Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël

Chapitre 19 : Une nuit chez les garçons

3883 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 19/12/2025 11:31

Chapitre 19 : Une nuit chez les garçons ****


Moins d’une minute après notre départ, « Winston » appelle Hunter. Ça me scie en deux. Je commence à sérieusement me demander s’il ne l’appelle pas toute la sainte journée pour que j’assiste à des appels presqu’à chaque fois que je monte dans cette voiture.

-         Sérieusement Hunter, ton patron m’inquiète, dis-je avec honnêteté. Il te harcèle ? J’ai l’impression qu’il t’appelle jour et nuit… ?

-         Mais non, ne t’en fait pas. Il faut dire que tu es dans ma voiture à chaque fois qu’il y a un weekend important, souligne-t-il.

Je le dévisage quelques secondes et je n’y tiens plus :

-         Quel est ton travail ? Je… j’ai bien l’impression que tu n’aimes pas en parler, alors dis-moi simplement si tu préfères garder la chose pour toi mais je suis curieuse… Il n’est pas courant de voir une chose pareille, on dirait que tu bosses la nuit, je ne sais pas…

-         Effectivement, je préfère garder la chose pour moi, répond-il d’une voix incertaine.

-         Oh, d’accord.

Honnêtement, je ne m’y attendais pas et ça me fait l’effet d’une douche glacée. Voilà qui me remet clairement à ma place, je m’émoustille pour une main sur ma hanche alors qu’il ne veut même pas me dire son travail. Retour sur terre Hestia.

-         Ne le prends pas mal, reprend-il.

-         Je ne le prends pas mal, c’est ta vie privée…, réponds-je.

Il soupire avec frustration, voyant bien que je mens :

-         Ecoute Hestia, mon travail est très particulier… personne n’est au courant je… ce n’est pas que je ne te fasse pas confiance, c’est juste … Je ne veux pas que ton opinion de moi soit biaisé par cette information.

Je fronce les sourcils automatiquement avant de le regarder avec inquiétude :

-         Pourquoi ton travail changerait-il mon opinion de toi ? Ce n’est qu’un travail… ? demande-je avec prudence.

Il a l’air agité, complétement stressé même et je m’inquiète un peu plus alors qu’il soupire :

-         Je t’en prie, n’abordons pas ce sujet, ce n’est qu’un travail comme tu dis…

-         D’accord, murmure-je.

Il me lance un coup d’œil, voyant sans doute mon air choqué parce qu’il reprend :

-         Je travaille dans… le commerce…, dit-il lentement. Je suis l’assistant personnel de « Winston » et c’est pour ça qu’il m’appelle sans cesse à toute heure… C’est normal, il n’abuse pas de moi, c’est simplement mon job Hestia.

-         Et tu réponds à ses moindres besoins ? demande-je.

-         Si on veut, répond-il.

-         Le commerce de quoi ? continue-je.

-         C’est compliqué.

J’hoche la tête en affichant mon air le plus fermé mais il ne cède pas et laisse tomber le silence entre nous. Il me conduit jusqu’à mon bâtiment sans ajouter un mot et je sors de sa voiture dès qu’il l’arrête :

-         Encore merci, dis-je simplement.

-         De rien, répond-il en fixant droit devant lui.

J’hoche encore la tête et je referme ma portière en m’éloignant, plutôt choquée tandis qu’il repart. Je suis toujours sonnée alors que je monte les escaliers qui mènent à ma chambre et une fois arrivée, je file sous l’eau chaude d’une bonne douche pour réfléchir.

Je ne comprends pas pourquoi il fait tant de mystères, je ne vois pas une bonne raison pour me cacher son travail, je ne saisis juste pas. Et tout ça m’inquiète, parce que j’ai bien vu qu’il paniquait presque et malheureusement, après cette semaine agitée j’ai bien compris qu’Hunter n’était pas un ami pour moi.

Je ne peux pas me leurrer plus longtemps, je ne peux pas faire comme si je le considérais comme Eden… Je me trouble quand il m’approche, mon corps s’affole lorsqu’il me touche, son torse hante mes pensées depuis que je l’ai vu et son visage m’hypnotise. Je suis tombée amoureuse d’Hunter, je crois que je suis raide dingue de lui depuis qu’il a allumé cette foutue lumière le soir de notre rencontre et que mes sentiments amoureux ne cessent de croitre chaque fois que je découvre un trait de sa personnalité. J’aime absolument tout chez cet homme, j’ai envie de passer tout mon temps avec lui alors que je ne le connais que très peu dans le fond…

Je suis amoureuse pour la première fois de ma vie, mais d’un homme qui ne veut même pas me dire son travail. Tout ça ne sent pas bon pour moi et pour mon pauvre cœur amoureux qui risque de se faire briser au bout du compte… s’il ressentait au moins un dixième de ce que je ressens pour lui, alors il y a fort à parier qu’il me ferait suffisamment confiance pour me dire de quoi il en retourne.

*

Le dimanche, je suis plus calme.

La nuit m’a porté conseil et j’ai finalement décidé de ne pas me laisser influencer par cette histoire. Je ne veux pas m’angoisser et me poser des centaines de questions, ce n’est pas parce que j’ai réalisé que j’étais amoureuse d’Hunter que ça doit changer quoi que ce soit. Je n’ai de toute façon pas la prétention d’imaginer qu’il puisse s’intéresser à moi alors je réalise que le mieux que je puisse faire est d’être son amie. Je veux simplement passer du temps avec lui, le mettre en confiance, le faire rire… et s’il tombait amoureux en retour par miracle, alors j’aurais tout gagné.

Je ne sais de toute façon même pas comment agir ni quoi faire de cette information. Je suis trop timide, je n’arriverais jamais à l’embrasser même s’il me tendait les lèvres alors il est bien inutile de me torturer l’esprit. Je ne suis clairement pas prête, trop « coincée » comme disaient les crétins… J’aurais bien trop peur de ne pas savoir faire, de le décevoir ou qu’il se moque de moi même si ça parait très peu probable et ne parlons même pas d’intimité. Or, il me semble qu’un homme normalement constitué de son âge s’attendrait à une intimité, surtout un homme aussi séduisant qu’Hunter.

Vraiment, je serai bien plus à l’aise dans mes baskets dans le rôle d’amie, je souffrirai sans doute lorsqu’il me présentera des femmes mais au moins, j’aurai l’assurance de savoir que moi, je ne sortirai jamais de sa vie.

Je commence donc dès aujourd’hui mon plan visant à devenir une vraie amie pour lui. Il faut que j’arrête de me troubler comme ça et d’être timide, d’à peine oser lui parler et de ne pas lui dire ce dont j’ai envie les trois quarts du temps… je n’ai même pas son numéro de téléphone bon sang !

*

Après une journée intense de révision dans ma chambre, je passe la porte de chez eux avec satisfaction, toute heureuse de me dire que je possède une clé de son appartement et le droit d’y passer du temps. Je remarque qu’ils ont installé un petit sapin dans un coin du salon et je trouve ça génial, je passe un long moment à le regarder et à détailler les décorations qui y pendent. Il est à l’image du reste de l’appartement, il est artificiel mais de bonne qualité, les décorations sont très simples mais sublimes et une petite guirlande chaude l’éclaire juste ce qu’il faut.

En milieu de soirée, j’emmène Calyouk se promener au parc pour la première fois en autonomie totale et il est évidemment adorable tout du long.

 Nous rentrons vers vingt-trois heures et après une gamelle bien méritée pour Cal, je me dirige timidement vers la salle de bain. Ça me fait tout drôle d’imaginer que je vais me doucher ici mais les nombreux jets dans la douche me font de l’œil et je me régale d’avance en m’enfilant sous l’eau. Je me prélasse dessous un long moment, me massant le dos allègrement jusqu’à ce que j’estime que je dépasserais les bornes en usant plus d’eau chaude.

En revanche, je me retrouve bête dès que je sors. Je suis sur le tapis de bain, trempée, et je réalise que je n’ai pas pensé à chercher les serviettes avant. Je me vois mal me mettre à fouiner leur salle de bain en fichant de l’eau partout puisque je ne sais même pas où trouver une serpillère…

J’observe les deux grandes serviettes noires qui pendent après le sèche serviette, mais un gros problème se pose. Autant je me fiche royalement d’utiliser celle d’Eden autant je suis mortifiée à l’idée de me servir de celle d’Hunter et qu’il l’apprenne. Je passe un temps fou à réfléchir, j’observe les serviettes en faisant des petits calculs mais je me rends bien compte que je ne pourrai pas avoir l’assurance que j’ai raison, alors j’attrape la plus éloignée en essayant de ne pas trop y réfléchir.

J’enfile ensuite mon pyjama préféré, un vrai plaisir coupable, il est le plus chaud que je possède et puisque je m’apprête à dormir dans un canapé avec un simple plaid, il sera parfait. Il est en tissu molletonné blanc, avec des petits oursons marrons en motif. Julia se moque de moi à chaque fois que je le porte, me suppliant de le fiche à la poubelle et je ris un peu lorsque j’ai l’impression que même Cal m’observe bizarrement dans cet accoutrement.

Je m’installe ensuite en chien de fusil dans le canapé confortable, m’enroulant dans le plaid noir que je commence à bien connaitre, et j’allume la télé pour mettre un film de Noël.

*

Mes yeux papillonnent tandis que je me réveille. L’appartement est toujours dans le noir, mon film déroule à l’écran et une grande silhouette sur la gauche attire mon attention. Je n’ai même pas le temps d’avoir peur, parce que je reconnais immédiatement Hunter, en costume, qui approche d’un pas vers moi :

-         Excuse-moi, je ne voulais pas te réveiller… Il est encore relativement tôt, chuchote-t-il.

-         Ce n’est rien, j’ai dû m’assoupir devant mon film… Tu… tu ne devais pas dormir sur place… ? m’étonne-je d’une petite voix en sortant peu à peu du sommeil.

Il tire négligemment sur sa cravate pour la défaire, puis il vient s’assoir par terre devant le canapé, au niveau de mon ventre, s’appuyant contre l’assise en soupirant :

-         Si… mais… J’étais crevé, je suis épuisé et stressé… Je voulais juste dormir chez moi, dit-il d’une drôle de voix.

Effectivement, il n’a pas l’air en forme.

-         Ça ne va pas ? m’inquiète-je.

Il fixe l’écran et ses yeux papillonnent :

-         Pas trop non…, répond-il.

Calyouk vient le voir avec inquiétude, le poussant un peu de sa truffe et Hunter rit doucement :

-         Ce n’est rien mon grand, j’ai un peu abusé sur l’alcool, lui dit-il.

Je me réveille tout à fait cette fois, alarmée de voir Hunter si abattu :

-         Tu veux m’en parler ? demande-je timidement.

Il laisse un peu tomber sa tête sur le côté pour me regarder et mon cœur bondit dans ma poitrine puisque nos visages sont tout proches. Il me détaille une seconde ou deux avec lassitude :

-         Je suis simplement à bout Hestia, ce n’est rien, ça ira mieux demain… Mais entre le travail et les partiels… je suis crevé et angoissé… On en attend tellement de moi constamment… Il faut bien que je craque parfois… J’ai juste besoin de calme, finit-il dans un murmure.  

-         Tu veux que je rentre chez moi ? demande-je tout de suite en commençant à me redresser.

Il m’arrête rapidement en posant une main sur mon épaule pour me recoucher dans le canapé :

-         Non, pas du tout, reste avec moi... J’étais à une soirée de merde, je devais dormir là-bas mais je n’ai même pas eu le courage de tenir plus de quelques heures… Je n’avais rien à y faire alors que j’ai des partiels dès mardi matin… alors je me suis barré en douce et au lieu de rentrer à l’hôtel, je suis revenu à la maison directement.

Il est curieusement très loquace, mais ceci dit, puisqu’il vient de mentionner à Calyouk qu’il avait trop bu, je suppose que c’est pour ça. J’observe ses traits fatigués et mon cœur se serre :

-         Tu m’inquiètes, murmure-je.

-         Il n’y a pas de raison, répond-il en me souriant.

Ouille. Son sourire est une flèche tirée en plein dans mon cœur, il me comble autant qu’il me fait du mal.

-         Tu as besoin de quelque chose ? continue-je.

-         Non… juste être là avec toi, répond-il simplement en reportant son attention sur l’écran.

Mes joues s’enflamment évidemment et je me demande une seconde si j’ai bien entendu, mais je ne suis pas cinglée alors je crois que je peux admettre que je n’invente pas encore des conversations.

Il regarde le film et je ne peux pas détacher mes yeux de son visage. Je ne sais pas pourquoi il me fait autant de peine, c’est sans doute son air abattu, il a vraiment l’air au bout du rouleau.

-         Tu en fais trop, me permets-je de murmurer.

Il retourne la tête vers moi :

-         Je sais, répond-il d’une voix plaintive.

-         Il faut que tu te reposes Hunter, il faut que tu prennes du temps pour te poser… Tu es sans cesse au sport, à la fac ou pendu au téléphone avec Winston… Quand prends-tu le temps de souffler ? m’inquiète-je.

-         Là… en ce moment… avec toi…, murmure-t-il.

Mes joues chauffent un peu plus fort alors que ses yeux pétillent presque de bonheur en me regardant. Je me noie bien évidemment dedans, complétement charmée et l’envie de le câliner pour le réconforter devient pressante mais je ne bouge pas.

-         Je suis heureux d’être rentré, tu ne peux pas imaginer…, souffle-t-il.

-         Tu veux que j’envoie Winston se faire voir pour toi ? plaisante-je doucement.

-         Ouai… je crois que ouai, répond-il en riant.

-         Alors dis-moi simplement s’il t’appelle… je décrocherai, chuchote-je.

Il sort son téléphone de sa poche en me souriant comme un sale gosse et je constate qu’il est évidemment en train de se faire appeler :

-         Il doit se demander où je suis passé…, pouffe-t-il.

-         Laisse-moi répondre et il ne t’embêtera plus, réponds-je.

-         Je suis à deux doigts de te laisser répondre ! rit-il.

-         C’est que tu as définitivement trop bu alors ! m’amuse-je.

-         Réponds-lui Hestia ! dit-il alors. Envoie le chier !

Même son vocabulaire témoigne de son alcoolémie, c’est presque mignon de le voir si transparent.

-         Si je l’envoie bouler, tu n’auras plus de travail, souligne-je.

-         Je te jure que si, dit-il en retenant un rire.

-         Tu as trop bu pour te rendre compte que non, réplique-je en souriant.

-         Oh s’il te plait Hestia ! J’ai envie de te voir l’envoyer bouler ! Je te jure que je ne perdrai pas mon travail ! Dis-lui juste d’aller se faire voir ! piaille-t-il.

Son sourire me tue d’amour un peu plus fort à chaque seconde qui passe. Il fait si insouciant ce soir, en fait, il est tellement différent de d’habitude que ça me fait pousser des ailes :

-         Je ne vais pas dire à ton patron d’aller se faire voir Hunter, réponds-je en passant mes doigts sur son front tendrement.

Il attrape ma main au vol pour la caler contre sa joue :

-         S’il te plait Hestia, fais-le.

Je commence presque à me demander s’il me demande ça pour enfin avoir la paix, pour lâcher ce boulot qui lui ronge visiblement la santé et je ne sais pas ce qu’il me prend mais je détache ma main de sa joue pour la tendre à plat devant lui. Son sourire s’agrandit et il pose son téléphone dans ma main avec des yeux pétillants d’humour.

Je décroche donc son téléphone, qui n’a pas cessé de vibrer depuis qu’il l’a sorti :

-         Bonsoir, dis-je. Vous êtes sur la messagerie d’Hunter, un brillant étudiant qui a décidé de se reposer un peu avant le début de ses partiels dans un peu plus de vingt-quatre heures. Veuillez laisser un message après le bip et ne surtout pas le rappeler.  

Je raccroche et Hunter éclate de rire comme un dément en se tortillant contre le canapé :

-         Je n’en reviens pas que tu l’aies fait ! s’exclame-t-il.

-         J’ai été plutôt soft, j’espère que tu n’auras pas de problème, m’inquiète-je déjà.

-         Puisque je te dis que non ! répond-il en souriant jusqu’aux oreilles.

-         Alors ton patron est plus cool que je ne le pensais, souligne-je.

-         Il l’est, ne t’inquiètes pas.

Je fronce les sourcils en réalisant qu’il ne rappelle pas, ce que je trouve étonnant. Un patron en colère aurait eu vite fait de rappeler alors je suppose qu’Hunter ne se trompe pas.

-         Te voilà débarrassé on dirait, m’étonne-je.

-         Oui… enfin…

Il se réinstalle confortablement contre le canapé et son sourire ne fane pas :

-         Oh bon sang… je n’imagine même pas le nombre de questions que je vais avoir parce qu’une fille a répondu à ma place…, pouffe-t-il.

-         Ah bon ? demande-je en riant.

-         Oui… je me suis mis dans la misère, il ne va pas me lâcher avec ça.

-         Tu lui diras que je suis ta secrétaire, plaisante-je.

-         Oui, répond-il d’une voix heureuse.

Nous observons la fin du film dans un silence confortable, même si je passe plus de temps à le regarder lui que l’écran.

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