Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 36 : Une course et une gamelle
3055 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 12/01/2026 10:21
Chapitre 36 : Une course et une gamelle
Lorsque nous déboulons dans une longue ligne droite plate, les garçons s’arrêtent et ils échangent des regards excités.
- C’est là que vous allez faire la course ?! m’enthousiasme-je.
- Ouai, répond Eden. Ligne d’arrivée vers Hestia, on part du grand sapin là-bas ?
- Ça marche ! Tu nous attends là, petite ligne d’arrivée ? plaisante Hunter en me regardant avec douceur.
- Pas de soucis, je ne bouge pas ! confirme-je.
- Tu me feras gagner, hein Titi ? chuchote Eden.
Hunter croise les bras en lui lançant un regard blasé et je ris :
- Hors de question, allez, zou ! les congédie-je.
- Tu nous donneras le départ, précise-t-il.
Ils s’élancent donc en direction de leur fameux sapin et lorsque je vois la vitesse qu’ils ont pour simplement s’y rendre, je complexe tout de même drôlement de les avoir ralenti à ce point. Mais ça me touche aussi, je me sens vraiment prise en considération dans ce petit trio, je n’ai jamais l’impression de les déranger et je trouve que ça démontre bien leur prévenance.
Ils s’arrêtent sous le fameux sapin et ils m’observent alors que je lève le bras. Dès que je le baisse, ils s’élancent comme deux boulets de canon et je suis si choquée par leurs vitesses de pointes que j’en pose une main sur mes lèvres. Ils reviennent en quelques dizaines de secondes, Hunter en tête, qui me dépasse d’ailleurs si vite que je suis encore plus impressionnée de voir ça de près. Eden met quelques secondes de plus et il râle évidemment tout ce qu’il peut en essayant de reprendre son souffle à travers ses jurons.
- Je crois que vous n’avez même pas besoin de moi pour savoir qui a gagné ! pouffe-je.
- Non, la marge était finalement énorme ! fanfaronne Hunter en s’appuyant sur ses genoux pour respirer.
- C’est parce que tu es plus sec que moi ! râle Eden. Je suis plus massif pour le rugby donc plus lourd ! C’est tout ! Je suis plus musclé dans le fond !
Hunter affiche une tête adorable face aux bougonnements de son colocataire, il fronce un peu le nez en souriant, reprenant toujours son souffle par grandes respirations et j’ai envie de le croquer sans autre forme de procès.
Nous nous mettons ensuite en marche pour qu’ils récupèrent tranquillement et Eden se trouve des dizaines d’excuses pour justifier la victoire d’Hunter, ce qui nous fait bien rire. Lorsqu’ils récupèrent un souffle normal, je n’y tiens plus. Les avoir vu courir aussi vite me donne envie d’un petit turbo et j’ai hâte qu’ils puissent aller à leur rythme sans se préoccuper de moi.
- Mon échauffement est fini ?! piaille-je en regardant Hunter.
- Allez, si tu veux, accepte-t-il en souriant.
Il appelle Cal et m’attache à lui :
- Ça va aller beaucoup plus vite, je te préviens, me dit-il avec sérieux.
- Tant mieux ! J’ai hâte de courir comme vous ! m’enthousiasme-je.
- Dans tes rêves ! ricane Eden. Il nous faisait accélérer mais pas non plus énormément.
Hunter secoue la tête avec un air hésitant :
- Vous ne faites pas le même poids Eden… Je suis un peu inquiet quand même. Cal ne va même pas la sentir au bout de la laisse…
- Ça ira Hunter ! le rassure-je.
Il se penche vers Calyouk pour attraper son museau :
- Tu iras doucement loulou, doucement, dit-il lentement en appuyant sur les mots.
Eden me lance un regard en levant les yeux au ciel avant de reporter son attention sur Hunter :
- T’as fini la mère poule ? Hestia a plus de courage que toi sérieux, c’est quand même le comble, c’est elle qui est attachée au chien mais c’est toi qui n’oses pas les laisser courir…
- Dis à ton chien d’aller doucement toi ! réplique-t-il.
- Il ira doucement, c’est Cal ! Il adore Hestia, tu imagines vraiment qu’il va la trainer par terre sans scrupule ?! Allô Hunter ?! s’exclame Eden.
- Oui tu as raison, admet-il finalement.
- On peut y aller ?! demande-je avec entrain.
- On te suit, on se calera sur votre rythme, répond Eden en me désignant la route.
Je marche donc quelques mètres pour me placer au milieu du chemin, finalement un peu inquiète à mon tour quand je vois le loup devant moi qui monte en pression au bout de sa laisse, impatient de partir à pleine vitesse.
- Youk ? demande-je.
Il tourne immédiatement la tête vers moi, aux ordres, et ça me rassure.
- Allez, on y va…, dis-je en commençant à trottiner.
Je ne sais même pas pourquoi j’avais peur.
La laisse élastique nous permet de ne pas nous faire d’à-coups et Calyouk ne me traine pas, il court tranquillement à basse vitesse en attendant que je me cale sur mon rythme de croisière. Dès que nous y sommes, ça devient intéressant puisque je sens clairement qu’il me tire en avant. C’est plus rapide que ma course habituelle mais je fais très clairement beaucoup moins d’efforts. Je suis un peu déçue de ne pas aller à toute vitesse mais dès que les garçons me rattrapent, Calyouk s’excite très clairement et commence à accélérer pour de vrai.
C’est encore plus drôle que tout ce que j’aurais pu imaginer… Alors que je cours tranquillement, sans le moindre effort, Calyouk me traine si efficacement que je mets en quelques foulées une énorme tête aux garçons. Je glousse comme une dingue tandis qu’ils redoublent leur vitesse pour me rattraper et que Cal accélère en conséquence.
Plus les garçons accélèrent, plus Calyouk s’autorise à aller vite et nous en arrivons donc à plus encore que ce que nous espérions. J’ai l’impression de voler, je survole littéralement le sol, mon seul rôle consiste à me réceptionner sur mes pieds alors que Youk s’occupe du reste. Les garçons ne peuvent même plus discuter, ils sont désormais concentrés sur leur course soutenue et notre petit footing tranquille devient un vrai entrainement pour eux. Ils ne tardent d’ailleurs pas à suer comme des bœufs alors que j’ai l’impression de faire une promenade de santé.
*
Lorsque la voiture revient en visuel, les garçons ralentissent et Cal les imite.
- La vache, c’était sport ! geint Eden.
- Oui, je n’étais pas prêt pour un vrai entrainement ! rit Hunter. Je pensais qu’on allait simplement se balader tranquillement… Tu parles ! Au moins mon sport du jour sera fait.
- C’était génial ! m’excite-je.
- Tu n’es pas fatiguée ? me demande Hunter. Nous avons couru un peu plus d’une heure en tout…
- Un peu, mais c’est le début qui m’a surtout usée, précise-je.
- Au moins tu te renforces, c’est ce que tu voulais, répond-il gentiment.
- Oui ! Je serai bientôt capable de semer mes potentiels agresseurs, plaisante-je.
- Ton entrée à la fac est un vrai camp militaire, s’amuse-t-il.
- C’est parce que je t’ai rencontré ça ! glousse-je. Je n’étais pas partie pour faire de la course et de la boxe en prime de mes cours de défense !
Il rit et Eden nous regarde :
- C’est pas vrai ? Il t’a fait faire de la boxe ? s’étonne-t-il.
- Oui, au gymnase où il s’entraine, réponds-je, tout sourire.
- C’est super ça Titi, tu pourras nous boxer les abrutis ! s’exclame-t-il.
- Oui, je n’aurai plus besoin de rentrer dans les inconnus pour me défendre ! plaisante-je.
- Tant pis, nous nous sommes déjà rencontrés, plus besoin d’un meilleur ami !
- C’est clair, confirme-je.
- Ceci dit, le prochain dans lequel tu t’écrases pourrait être ton petit-ami, ça se tente quand même ! répond-il joyeusement.
- Je préfère savoir me défendre, rétorque-je en levant les poings.
- T’as bien raison Titi, pas besoin des mecs ! Faisons la course pour te renforcer un peu plus, le premier à la voiture !
Il s’élance alors à toute vitesse et dès qu’il dépasse Calyouk, ce dernier s’excite immédiatement, ravi de faire la course, partant ventre à terre sans réfléchir. Je ne m’y attendais clairement pas et je me fais donc tirer violemment en avant d’une seconde à l’autre. Le drame arrive forcément, l’énorme départ de Calyouk me propulse par terre et je m’éclate les genoux quelques mètres plus loin.
Youk s’arrête net et se jette sur moi pour me pousser de sa truffe avec des yeux désolés alors qu’Hunter vocifère en me rejoignant en quelques enjambées.
- Ce n’est pas vrai d’être aussi con ! aboie-t-il à l’attention d’Eden.
Il se jette à genoux devant moi avec des yeux inquiets et je m’assois face à lui :
- Ce n’est rien, ne t’inquiète pas, tempère-je d’une petite voix malgré la douleur.
- Tu as mal ?! Où est-ce que tu as mal Hestia ? Ça va ? s’angoisse-t-il en attrapant mes mains pour regarder les égratignures sur mes paumes.
Eden revient avec une tête désolée :
- Pardon Hestia, je n’ai pas réfléchi, Cal adore qu’on fasse la course jusqu’à la voiture, il est conditionné…, s’excuse-t-il.
- Ce n’est pas grave, je t’assure, ce n’est rien, précise-je vite.
Hunter décroche le mousqueton de mon harnais d’un geste pour libérer Calyouk avant de voir les tâches sombres sur mes genoux qui apparaissent :
- Bon sang mais tu saignes ! s’étrangle-t-il en attrapant mes mollets.
- Ce n’est pas grave ! insiste-je encore en frottant mes mains pour faire tomber les petits cailloux de mes plaies superficielles.
- C’est rien Hunter, intervient Eden. On s’est tous déjà pris une gamelle…
- Oh toi je ne veux pas t’entendre ! s’exclame Hunter en lui lançant un regard noir.
Il passe ses mains impuissantes au-dessus des tâches rouges de mon legging, complétement stressé :
- Tu as mal ? s’inquiète-t-il.
- Un peu mais ça va, assure-je. Eden a raison, je me suis déjà pris des gamelles, je vais m’en sortir.
- Tu as les genoux complétement éclatés Hestia ! s’exclame-t-il d’une voix aiguë.
J’échange un petit regard avec Eden et nous sommes visiblement aussi surpris l’un que l’autre par le comportement d’Hunter, qui a l’air chamboulé par mes blessures de bac à sable.
- Ce n’est rien…, continue-je. Je mettrai un peu de désinfectant.
Hunter se relève d’un bond et me prend alors dans ses bras comme une princesse pour me porter.
- Hunter repose-moi ! Je peux marcher ! couine-je en me retrouvant perchée contre son torse.
Il ne répond même pas et m’emmène vers la voiture tandis qu’Eden me lance un coup d’œil mi-rieur mi-ahuri :
- Je crois que ta blessure nécessite au moins une amputation selon le docteur Hunter…, plaisante-t-il.
- La ferme toi ! rétorque-t-il violemment.
Je lance encore un coup d’œil à Eden et nous gloussons discrètement avant qu’il ne parte en courant pour aller s’installer avec Cal dans la voiture afin de laisser le champ libre à Hunter. Dès que nous sommes seuls, je tourne la tête vers mon docteur personnel :
- Ça va aller, je t’assure, je peux marcher, dis-je gentiment.
- Et moi je peux te porter, tranche-t-il. Tu as très mal ? Ne t’en fais pas, nous allons te soigner, ça va aller.
- Je ne m’en fais pas du tout, ce n’est pas grand-chose, je pense que tu es beaucoup plus inquiet que moi …, souligne-je avec douceur.
Il plonge ses yeux angoissés dans les miens avant d’hocher un peu la tête :
- Oui, peut-être bien…, admet-il avant d’embrasser mon front discrètement lorsque nous passons derrière la voiture.
Ce petit baiser m’émoustille des pieds à la tête et je rayonne plus que le soleil lorsqu’il me dépose avec douceur sur le siège avant. Dès qu’il contourne la voiture et que je suis seule avec Eden dans l’habitacle, il se penche vers moi :
- T’en fais pas Titi, je ne laisserai pas le docteur fou t’euthanasier pour deux bobos aux genoux ! plaisante-t-il en chuchotant.
Nous éclatons de rire et Hunter s’installe derrière le volant en lançant un regard mauvais à Eden avant de passer le trajet entier à lui faire la tête au carrée pour avoir voulu faire cette « stupide course ».
Je suis un peu étonnée de voir qu’il ne me ramène pas chez moi mais directement chez eux. Je ne discute clairement pas car je suis enchantée à l’idée de passer plus de temps en leur compagnie et nous nous garons donc dans leur parking souterrain.
Dès que je descends, Hunter me rejoint à toute vitesse et passe un bras autour de ma taille pour me soutenir comme si j’étais mourante. En nous voyant, Eden se marre en s’extirpant de la banquette arrière et Hunter lui ferme la portière dessus, ce qui ne manque pas de le faire un peu plus rire.
- Hunter ! le réprimande-je.
Il me lance un regard coupable et je glousse sans réussir à m’en empêcher alors que nous montons dans l’ascenseur.