Les sentiments au fond de tes beaux yeux
Chapitre 70 : Le début des mensonges
Alors que je suis sur le chemin du retour, je suis pensive. Mes retrouvailles avec Kai me chamboulent mais me laissent aussi un drôle de sentiment. J’adorais ma vie et je pensais que le revoir serait comme la cerise sur le gâteau pour parfaire mon bonheur alors que j’ai finalement plutôt l’impression que tout se complique.
Déjà, je mens à Hunter et ça ne me plait pas du tout… je mens à Eden également, indirectement, alors qu’il m’a aidé dans ma quête pour retrouver mon frère de cœur et je trouve ça très limite aussi. Je retombe aussi dans des schémas qui ne me conviennent pas, la violence et l’impulsivité de Kai étaient mon quotidien lorsque j’étais jeune et maintenant que ça fait quatre ans que j’en suis loin, ça me fait drôle. Je me comporte exactement comme lorsque j’étais jeune et que Kai prenait toujours la main sur tout… Par exemple, j’ai du mal à croire que je l’ai laissé conduire la voiture de Julia sans même me poser de questions alors que cette dernière ne m’a pas expressément autorisé à le faire… ça aussi me parait limite. Et mes pleurs… ces pleurs automatiques, cette façon que j’ai de l’apaiser en le prenant par les sentiments, en me laissant envahir par un sentiment aussi négatif que la peur et la tristesse…
Je grimace un peu alors que je m’arrête à un feu rouge, vraiment perturbée par tout ça. J’essaie d’enterrer l’alarme qui résonne dans ma tête et pourtant, la femme que je suis devenue commence à se demander si toute cette relation n’est finalement pas un peu toxique… J’ai rencontré des gens si formidables ces derniers temps que je ne peux pas m’empêcher de comparer comment je me sens lorsque je suis avec eux et lorsque je suis avec Kai, ce qui n’est pas joli-joli. Mais il est mon frère depuis toujours… je ne peux pas penser une chose pareille, il est là pour moi depuis ma plus tendre enfance, il veille sur moi farouchement et me protège comme la prunelle de ses yeux… Comment puis-je avoir des pensées pareilles ?!
Je réalise que le feu est vert et je me reconcentre dans le présent pour faire un peu plus attention à la route en essayant de penser à autre chose.
Pourtant, une nouvelle pensée intrusive se glisse dans mon crâne lorsque je passe devant l’immeuble d’Hunter. Je n’ai jamais été dérangé par le contact de Kai, ni par le fait qu’il me surnomme « bébé », j’ai toujours trouvé ça plutôt mignon mais … depuis Hunter, c’est différent. J’ai presque l’impression de le trahir et j’ai le sentiment que ça ne lui plairait pas du tout.
Encore une fois, je préfère largement enterrer ces pensées qui me compliquent beaucoup trop la vie. Je ne peux pas abandonner Kai, je l’aime de tout mon cœur, il est comme un membre de ma famille et Hunter devra un jour ou l’autre composer avec lui s’il souhaite que les choses deviennent sérieuses entre nous. En attendant, tout ce qui tourne autour de mon frère est tellement compliqué et louche que je décide de ne rien dire à personne le temps que je vois comment tout ça évolue.
Lorsque je rentre chez moi, je me lave rapidement avant de me glisser au lit et je suis rattrapée par la situation lorsque je regarde mes messages avant de dormir et que je ne me sens pas très droite dans mes bottes face aux messages d’Hunter et Kai.
Hu : « J’espère que tout va bien pour Julia et toi. Tu me manques mon cœur, fais de beaux rêves ♡ »
K : « Tu m’as manqué bébé, on se revoit vite. »
Je fronce les sourcils alors que mon cœur se serre. Je ne peux pas m’empêcher de me sentir mal pour Hunter, de stresser à l’idée qu’il tombe sur ce message et s’imagine des choses… Je serais meurtrie de trouver un message pareil d’une femme sur son téléphone sans avoir de contexte… C’est terrible mais je me réconforte en me disant qu’il n’est même pas fichu de me dire son travail alors que j’ai bien le droit d’avoir un petit secret pour lui moi aussi…
J’envoie rapidement un message à Kai pour lui dire que je suis contente que nous nous soyons retrouvés, avant de répondre à Hunter en priant pour qu’il ne soit pas couché.
He : « Tout va bien, tout est en ordre, elle est même partie en soirée… »
Autant essayer d’avoir un scénario qui colle à la réalité pour avoir le moins de problèmes possible.
Hu : « Tu es toute seule ? Je peux peut-être venir… ? »
Mes yeux s’écarquillent et mon cœur se fend en deux dans la seconde suivante. Je suis tellement déçue de devoir lui dire non que ça me fait physiquement du mal, mais je ne peux pas prendre le risque qu’il dorme ici et que Julia rentre… Il lui demanderait forcément comment elle va et je ne pourrais jamais demander à Julia de mentir sans lui dire le pourquoi…
Je retourne le problème dans ma tête sous toutes les coutures mais il n’y a rien à faire et ça me rend malade de rater une nuit à le serrer dans mes bras et à l’embrasser. J’en pleurerais alors que je rédige ma réponse pathétique :
He : « Non, je suis déjà au lit et fatiguée… »
Hu : « Je comprends… On se voit vendredi prochain ? »
He : « Vendredi ?! Nous ne pouvons pas nous voir avant ?! »
Hu : « Non, je t’ai dit que je partais pour quelques jours demain matin… Je reviens vendredi et je repars d’ailleurs le lendemain pour une semaine de plus… En fait, je rentre vendredi uniquement pour espérer te voir sur ma soirée libre puisque j’espère que tu viendras au cours et que tu passeras la soirée avec moi… »
Je plaque une main sur mes lèvres alors que mes larmes coulent sous le coup de poignard que représentent ces nouvelles. J’avais complétement oublié qu’il partait, je ne peux pas croire que je vais devoir attendre vendredi avant de le revoir… et encore moins pour une seule soirée. Ça me parait insurmontable, il me manque tellement violemment que mes larmes se muent en véritables sanglots alors que je fixe mon écran en me sentant plus mal que jamais.
Tout ça pour qu’il reparte une semaine derrière… Bon sang quelle horreur, ça me rend malade. J’ai une furieuse envie de lui dire de venir immédiatement pour tout lui avouer, de passer une belle nuit dans ses bras avant de le voir si peu dans les temps à venir… Mais je ne peux pas, je ne veux pas le mêler à tout ça, je ne veux pas qu’il se dise que je suis une fille à problèmes bon sang…
Je ne peux même pas lui dire à quel point ça me rend triste, auquel cas il ne comprendra pas que je refuse qu’il vienne ce soir… C’est une catastrophe, plus je me rends compte que je vais devoir jouer les indifférentes, plus je visualise sa petite bouille déçue et plus je pleure. Je ne peux pas supporter de lui donner l’impression que je m’en fiche, et pourtant.
He : « D’accord, alors on se voit vendredi ♡ »
Hu : « Oui, à vendredi… »
Mon cœur saigne plus fort et je pose mon téléphone sur ma table de nuit avant de me rouler en boule pour pleurer toutes les larmes de mon corps. Evidemment qu’il ne comprend pas, qu’il est déçu, peut-être même triste et qu’il doute…
Après notre magnifique séjour à la neige, après les moments si forts que nous avons partagés… il doit imaginer que je veux mettre des distances… J’en mourrais s’il me faisait une chose pareille, j’en mourrais littéralement et j’attrape donc mon téléphone pour essayer de sauver les meubles en ravalant ma trouille d’aller trop loin. Je préfère largement qu’il se dise que je m’attache trop à lui plutôt qu’il s’imagine que je suis en train de m’éloigner.
He : « Bonne nuit mon amour ♡ »
Hu : « Bonne nuit mon petit cœur d’amour ♡ »
Je respire enfin lorsque je reçois sa réponse, je respire comme si je ne l’avais jamais fait de ma vie et mon corps s’apaise alors que je voyais déjà notre relation prendre fin.
Je suis tout de même triste, parce qu’en d’autres circonstances, son message m’aurait fait sauter au plafond de joie, rire aux éclats pendant des heures, savourer la vie comme la plus merveilleuse des aventures, comme chaque jour ou presque depuis que je connais Hunter. Alors que ce soir… il me permet simplement de ne pas trop souffrir… ce qui est un constat très inquiétant.
*
Quelques jours passent, des jours bien trop longs sans revoir celui fait battre mon cœur même si nous échangeons quelques messages par-ci par-là. Je vais en cours, je fais mes devoirs et j’essaie de me concentrer sur mes études mais le mercredi suivant, je craque. J’ai besoin de voir mes amis, qui me font fondamentalement du bien et me rendent heureuse alors j’envoie un message à Alma pour faire les boutiques.
Elle accepte bien évidemment avec entrain et je rougis jusqu’à la racine des cheveux lorsque je récupère le portefeuille d’Hunter dans ma table de nuit, pour y prendre quelques billets histoire de lui acheter de nouvelles « surprises ».
Lorsqu’Alma passe me chercher chez moi en fin d’après-midi, c’est comme un second souffle et je profite à deux cents pour cent de la retrouver, de renouer avec cette douce légèreté qu’était devenue ma vie et j’arrive enfin à mettre de côté cette histoire avec Kai, qui me préoccupe toujours autant.
Nous dévalisons la parfumerie dans laquelle nous étions déjà allées pour refaire nos stocks de masques, avec l’objectif très clair de nous refaire des soirées filles toutes les deux et après ça, je lui demande timidement de retourner dans la boutique de lingerie. Elle m’y traine avec un sourire immense aux lèvres, toute contente du programme et nous passons un long moment dans les rayons à choisir.
Je suis immédiatement attirée par la dentelle, mais puisque j’ai envie de surprendre Hunter, j’opte pour un ensemble bordeaux. Je suis ravie de mon choix, je sais qu’il aime cette couleur et alors que je m’observe dans le miroir, je visualise déjà la tête qu’il fera lorsqu’il la découvrira. Cette tenue est plus osée que mon body, plus sexy encore puisqu’elle révèle plus de ma peau. L’ensemble est composée d’un tanga en dentelle et de la brassière assortie mais il est sublimé par une petite chaîne en or qui s’attache sur ma taille.
Je me laisse séduire par un deuxième ensemble pour en avoir un autre d’avance. Il est bien évident que je ne viendrai pas ici tous les quatre matins alors autant rentabiliser ma venue puisque j’ai l’argent pour les prendre toutes les deux grâce à lui. Le deuxième est un classique, des sous-vêtements sexy noirs, avec des bas et des portes jarretelles… Si le premier me donne des airs de princesse de luxure, le deuxième me donne bien plus l’allure d’une diablesse de luxure et c’est très bien comme ça. Je veux que ma lingerie soit variée, que je puisse choisir mes sous-vêtements selon mon humeur et la soirée que j’ai envie de lui faire passer… c’est parfait.
He : « Que fais-tu ? »
Hu : « Je travaille, quelle drôle de question. Et toi ? »
He : « Je dépense ton argent. »
Je me mords la lèvre en attendant sa réponse, puisque je trouve mon message très séduisant. Il sait pour quoi j’ai le droit de dépenser son argent, il le sait et ça me rend toute euphorique.
Hu : « Nom de dieu. Cette phrase m’excite un peu trop pour le contexte dans lequel je me trouve… N’hésite pas à tout dépenser et encore moins à m’envoyer un aperçu. »
He : « Pas d’aperçu, je ne veux pas gâcher la surprise. Tu l’auras de toute façon vendredi. »
Hu : « Tu es sûre ? Avec Eden à la maison… ? »
Je retiens un grognement de frustration. Il est insupportable de devoir gérer nos colocataires respectifs. Je vais le voir une fois en deux semaines et il faut encore que nous composions avec Julia et Eden… ce n’est pas juste.
He : « Tu jettes ton argent par les fenêtres sans cesse pour moi. Qu’est-ce que tu attends pour nous acheter un appartement ?! »
Hu : « Je vais y penser. »
J’éclate de rire en me rhabillant et mon portable vibre encore.
Hu : « Je trouve quelques châteaux pour ma princesse… C’est déjà en cours de négociation. »
Je ris un peu plus et plaisanter avec lui me fait un bien fou.
He : « Ta princesse souhaite un château perdu dans la campagne, avec une grande véranda à l’ancienne pour faire un jardin d’hiver… un parc arboré serait idéal et une piscine souhaitable pour des soirées d’été entourés de nos amis. Et je rêve d’un grand portail en fer forgé blanc depuis que je suis enfant mais je ne voudrais pas abuser de mon prince. »
Hu : « Ça risque de nécessiter quelques recherches supplémentaires, mais ma princesse aura ce qu’elle désire… »
He : « Trêve de plaisanterie. C’est toi qui auras ce que tu désires demain soir. »
Hu : « Tu sais comment parler aux hommes. »
He : « Je me fiche de savoir parler aux hommes, je veux simplement savoir comment te parler. »
Hu : « C’est encore mieux mon amour ♡ »
C’est une explosion de bonheur au sein de mon corps, comme j’en rêve depuis des jours, comme il m’en créée très régulièrement et rien ne saurait altérer mon moral alors que je rejoins Alma en caisse.