Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 48 : Le nouvel an
L’hôtel possède plusieurs salles de réception où des soirées prennent place et nous gagnons celle où nos connaissances se sont réunis. Il y a une partie dégagée pour la piste de danse, des grandes tables avec des petits fours et des canapés dans un coin. Un joli balcon longe cette salle et mes yeux sont immédiatement attirés par les nombreuses boules de gui qui y sont accrochées à intervalles réguliers.
Notre arrivée n’est pas remarqué puisque la salle est déjà pleine et je suis donc bien contente de pouvoir me glisser dans un coin pour prendre mes marques. Ils me suivent tous les trois mais Eden ne tient pas en place et il ne tarde pas à défier Alma à danser avec lui pour inaugurer la piste de danse encore déserte. Elle accepte bien évidemment et ils entament une danse de salon douteuse en riant. Hunter s’éloigne une minute mais il revient avec deux flûtes de champagne et après m’avoir donné la mienne, il lève son verre :
- A tes beaux résultats… ? propose-t-il.
- Aux tiens aussi, réplique-je en souriant.
Nous trinquons et je fronce le nez en buvant, ce qui le fait bien rire.
- Il n’est pas à ton goût ? demande-t-il.
- Ça va… mais il détonne après notre champagne de Noël ! pouffe-je.
- Ah ça…, s’amuse-t-il. Votre séjour de princesse en haute montagne est en train de vous monter à la tête Mademoiselle, je crois que vous développez des goûts de riches héritières.
Il m’observe avec une petite moue à croquer et je lui souris de toutes mes dents en me perdant dans son regard bienveillant. Mais cette discussion sur mes goûts de luxe me fait penser à la théorie d’Alma et je fronce les sourcils automatiquement :
- Au fait, tu as bien payé deux cent cinquante euros pour ce séjour ? vérifie-je.
- Évidemment, c’était le tarif, pourquoi me demandes-tu une chose pareille ? répond-il.
Son ton est calme, son visage indéchiffrable et je suis incapable de dire s’il ment ou non.
- Je ne sais pas… je trouve juste ça un peu étrange comme situation… Alma m’a dit que le roomservice et le spa étaient des options payantes à côté des chambres, alors c’est tout de même très bizarre que l’hôtel ait mon nom sur ces registres…
- Etrange en effet, répond-il tranquillement.
J’essaie de l’analyser alors qu’il observe Alma et Eden danser mais je ne sais pas ce que j’en pense. J’ai horreur du mensonge et bien qu’il ait l’air détendu, il y a un petit quelque chose qui me titille quand même, alors je continue de creuser sans savoir où je vais :
- J’ai un peu peur que l’hôtel me demande de les rembourser en se rendant compte que je n’ai pas payé… ça m’inquiète beaucoup en fait, glisse-je.
- Ça n’arrivera pas et même si ça arrivait alors je paierais à ta place et fin de l’histoire.
- Je ne te laisserais pas faire ! me hérisse-je.
- Et bien tu me rembourserais quand tu aurais les moyens de le faire s’il n’y a que ça ! Donc arrête de t’inquiéter, problème réglé dans tous les cas !
Son ton autoritaire me coupe le sifflet comme à chaque fois, mais je plisse les yeux en l’observant, extrêmement suspicieuse cette fois. Je trouve ça louche qu’Hunter cède tout de suite à un « remboursement » alors qu’il ne le fait jamais… Je ne peux pas m’empêcher de me dire que c’est parce qu’il est certain que l’hôtel ne me demandera rien, or il n’y a qu’une seule façon d’être sûr à cent pour cent que ça n’arrivera pas et c’est d’avoir effectivement payé pour cette foutue chambre avec options.
Alors que nous nous faisons plus ou moins la tête, je manque de jurer lorsque j’aperçois un groupe de nos camarades qui vient vers nous, dont Anabelle avec son sourire éblouissant. Ils nous encerclent rapidement, plusieurs personnes se mettent entre nous et Ursula la sorcière se colle bien évidemment juste à côté d’Hunter.
Ils entament une discussion animée sur le droit qui me rend verte de jalousie. Je suis encore plus frustrée de me dire que même si j’en avais le courage, je serais incapable de m’immiscer dans la conversation puisque je ne comprends rien à ce qu’ils racontent, ça me fait me sentir complétement idiote à côté d’elle et j’ai horreur de ça…
Je les surveille discrètement lorsque deux autres filles débarquent et je tombe d’un peu plus haut encore lorsque je comprends qu’elles aussi le connaissent visiblement bien. Elles ne sont pas gênées et lui parlent avec assurance, comme si elles le fréquentaient régulièrement… ils échangent même quelques blagues privées, c’est dire.
Trois longues coupes de champagne plus tard, une des filles que je ne connais pas se présente en me tendant une main :
- Je m’appelle Eva !
- Hestia.
- Hestia ? Quel drôle de prénom, je ne l’ai jamais entendu ! répond-elle.
- Ça veut dire « papillon », précise Hunter.
- Oh c’est marrant ça ! Avec tes boucles d’oreilles papillons ! Quelle coïncidence ! rit-elle.
Je lui sors un sourire poli, parce que c’est tout ce que j’arrive à faire, mais Anabelle intervient :
- Je suppose que c’est fait exprès Eva, ce serait effectivement une drôle de coïncidence.
La fameuse Eva, qui est visiblement aussi jolie que stupide, tourne un air interrogateur vers moi mais Ana ne me laisse pas répondre et reprend :
- J’ai vu ce genre de bijou au marché de Noël. Tu as dépensé une sacrée fortune pour que tes boucles soit assorties à ton prénom, drôle d’idée…, commente-elle en haussant les sourcils.
La colère commence à se répandre doucement dans mes veines mais Eva me défend :
- Si mon prénom signifiait papillon, j’aurais donné cher pour avoir d’aussi jolies boucles d’oreilles ! Je trouve ça brillant au contraire ! affirme-t-elle en hochant la tête.
- Brillant ? s’amuse Ana. Je n’ai jamais vraiment compris les filles qui cherchaient à attirer l’attention sur ce genre de détails… ce n’est pas contre toi Hestia attention, mais c’est vrai que je trouve ça assez dingue pour dire que personne ne le saura jamais, à part si tu donnes l’explication.
J’hausse les sourcils, abasourdie par son impolitesse, soucieuse de remettre les points sur les i :
- Ça tombe très bien Anabelle, je me fiche royalement de ce que les gens pensent ou non de mon prénom ou mes bijoux. Je porte ces boucles parce qu’elles me plaisent, fin de l’histoire, tranche-je sèchement.
- Et tu as bien raison, me soutient Hunter.
- Ne le prends pas mal Hestia, je disais ça comme ça ! se justifie-t-elle.
- Je ne le prends pas mal.
Elle se rapproche encore d’Hunter, elle est littéralement collée à lui alors que je suis en face et je ne comprends pas trop ce qu’elle cherche à part me montrer qu’il est à elle. Pour une potentielle ex, je la trouve drôlement envahissante… Mes hypothèses se resserrent donc : ou bien elle est simplement son amie, ou bien il y a un petit truc en plus entre eux, comme lui et moi, et elle marque simplement son territoire.
- Elles sont vraiment magnifiques c’est vrai…, intervient la troisième femme en louchant sur mes oreilles. Je passerais bien là-bas demain pour me prendre les mêmes…
- C’est hors de prix, je te préviens, glisse immédiatement Ana.
- Combien ont-elles coûté si ce n’est pas trop indiscret ? me demande l’inconnue.
Je réfléchis une seconde en essayant de me souvenir du prix mais c’est soudain trop pour moi. En fait, j’en ai marre. Je comprends le principe de ne pas être trop proche de lui devant Eden, ça tombe presque sous le sens pour garder un peu d’intimité. Mais là… Je ne vois pas bien ce qui m’empêche de dire la pure vérité. Ma relation avec Hunter n’est pas un secret d’état, il n’a jamais rien dit qui pourrait me faire penser qu’il préférait garder tout ça pour nous alors je me tourne vers la femme qui m’a posé la question pour lui répondre :
- Je ne me souviens plus du prix, il faudrait poser la question à Hunter puisque c’est lui qui me les a offertes.
Un délicieux silence s’abat sur notre groupe, elles sont toutes soufflées par l’information et Hunter n’a pas l’air perturbé par ce que je viens de dire, ce qui est plutôt bon signe.
- Quatre-vingt-dix euros Mia, répond-il gentiment en se tournant vers elle.
Je savoure le visage tendu d’Anabelle qui me reluque de la tête au pied, mais cette information suffit à la faire accaparer Hunter un peu plus. Plus je les observe interagir, plus je trouve qu’ils ont vraiment une drôle de relation… ils sont tout de même très proches… Hunter est visiblement à l’aise, taquin même, et il rit beaucoup avec elle. Je n’arrive pas à trancher sur la nature de leur lien mais il m’inquiète férocement et je ne veux pas en voir plus.
- Je vais aller rejoindre mon amie, veuillez m’excuser, annonce-je.
- Je viens avec toi, répond tout de suite Hunter.
- Oh non Kiki ! intervient Ana. Je voulais te faire goûter le petit vin sec que j’ai dégoté sur l’une des tables !
Kiki… Je ne cherche même pas à en entendre plus et je fonce en direction d’Alma et Eden. Ils m’accueillent chaleureusement mais Eden s’étonne de me trouver toute seule et je lui explique donc qu’il discute avec Anabelle. Il éclate de rire en me disant qu’Hunter risque d’en avoir pour un moment s’il est avec cette dernière et j’échange un coup d’œil avec Alma. Mon amie tente immédiatement de creuser, Eden nous informe simplement qu’ils sont amis, qu’ils se voyaient souvent quand ils étaient en cours ensemble mais beaucoup moins désormais et il interrompt sa tirade pour nous trainer aux petits-fours.
*
Alors que nous papotons pendant qu’Eden se restaure, une ombre sur ma gauche attire mon attention et je tourne la tête pour me retrouver nez à nez avec Tulla. Je ne m’y attendais clairement pas et je dois afficher une tête plus que surprise parce qu’il rit :
- Je t’ai fait peur ? s’amuse-t-il.
- Pas du tout… Je ne savais pas que tu étais ici…, bafouille-je.
- Si, mais j’ai passé mon temps sur les pistes... Eden m’avait dit que tu étais là mais je n’ai pas eu la chance de te croiser, dit-il.
Eden se fait appeler par un ami à lui et il quitte le navire, suivi de près par Alma qui nous laisse en tête à tête malgré mes regards de détresse.
- Tu bois quelque chose ? me propose Tulla en souriant.
- Euh… oui…, couine-je.
Il va vite me chercher un verre et je le remercie poliment alors qu’il entame une conversation. Nous discutons un petit moment de l’hôtel et de ses journées de ski, plus le temps passe, moins je suis mal à l’aise puisqu’il ne met pas sur le tapis cette histoire d’échange de numéros et je passe un plutôt bon moment.
- Alors ces partiels Hestia ? Je crois me souvenir que tu étais un petit génie ! dit-il joyeusement.
- Figure-toi que je viens d’apprendre que je suis major de ma promotion ! réplique-je joyeusement.
- Sérieusement ?! Félicitation ! Ça doit être la consécration pour toi, je sais comme tu tiens à tes études !
- Et les tiens alors ? demande-je avec curiosité.
- Je m’en sors bien, j’ai validé à quatorze de moyenne ! répond-il fièrement.
- Vraiment ?! Je te félicite aussi, c’est une très bonne moyenne ! m’enthousiasme-je.
- Pas trop compliqué d’avoir quatorze de moyenne lorsqu’on retape tous les ans, commente Hunter froidement en débarquant sans crier gare.
Nous tournons des yeux scandalisés vers Hunter, qui soutient le regard de Tulla sans ciller, très sûr de lui et surtout très tendu, ce qui m’inquiète un peu.
- Mais comment tu sais ça toi… ? marmonne Tulla.
- C’est Eden qui m’a dit que tu faisais toutes tes années en deux ans, répond-il en buvant tranquillement sa coupe malgré ses yeux noirs.
Je suis un peu étonnée d’apprendre que l’information est vraie, et Tulla me lance immédiatement un regard gêné avant de reporter son attention sur Hunter en plissant les yeux :
- Je peux savoir qui tu es exactement… ? lui demande-t-il d’une voix sèche.
- Le colocataire d’Eden.
- Je vois… le fantôme qu’on ne croise jamais…, marmonne Tulla.
L’ambiance est pesante, ils se jaugent du regard l’un et l’autre. Hunter ne peut décidément pas encadrer Tulla, mais ce dernier est visiblement très mal qu’Hunter ait lâché l’information de ses redoublements alors j’essaie d’arranger la situation :
- Il n’y a aucune honte à redoubler…
- C’est gentil de me dire ça Hestia…, grimace Tulla. Mais bon, ce n’est pas très glorieux…
- Non en effet…, soupire Hunter. Surtout que tu t’adresses à la meilleure étudiante de droit, j’imagine que tu ne dois pas te sentir très bien… un peu bête peut-être… ?
Mon dieu.
Je suis choquée par le comportement d’Hunter, et même si je sais qu’il réagit plutôt très mal quand ça concerne Tulla, je ne peux pas le laisser être aussi désagréable. J’ai conscience de ne pas être sa petite-amie mais notre relation de plus en plus ambiguë me donne quand même l’impression que je dois rattraper ses bêtises comme si nous l’étions. J’essaie donc d’attirer son attention en le fixant, pour le réprimander silencieusement et le faire arrêter son cirque mais il n’y a rien à faire, ses yeux sont rivés sur Tulla, et pas ses plus doux. Ce dernier commence visiblement à perdre patience et passe à l’offensive :
- Sérieux, pour un mec qui n’est même pas à la fac avec nous, je te trouve bien jugeant ! J’ai au moins le mérite d’essayer de faire des études supérieures moi !
Oh seigneur, quelle erreur. Je ne vois même pas comment je pourrais rattraper la chose cette fois et Hunter éclate d’un petit rire froid :
- Pas à la fac avec vous ? Sous prétexte que tu ne me croises pas dans le campus, tu pars du principe que je ne suis pas étudiant ? Et bien, disons que je comprends au moins pourquoi tu redoubles si ta logique est aussi douteuse… C’est tout de même le comble pour un matheux.
- Je ne te croise jamais dans le campus, mais Eden m’a surtout déjà dit que son coloc n’était pas en licence ! réplique sèchement Tulla.
- Oui parce que figure-toi que lorsqu’on a notre âge et qu’on ne redouble pas, nous sommes en master, ravi de te l’apprendre, répond Hunter.
Son ton est terrible, il parle lentement et en hochant la tête, comme s’il parlait à un demeuré et Tulla rougit en baissant le nez. Je n’ai jamais vu Hunter comme ça, je ne le reconnais même pas.
- Hunter…, souffle-je avec indignation en le regardant.
- Quoi ? marmonne-t-il en me jetant un coup d’œil.
Il n’a pas l’air fier, mais il n’a pas l’air non plus prêt à devenir agréable.
- Ça suffit…, le réprimande-je d’une petite voix.
- Pourquoi donc ? réplique-t-il avec acidité. Ce type s’intéresse à une major de promo alors qu’il n’est pas foutu de valider une année d’un coup, je vous fais gagner du temps c’est tout !
- Gagner… du temps … ? demande lentement Tulla en ouvrant des yeux ronds.
- Oui, gagner du temps. Histoire qu’Hestia ne tombe pas de dix étages en découvrant que tu ne sais pas te servir d’une fourchette si tu l’invitais au restaurant alors qu’elle est plus que brillante.
Tulla ouvre la bouche de stupéfaction et je ne sais plus où me mettre tant Hunter est mauvais. Puisque je ne l’ai jamais vu comme ça et que je ne sais pas comment l’arrêter, je préfère sauver les apparences :
- Il plaisante Tulla ! m’exclame-je en me forçant à rire.
- Oui, je plaisante oui…, lâche Hunter d’un ton qui laisse entendre que ce n’est pas le cas.
- Drôle d’humour…, commente Tulla d’une voix fermée.
- Hunter a un humour particulier, grince-je entre mes dents en le fusillant du regard pour lui interdire d’en rajouter une couche.
Il me lance alors un petit regard agacé sublime. Ses yeux sont tout brillants à cause du champagne, sa mine contrariée me donne envie de le manger mais je fonds d’amour face à son regard qui s’adoucit automatiquement lorsqu’il pose ses yeux sur moi.
Tulla reprend du poil de la bête et il décide de prendre les choses à la rigolade. Il se lance dans une tirade pour me raconter ses résultats catastrophiques en première année et je finis mon verre en riant alors qu’il nous explique avoir même reçu des zéros sur son premier bulletin de notes.
- Je pense que j’en mourrais ! m’exclame-je, hilare.
- Mais non, c’est un peu choquant mais on finit par en rire ! s’amuse-t-il. Ça fait des belles anecdotes à raconter finalement… Et puis tout ce qui compte, c’est que je finisse par devenir professeur, peu importe en combien de temps.
Hunter éclate de son rire faux et je crains le pire alors qu’il répond :
- C’est vrai que c’est une anecdote marrante… Voir un zéro pointé sur ton premier bulletin… Je ne doute pas que tes futurs élèves seront pliés en deux lorsque leur prof de maths leur racontera la fois où il a eu zéro… en maths ! Tu pourras au moins leur dire que le tout est qu’ils obtiennent leur bac, peu importe en combien d’années ! conclut-il en riant vraiment cette fois.
- C’est ce que je ferai ! répond Tulla en riant avec lui.
Il ne se rend même pas compte qu’Hunter se moque de lui alors je lance un regard dur à ce dernier pour le réprimander une fois de plus. Honnêtement, sa plaisanterie me donne envie de rire et je ne peux réprimer un petit sourire en coin sur mes lèvres, qu’Hunter capte immédiatement et qui déclenche un sourire d’idiot sur son visage.
- Tu as trop bu…, lui murmure-je.
- Un peu ! répond-il joyeusement.
J’ai mon premier regard doux depuis son arrivée et ça me fait tellement de bien après ce sale moment de doute à propos d’Anabelle que mon cœur s’envole. Mais Tulla intercepte notre connexion et tente visiblement d’interrompre tout ça :
- Tu n’as plus à boire Hestia… allons te chercher un verre ! dit-il.
- Inutile, tranche Hunter. J’ai déjà bien assez bu.
Il prend mon verre vide dans ma main pour me caler le sien à la place, ce qui ne manque pas d’interpeller Tulla qui nous dévisage autrement. Ce petit geste anodin est tout de même très connoté, il est rare que des amis fassent une chose pareille et je crois que Tulla est en train de se demander si nous ne sommes pas un peu plus. Il détaille Hunter des pieds à la tête avec plus d’attention et je remarque sans doute en même temps que lui à quel point Hunter est proche de moi. Il n’est pas simplement à côté de moi, il est complétement collé à mon flanc.
- Vous vous connaissez depuis longtemps ? demande tranquillement Tulla.
- Depuis le mois d’octobre, répond Hunter. C’est assez drôle en fait, nous avons commencé à nous fréquenter juste après ta soirée et nous ne nous quittons plus depuis.
- Ah bon…, répond mollement Tulla.
J’hallucine de minute en minute, je trouve le choix de mots d’Hunter extrêmement intéressant puisqu’il n’y a toujours pas moyen pour Tulla de comprendre si nous sommes oui ou non plus que des amis… L’intelligence d’Hunter n’est plus à prouver et je commence à me demander s’il n’a pas fait exprès pour semer le trouble, surtout en considérant la petite crise qu’il m’a déjà faite à cause de lui et je crois que ça sent très bon pour moi. En tout cas, Tulla ne lâche pas l’affaire et abat sa dernière carte dans cette drôle de petite guerre de coqs :
- Je ne suis peut-être pas le meilleur en maths mais je me défends au rugby… Je ne t’ai jamais vu sur le terrain… ? Tu pratiques ? demande-t-il.
Son regard envers Hunter est plein d’assurance, comme s’il était persuadé que sur ce coup, il allait redistribuer les cartes.
- Non, les sports en équipes ne sont pas trop mon truc, répond Hunter. Je préfère les sports solitaires…
- Ah bon ? Qu’est-ce que tu fais ?
- Je suis ceinture noire dans quelques arts martiaux et je me défends dans pas mal de sports de combats, continue Hunter d’une voix légère.
- Tu donnes même des cours ! souligne-je fièrement.
- Par-ci, par-là, tempère Hunter en me lançant un regard doux qui me séduit encore.
Mais Tulla s’obstine, on dirait même qu’il imagine que c’est un mensonge qu’il essaie de faire éclater :
- Ah bon ? Je ne savais pas que ces sports étaient possibles à la fac… je n’en ai jamais entendu parler alors que je traine avec les sportifs, souligne-t-il d’une voix presque tendue.
Hunter fronce les sourcils en tournant la tête vers lui :
- Ce n’est pas parce que mon coloc est en sport que je le suis forcément… ces sports sont mes activités personnelles, à côté de mes études.
- Ah… ? Tu n’es pas en sport ? se décompose Tulla.
- Non, je suis en master de droit des affaires, répond-il sèchement.
Le combat de coqs est visiblement gagné.
- Ah… en droit… comme Hestia…, répond sombrement Tulla.
- Oui, interviens-je en roucoulant. Il m’a même aidé pour mes partiels en me donnant des astuces ! Il est excellent, le meilleur de sa promotion…
Tulla hoche la tête lentement en fixant le vide, sans doute complétement découragé cette fois.
- Alors ça oui, Kiki est le meilleur ! s’exclame Ana.
Elle ne me manquait clairement pas et elle s’accroche au bras d’Hunter en arrivant, ce qui redonne le moral à Tulla et saccage le mien alors qu’elle se met bien évidement à parler à Hunter, pour lui rappeler à quel point il excellait déjà en première année. Tulla a les yeux fixés sur eux, il a l’air ravi par ce qu’il se passe et il se tourne vers moi :
- Je n’ai rien mangé de la journée, ça te dirait qu’on aille grignoter quelque chose en tête à tête ? propose-t-il.
- J’ai faim aussi, intervient Hunter. Allons-y tous les quatre.
- Kiki, fiche-leur la paix, tu vois bien que ce ravissant jeune homme aimerait être tranquille avec Hestia ! rit Ana.
- Je ne vais pas les laisser y aller tous les deux alors que je m’y rends, c’est ridicule ! insiste-t-il.
- Ne t’en fais pas Hunter, répond Tulla avec un sourire. Je suis sûr qu’Ana serait ravie de t’accompagner manger un morceau. Et puis… C’est l’occasion pour moi de prouver à Hestia que je sais me servir d’une fourchette. Ce n’est pas parce que je valide mes années de maths en deux ans que je ne sais pas être d’agréable compagnie.
- Je serais curieux de te voir te servir d’une fourchette, allons-y les quatre, tranche Hunter d’une voix sans appel.
Je peux voir en direct son aura agir puisque Tulla et Ana se mettent en route sans discuter.