Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël
Chapitre 21 : La prison ****
La semaine de partiels est longue, fatigante mais plutôt simple pour moi. Julia est complétement paniquée, elle travaille nuit et jour puisqu’elle n’a pas révisé régulièrement et je me charge de la canaliser et de l’aider puisque je ne fais pour ma part que de petites révisions simples le soir. Je m’en sors plutôt bien, il faudra voir les résultats mais je ne m’inquiète pas trop car tous les sujets m’ont inspiré. J’ai utilisé la méthodologie d’Hunter dans toutes mes dissertations et je suis impatiente de voir si ça me portera chance.
En tout cas, le vendredi soir, les amies de Julia nous invitent à une petite soirée dans un petit bar pour fêter les partiels et je me permets d’inviter Chio et Gloria. Nous passons une agréable soirée et nous sommes toutes ravies d’être officiellement en vacances pour deux semaines.
Le samedi après-midi, j’emprunte la voiture de Julia pour me rendre en ville, où j’ai rendez-vous dans une agence intérim. Je cherche à travailler une soirée, dans n’importe quel secteur, car même si Hunter refuse que je le rembourse, j’ai décidé de faire un geste à ma manière, à savoir lui offrir un cadeau de Noël. Je n’ai pas la moindre idée de quoi lui offrir, je ne sais même pas combien je serai potentiellement payée ni si on me trouvera une mission mais je suis au moins déterminée à essayer.
J’ai ensuite rendez-vous avec Eden, qui m’a invité à passer chez lui et je reprends donc la voiture de Julia en direction de chez lui lorsque je dépasse un groupe d’hommes. Je vois bien que ce ne sont pas les mêmes que la dernière fois mais ça n’empêche pas mon cœur de se serrer puisque l’image de mon présumé Kai me revient en tête. Ça me blesse énormément et je ne pense qu’à ça jusqu’à ce que je me gare devant chez Eden, le moral dans les chaussettes.
Il m’accueille chaleureusement et nous nous installons dans le canapé avec les chocolats chaud qu’il nous a préparé.
- Alors ces partiels ? demande-je.
- Franchement, pas trop mal, mieux que d’habitude… et je peux te dire que tes petits cours m’ont bien aidé ! Encore merci ! Je ne te retourne pas la question, je sais déjà que tu as excellé, ajoute-t-il en soupirant.
- Je crois oui, concède-je en souriant mollement.
Mes yeux se perdent dans les fenêtres où j’observe le ciel blanc.
- Tu ne m’as pas l’air en grande forme Titi… Ça va ? s’inquiète Eden.
- Oui, mens-je.
Il me lance un regard blasé :
- Dis-moi ce qui te travaille, ce n’est pas bon d’intérioriser, insiste-t-il.
Je mords ma lèvre en resserrant mes doigts sur ma tasse chaude, me demandant si je lui raconte ou non ce qui me travaille. J’ai peur qu’il me prenne pour une dingue, ou de le mettre mal à l’aise puisqu’il s’agit quand même d’histoire de prison… tout ça n’est pas joyeux.
Mais c’est Eden et ses yeux gentils ont finalement raison de moi. Je me lance donc dans l’histoire, lui parlant d’abord de ma relation avec Kai à l’orphelinat pour lui faire comprendre que même si c’est un garçon limite, il ne me ferait jamais de mal. Je lui explique ensuite qu’il a été incarcéré immédiatement après ses dix-huit ans, tous mes appels infructueux pour savoir où il était détenu et je conclus en lui racontant ma sortie désastreuse avec Julia, ma course folle en direction d’un groupe d’hommes visiblement dangereux et ma quasi-certitude de l’avoir reconnu malgré son physique différent. Il ne me juge pas, il m’écoute avec attention et je vois qu’il prend l’histoire à cœur. Ça m’étonne un peu jusqu’à ce que je réalise qu’Eden est comme ça, il donne largement des deuxièmes chance et son histoire avec Cal le prouve. Je me rends vite compte que j’ai très bien fait de lui en parler finalement.
- Bon, dit-il en fronçant les sourcils. Déjà, la prison change les gens, c’est clair ! Il n’est pas si délirant d’imaginer que tu l’as à peine reconnu… en revanche, ce que je ne comprends pas, c’est sa réaction à lui…
- Oui, c’est ce qui me fait douter… mais j’y ai réfléchis et après coup, j’ai trouvé la réaction de ce « type » curieuse… la façon qu’il a eu de calmer immédiatement son ami qui me menaçait … Il l’a presque empoigné, il l’a vraiment empêché de venir vers moi alors que ce Terry était persuadé que j’étais une sorte de flic sous couverture… Aucun autre ne m’a défendu… pourquoi ce mec en question, curieusement celui qui me fait penser à Kai, a eu exactement le genre de réaction que Kai aurait eu… ? souligne-je. Je ne suis pas folle Eden, j’ai reconnu Kai simplement en passant à côté de lui en voiture, c’est lorsqu’il a joué les inconnus que j’ai douté, mais j’étais assez sûre de moi pour foncer tête baissée vers un groupe d’hommes louches.
- C’est clair… je t’imagine mal faire une chose pareille si tu avais eu le moindre doute…il y a quelque chose d’étrange dans cette histoire…
- Malheureusement, aucun moyen de savoir… si au moins on pouvait savoir s’il est encore en prison ou non… On pourrait vite être fixé s’il y était toujours, et ça nous donnerait quand même une preuve de plus s’il en était sorti, réponds-je pensivement.
- J’ai bien une idée…, déclare alors Eden. Mais je ne suis pas sûr qu’elle marche…
- Laquelle ? J’ai déjà appelé dix fois la prison de la ville et plusieurs fois celles des alentours…, gémis-je.
- Je sais, mais je n’aurais pas fonctionné comme toi. J’irais plus au culot que ça… C’est le culot qui paye en ce bas-monde… évidemment qu’on ne te dira pas son nom alors que tu appelles poliment en avouant que tu n’es pas de sa famille…
- A quoi penses-tu ? demande-je en me redressant, soudain très intéressée.
- A me présenter sur place en soutenant qu’il est mon cousin ou un truc comme ça. Idéalement, c’est Hunter qu’il nous faudrait… Il en impose, on lui donne tout sur un plateau d’argent mais… ce n’est pas trop son genre de faire des plans foireux, dit-il d’un ton hésitant.
J’en ouvre la bouche de stupéfaction, compétemment électrisée à cette idée. Autant je ne suis pas capable d’avoir un culot pareil, autant je ne doute pas qu’Eden l’aurait et je suis presque sûre qu’on donnerait la réponse à Hunter sans même discuter.
- On pourrait lui demander ! couine-je.
- Il ne voudra pas… et puis il ne vaut mieux pas qu’il aille faire un tour dans la prison de la ville, fais-moi confiance et ne pose pas de question… en revanche… on peut plus facilement me transformer en Hunter.
- Mais qu’est-ce que tu racontes ? m’amuse-je.
- Hunter possède ce truc, mais ses fringues et sa bagnole aident, on ne va pas se le cacher… Bon. J’ai un plan Hestia, accroche ta ceinture, se marre-t-il. On saura avant la nuit si ton Kai est en prison ou non.
Je lui saute au cou pour le remercier et nous passons l’heure suivante à tout mettre en place. Nous passons chez moi passer ma robe en satin la plus distinguée, sur laquelle je porte l’un des manteaux de marque de Julia. Ensuite, avec beaucoup de patience et de dextérité, nous arrivons à rentrer Eden dans un costume d’Hunter.
C’est délicat, puisque Eden est plus épais, mais comme Hunter est plus grand, les habits ne cèdent pas. Les boutons de sa chemise sont simplement un peu sous pression et il a bien du mal à lever les bras une fois dans la veste de costume mais globalement, ça nous fait bien rire.
Lorsque Hunter rentre chez eux et nous trouve pratiquement en tenue de soirée, il ouvre des yeux ronds :
- Mais qu’est-ce que vous fichez … ? demande-t-il.
- On sort ! Et j’ai besoin de ta caisse s’il te plait, répond Eden avec assurance.
Je suis pour ma part rouge pivoine et je fixe le sol. Je me sens terriblement mal de ne pas lui expliquer ce que nous mijotons alors que nous utilisons ses affaires… Tout ça pour savoir si le voyou que j’ai aperçu en ville l’autre jour est oui ou non mon semi-frère incarcéré alors que j’étais toujours à l’orphelinat… J’accuse Hunter de ne pas me parler de son travail mais je ferais drôlement bien de me regarder dans un miroir je crois…
- Vous sortez… ? murmure Hunter d’une drôle de voix.
- Ouai ! répond Eden.
- Pourquoi tu veux ma voiture ? Tu en as une je te signale, reprend-il.
- C’est pour avoir la classe, pour impressionner un peu Hestia, chuchote Eden d’un ton conspirateur.
Oh mon dieu… Hunter ne va jamais croire à une chose pareille si ? Nous sommes foutus, je suis à deux doigts de tout lui avouer mais je me concentre sur mes pieds pour donner une chance à ce plan foireux de voir le jour.
- Ah bon…, répond finalement Hunter d’une voix que je juge très froide. Et mes fringues sur ton dos, c’est normal ?
- Oui ! Il fallait que j’ai la classe, allez Hunty, file-moi juste ta caisse ! Tu sais bien que j’y ferai gaffe ! C’est un service entre frères ! insiste Eden.
- Que veux-tu que je réponde à ça ? Prends-là. Passez une bonne soirée.
Son ton est plus froid que l’hiver et il va s’enfermer dans sa chambre sans même me dire un mot, ce qui m’inquiète automatiquement et je trottine vers Eden :
- Nous sommes trop louches ! Tu as vu son ton ?! Il se doute de quelque chose ! murmure-je.
- Ouai, je ne sais pas ce qu’il a… il n’est jamais comme ça, admet Eden en jetant un coup d’œil sur la porte qu’Hunter vient de claquer.
- On devrait tout avouer ! couine-je.
- Non ! Hors de question, on y va ! réplique-t-il en m’attrapant le bras.
Il me traine jusqu’au parking et l’excitation remplace doucement la peur alors que nous filons en direction de la prison et que nous nous concentrons pour nous mettre dans la peau de nos personnages. Eden jouera Monsieur Grimmal, un riche et détestable homme d’affaires et je serai Irina Grimmal, son épouse trophée.
Selon mon ami, un ton assuré et de l’argent peuvent tout changer : réponse dans quelques dizaines de minutes.
*
Eden se gare devant les portes de « l’accueil » comme s’il était chez lui sans même couper le moteur, comme s’il faisait partie des grands de ce monde qui se fichent des usages car trop habitués à ce que le peuple s’incline devant lui. Mon rôle consiste simplement à jouer la femme trophée et heureusement, car je serais bien incapable de faire quoi que ce soit d’autre.
Il descend donc de la voiture pour m’ouvrir la porte avant de passer un bras autour de ma taille tandis que j’affiche mon air le plus hautain et dédaigneux. Il avance vers la femme de l’accueil avec assurance et elle nous dévisage avec des yeux ronds jusqu’à ce qu’il se plante devant elle en lui lançant à peine un regard, prenant même un ton agacé :
- J’ai besoin de savoir si mon cousin est encore incarcéré ici, lâche-t-il de but en blanc.
- Euh…, commence la femme de l’accueil.
- Je n’ai pas toute la journée Mademoiselle. J’ai juste besoin de l’information, il y en a pour une minute à tout casser je présume.
J’ai honte de lui, je n’arrive déjà plus à tenir mon rôle tant je suis choquée par son comportement mais je dois avouer qu’il est extrêmement crédible puisque la femme est aussi perturbée que moi et me lance un coup d’œil hésitant.
Je ne sais pas trop ce qu’il me prend, mais je décide de changer mon rôle. Passant de la femme hautaine et sûre d’elle, je prends finalement le rôle de la femme inquiète et intimidée par son mari, lançant un coup d’œil inquiet à la femme comme pour lui signaler qu’elle ferait bien de vite lui donner les informations. Je crois que c’est une bonne idée, car je sens la communication entre elle et moi, elle fronce légèrement les sourcils et Eden en rajoute une couche :
- Bon, cela vient-il ?! Seigneur, mais à qui faut-il s’adresser ici pour avoir une réponse ?! A qui doit-on donner de l’argent pour avoir ce qu’on cherche en moins de dix jours ?! Où est donc l’homme qui gère ce bateau ?! N’y-a-t-il que lui pour avoir ces informations ?!
Son ton est détestable, pompeux, agacé et surtout insupportable. Il ressert sa prise sur moi et la femme de l’accueil est piquée :
- Ce sont des informations que je détiens Monsieur, tranche-t-elle.
- Vous ? A l’accueil ? demande Eden avec un air étonné.
- Et bien oui, moi, à l’accueil ! répond-elle vivement.
- Alors donnez-là moi que diable ! s’exclame Eden.
- Il faudrait pour cela que je sache votre nom, siffle-t-elle.
- Vous me demandez mon nom… ? demande alors Eden en détachant chaque syllabe.
Je pose mes doigts sur mes lèvres, comme si j’étais choquée qu’elle ose lui demander son nom mais à ce stade, je commence presque à avoir envie de rire du sketch que nous menons. Je ne peux pas croire à ce qu’il se passe.
- Euh… oui… ? demande la femme d’une voix plus hésitante.
- Je suis Monsieur Grimmal, je possède simplement la plus grosse entreprise du pays mais enfin, visiblement, je vous l’apprends…, soupire-t-il avec lassitude et un regard dégoûté pour la femme.
Elle cherche dans son ordinateur avant de lever un regard incertain :
- Je n’ai personne à ce nom-là…, dit-elle.
- Mais bien sûr que non puisqu’il est mon cousin enfin ! Vous êtes bien sûre d’avoir les compétences pour me trouver cette information ?! s’enflamme-t-il.
La femme est de plus en plus outrée et chamboulée alors je me permets le coup de grâce, l’alliance féminine :
- Le détenu se nomme Kai Doka, glisse-je comme si je lui venais en aide.
Elle me lance un regard de remerciement avant de taper à toute vitesse sur son clavier et je pense que mes yeux ne vont pas tarder à sortir de leurs orbites puisque notre plan est en train de marcher. Elle fronce les sourcils avant de relever le nez :
- Votre cousin a été libéré il y a trois mois Monsieur Grimmal, je ne sais pas si…, commence-t-elle.
- Parfait ! Ça de moins à gérer bon sang ! J’ai déjà bien assez de boulot ! En route Irina ! s’exclame Eden.
Il repart comme il est venu, sans un remerciement et je fais un petit geste à la femme de l’accueil tandis qu’Eden me traine fermement jusqu’à la voiture.
Alors que nous démarrons, la femme a l’air perturbée et elle secoue sans doute la tête pour se sortir cette désagréable rencontre de l’esprit. Dans l’habitacle en revanche, ce n’est pas la même ambiance, nous rions à gorges déployées, complétement hallucinés que le plan ait marché, que la femme nous ait cru et surtout que j’ai peut-être bien retrouvé la trace de mon frère de cœur.
Nous sommes si euphoriques qu’Eden nous traine dans un restaurant de luxe où il m’invite malgré mes protestations, me suppliant de garder nos rôles là-bas, ce que nous faisons en riant comme des dingues tandis que « Monsieur Grimmal et Irina » fêtent leur un an de mariage dans le restaurant prestigieux, se faisant même offrir le dessert.
*
Il se gare devant chez moi et ça me fait drôle d’être avec lui dans cette voiture. J’ai tellement l’habitude de tourner la tête et de voir Hunter que la différence est bien décevante malgré le service qu’il vient de me rendre.
- Alors Titi, qu’est-ce que tu vas faire de l’information maintenant que tu sais que ce mec pourrait bien être Kai ? demande-t-il.
- Pas grand-chose… je ne vais pas écumer le quartier chaud de la ville jusqu’à retomber sur lui et le convaincre que nous nous connaissons… Il faut que je réfléchisse, que je vois ce que je peux faire… C’est une drôle de situation…
- Et ce n’est peut-être pas lui, il faut prendre cette information en compte. Il y a bien ton Kai quelque part, mais rien ne nous dit que c’est ce type.
- Oui, j’y réfléchirai pendant les vacances, j’irai peut-être à l’orphelinat laisser un numéro au cas où il s’y rende un jour pour me chercher… En tout cas je te remercie sincèrement, grâce à toi, mon enquête progresse…
- Il n’y a pas de quoi Irina ! plaisante-t-il.
- Vous êtes le meilleur Monsieur Grimmal, pouffe-je.
Il rit un peu et je descends de la voiture pour rentrer chez moi.
*
Je passe les deux jours suivants avec Julia et Eden, puisqu’elle part passer toutes les vacances en famille et que ce dernier sera absent pour les deux jours de Noël.
En fait, le campus se vide littéralement à l’approche des fêtes.
J’adore cette ambiance, voir les gens heureux et euphoriques, les musiques de Noël, les guirlandes et les décorations à tous les coins de rues… J’ai toujours rêvé d’un beau réveillon en famille, d’une ouverture de cadeau le matin du 25… mais je ne suis pas triste d’être seule, parce que je sais que j’aurai un jour ma famille et que cette fête sera ma préférée.
En début de semaine, je me fais appeler par l’agence intérim qui me charge d’une mission pour le mercredi vingt-trois au soir. C’est un diner de Noël d’entreprise et je serai serveuse, payée cent-cinquante euros la soirée, sans prérequis.
Le mercredi, je mets donc une robe noire sobre, des baskets, et je plonge dans le monde de la restauration le temps d’une soirée. Il y a un monde fou, je n’arrête pas une minute et je cours dans tous les sens jusqu’à une heure du matin mais j’obtiens bel et bien une enveloppe de cent cinquante euros qui me permettra de trouver un joli cadeau pour Hunter.