Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 68 : Le message qui change tout

3640 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 03/03/2026 09:30

Chapitre 68 : Le message qui change tout


Ma semaine de rentrée passe à toute vitesse. Je me reconcentre très efficacement sur mes cours puisque les professeurs nous mettent au pas en nous noyant sous les devoirs, pour éviter que nous nous reposions sur nos lauriers après le premier semestre.

Je travaille avec sérieux et j’échange des petits messages le soir avec Hunter, qui travaille énormément de son côté et qui me manque déjà beaucoup trop.

Le mercredi soir, je vois Alma au restaurant pour qu’elle me raconte son retour en voiture avec Eden. Nous passons notre soirée à analyser les attitudes et les propos de ce dernier et je trouve que ça sent drôlement bon. Elle m’avoue même qu’il l’a câlinée pour lui dire au revoir et nous gloussons en imaginant à quel point nous serions heureuses s’ils devenaient nos petits-amis alors qu’ils s’entendent si bien.  

Le jeudi soir, c’est Julia qui me réquisitionne pour une soirée film. Elle cherche déjà à décompresser de sa semaine de rentrée et puisqu’elle sort en général les deux soirs de weekend, elle voulait que nous ayons une petite soirée à nous. Après nous être mises en pyjama, j’installe joyeusement des plaids et l’intégralité de nos coussins dans son lit où nous nous installons habituellement et elle termine ses fameux cookies à la cuisinette lorsque je suis interrompue par un appel d’Hunter.

-         Oui ? roucoule-je.

-         « Bonsoir, qu’est-ce que tu fais de beau ? »

-         Une soirée film avec Julia, pour décompresser de cette terrible semaine de rentrée tu vois bien…, me moque-je en lui lançant un coup d’œil.

Julia me fixe en plissant les yeux et Hunter éclate de son petit rire au bout du fil.

-         « Je vois… Elle est sans doute déjà surmenée… »

Je ris un peu avec lui mais j’entends qu’il est en voiture alors qu’il dix heures du soir.

-         Tout à fait… Tu rentres seulement du travail ? demande-je.

-         « Oui… encore une journée à rallonge mais j’arrive dans le quartier. »

-         Tu travailles trop, tu y es depuis huit heures du matin…, m’inquiète-je d’une petite voix.

-         Oh pauvre petit chou ! raille Julia depuis la cuisine. Il n’est pas en sucre Hestia !

-         Tais-toi ou je te fais avaler ta spatule ! me hérisse-je alors qu’elle ricane.

-         « Quelle belle ambiance… votre soirée film promet ! »

-         Elle déteste que je prenne soin de toi, elle est jalouse, la taquine-je.

-         Pas du tout ! beugle-t-elle.

Il rit encore et j’entends son moteur qui se coupe.

-         Tu es bien arrivé ? ronronne-je.

-         « Et bien en fait… je me demandais si j’avais le droit à un petit bisou avant de rentrer chez moi… ? »

Je fronce les sourcils et mes pas me conduisent à ma fenêtre avant même que mon cerveau ait intégré l’information. Je trouve bien évidemment sa voiture en bas de chez moi et sa magnifique personne appuyée dessus en train de me regarder avec le téléphone à l’oreille. J’ouvre des yeux ronds comme des soucoupes et je vois son sourire en coin qui se glisse sur ses lèvres face à mon immobilité.

-         « Coucou mon cœur. »

C’est comme le signal et je jette mon téléphone dans mon lit avant de partir ventre à terre en direction de la porte, enfilant au passage mes chaussons. Je dévale ensuite les escaliers de mon immeuble sans même réfléchir au fait que je sois en pyjama tant je suis heureuse de savoir qu’il sera dans mes bras dans quelques secondes.

Lorsque je passe la porte, je lui fonce dessus encore plus vite alors qu’il m’ouvre les bras en souriant jusqu’aux oreilles et que je bondis dedans pour m’accrocher à sa nuque en refermant mes jambes derrière sa taille. Comme souvent, nous calons nos nez au creux de la gorge de l’autre pour nous blottir l’un contre l’autre au maximum et je suis tellement heureuse que je glousse comme une pintade en le retrouvant. C’est comme une réminiscence et je suis plus heureuse que je ne l’ai été depuis dimanche.

-         Tu m’as manqué ! couine-je.

-         Toi aussi, je n’arrivais pas à imaginer passer un jour de plus sans te prendre dans mes bras, même pour cinq minutes, souffle-t-il contre ma peau.

Je redresse le nez de son cou pour l’embrasser, et retrouver ses lèvres me donne tout le courage dont je ne savais pas que je manquais pour affronter la vie en général. Ça me rappelle notre séjour, lorsque j’avais l’impression qu’il se rechargeait à mon contact et maintenant que j’ai de nouveau le nez dans mes cours, je me rends compte que c’est exactement pareil pour moi. Il m’apaise et me donne de l’énergie en même temps, une belle énergie douce mais puissante, qu’on appelle sans doute communément l’amour.

-         Vous portez un magnifique pyjama Mademoiselle, souligne-t-il en me souriant.

-         Il est mon préféré incontestable depuis que tu me l’as offert, glousse-je.

-         Julia n’a pas tenté de le brûler j’espère ?

-         Non, pas celui-là, elle sait comme j’y tiens, réponds-je.

Il embrasse tendrement mon nez et maintenant qu’il est là, je ne veux plus qu’il parte.

-         Je pourrais peut-être demander à Julia de décaler notre soirée film…, propose-je.

-         Mais non, c’était prévu, je ne veux pas bousculer votre programme.

-         Tu voulais simplement un petit bisou en rentrant du travail… c’est la chose la plus adorable au monde Hunter ! gazouille-je.

-         Il faut dire que tu commençais à me manquer un peu trop fort… je ne voulais pas abuser en te proposant de nous voir, je me suis dit que tu me le proposerais quand tu en aurais envie mais ça commençait à … faire long pour moi, avoue-t-il du bout des lèvres.

Mes yeux papillonnent sous la surprise :

-         Vraiment ? Je ne voulais pas m’imposer, tu as un emploi du temps surchargé depuis lundi alors… je ne sais pas, je me suis dit qu’on se verrait ce week-end…, réponds-je.

-         On se voit ce week-end ? s’enthousiasme-t-il.

-         Demain soir ? propose-je.

-         Je ne suis pas là, hors de la ville, c’est pour ça que je n’anime pas le cours. Samedi ? demande-t-il.

-         Samedi, confirme-je en l’embrassant chastement.

-         Après le match et ta balade avec Eden ?

-         Il n’y a pas de match, enfin pas ici. Il joue dans une ville proche et on se rejoint chez vous vers vingt et une heures, explique-je.

-         Alors on se verra à vingt et une heures.

-         Oui… et … il y aura une fête au bâtiment des sportifs après… une fête où Eden ira…, chuchote-je d’une voix pleine de sous-entendus.

Il rit doucement en rapprochant son visage tout près du mien :

-         Etes-vous en train de me dire qu’après notre balade, nous aurons une soirée en tête à tête ? murmure-t-il.

-         Oui… une soirée dont Eden rentrera tard, très tard…, ronronne-je.

-         A une heure où la porte de ma chambre sera fermée depuis bien longtemps… 

Mes yeux s’agrandissent alors que le bonheur ne cesse de croître :

-         Tu … penses qu’on pourra dormir ensemble vraiment ?! Toute la nuit ?! couine-je.

-         Je t’y invite en tout cas…

Je fonds sur ses lèvres pour l’embrasser avec passion et il me rend mon baiser au centuple jusqu’à ce qu’une fenêtre s’ouvre et attire notre attention. C’est Julia, un petit sachet à la main :

-         Un petit réconfort pour notre pauvre chouchounet qui travaille tard ! s’écrie-t-elle d’une voix moqueuse mais amicale.

Elle lance le sachet contenant des cookies et Hunter le rattrape agilement en riant :

-         Merci Julia !

-         Pas de quoi chouchounet !

Elle referme la fenêtre en riant et en nous couvant de ses yeux bienveillant tandis qu’Hunter affiche une tête toute fière :

-         Je crois que je suis bien vu par ta coloc ! fanfaronne-t-il.

-         Evidemment, elle sait comme tu me rends heureuse.

Nos embrassades reprennent et il doit littéralement m’arracher à lui pour me faire remonter dix bonnes minutes plus tard, lorsqu’il estime qu’il risque de redescendre dans l’estime de Julia en me kidnappant plus longtemps.

*

Le vendredi, je suis incapable de me rendre à mon cours d’auto-défense en sachant qu’Hunter n’animera pas le cours et je préfère donc passer ma soirée avec Eden pour essayer d’avoir des petites informations discrètes sur Alma, ce qui marche plutôt très bien. Alors qu’il n’avait absolument pas réagi à propos de Julia, ne m’en avait pas parlé une seule seconde, il n’a que le prénom de ma nouvelle amie à la bouche. Je n’ai qu’à lui demander comment leur retour s’est passé et j’ai immédiatement un poème de sa part sur la gentillesse et la beauté d’Alma. Il imagine sans doute être discret mais il ne l’est clairement pas et ma conscience se frotte les mains allégrement en l’écoutant parler. Il me demande simplement en retour comment ce séjour avec Hunter s’est passé et je reste très vague en lui indiquant simplement que nous avons passé un très bon moment et que nous sommes devenus encore plus proches. Il n’insiste pas et ne me pose pas de question plus invasives, ce que je trouve très étonnant mais qui me soulage puisque nous n’avons pas abordé le sujet avec Hunter.

Ce dernier me manque en tout cas énormément, surtout depuis sa petite visite de jeudi soir et c’est donc toute guillerette que je me prépare en deux temps trois mouvements le samedi soir avant d’aller chez eux.

He : « Je vais partir, à dans dix minutes ! »

Hu : « Tu veux que je vienne te chercher ? En voiture ou à pied ? »

He : « Ne t’embête pas, j’arrive ♡ »

Hu : « J’ai hâte ♡ »

Je souris comme une idiote et je passe la porte dans la foulée.

Alors que j’arrive au pied de leur immeuble, mon portable vibre et je ris déjà puisque j’imagine que c’est Hunter qui s’impatiente. Mais lorsque je tire mon téléphone de ma poche, mon cœur manque de s’arrêter alors que je me fige des pieds à la tête.

« Bébé, 26 boulevard Churchill, 21h30. »

Mon cœur, après avoir frôlé l’arrêt, part pour un sprint ahurissant tandis que mes yeux fixent le message et que j’ai l’impression que mon cerveau se met sur pause. Il est vingt et une heures, j’ai trente minutes devant moi pour rejoindre ce point de rendez-vous alors je ne réfléchis même pas et je fais volte-face avant de partir en courant pour rentrer chez moi tout en appelant Hunter.

-         « Allô ? »

-         Hunter je… je … il faut que je …

Je n’arrive même pas à parler alors que je cours à en perdre haleine et évidemment, il en meurt d’angoisse dans la seconde.

-         « Hestia ?! Qu’est-ce qui se passe ?! Tu as un problème ?! »

J’entends déjà Eden qui s’étrangle d’inquiétude en fond et le remue-ménage d’Hunter qui saute sur ses pieds, sans doute pour me rejoindre en courant et mes neurones se mettent en route pour le rassurer :

-         Tout va bien ! crie-je. Enfin tout ne va pas bien, Julia a un problème ! Un gros problème ! Il faut que je rentre, je suis désolée… je… il faut que je sois avec elle, que je m’occupe d’elle !

-         « Oh bon sang, tu nous as fait une peur bleue… Nous étions déjà dans le hall de l’immeuble. Est-ce qu’elle va bien ? »

-         Pas vraiment, c’est compliqué et je ne suis pas sûre qu’elle aimerait que j’en parle… mais il faut que je rentre, je suis en train de courir sur le chemin du retour ! précise-je en haletant.

-         « Je comprends mon … pote. »

Si l’heure n’était pas si grave, je rirais sans doute d’imaginer la tête que doit faire Hunter d’avoir failli m’appeler « mon cœur » et la tête d’Eden qui se demande sans doute depuis quand son colocataire m’appelle « mon pote ». Je visualise comme si j’y étais le regard qu’ils échangent et mon cœur se serre à l’idée de rater une soirée en leur compagnie.

-         On se verra demain, je ne peux vraiment pas la laisser…, geins-je en poursuivant ma course à travers le parc.

-         « Il n’y a pas de soucis, je comprends. En revanche je ne suis pas là demain, je pars pour quelques jours… On se verra à mon retour Hestia, occupe-toi de Julia… »

Mon cœur se serre bien plus fort, parce que je ne peux pas faire autrement que de le planter ce soir, mais j’entends la tristesse dans sa voix et mon cœur y fait écho à m’en torturer.

-         Je suis désolée Hunter, sincèrement, c’est un cas d’extrême urgence… Je … je suis en haut-parleur ? demande-je d’une voix désespérée.

-         « Non ? »

-         Je suis désolée mon amour, sincèrement désolée, j’aurais préféré passer la soirée avec toi mais je suis … c’est vraiment un cas d’urgence, gémis-je.

Un petit blanc accueille ma phrase et je réalise seulement que je viens de l’appeler « mon amour », un surnom aussi nouveau que connoté. Je suis si pleine d’adrénaline, le cerveau si sens dessus dessous que je n’ai pas réfléchi une seule seconde et mon état de nerf s’aggrave alors que le blanc plane toujours. J’ai peur qu’il réagisse mal, mais je n’ai ni le temps ni la force de gérer ça ce soir et je décide donc de m’en remettre au destin.

-         « Je… ce n’est pas grave Hestia… je… on se voit très bientôt. »

J’entends qu’il est agité mais je préfère imaginer que c’est parce qu’il est profondément agacé par la présence d’Eden à côté de lui plutôt que choqué par ce que je viens de dire. L’avenir parlera, il est finalement peut-être préférable que nous ne nous voyions pas pendant quelques jours puisque je viens tout de même de lui faire des appels de phares magistraux sur les sentiments que j’éprouve pour lui. Les dés sont jetés.

J’arrête d’y réfléchir et je raccroche avant de défoncer la porte de notre chambre pour y attraper les clés de Julia.

*

Lorsque je me gare au lieu de rendez-vous, il est vingt et une heures trente précise et je descends de la voiture avec le cœur battant. J’observe autour de moi, foutrement inquiète de me retrouver dans un lieu aussi sombre et hostile, à la limite du quartier chaud, mais je n’ai pourtant pas vraiment peur.

Parce que la seule personne au monde à jamais m’avoir surnommée « bébé » est Kai, et lorsqu’une silhouette sort de la pénombre d’un bâtiment, je plaque mes deux mains sur mes lèvres en étouffant un cri de surprise.

Il est là, en chair et en os, mon « présumé » Kai, mon Kai, c’est désormais une certitude.

Il s’est rasé la barbe, sans doute pour que je le reconnaisse alors que mon cœur avait déjà reconnu ses yeux perçants depuis des semaines malgré ce qu’il voulait me faire croire. Ses cheveux longs sont attachés en chignon désordonné à l’arrière de sa tête et maintenant que son visage est dégagé, je retrouve enfin ses traits comme je les ai toujours connus, durs, en colère… avec ses beaux yeux gris qui n’arrivent jamais à être complétement froids lorsqu’ils se posent sur moi. Son visage est tout de même plus creusé, marqué par la prison, et les tatouages qui envahissent l’intégralité de son cou et de ses mains le dissimule, mais c’est pourtant bien lui.

Il approche de moi doucement, les paumes vers le ciel et l’air le plus contrit possible. Je suis tellement sous le choc de le revoir en étant désormais sûre que c’est lui que je me plie presque en deux en le dévisageant, les mains toujours pressées sur ma bouche grande ouverte alors que toute mon enfance avec lui me revient de plein fouet. Toutes ces heures à discuter, à rire et à le serrer dans mes bras…toutes ces plaies soignées, tous ces coups de colère que je canalisais, tous ces regards noirs qui devenaient doux ...

Le choc est si fort que les larmes roulent de mes yeux et il s’arrête :

-         Bébé, je suis tellement désolé d’avoir pointé une…, commence-t-il.

Mais plus rien ne compte désormais, parce que Kai est là. Je reviens à moi et je parcours les quelques mètres qui nous séparent pour me jeter dans ses bras en pleurant à chaudes larmes.

 

****

Fin du tome 2 !


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