute dégouté de moi mais je ne peux pas envisager d’attendre trois semaines avant de « tomber » sur lui au cours d’autodéfense à la rentrée.

Je saute sur ma montre, à deux doigts de partir en courant au gymnase mais je découvre que le cours est fini depuis dix minutes. Même ce constat me déchire le cœur. Si je n’étais pas aussi stupide, j’aurais passé une belle séance, j’aurais fait mon petit entrainement militaire, puis j’aurais adoré répéter les mouvements avec Hunter tandis qu’il m’aurait tout montré avec sa douceur et sa pédagogie avant de peut-être proposer de me ramener…

Les larmes menacent alors que je me visualise avec lui dans l’habitacle. L’odeur de cuir et son parfum, ses magnifiques yeux qui réveillent les chatouilles dans mon ventre, son sourire qui m’éblouit et ses rires qui me rendent heureuse…

*

Nous sommes samedi, Eden ne me fait plus la tête et m’a dit qu’il était bien arrivé dans la ville où se déroule le match, Julia est de sortie avec ses amies et je suis chez moi à tourner en rond. J’hésite à aller toquer chez Hunter pour m’excuser, parce que j’aimerais que ce soit fait mais nous ne sommes tout de même pas très proches… Nous nous voyons à deux uniquement dans le contexte de mes cours d’autodéfense, mais le reste du temps, c’est lié à Eden alors je ne suis pas assez sereine pour toquer là-bas comme ça.

Je m’assois sur mon lit en soupirant lorsque l’idée de génie me traverse l’esprit. Hunter est au gymnase, je le parierais… Il n’est jamais là le samedi soir lorsque nous promenons Calyouk, mais il rentre en tenue de sport dans la fin de soirée puisque c’est comme ça que je suis tombée sur lui deux fois… Il a visiblement un entrainement, mais je ne sais pas de quoi, ni les horaires… Pourtant, il serait très commode de tomber « par hasard » sur lui là-bas, ça enlèverait tout le côté gênant de venir toquer… Et puis ce gymnase est ouvert à tous, je pourrais tout simplement faire un petit entrainement au cas où il ne s’y trouverait pas, j’ai manqué mon « sport » hier soir après tout…

Je n’ai pas encore totalement décidé d’y aller mais je m’habille quand même et dès que je suis changée, je réalise que je ne vois pas bien pourquoi je n’irais pas. Bouger un peu me fera du bien, je sais les exercices que je peux faire grâce à lui et ça occuperait intelligemment mon samedi soir.

Tout à coup, ce programme m’enchante et je pars donc d’un pas rapide en direction du gymnase en me donnant le défi de le gagner en vingt minutes plutôt que vingt-cinq pour m’échauffer un peu.

*

Une fois sur place, je constate que le grand gymnase est occupé par un cours de zumba dynamique dont la musique se répercute dans tous les locaux, y mettant une ambiance plutôt sympa. Le couloir dessert tout un tas de petites salles qui contiennent différents équipements. Les portes sont pratiquement toutes ouvertes, permettant de voir les ambiances conviviales à l’intérieur. Des femmes qui dansent, des hommes qui font de la musculation, un petit cours de yoga entre copines et bien d’autres. Je suis un peu timide à l’idée de faire ma séance ridicule dans une salle avec des inconnus et je me dégonfle petit à petit jusqu’à ce que je tombe sur une salle vide. Mon moral remonte et je m’apprête à m’y installer mais des coups réguliers provenant de la pièce à côté attirent mon attention. Je me souviens des gants de boxes d’Hunter pendus autour de son cou et un petit coup d’adrénaline me secoue lorsque je me demande s’il n’y a pas de bonnes chances que ce soit lui. Un coup d’œil ne coûtant pas grand-chose, je me faufile sur la pointe des pieds jusqu’à la salle en question. 

Dès que je le vois, je me fige sur le seuil et je profite allégrement du spectacle sous mes yeux. Il est seul dans sa salle, où quelques punchingball pendent du plafond. Il se déchaine dessus avec des mouvements techniques et compliqués, il ne boxe pas simplement je crois, on dirait qu’il se bat, c’est très étrange… mais très agréable à regarder. Il est encore plus sexy comme ça que lors du cours d’autodéfense, il a un regard encore plus dingue que d’habitude, concentré, déterminé mais il y a un quelque chose en plus… une flamme dans ses yeux, une flamme noire qui transforme ses traits toujours si calmes, ça lui donne un air dangereux qui me donne presque chaud et je donnerais cher pour qu’il retire son tee-shirt trempé par la sueur.

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