Les sentiments au fond de tes beaux yeux - Tome 1 : La magie de Noël
Chapitre 32 : L'histoire d'Eden et Hunter
4235 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 06/01/2026 12:15
Chapitre 32 : L’histoire d’Eden et Hunter
Cette soirée de cuisine à deux en période de fête me donne d’ailleurs une idée :
- Je ne sais pas trop ce que tu fais habituellement pour le nouvel an mais si vous ne faites rien, nous pourrions peut-être le passer tous les trois, nous cuisinerions et pourrions jouer à des jeux…, propose-je timidement.
Je lui lance un petit coup d’œil mais son visage est si triste que je perds mon sourire.
- Je ne serai pas là…, commence-t-il.
- Oh, d’accord… tu es invité à une soirée je suppose ? demande-je.
- Alors déjà, permets-moi de te rappeler que tu ne seras pas là non plus puisque tu as un voyage à la montagne de prévu pour le nouvel an…
- J’avais oublié ! couine-je.
- Et ensuite, je ne suis pas là du tout. Je pars demain en fin d’après-midi pour le travail et je reviens le deux janvier… Je ne savais pas trop comment te le dire, je ne savais pas si ça t’impacterait, si c’était bizarre de te l’annoncer alors que tu n’en avais peut-être rien à faire… Surtout que tu seras à la montagne alors…
Sa voix est hésitante mais je ne réponds pas, j’accuse un peu le coup dur que ça représente pour moi en continuant de m’occuper les mains sur mon plat. Plus j’intègre l’information et plus elle me rend triste.
J’enfourne les lasagnes dans mon petit four avant de me retourner pour lui faire face :
- Je ne m’en fiche pas Hunter, ça me rend triste de savoir que tu pars aussi longtemps… que je ne te verrai pas… Tu pars tout de même presque une semaine, murmure-je.
Il fait un pas vers moi en prenant mes mains dans les siennes :
- En effet… mais … ! Tu seras bien tranquillement à un joli petit séjour avec Eden, à faire de la luge et des promenades dans la neige…, me réconforte-t-il en me lançant un regard malicieux.
Je souris un peu :
- Oui… maintenant que je sais que tu n’es pas là, je suis encore plus heureuse d’y aller…, admets-je.
Il embrasse l’une de mes mains en souriant et je retrouve définitivement le sourire :
- Je te remercie vraiment pour ce séjour Hunter, je n’en reviens pas de t’avoir crié dessus pour ça… je crois que je ne me le pardonnerai jamais, soupire-je.
- Remercie-moi en t’amusant là-bas, propose-t-il gentiment.
J’enlace mes doigts aux siens en l’observant quelques secondes, essayant de faire mon deuil de sa présence quasi quotidienne.
- Je n’en reviens pas, je ne te verrai pas pour le nouvel an…, gémis-je.
- Je suis désolé, c’est une fête à laquelle tu tiens ? demande-t-il avec un air triste.
- Oui… on dit qu’il faut passer la nouvelle année avec les gens auxquels on tient, que ça signifie que nous passerons toute l’année à venir avec eux…, murmure-je.
- Je ne compte pas déménager, alors a priori, tu passeras l’année prochaine en me voyant, s’amuse-t-il.
- C’est ce que les filles disaient à l’orphelinat, elles avaient quelques superstitions pour le nouvel an, explique-je.
- Comme ?
- Comme ce que je viens te dire ou qu’il fallait embrasser l’homme qu’on aime à minuit pour être sûre de passer l’année dans ses bras, voire que ça offrait un amour éternel ou ce genre de chose…, ajoute-je en rougissant et en détournant le regard.
- Ce ne sont que des superstitions Titi, tu passeras ton année comme tu as envie de la passer…, répond-il.
Je relève des yeux amusés sur lui :
- Titi ? demande-je.
Il lâche mes mains pour lever les bras au ciel avec un faux air exaspéré :
- Et voilà que ce crétin commence à me déteindre dessus ! s’exclame-t-il.
J’éclate de rire avec lui et je m’assieds à ma petite table pour nous servir deux verres de son pétillant alors qu’il s’installe en face de moi.
- Je sais que tu as rencontré Eden au lycée mais je n’ai pas plus d’informations… ? demande-je avec curiosité.
- Sacrée histoire, soupire Hunter en portant son verre à ses lèvres.
Je pose mes coudes sur ma table, un verre dans une main et mon menton dans l’autre pour lui signifier très clairement que j’attends l’histoire.
- J’étais interne dans le lycée de ma ville parce qu’il n’y avait pas de bus qui pouvaient m’emmener à l’heure au lycée depuis l’orphelinat… En seconde, je ne bougeais pas une oreille et j’avais des notes excellentes. Eden était un vrai élément perturbateur et il n’en fichait pas une… Alors magie, au bout de deux mois de cours, ils l’ont fichu dans ma chambre.
- Quoi ? Il était interne ? Je croyais qu’il habitait dans la ville de votre lycée… ?
- C’était le cas mais ses parents avaient peur qu’il rate son bac en restant à la maison, ils se sont dit qu’en internat, les heures d’études lui sauveraient la mise…
- Et ça a été le cas ? demande-je.
- Tu plaisantes ? Il ne fichait rien à part le cirque. Les surveillants s’arrachaient les cheveux et ils ne supportaient plus son duo avec un crétin qui le tirait vers le bas… Alors ils l’ont changé de chambre et se sont dit que ce serait une super idée de le mettre dans celle de leur élève le plus studieux.
- Brillante idée je suppose, quand on voit comme vous êtes devenus proches… ?
- Oui…, répond-il pensivement en souriant. Au début, c’était une catastrophe. Je le rejetais en bloc, il représentait tout ce que je détestais, le sale gosse qui n’a jamais manqué de rien et qui se permet donc de se foutre de sa scolarité… Je l’aurais massacré…
- Et il devait te détester aussi, souligne-je. Le petit génie qui n’a pas besoin de travailler pour enchainer les bonnes notes…
- Exactement… Nous ne nous adressions pas la parole, pas idéal pour créer du lien… Au pire nous nous engueulions, au mieux, nous nous ignorions…
- Alors que s’est-il passé ?
- Un jour, il n’arrivait pas à faire un devoir de chimie, ça faisait des heures qu’il était dessus, des heures ! Je l’ai traité de débile, il m’a sauté dessus, nous nous sommes battus, je lui ai mis une rouste et il m’a respecté.
- Quoi ?! couine-je.
- Oui, il me prenait pour un petit rat de bibliothèque faible qui passait son temps le nez dans un bouquin ou à jouer aux échecs… Je peux te dire qu’il est tombé de haut quand je lui ai mis une raclée. Ça l’a carrément calmé et ça a mis les choses à plat entre nous, nous sommes inséparables depuis ce soir-là.
- Quoi ?! répète-je en riant.
- Et bien, après notre bagarre, il m’a dit que j’étais impressionnant, qu’il ne s’y attendait pas et m’a demandé si je faisais du sport. Je lui ai dit que oui, de combat et ça l’a encore plus étonné. Nous avons parlé une bonne heure des sports que nous faisions, il avait déjà commencé le rugby et ça le passionnait. Je lui ai dit que s’il bossait bien ses cours, il pourrait entrer à la fac, faire partie d’une équipe universitaire et se faire repérer comme pro…
- Et ça a marché ? souffle-je avec émotion.
- Oui… Il est retourné aussi sec sur son devoir de chimie… et puis après tout, ça faisait des heures que je le voyais essayer de bosser, je n’aurais jamais pensé qu’il gaspillerait plus de dix minutes de son temps sur ses cours, mon opinion était déjà un peu différent…
- Alors pourquoi l’avoir traité de débile ? ronchonne-je.
- Je crois qu’au fond de moi, je voulais que ça pète, je voulais qu’on reparte à zéro… Parce que je venais de voir qu’il n’était pas si « je m’en foutiste » que ça. Quand il s’est remis sur sa chimie, je me suis assis avec lui et j’ai passé toute la nuit à lui expliquer les cours… Il a eu dix-huit à son devoir et nous sommes devenus inséparables… On passait toutes nos soirées à travailler ses cours, je prenais le temps de tout lui expliquer pour reprendre des années de carences scolaires à ne rien faire et il passait tous ses temps libres à jouer aux échecs avec moi pour me faire plaisir … Il a abandonné ses mauvaises fréquentations aussi sec et il est devenu mon meilleur ami.
Ma gorge se serre sous l’émotion :
- C’est une belle histoire, je suis au bord des larmes ! m’étrangle-je.
- N’exagère pas ! s’amuse-t-il.
- Je ne rigole pas Hunter… je trouve votre amitié touchante je… je vous aime si fort tous les deux, c’est un vrai bonheur d’entendre une histoire pareille, conclus-je en essuyant une larme au coin de mon œil.
Il attrape ma main puis se penche en avant au-dessus de la table pour embrasser tendrement chacun de mes doigts en me couvant de ses yeux attendris alors que je suis toujours pleine à ras-bord d’émotions.
- Et ensuite ? Il a eu son bac ? renifle-je presque.
- Ensuite, il a eu son bac avec mention, les profs lui ont fait une haie d’honneur et il a été pris à l’université où il donne tout pour accomplir son rêve de se faire repérer. Et c’est ainsi qu’il a rencontré une magnifique jeune fille…
Il embrasse encore ma main avant de continuer :
- Magnifique jeune fille qui a proposé de l’aider avec ses cours de biochimie elle aussi… à qui il a proposé de faire des promenades avec son chien sur son temps libre pour lui faire plaisir…
Il me réembrasse la main et je rougis des pieds à la tête alors qu’il conclut :
- Et c’est ainsi qu’elle a rejoint notre duo… de la même façon que nous l’avons créé finalement… Il n’y a pas de hasard, simplement des gens bien qui cherchent à se serrer les coudes.
Je retourne ma main pour attraper la sienne à mon tour et je me penche un peu plus pour y déposer un baiser :
- Et c’est ainsi que le magnifique colocataire d’Eden a accepté de me rendre service à son tour, en me raccompagnant de cette soirée, puis du gymnase… Qu’il a accepté de m’aider avec mes cours de droits… Tu as raison, il n’y a pas de hasard Hunter, ronronne-je.
- Et c’est ainsi que cette magnifique femme a joué aux échecs avec moi sur son temps libre… la boucle est bouclée, chuchote-t-il.
Nous nous sourions, complétement penchés l’un vers l’autre, nos mains entrelacées et nos visages tout proches alors que nous nous dévorons des yeux. L’alcool chante dans mes veines, il me rend plus téméraire, plus désireuse aussi, je fixe régulièrement ses lèvres avec gourmandise alors que les souvenirs de notre baiser m’ensorcèlent. J’ai l’impression que nous nous rapprochons mutuellement mais la sonnerie du four nous ramène dans le présent.
Nous passons donc à table et après un nombre incalculable de compliments sur mes lasagnes, je réaborde le sujet qui fâche :
- Alors, tu pars pour le travail… qu’est-ce que tu vas faire ?
Il me lance un regard blasé :
- Assister Winston, répond-il simplement.
- Pendant une semaine ? Mais pourquoi ? Où ? C’est ça que tu appelles tes « longs trajets » ?
- Pendant six jours, pour travailler, dans une autre ville et oui, c’est ça que j’appelle mes longs trajets puisque j’ai six heures de route.
- Six heures de route ?! couine-je.
- Oui, répond-il calmement.
Je croise les bras, inquiète et frustrée d’avoir si peu d’informations mais en même temps, c’est la première fois qu’il m’en apprend autant… Je ne peux donc pas faire la tête alors qu’il répond à mes questions, c’est impossible.
- Tu seras prudent, dis-je finalement.
- Bien sûr, ne t’en fais pas. C’est aussi pour ça que j’ai pris cette voiture, elle est tellement agréable à conduire…
- J’ai peur que tu t’endormes au volant, geins-je.
- Mais non, je passerai mon trajet pendu au téléphone, ça me tiendra éveillé.
- Avec Winston ?
- Entre-autres.
- Il y a d’autres Winston ? demande-je.
- Oui, des tas, s’amuse-t-il.
- Seigneur, ça doit être épuisant… je ne comprends pas pourquoi ces gens imaginent qu’ils ont le droit d’harceler un étudiant qui voulait simplement avoir de l’argent pour vivre, ronchonne-je.
- J’ai l’habitude, mon téléphone est mon outil de travail principal ! rit-il.
- Mais qu’est-ce que tu fais à la fin ?! Tu fais du téléphone rose ou quoi ?
Il fronce les sourcils sous l’indignation mais je saute sur mes pieds en couinant :
- Oh mon dieu mais oui ! C’est ça ! Tu fais du téléphone rose Hunter !
Il éclate de rire et je continue :
- Et Winston est ton client le plus fidèle ! Et il y a des tas d’autres Winston ! Et ça paye très bien ! m’écrie-je d’une voix de plus en plus aiguë.
- Hestia…, tente-t-il entre ses rires.
- C’est pour ça que tu ne veux pas me le dire ! Tu as honte ! Oh mon dieu tu es hôte de téléphone rose !
- Et qu’est-ce que j’irais faire dans une autre ville ?!
- Tu te prostitues ! crie-je. Tu es un Escort boy ! C’est un sugar daddy qui t’a offert ta voiture ?!
Il s’étrangle de rire alors que je suis à moitié sérieuse puisqu’à ce moment-là, tout fait finalement sens dans ma tête et je perds mon sourire :
- C’est pour ça que tu m’as dit que ça changerait mon opinion de toi …, souffle-je alors.
J’observe Hunter d’un autre œil, effectivement. J’ai l’impression que mon monde s’effondre, j’ai une envie terrible de pleurer ou de le serrer dans mes bras, de le mettre dehors ou de le faire démissionner… Je suis complétement perdue alors qu’il calme enfin ses rires.
Il attrape ma main et me tire jusqu’à lui mais je suis raide comme un piquet, pas très à l’aise avec le fait qu’il me touche.
- Attends, tu es sérieuse ?! s’exclame-t-il alors.
Je lui lance un regard coupable et il rit encore plus avant de m’assoir sur ses genoux de force. Il passe un bras sur mes hanches et attrape mon menton pour me faire le regarder dans les yeux.
- Tu es sérieuse Hestia ? demande-t-il.
- Je ne sais pas… tout colle, murmure-je.
- Tu penses vraiment que je suis un Escort boy ? continue-t-il en réprimant un rire.
- La voiture du sugar daddy, les hommes pendus au téléphone la nuit et les jours fériés, mon opinion qui changerait sur toi, ton refus d’en parler… ce n’est même pas légal si ? marmonne-je.
- Tu m’as démasqué Hestia, je suis un Escort boy…, dit-il avec sérieux.
Je fronce les sourcils alors que ses yeux tombent sur mes lèvres et que son visage se modifie doucement pour devenir très désireux. Les chatouilles se réveillent au creux de mon ventre mais je ne suis pas à l’aise.
- Hunter… Arrête de te moquer de moi…, murmure-je.
- Ta réaction me prouve que je fais très bien de ne pas te dire la vérité Hestia… Tu n’es pas prête à l’entendre, tu n’es pas prête à ce que mon activité ne change pas ton opinion de moi, commente-t-il d’une voix douce en glissant une mèche de mes cheveux derrière mon oreille.
- Mais si…, réponds-je mollement.
- Imagine que je sois un Escort boy comme tu dis, alors ton opinion aurait changé…
- Mais ce n’est même pas légal, souligne-je d’une petite voix.
Il glisse ses yeux sur mes traits avec une tête indéchiffrable, il prend le temps de parcourir chaque recoin de mon visage avant de reprendre dans un murmure :
- Laisse-moi du temps Hestia, laisse-nous du temps je t’en prie…, supplie-t-il alors. Laisse-nous du temps pour apprendre à nous connaitre, à voir qui nous sommes vraiment, à …
Il s’interrompt en caressant ma joue du bout des doigts avec un air désespéré et mon cœur fond d’amour. Je me laisse tomber contre lui pour le prendre dans mes bras et caler mon nez au creux de sa gorge :
- Tu as raison Hunter, je ne suis pas prête…, murmure-je. Merci d’avoir répondu à mes questions, tu vas terriblement me manquer pendant six jours.
- Toi aussi, chuchote-t-il.
Nous nous câlinons un moment, il me berce gentiment et je me laisse simplement aller contre lui. Je me noie dans son parfum, je me prélasse dans la chaleur de son corps et je savoure ses mains qui caressent mon dos.
Il a raison, je ne suis pas prête, je ne veux pas le laisser filer à cause de mes a priori ou de mes jugements… Parce que je vois que cet homme est parfait, quoi qu’il fasse et je pourrais bien commettre l’erreur de ma vie en le laissant tomber à cause d’un travail stupide.
- Ton plat va refroidir, dit-il finalement.
Je redescends de ses cuisses pour me rassoir et nous reprenons notre repas lorsqu’un détail me vient à l’esprit :
- Comment Eden a-t-il pu ramener Calyouk chez lui alors qu’il était à l’internat ? demande-je.
- Il l’a trouvé dans la ville, ses parents habitent cette ville, tu imagines bien qu’il a tout de suite séché les cours pour s’occuper de Cal, rit-il.
- Il est dingue ! m’exclame-je.
- C’est Eden, c’est un esprit libre, s’amuse-t-il. Il l’a ramené chez ses parents en séchant les cours et il a dû le mener en refuge le soir même alors il n’a pas trop manqué. Il allait le voir le week-end à partir de là et le mercredi après-midi quand il n’avait pas entrainement.
- Puis il l’a ramené chez toi, souligne-je en riant.
- Oui, j’ai emménagé ici fin juillet et ils se sont installés à la mi-août ! Je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.
Nous discutons de leurs premières semaines à trois, il m’explique comment l’entente s’est créée naturellement entre lui et Cal alors que nous finissons de manger.