Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 57 : Mauvaise nouvelle
Le canapé est tellement confortable, je suis recroquevillée en chien de fusil contre son torse, l’odeur du café se mêle à son parfum discret, la neige tombe par la fenêtre et le feu qu’il vient d’allumer brûle dans le poêle. Je suis sur un vrai nuage de bien-être … et je ne vois pas bien ce qui m’empêche de lui dire, surtout qu’il dit qu’il aime ma « vérité absolue » et que je lui dise ce que je ressens.
- Je suis tellement bien ici avec toi Hunter, j’aimerais que tous les jours de ma vie soient en ta compagnie et qu’ils ressemblent à celui-là…, chuchote-je en le regardant.
Il se fend évidemment d’un beau sourire heureux, comme je m’y attendais, mais ses yeux sont bien plus émus que je ne l’aurais pensé.
- Moi aussi mon cœur…, murmure-t-il avant de m’embrasser.
Pour la deuxième fois de la journée, mon estomac fait trois saltos et j’attrape ses joues pour lui rendre son baiser au centuple alors que la joie brute se déverse dans mes veines à profusion. Nous nous embrassons jusqu’à ce qu’il me bascule sur l’assise et que nous poursuivions notre étreinte chaleureuse comme ça, alors que j’entends le feu crépiter à côté de nous comme dans les scénarios les plus romantiques.
Nous sommes interrompus par la sonnerie de mon téléphone et il relève la tête :
- Ça, ce n’est pas courant…, commente-t-il.
Je glousse en me redressant :
- Ça doit être Alma, je lui ai dit que je venais la rejoindre en avance sur le parking pour attendre le bus avec elle…, explique-je en me levant.
- Effectivement, il est treize heures trente, tu es en retard, dit-il.
Je lui lance un regard mutin par-dessus mon épaule en attrapant mon téléphone :
- Vous me mettez en retard Monsieur Grimmal…
- Oups ! répond-il joyeusement.
Mes yeux tombent sur mon appelant et je suis très surprise alors que je décroche :
- Julia ? Tu as un problème ? m’inquiète-je.
- « Bonne année !! »
- Bonne année à toi aussi, tu m’as fait peur…, ris-je nerveusement.
- « Aucune peur à avoir voyons ! Arrête de toujours avoir la trouille Hestia ! »
- Je sais, glousse-je en caressant du bout des doigts mon magnifique bouquet qui trône sur le plan de travail.
- « Tu rentres à quelle heure de ton voyage à la neige ? »
Je trouve son ton bien suppliant et ça m’inquiète un peu :
- Euh… dans la soirée… pourquoi ?
Hunter me lance un regard inquiet à son tour et le malheur arrive :
- « Je suis rentrée plus tôt finalement, je tourne en rond dans notre chambre sans toi ! Je m’ennuie ! Alors je voulais savoir combien de temps j’allais devoir prendre mon mal en patience… »
- Ah tu… tu es chez nous…, répète-je pour qu’Hunter apprenne l’information en même temps que moi.
Son visage se décompose sans doute autant que le mien mais le rire de Julia me ramène dans la conversation :
- « Sympa, cache ta joie surtout ! »
- Je… excuse-moi, je suis un peu occupée… Je suis en train de manger, je ne suis pas seule et …
- « Pas de souci, je te laisse profiter et à tout à l’heure ! »
Je raccroche et nous échangeons un regard déçu qui me meurtri assez pour que les larmes brouillent légèrement ma vue. Je trottine jusqu’à lui pour le prendre dans mes bras comme si le temps m’était désormais compté… Et il l’est.
- Ce n’est pas grave, tempère-t-il. C’était déjà un beau séjour…
- Tu es là depuis à peine vingt-quatre heures ! geins-je.
- Ce n’est pas comme si nous n’allions jamais nous revoir… si ?! Oh mon dieu, tu vas me jeter en rentrant ! plaisante-t-il.
Il affiche une mine choquée pour me faire rire et ça marche un peu mais ça empire aussi mon sentiment puisque rire avec lui me prouve encore une fois à quel point j’ai envie de passer du temps en sa présence.
- Nous n’avons pas eu assez de temps…, gémis-je.
- Arrête Hestia, la journée n’est pas finie. Tu vas aller voir Alma puis passer une belle après-midi à te faire chouchouter au spa et après ça, nous pourrons profiter ensemble de quelques heures tous les deux. Ça va être génial, nous ferons tout ce que tu as envie de faire.
- Arrête de toujours me faire passer en priorité, réponds-je en souriant. Nous ferons tout ce dont tu as envie aussi.
- Tu es ma priorité, je n’y peux rien, réplique-t-il en m’embrassant sagement. Allez ! Dépêche-toi ou tu vas rater Alma !
- Tu es la mienne aussi, ajoute-je tout de même en me hissant sur la pointe des pieds pour l’embrasser encore.
Après ça, je m’active et je suis surprise de voir qu’il vient avec moi alors que je fonce vers l’ascenseur.
- Tu viens dire au revoir à Alma ? demande-je en cliquant sur le rez-de-chaussée.
- Non, je vous laisse entre filles mais il faut que je passe à la réception pour voir s’ils ont un chargeur de téléphone, le mien m’a lâché.
- Ça m’étonnerait qu’ils aient ça…, dis-je prudemment.
- Bien sûr que si… Je crois que tu n’imagines pas le genre de services qu’un hôtel comme celui-là est prêt à offrir à ses bons clients…
- Des prostituées ?! m’offusque-je.
Il éclate de rire si fort que ça résonne dans la cabine :
- Je n’en sais rien Hestia, je n’ai jamais essayé de « commander » une prostituée ! rit-il.
- Ne te moque pas de moi !
- Je ne me moque pas… Tu m’as surpris, dit-il en calmant son rire.
- C’était pratiquement sous-entendu dans ta phrase ! ronchonne-je.
- Absolument pas… Mais disons que lorsque tu loues une chambre aussi chère, tu peux demander pratiquement n’importe quoi à la réception. Soit ils l’auront en réserve, soit ils se débrouilleront pour se le procurer dans les plus brefs délais…
- Ah bon…
Les portes s’ouvrent sur le hall et au lieu de filer vers le parking, je suis Hunter vers le bureau d’accueil où la femme qui m’a aidé tout à l’heure travaille encore.
- Tu viens avec moi ? s’étonne-t-il.
- Oui, je veux juste que la gentille dame me voie avec toi ! glousse-je à voix basse.
Il secoue la tête en souriant mais il passe un bras autour de ma taille pour me coller contre lui et je rougis de plaisir de me dire qu’elle constatera qu’elle a drôlement bien fait de m’aider et que je ne suis pas une braqueuse.
Dès que nous nous plantons devant le bureau, elle me sourit :
- Je suis ravie de constater que Monsieur a retrouvé sa jolie Mademoiselle…, dit-elle avec ses yeux malicieux.
Hunter rit encore un peu en me lançant un petit regard tendre avant de s’adresser à elle avec une voix affable :
- Oui et j’ai appris que c’était grâce à vous, alors je vous en remercie.
- Je me suis permise, j’ai estimé que Mademoiselle ne représentait pas grande menace et elle connaissait votre prénom alors…
C’est dingue, malgré le remerciement d’Hunter, je vois qu’elle est tout de même très frileuse d’apprendre qu’il sait qu’elle m’a donné l’information. Ça me semble dérisoire mais je suppose que certains clients doivent être absolument imbuvables et demander un respect plus que strict de leur confidentialité. J’essaie donc d’intervenir pour la rassurer un peu plus :
- Merci encore, vous m’avez sauvez la vie.
Elle rit discrètement en me couvant du même regard bienveillant que tout à l’heure :
- Peut-être pas la vie Mademoiselle, mais je suis ravie d’avoir pu vous éviter une pénible attente et de devoir descendre vous chercher à Monsieur…
- Maintenant je connais son nom ! glousse-je en me penchant vers elle.
Nous rions tous les trois et Hunter embrasse ma tempe chastement.
- Alors dites-moi, en quoi puis-je vous aider ? demande-t-elle lorsque nos rires fanent.
- Je voulais savoir si vous aviez un chargeur de téléphone…, dit-il en sortant le sien de sa poche.
Elle n’a pas encore vu le modèle qu’elle répond pourtant :
- Nous aurons tout ce que Monsieur désire… Et Mademoiselle, cela va sans dire, ajoute-t-elle en me souriant.
Elle se penche pour prendre le modèle avant de sourire :
- Je vais aller voir s’il y en a en réserve, sinon, il vous sera monté dans votre chambre dans les plus bref délais Monsieur.
- Vraiment ? m’étonne-je. Vous auriez vraiment ce chargeur dans votre réserve ?
- Vous seriez étonnée de ce que nous avons en réserve pour répondre au mieux aux attentes de nos clients Mademoiselle…, répond-elle gentiment avant de disparaitre.
Je lance un coup d’œil amusé à Hunter et nous éclatons de rire lorsque nos regards se croisent, pensant sans doute à la même chose. Je me hisse sur la pointe des pieds et il se penche pour mettre son oreille vers mes lèvres :
- Je te parie qu’ils ont quelques filles de joie dans cette réserve ! glousse-je.
- Arrête ! pouffe-t-il.
- Demande-lui un truc drôle ! Quelque chose de honteux ! Qu’on s’amuse !
- Non ! rit-il.
- Je vais lui demander un string léopard pour homme…, le taquine-je.
- Tu n’as pas intérêt à faire ça ! s’esclaffe-t-il.
- Ou peut-être des menottes…, pouffe-je.
- Je suis déjà beaucoup plus partant, répond-il en serrant son bras autour de moi.
Je rougis alors que nous échangeons un regard aussi amusé que séduit et notre bonne samaritaine arrive là-dessus :
- Et voilà Monsieur, nous l’avions, j’espère qu’il vous apportera la plus grande satisfaction…
- Je vous remercie, encore, passez une très belle journée.
- Quoi ? interviens-je. Tu ne le paies pas ?
- Oh non Mademoiselle, c’est largement compris avec la suite de Monsieur.
- Oh je vois, c’est comme un roomservice secret pour les gens très riches ! glousse-je.
Hunter et la femme éclatent encore de rire, et elle met une main devant ses lèvres pour se cacher en affichant ses yeux les plus désolés, mais puisqu’elle constate qu’Hunter ne s’offusque pas, elle me répond franchement :
- Oui Mademoiselle, c’est comme un roomservice secret pour les très bons clients. Et si vous avez besoin de quoi que ce soit, alors je me ferais un plaisir de vous l’offrir pour rendre votre séjour agréable.
- Merci beaucoup, réponds-je timidement.
Après ça, je file en quatrième vitesse sur le parking puisqu’il reste moins de dix minutes avant le départ du bus. J’ai honte d’avoir autant trainé.
*
Lorsque j’arrive sur le parking, le bus est déjà là mais je suis soulagée de voir qu’Eden est avec elle et je me greffe à eux :
- Excuse-moi pour le retard, je … t’expliquerai, dis-je.
- Il n’y a pas de souci, Eden m’a tenu compagnie, répond-elle en souriant.
- Ça m’embête vraiment de te laisser faire cette longue route toute seule…, soupire-je.
- Mais non, ça va aller, arrêtez un peu ! réplique-t-elle.
Eden tourne un regard triste vers moi :
- J’ai proposé de la ramener, mais Cal ne la laisse pas rentrer dans la bagnole…
Ses propos me font faire les montagnes russes émotionnelles, déjà lorsque je réalise que oui, Eden étant en voiture, il pourrait la ramener et leur offrir un tête à tête de deux heures et demie. C’est tellement parfait pour apprendre à se connaitre, il n’y a littéralement rien d’autre à faire que de parler, c’est comme un rendez-vous galant en moins gênant et mon corps s’électrise à cette idée. En revanche, la fin de sa phrase me percute après et casse mon moral :
- Vraiment ? gémis-je tristement.
- Ouai… Je ne rigolais pas quand je te disais que tu étais une exception à peine croyable avec Calyouk… C’est vrai que tu dois avoir plutôt l’impression que c’est un gentil petit toutou tout tendre mais ce n’est pas le cas, il n’est comme ça qu’avec nous trois.
- Oui, je pense que je ne me rends pas assez compte… il est tellement gentil avec moi…, soupire-je.
- Tu es sa petite tatie en chocolat, plaisante-t-il.
Il lance ensuite un regard plus que désolé à Alma qui le balaie d’un geste avant même qu’il ne parle :
- Pour la dernière fois, il n’y a aucun soucis Eden. C’est déjà adorable d’y avoir pensé, je vais prendre le bus, ce n’est rien ! assure-t-elle.
Je ne peux pas envisager une seule seconde que ce tête à tête n’ait pas lieu alors je fais carburer mes méninges plus vivement que jamais tandis que le bus démarre et qu’ils se prennent brièvement dans les bras pour se dire au revoir.
Une idée me percute et avant même que j’ai le temps de plus y réfléchir, je m’exclame :
- Et si nous ramenions Calyouk avec Hunter ?! Comme ça tu pourrais ramener Alma en voiture sans problème…
Eden tourne vivement des yeux pleins d’espoir vers moi tandis qu’Alma fronce les sourcils :
- Ça ira pour Calyouk ? s’inquiète-t-elle.
- Bien sûr ! réponds-je. Il adore sa tatie en chocolat ! Je m’en occupe tout le temps, je pourrai même le promener cet après-midi… Il sera sans doute plus heureux de faire ce trajet avec moi qu’avec son père !
Eden éclate de rire :
- Je ne peux même pas lui donner tort, Calyouk l’adore.
- D’accord…, répond Alma en prenant espoir. Mais… ça ira à Hunter de monter un chien aussi gros dans sa voiture ? On devrait lui demander ?
J’échange un coup d’œil avec Eden, un coup d’œil qui veut tout dire.
Nous nous observons avec la même moue qui signifie clairement que nous nous foutons pas mal tous les deux de ce qu’en pensera Hunter, tant que ça permet à Eden de passer son trajet avec Alma… Ça nous fait donc évidemment rire et je la rassure :
- Ne t’inquiète pas Alma, Hunter sera d’accord… Calyouk est autorisé dans sa voiture, je l’y ai déjà vu …
- Mais oui, il comprendra, tranche Eden en ramassant le sac d’Alma pour l’emmener vers sa voiture joyeusement.
Elle se laisse donc convaincre et en cinq minutes chrono, ils démarrent et je me retrouve à leur faire de grands signes d’une main tandis que je tiens la laisse de l’énorme loup de l’autre. J’enfile rapidement le sac à dos qui contient ses affaires en lui embrassant le museau et il me suit joyeusement en direction de l’hôtel, visiblement pas perturbé de se retrouver avec moi.
*
Lorsque j’arrive devant la porte d’Hunter, je ne peux pas m’empêcher de rire un peu et je l’entrouvre pour y passer la tête. Il me lance un regard heureux et j’avoue :
- J’ai une petite surprise ! glousse-je.
- Une surprise ?
J’ouvre la porte et Calyouk s’enfile dans la suite pour aller lui faire la fête alors qu’Hunter éclate de rire :
- Mais qu’est-ce qu’il fait là celui-là ?! s’amuse-t-il en le caressant.
- J’espère que ça ne te pose pas de problème … j’ai proposé que nous le ramenions afin qu’Eden puisse ramener Alma…, explique-je. J’ai la protection de banquette arrière dans son sac à dos…
Cal part à la découverte des lieux et Hunter se lève pour venir vers moi :
- Et si ça me posait problème ? me taquine-t-il.
- Eden est déjà parti alors…, avoue-je honteusement.
- Je t’embête, il n’y a pas de problème évidemment… en fait, j’ai une surprise moi aussi…
- Encore ? m’étonne-je.
- Oui… j’ose espérer que ça ne posera pas de soucis à Eden mais après tout, il vient bien de m’imposer son chien sans me demander mon avis, alors il ne se plaindra pas du moment où il le récupèrera…
- Comment ça ?
Il glisse ses bras dans mon dos pour me prendre contre lui :
- Ça me bouffe de devoir passer la journée à travailler au lieu de profiter avec toi… Surtout en considérant que ta colocataire est rentrée plus tôt et que nous ne pourrons même pas dormir ensemble…, commence-t-il.
- Ne m’en parle pas, murmure-je tristement.
- J’ai eu envie de nous offrir un peu de temps tous les deux, juste tous les deux… alors je me suis permis de réserver la chambre une nuit de plus. Nous pourrions passer toute la soirée ici et profiter de la journée de demain ensemble puisque je ne travaille pas…
- Quoi… ? souffle-je alors que mes yeux s’agrandissent.
- Qu’est-ce que tu en penses ? demande-t-il avec hésitation.
Pour toute réponse, je lui saute dans les bras et il me fait tourner en riant avant que j’écrase mes lèvres sur les siennes.