Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël
Chapitre 20 : Une drôle de soirée pyjama
5332 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 20/12/2025 11:35
Chapitre 20 : Une drôle de soirée pyjama ****
Dès que le générique se lance, j’éteins la télé et Hunter se lève pour s’étirer.
- Tu as mangé ? demande-t-il en observant la cuisine immaculée.
- Non… je ne voulais pas me servir dans vos placards et j’ai eu la flemme d’aller me chercher à manger, avoue-je.
- Ça te dérange si je cuisine ? demande-t-il alors.
- Tu es chez toi Hunter ! réplique-je.
- Ce n’était pas prévu, je ne veux pas te tenir éveillée si tu voulais dormir…
- Mais non, je me suis simplement endormie parce que j’ai beaucoup révisé aujourd’hui mais je suis en forme !
- Tu manges avec moi ?
- Je… je ne veux pas…, hésite-je.
- Tu manges avec moi, tranche-t-il avec autorité avant de me tendre ses mains.
Je suis timide mais je ne rate pas l’opportunité et je pose les miennes dedans alors qu’il me relève du canapé. Le plaid glisse de mon corps et ses yeux tombent évidemment sur mon pyjama ourson. Un immense sourire étire ses lèvres tandis que mes joues s’enflamment et que la honte me déchire en deux.
- Tu es ravissante là-dedans, commente-t-il.
- Je t’en prie, ne te moque pas de moi ! couine-je.
- Je ne plaisante pas, insiste-t-il en gardant ses yeux sur mes honteux oursons. Je t’assure que je te trouve ravissante dans ce pyjama, tu es même… adorable.
- Et toi, tu as décidément beaucoup trop bu ! réplique-je en rougissant de plus belle.
- Ça ne veut pas dire que j’invente, simplement que je dis tout haut ce que je pense habituellement tout bas.
- Habituellement ? souffle-je d’une voix choquée.
Il lâche mes mains sans répondre et part en direction de la cuisine :
- Allez, viens donc manger petit ourson ! claironne-t-il.
Je suis complétement soufflée et je le dévisage comme si je ne le connaissais pas. En fait, je ne le connais pas. Je commence à peine à découvrir Hunter au quotidien, mais je rencontre fraichement celui-ci, et je dois dire que le Hunter pompette me fait autant rire qu’il me trouble par sa franchise. Je lui emboite donc le pas en coiffant rapidement mes longs cheveux pour qu’ils cachent un maximum mon pyjama, plutôt efficace vu leur longueur et leur épaisseur.
- Je ne suis pas un grand chef, me prévient-il.
- Je ne suis pas difficile, réponds-je en m’installant à l’îlot.
Il cuisine une bonne dizaine de minutes avant de s’installer en face de moi en nous servant des pâtes carbonara.
- C’est délicieux, commente-je avec sincérité.
- Merci, répond-il en me souriant.
- Alors, comment tu te sens pour tes partiels ? demande-je.
- Bien ne t’inquiète pas. J’étais vraiment à bout en rentrant mais ça va déjà mieux, je t’avais dit que je reprendrais du poil de la bête… Les exams ne sont vraiment pas un problème pour moi, je t’assure.
- Pourtant tu es dans l’un des master les plus compliqués du droit…, m’inquiète-je.
- Ne t’en fais pas petit ourson ! répond-il en se penchant vers moi. Je suis le premier de ma classe moi aussi, je me débrouillerai très bien.
- Vraiment ?
- Oui. Si tu veux tout savoir, je suis major de promo tous les ans…, répond-il en prenant une bouchée comme s’il venait de commenter la météo.
Ma mâchoire se décroche :
- Tu te moques de moi ? souffle-je.
- Non, je t’assure.
- Mais comment fais-tu ? En travaillant à côté ? En passant ta vie au gymnase ?! Tous les ans ?! couine-je d’une voix de plus en plus aiguë.
Il hausse les épaules :
- Je ne sais pas, je capte les choses facilement, je retiens tout… J’ai toujours été le premier partout, toute ma scolarité.
J’écarquille les yeux en grands alors que je tombe de plus en plus amoureuse de lui. C’est même terrible, cette information me serre le cœur tant ça ajoute à sa perfection.
- Je suis… estomaquée. Félicitation Hunter, je ne sais même pas quoi te dire d’autre, tu me scies en deux…
- Merci, répond-il avec sobriété.
- Non vraiment, insiste-je. Je te trouve extraordinaire, en tout.
Ses joues rougissent et il baisse le nez pour se concentrer sur son plat tandis que je suis ravie de l’avoir touché. J’en profite pour l’observer, dans sa belle chemise blanche, avec sa cravate qui pend autour de sa nuque, je devine le tatouage qui se cache dessous, sa galanterie passe devant mes yeux, son intelligence s’y ajoute, son torse parfait … Et je suis là, en face de lui, dans mon pyjama nounours… Mais comment en suis-je arrivée là ?
Je ris un peu et il relève le regard :
- Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il.
- Rien, je me trouve ridicule dans cette tenue, c’est tout.
- Tu ne l’es pas.
- Arrête Hunter ! réponds-je en baissant le nez. Ce pyjama est objectivement honteux, Julia a déjà tenté de le brûler plusieurs fois mais c’est le seul qui me tienne vraiment chaud et je n’ai pas exactement le budget pour en trouver un plus sobre dans le même genre. J’avais prévu d’être seule ici ce soir, sinon je ne l’aurais sans doute pas mis.
- Pas d’autres pyjama ourson ? demande-t-il d’une voix taquine.
- Non ! C’est le seul, ne t’inquiète pas, pouffe-je. J’ai tout un tas de pyjama très sobres et classiques !
- Et bien je suis ravi d’avoir eu un aperçu illégal de ce pyjama, injustement retenu en otage dans tes tiroirs… Je me propose d’ailleurs largement pour devenir son avocat et qu’il puisse sortir plus souvent, plaisante-t-il.
Je pose mes yeux dans les siens tandis qu’un sourire conquis s’étire sur mes lèvres. Plus je parle avec lui, plus je le trouve chouette. Il n’est pas seulement beau comme un dieu, il a une personnalité qui me plait, il me révèle des bouts d’un caractère taquin qui me donne juste envie de rentrer dans son jeu sans me poser de question :
- Mon pyjama n’a pas les moyens d’engager un avocat de ta trempe, réplique-je.
- Je suis bénévole pour ses beaux yeux, rétorque-t-il.
- Très bien, alors je t’écoute…, ris-je en le désignant d’une main.
- Déjà, mon client n’a objectivement rien fait de mal si ce n’est subir les préjugés de la société, commence-t-il en levant un doigt.
J’hoche la tête et il continue :
- Ensuite, mon client est le seul qui vous permette d’avoir chaud, le seul. Vous vous rendez bien compte qu’à partir de là, il est absolument ridicule de le laisser dormir dans un tiroir en ayant froid toute la nuit au lieu de simplement l’enfiler et passer une bonne nuit… Vous préférez donc altérer votre sommeil, si précieux pour une étudiante de votre sérieux, plutôt que de porter mon client uniquement à cause du regard de la société sur ce dernier… Je trouve ça très limite, mais c’est un avis personnel.
Cette fois, je ne peux m’empêcher de rire et il lève un troisième doigt :
- Dernier point, je trouve que ce pyjama vous va vraiment à ravir, je ne dis pas ça pour vous rassurer, je trouve simplement qu’il est tout à fait adéquat avec votre personnalité.
- Quoi ?! m’exclame-je en riant. Mais en quoi ce pyjama correspond-il à ma personnalité ?!
Il se rappuie dans son dossier en croisant les bras avec un sourire aux lèvres :
- Je ne sais pas… je suis sûr que tu l’adores dans le fond... Sinon je ne vois pas pourquoi tu l’aurais acheté en premier lieu sans même savoir si oui ou non il te tenait chaud… Je crois que tu l’as trouvé adorable, que tu étais toute contente de ton pyjama mais que les critiques des autres t’ont poussé à en avoir honte alors tu le porte trop rarement et quand tu es seule. Ce n’est que mon avis.
Je rougis un peu en fixant la table :
- Et bien… votre plaidoirie fait sens… et il se pourrait que vous ayez un tout petit peu raison pour votre avis personnel, admets-je en souriant.
- Mon client aura-t-il le droit de sortir plus souvent ? répond-il avec malice.
- Je délibérerai dans les prochains temps.
Il se lève pour débarrasser et je saute sur mes pieds pour le faire à sa place. Il est hors de question qu’il ait déjà cuisiné et qu’il se coltine le nettoyage en prime. Ça le fait rire puisque je me glisse à toute vitesse entre lui et le plan de travail pour attraper les ustensiles dont il s’est servi pour cuisiner.
- Tu ne sais même pas où est le lave-vaisselle, souligne-t-il à mon oreille.
- Je vais bien le trouver, je ne suis pas demeurée ! réplique-je en essayant quelques tiroirs autour de moi.
Il rit un peu avant de me décaler doucement sur le côté en posant encore une fois une main sur ma hanche, déployant les papillons dans mon ventre alors que je n’ose plus bouger et qu’il tire la bonne poignée qui révèle le lave-vaisselle.
- Merci, couine-je.
Je le remplis rapidement avant de me redresser pour me laver les mains et il m’observe depuis un bout de la cuisine, appuyé contre le plan de travail, les bras croisés.
- Qu’est-ce que tu veux faire maintenant ? demande-t-il. Tu aimerais que je te laisse dormir ?
Cette idée ne me convient pas du tout alors je sors la première chose qui me vient en tête :
- Non ! Ça te dirait qu’on … regarde un film tous les deux … ? propose-je.
- Avec plaisir.
Je pars m’installer sur le canapé, reprenant ma place couchée en chien de fusil et nous choisissons un film avant qu’il ne parte subitement dans sa chambre. La porte est sur ma droite, je n’aurais qu’à relever le nez pour pouvoir observer l’intérieur mais je n’ose pas, par peur qu’il me surprenne. Je n’ai pas réussi à me décider qu’il revient déjà et je tombe des nus en le voyant arriver avec une grande couette noire dans les bras.
Il la pose délicatement sur moi et avant que je ne puisse comprendre ce qu’il m’arrive, je me retrouve emmitouflée dans sa couette. Elle sent divinement bon, la lessive et lui, son parfum que j’aime tant, cette fragrance qui lui colle à la peau.
- Il ne fallait pas…, murmure-je.
Il ne répond pas, se contentant simplement de me lancer un regard blasé avant de s’installer à mes pieds sur l’assise. Je me redresse pour lui passer la couette au moins sur les jambes et j’en profite pour rester assise plutôt que de me rallonger. C’est pathétique, mais ça me permet d’être plus proche de lui plutôt que d’avoir la tête à l’autre bout du canapé. Je redresse mes jambes contre ma poitrine en m’enroulant un peu mieux dans ma partie de couette, toute heureuse d’être à côté de lui.
Il se réinstalle un peu mieux à son tour et il ne m’échappe pas qu’il se rapproche de moi puisque mon corps vibre au complet en le voyant faire, particulièrement lorsqu’il étale ses bras sur le dossier du canapé et que l’un d’eux se retrouve donc juste derrière ma tête. Je jubile intérieurement, je n’aurais qu’à légèrement me laisser tomber sur la gauche pour atterrir calée sur son torse. Je glisse discrètement mes yeux sur son torse, complétement obsédée par l’idée d’aller m’y caler tout en sachant très bien que je n’oserais jamais. Je délire complétement tandis que le film déroule, j’essaie de visualiser la sensation que ça me ferait d’être contre lui, de sentir son odeur à même sa peau ou ses muscles, je sens presque le tissu de sa chemise sous mes doigts.
*
Il fait grand jour lorsque j’ouvre les yeux, je suis toujours bien enroulée dans la couette d’Hunter et je comprends bien vite que je me suis endormie devant le film. Je me redresse en baillant un peu avant de me figer lorsque je vois Hunter qui dort, avachit dans le canapé. Son visage a l’air si serein comparé au moment où il est rentré hier soir, il est tout apaisé et je m’extirpe donc tout doucement du canapé pour éviter de le réveiller.
Il est huit heures du matin, je file à la salle de bain pour me changer mais je ne sais pas trop quoi faire après ça. Je trouve ça un peu étrange de partir alors qu’il dort mais je me demande si je ne trouve pas ça encore plus étrange de rester alors que je n’ai aucune raison de le faire puisqu’il est là. L’idée de génie me percute lorsque je sors de la salle de bain et que Cal m’attend de pied ferme. C’est l’idéal, je ne pars pas vraiment mais je ne reste pas non plus plantée chez lui à ne rien faire. Je sors donc sur la pointe des pieds de l’appartement, refermant la porte le plus discrètement possible derrière moi.
Je promène Cal une bonne heure et demie avant de retourner chez les garçons.
Lorsque j’arrive, le canapé est vide et la couette n’est plus là alors je « claque » la porte pour signaler pour retour. Le temps que je déharnache Calyouk, Hunter sort de sa chambre. Il est visiblement douché et habillé puisqu’il porte sa tenue de rebelle que j’adore.
- Bien dormi ? demande-je.
- Très, et toi ?
- Très bien, j’espère que je ne t’ai pas réveillé en sortant, réponds-je.
- Pas du tout, je me demandais où tu étais jusqu’à ce que je me rende compte que Calyouk avait disparu aussi, s’amuse-t-il.
- Je n’étais pas bien loin, réponds-je.
Il ramasse deux trois affaires dans la cuisine qu’il range et je ne sais plus trop ce que je dois faire alors même si ça me contrarie, je me racle la gorge :
- Bon et bien je vais rentrer…, annonce-je d’un ton peu convaincu.
Il se retourne vivement en ouvrant de grands yeux :
- Tu pars ?! s’étonne-t-il.
- Et bien, je ne sais pas, tu es à la maison… je gardais Cal parce que nous pensions que tu ne serais pas là et je ne voudrais pas te déranger…, explique-je.
- Mais tu ne me déranges pas, répond-il tout de suite. Qu’est-ce que tu aurais fait si je n’avais pas été là ?
- J’aurais révisé en attendant le retour d’Eden.
- Alors fais-le, propose-t-il.
Je fronce un peu les sourcils, aussi étonnée qu’heureuse :
- D’accord…
Il me sourit brièvement avant de finir de ranger la cuisine et je m’installe timidement sur l’îlot avec mes affaires de cours alors qu’il disparait dans sa chambre une minute après. Je m’organise un peu pour mes révisions, ouvrant mes livres au travers et étalant mes feuilles de cours lorsqu’Hunter ressort avec les bras chargés de livres à son tour. Je l’observe avec de grands yeux venir s’installer en face de moi :
- Je ne vais pas te gêner ? demande-je.
- Bien sûr que non Hestia, répond-il sur un ton évident en prenant un crayon entre ses dents avant d’ouvrir un code devant lui.
Mes yeux s’arrêtent automatiquement sur ce crayon et je rougis en réalisant que c’est plutôt lui qui risque de me distraire… Mais non, je le refuse. C’est trop important.
Nous nous plongeons donc dans nos révisions tous les deux et je suis portée par la joie de partager quelque chose d’aussi simple avec lui. La matinée s’écoule gentiment jusqu’au midi, où je me lève pour aller chercher dans le frigo les sandwichs que j’ai acheté ce matin en balade avec Calyouk au cas où. Je me glisse à côté d’Hunter timidement et il relève le nez pour m’observer avec un regard interrogateur. Enfin, relever le nez est un bien grand mot puisqu’il fait quasiment ma taille sur sa chaise.
- Je t’en avais pris un aussi… au cas où… Pour te remercier pour hier soir, annonce-je en lui tendant.
Il sourit en secouant la tête :
- Je ne peux donc même pas t’offrir un repas sans que tu ne t’obliges à m’acheter un sandwich le lendemain ? me taquine-t-il.
- Et non ! réplique-je joyeusement. J’en ai pris deux différents comme je ne savais pas ce que tu aimais, j’espère que l’un d’eux t’ira.
- Je ne suis pas difficile, prends ton préféré, répond-il avec autorité.
J’ai bien envie de contester mais il y a ce foutu quelque chose chez lui qui fait qu’on lui obéit au doigt et à l’œil sans poser de question. C’est sa drôle d’aura et je serais même prête à parier que c’est grâce à elle que son patron ne le fichera pas à la porte.
- D’ailleurs ton patron ? Il n’a rien dit ? demande-je.
- Non, tout va bien, je te l’avais dit.
Quelle réponse concise, je ne peux pas m’empêcher de sourire et il fronce les sourcils :
- Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il.
- Rien, tu me fais rire… tu étais tellement différent hier soir, tu riais comme un bossu et tu disais tout ce qui te passait par la tête… et ce matin, te voilà redevenu toi-même, explique-je.
- Mon moi-même t’ennuie je suppose, commente-t-il en m’observant avec un air indéchiffrable.
- Pas du tout, il me rassure je crois… je ne savais pas comment te gérer hier soir, même si tu étais marrant, réponds-je en riant.
Il hausse les sourcils, visiblement surpris par ma réponse et je me penche un peu pour observer ses cours en croquant dans mon sandwich.
- Et bien… je n’ai pas hâte d’être en master, commente-je d’une voix blanche.
Il éclate de rire en s’appuyant contre le dossier de sa chaise, me laissant de l’espace pour mieux observer ses cours, ce que je fais en ouvrant des yeux affolés.
- Sérieusement, ça n’a pas l’air simple, m’inquiète-je en me penchant sur l’une de ses fiches de méthodologie.
Il se repenche en avant, venant presque se coller à mon dos tandis qu’il observe avec moi le document :
- Mais non, la difficulté augmente avec les années, tu ne la sentiras même pas passer…, me rassure-t-il d’une voix douce. C’est sûr que passer de la L1 au master peut faire peur mais ça te semblera naturel quand tu y seras. Regarde par exemple, ici…
Je n’écoute même pas la fin de sa phrase, je tourne la tête de quelques centimètres vers lui pour observer les beaux traits de son visage du plus près que je ne l’ai jamais fait. Il m’explique visiblement avec sérieux quelque chose, je vois ses lèvres bouger, ses sourcils concentrés et ses beaux yeux qui fixent son cours devant lui, mais impossible pour moi de suivre, je préfère plonger les deux pieds dans sa beauté.
Il relève alors le regard pour croiser mes yeux et s’interrompt net. Je suis comme figée sur place et je me contente simplement de l’observer puisque je n’ai pas la moindre idée de ce qu’il racontait.
- Je… je t’ennuie avec mes explications… ? demande-t-il d’une petite voix.
- Pas du tout, j’aurais adoré les écouter mais je n’ai pas réussi, ton visage m’a déconcentré, lâche-je alors dans la plus grande transparence.
Ses joues s’enflamment alors que nous détournons tous les deux la tête. Je ne sais pas ce qu’il m’a pris de dire ça, je crois que je commence juste à me sentir vraiment à l’aise avec lui et que j’ai donc moins de problème à lui dire ce que je ressens. Je me glisse à ma place en quatrième vitesse et je replonge le nez dans mes cours. Je ne regrette pas de lui avoir dit mais ça reste un peu gênant je crois.
Moi qui me suis toujours pensée timide, je me rends compte que pas tant que ça… Julia me l’avait de toute façon déjà souligné en disant que bien que j’ai une part timide, je suis aussi extrêmement transparente dans le même temps. Elle m’a souvent regardé avec des yeux ronds en société, alors que je pouvais dire des « dingueries » comme elle dit, sans même que je m’en rende compte. Elle dit que j’ai une personnalité spéciale, très particulière, qu’elle a sa petite idée là-dessus mais refuse de me donner son avis parce qu’après tout « elle n’est pas médecin ».
Il a été très naturel de dire la vérité à Ikal, je ne me sens même pas mortifiée, je ne vois pas trop le problème à ce qu’il puisse comprendre que je m’intéresse à lui après tout… je ne vois pas l’intérêt de lui dire ni de lui cacher, j’ai simplement envie d’être moi en sa compagnie et de profiter.
*
Dans l’après-midi, il s’étire allégrement en refermant ses cours sèchement.
- Tu arrêtes ? demande-je.
- Oui, ça suffira largement et il va falloir que j’y aille, je vais à la boxe cet après-midi.
J’hoche la tête en me replongeant dans mes livres et il remballe ses affaires dans sa chambre. Lorsqu’il en ressort, il est en tenue de sport et vient observer mes cours au-dessus de mon épaule. Il m’observe un moment alors que je révise ma méthodologie de dissertation et il finit par intervenir :
- Tu veux un conseil… ? demande-t-il d’une voix hésitante.
- Bien sûr ! m’exclame-je en levant le nez pour le regarder au-dessus de moi.
Il me sourit gentiment avant de m’expliquer une autre façon de faire que ma méthodologie. Il m’apprend qu’elle est enseignée comme ça jusqu’en début de troisième année pour rendre les choses plus simples aux étudiants, qui tombent ensuite de haut lorsqu’ils découvrent que ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. Il me soutient que les correcteurs seront ravis de voir une méthodologie parfaite chez un première année et que ça pourrait me rapporter des points en plus puisque je suis clairement assez intelligente pour la maitriser d’ici demain. Outre le joli compliment qu’il me glisse, je gagne un petit tutorat privé d’une bonne vingtaine de minutes où il s’appuie sur l’îlot avec une feuille vierge et un stylo pour me détailler la méthodologie dont il me parle.
Cas de force majeure, j’arrive à me concentrer sur ce qu’il me raconte plutôt que sur lui et je bois donc chacune de ses paroles en les intégrant dans ma tête. Il me donne ensuite un sujet au hasard et m’observe faire un plan détaillé de ce que je répondrais avec sa nouvelle méthode pendant quinze minutes de plus.
Lorsque je termine, il prend ma feuille pour la relire en haussant les sourcils :
- Je suis impressionné Hestia, sincèrement… non seulement tu as respecté la méthodologie que je viens de t’apprendre mais ton plan est excellent… il est intelligent, pertinent, travaillé… alors que tu viens de le pondre en quinze minutes. Tu brilleras à tes partiels et je ne doute pas que tu conserveras largement ta place de première de classe…
- Merci Hunter ! roucoule-je.
- Tu veux qu’on en fasse un autre ? propose-t-il.
- Tu n’avais pas boxe… ?
Ses yeux s’écarquillent et il tourne la tête vivement pour regarder l’heure avant de se mettre à courir dans l’appartement, attrapant une bouteille d’eau d’une main et enfilant ses chaussures de l’autre tandis que je ris aux éclats.
Il s’arrête sur le seuil de la porte :
- Je te souhaite bon courage pour tes partiels si je ne te revois pas…, dit-il.
- A toi aussi, réponds-je.
Et il s’en va tandis que je souris en me replongeant dans mes cours.