Les sentiments au fond de tes beaux yeux

Chapitre 77 : Le chalet

3777 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 20/03/2026 11:16

Chapitre 77 : Le chalet


Nous arrivons dans un petit bout de paradis sublime. Le chalet est niché à l’orée d’un bois, tout en haut d’un magnifique petit village de campagne sur lequel nous avons une vue splendide, puisqu’en hauteur.

Dès que nous descendons de voiture, Alma remercie Hunter en se jetant presque à ses pieds et Eden se moque gentiment d’elle. Je suis très heureuse qu’il soit là pour Alma mais aussi légèrement déçue, puisque la présence de ce dernier garde Hunter à distance de moi, ce que je n’avais pas anticipé. Ils discutent tous les trois de l’Aston et puisque je n’y comprends rien, je me rends au bord de la terrasse en bois, où le sol tombe à pic.

J’observe les sublimes vieilles bâtisses en pierre en contrebas, les immenses jardins fleuris qui les magnifient et surtout, la campagne à perte de vue au-delà, sans gratte-ciel et bitume. Avoir une grande maison à la campagne est sans doute le plus grand rêve que j’ai depuis que je suis enfant et lorsque je sens le bras d’Hunter qui se cale sur mes épaules et que je tourne la tête pour le regarder observer la vue avec moi, je me rends compte que mon rêve a changé. Il est désormais complétement indissociable de mon futur, et cette maison n’aurait pas le moindre intérêt s’il n’était pas dedans avec moi.

-         On a la clé ! s’exclame Eden depuis la porte d’entrée.

Nous les rejoignons donc et découvrons les lieux.

La porte s’ouvre face à une grande table en bois qui trône au milieu de la pièce chaleureuse. Sur la droite, un grand salon avec plusieurs canapés et un piano est niché entre d’immenses fenêtres qui s’étendent du sol au haut plafond. Un feu brûle dans une grande cheminée, donnant l’impression d’un petit nid cosy au milieu des bois et du jardin enchanteur visible par les grandes baies.

Il y a une petite mezzanine qui explique la grande hauteur sous plafond, à laquelle on accède par un escalier en bois brut et une cuisine fermée prend place sur la gauche, dans un renfoncement. Je suppose donc qu’il y a une chambre dans la pièce juxtaposée à la cuisine et une autre au-dessus sur la mezzanine.

Alma et Eden s’enfilent à toute vitesse pour découvrir les lieux et confirment les deux chambres, ce qui permet à ce dernier d’aller chercher Calyouk pour l’installer dans celle du bas alors qu’Alma et Hunter étudient la cuisine.

Pour ma part, je suis appelée immédiatement par le piano, mon instrument préféré puisqu’il a bercé mon enfance dans la salle commune de l’orphelinat. Je passe ma main sur le bois de l’instrument et lorsque je soulève le couvre-note, je souris comme une dingue. J’ai appris à jouer au piano toute seule avec un pauvre livre et beaucoup de patience, j’y ai joué toute mon enfance, jusqu’à ce que l’instrument disparaisse pour laisser de la place lorsque j’avais quinze ans et je n’ai depuis pas retouché un piano… Je ne résiste donc pas et je m’installe, toute excitée à l’idée de jouer tandis que mes trois camarades discutent de Calyouk, qui a simplement lancé un regard noir à Alma plutôt que de la grogner, ce qui est encourageant.

Dès que les premières notes s’échappent dans la pièce, un silence de mort s’abat entre eux, et j’imagine bien qu’ils sont étonnés, mais je ne peux déjà plus m’arrêter. Mes doigts dansent sur les touches alors que mes émotions me submergent. Je joue des bouts de morceaux que je jouais à Kai pendant des heures, d’autres que je jouais quand j’étais triste, heureuse ou simplement rêveuse…

La musique me porte, je m’absorbe tellement que je remarque à peine Hunter qui vient s’appuyer sur l’instrument pour me regarder, le menton dans une main et les yeux plus doux que de la soie. Automatiquement, mes mains se mettent à jouer ma chanson préférée, celle sur laquelle j’ai le plus rêvé d’une vie parfaite, avec un homme parfait…

C’est une chanson de Beethoven à l’origine, une reprise d’un pianiste que j’écoutais sans cesse et que j’ai apprise à jouer à l’oreille après des années d’entrainements… Elle me porte, elle porte mon cœur, elle porte tout l’amour que j’ai envie de donner depuis toujours à un homme extraordinaire qui saurait faire de ma vie un rêve. Maintenant que je la joue pour Hunter, je réalise à quel point je la jouais pour lui depuis toujours, à quel point il est tout ce qui représente cet amour parfait à mes yeux.

C’est tellement fort pour moi, si intime, c’est comme lui crier mon amour sans qu’il ne le sache, enfin pouvoir lui dire tout ce qu’il y a au fond de mon cœur sans que mes lèvres n’aient à s’ouvrir. Il n’y a que moi qui sache ce que je suis en train de lui dire, et il me semble que c’est parfait comme ça.

Lorsque mon doigt joue la dernière note, je relève le regard pour me plonger dans ses yeux doux, pour avoir le bonheur de le voir alors que je m’ouvre à lui d’une façon aussi subtile.

-         Je l’ai jouée pour toi…, murmure-je simplement.

-         C’était magnifique, je te remercie, répond-il à voix basse.

Nos yeux ne se quittent plus et je peux malheureusement toujours compter sur Eden pour gâcher mes beaux moments avec lui.

-         Qu’est-ce qu’on mange ce soir ?! lance-t-il en arrivant depuis la cuisine.

-         On se commande des pizzas ou on va en course tout de suite ? demande Alma.

-         Je n’ai pas très envie de pizza…, interviens-je discrètement.

-         Alors on va en course, tranche Hunter en se redressant du piano.

*

Je suis en charge du caddie et nous déambulons dans le supermarché dans la bonne ambiance. Eden attrape une boite gigantesque d’œufs, en soutenant que c’est pour son régime protéiné de sportif tandis qu’Alma le taquine en lui promettant un billet s’il mange les trente sur les deux jours. Je ris sans pouvoir m’arrêter lorsqu’il accepte et déclare donc que nous mangerons des omelettes à tous les repas tandis qu’Hunter essaie de le faire changer d’avis, avec succès.

Après ça, nous filons dans le rayon des petits déjeuners, où Alma furète à la recherche de ses céréales préférées. Pour ma part, j’attrape une brioche au sucre pas trop cher en me disant qu’elle fera l’affaire, mais Hunter me la prend des mains pour la reposer.

-         Mais ?! C’est ce que je voulais manger ! me récrie-je.

-         Hors de question, j’irai t’acheter des croissants en boulangerie demain matin, réplique-t-il.

-         Hunter…, commence-je déjà à ronchonner.

-         Quoi ? Si tu me dis que tu préfères ta brioche alors prends-là, mais si tu préfères mon option, ne la prends pas.

Je grommèle mollement quelques mots qui ne veulent rien dire pour faire bonne figure, mais ça ne m’empêche pas de quitter le rayon sans ma brioche, déjà impatiente d’avoir des viennoiseries délicieuses demain matin, ce qui déclenche évidemment son sourire satisfait.

Alors que je suis Alma et Eden qui filent vers les boissons, mes yeux s’arrêtent sur un présentoir où sont exposées des petites machines en promotion. J’observe l’affiche avec intérêt, séduite par le principe d’avoir chacun une petite poêle pour faire griller des ingrédients.

-         Qu’est-ce que tu fais ? me demande Hunter en s’arrêtant près de moi.

-         Regarde comme ça a l’air sympa ! piaille-je. C’est comme un petit four pour que chacun puisse cuire ce qu’il veut !

-         Oui, un appareil à raclette quoi.

-         C’est chouette, il est en promotion en plus…, continue-je.

-         Tu n’en as pas ? demande-t-il.

-         Non…

J’attrape mon portefeuille dans mon sac pour vérifier la hauteur de mon budget course mais je suis plutôt déçue de constater que c’est hors de question. J’essaie de partir naturellement, mais je ne suis pas étonnée de sentir Hunter qui m’attrape par le bras :

-         Tu voulais manger une raclette ? demande-t-il.

-         Pas forcément, je trouvais juste le principe sympa, je verrai ça en rentrant, réponds-je évasivement.

-         Quel principe ? La raclette ? insiste-t-il.

-         Oui, je trouve que ça a l’air convivial mais peu importe.

Il me lance le regard que j’aime le moins, celui de la pitié.

-         Tu n’as jamais mangé de raclette ? demande-t-il d’une petite voix.

-         Hunter, je t’en prie. J’ai horreur de quand tu fais ça, râle-je en avançant.

-         Quand je fais quoi ?

Il m’arrête encore et je me tourne face à lui :

-         Quand tu fais cette tête ! Je vois bien que je te fais pitié, tu avais fait la même lors de la fondue !

-         Je n’ai pas pitié, ça me rend triste, c’est différent, nuance-t-il.

-         Arrête d’être triste parce que je n’ai jamais mangé de fromage fondu ! Bon sang c’est ridicule ! m’agace-je en croisant les bras.

-         Et toi arrête de mal le prendre ! réplique-t-il. Je ne contrôle pas mes émotions Hestia et j’ai le droit d’avoir de la peine.

Il attrape un appareil et le met dans notre caddie mais je le récupère pour le reposer.

-         Non tu ne peux pas ! Je suis pas une pauvre petite chose malheureuse dont il faut réaliser les moindres souhaits Hunter !

-         Laisse-moi faire ce dont j’ai envie, s’agace-t-il à son tour en reprenant un carton. 

-         Hunter !

-          Je sais ce que ça fait de grandir en mangeant des plats insipides dans une cantine Hestia, j’ai simplement eu la chance de découvrir autre chose depuis, ce qui n’est pas encore ton cas. Alors laisse-moi faire ou je m’énerve, conclut-il avec un sourire.

-         Je serais bien curieuse de te voir t’énerver tiens ! réplique-je en essayant de lui reprendre son fichu carton.

Il rit un peu plus en levant les bras pour m’empêcher d’atteindre mon but et nous finissons par glousser tous les deux puisque je ne l’atteins pas, même en sautant. Je finis par déclarer forfait en passant mes bras autour de sa taille pour le câliner et il pose les siens autour de mon cou en se penchant pour m’embrasser.

Ce baiser me fait du bien, il est un peu trop rapide et sage à mon goût mais nous sommes tout de même au milieu d’un magasin, alors je m’en contente jusqu’à ce qu’il relâche mes lèvres en restant tout proche de moi :

-         Obligés de s’embrasser au coin de l’électroménager…, soupire-t-il avec humour. 

-         Et encore, nous avons déjà de la chance qu’ils nous aient fichu la paix cinq minutes, réplique-je.

-         Sûrement.

Il m’embrasse encore, tout en remettant l’appareil dans le caddie et je lui lance un regard désapprobateur :

-         Ils ne voudront peut-être même pas manger de raclette…, souligne-je.

-         Ça les regarde, c’est ce que nous mangerons ce soir, rétorque-t-il.

-         Tu as toujours réponse à tout ? demande-je en souriant.

-         Plus ou moins…, répond-il en replongeant sur mes lèvres.

Nous nous embrassons un peu plus longtemps encore que les fois précédentes, nous laissant visiblement submerger par notre envie d’être proches après notre trop longue séparation.

-         Tu m’as vraiment manqué Hestia, vraiment, murmure-t-il.

-         Toi aussi, je ne veux plus que tu partes aussi longtemps, réplique-je d’une voix boudeuse.

-         Moi non plus, ça risque de devenir un vrai problème…, chuchote-t-il sérieusement en fronçant les sourcils.

-         Mais non, il faut bien que tu travailles… et puis nous…

Je rougis un peu en m’interrompant, ce qui attire carrément son attention :

-         Nous ? me presse-t-il.

Oh et puis zut, je commence à en avoir assez de ne pas dire ce dont j’ai envie par peur de le faire s’enfuir en courant si je suggère le fait que nous soyons plus ou moins un couple. S’il n’est pas le bon alors il ne l’est pas, autant le savoir dès le début.

-         Nous deux, c’est plutôt récent…, affirme-je donc.

-         Oui et … ? demande-t-il.

Il n’a pas l’air le moins du monde affolé par ce que je viens de dire, ce qui signifie clairement qu’il faut que j’arrête de prendre des pincettes pareilles. Je crois que je peux avoir confiance en nous, ce n’est pas parce que j’ai l’impression qu’il est impossible pour moi d’avoir trouvé le prince charmant que ce n’est pas le cas… il me démontre plutôt constamment le contraire.

-         Et bien je suppose qu’il est plus dur de nous séparer parce que nous n’avons pas eu beaucoup de temps tous les deux…, explique-je. Il me semble qu’il me sera plus facile de te laisser repartir lorsque j’aurai eu des jours voire des semaines avec toi…

Il réfléchit en hochant la tête doucement :

-         Tu as sans doute raison… Ça risque d’être plus facile, mais ça ne veut pas dire que ce sera facile quand même… J’ai parfois l’impression que je pourrais passer tout mon temps avec toi sans jamais avoir envie de te laisser repartir, dit-il.

-         Ne me laisse pas repartir alors, réponds-je en souriant.

-         Je t’enferme dans mon appartement ? propose-t-il avec malice.

-         Et pourquoi pas ? glousse-je.

-         J’en rêve, murmure-t-il en attirant encore mon visage contre le sien.

L’irruption d’un homme dans notre rayon nous détache et nous nous mettons donc à la recherche de nos amis, que nous trouvons les bras chargés d’articles. Eden lance un coup d’œil dans le caddie et relève le nez :

-         Une raclette ?! Ça, c’est une super idée !

-         Oh oui ! s’enthousiasme Alma.

Hunter me lance un regard suffisant au possible et je réprime mon sourire alors que nous partons tous ensemble en direction du fromage. Là encore, je découvre que c’est tout un monde puisque les goût sont variés, entre poivre, vin jaune, fumé et ail… il y en a pour tous les goûts. Chacun y va de ses préférés alors que je compare des boites en essayant de trancher lesquels j’aimerais. Evidemment, mon prince n’est pas bien loin :

-         Tu veux mon avis ?

-         Oui ? demande-je avec curiosité.

-         Je peux me tromper, mais il me semble que le goût fumé ne te plaira pas de ce que je t’ai déjà vu manger et apprécier ou non… Le goût poivre te plaira assurément mais tu t’en lasseras au bout de quelques morceaux, alors autant m’en prendre deux ou trois. Je partirais sur une base nature et vin jaune puisque ça reste discret et je crois que ça contentera tes petites papilles délicates, conclut-il.

-         Tu es un professionnel du fromage à raclette ? glousse-je.

-         Non, mais j’essaie de devenir un spécialiste de ta personne et je suis à peu près sûr de moi sur ce coup…, réplique-t-il.

Je rougis bien évidemment, enchantée par ses propos, et il affiche un sourire radieux lorsqu’il constate que je l’écoute.

Après ça, Alma décrète qu’elle veut nous faire des tacos pour le lendemain midi puisque sa grand-mère mexicaine lui a appris à les faire et nous sommes tous absolument ravis, particulièrement Eden qui propose naturellement de l’aider à cuisiner. Alors que nous prenons ce qu’il faut, Hunter disparait subitement une petite dizaine de minutes et il revient les bras chargés d’ingrédients.

-         Qu’est-ce que c’est ? demande Eden.

-         Puisque vous vous chargez de demain midi, je me suis dit qu’Hestia et moi pourrions nous charger du soir, répond-il en déchargeant ses bras dans le caddie.

Dès que je vois les truffes, je saute au plafond en couinant et Hunter rit avant d’expliquer aux autres le pourquoi du comment tandis que je suis impatiente d’être demain après-midi pour commencer notre recherche de recette.

-         Ça te fait plaisir ? me demande-t-il.

-         Oui ! gazouille-je en attrapant son bras pour le serrer contre moi sans réfléchir à Eden.

-         Alors c’est parfait, répond-il.

Maintenant que je suis suspendue à son bras, je ne le lâche plus et Alma prend le relai pour le caddie alors que nous nous dirigeons en caisse. Une fois sur place, un conflit éclate évidemment entre lui et moi puisqu’il veut payer ma part, ce que je refuse. Eden met fin à notre guerre en déclarant que par galanterie, les hommes paieront les courses et je m’avoue donc vaincue. Lorsque je vois qu’Hunter répartit les courses de la façon la plus inégale possible en prenant tous les produits les plus chers, je repense à cette histoire de chambre d’hôtel et je me décide à aborder le sujet sérieusement avec lui ce soir ou demain, pour avoir le fin mot de cette histoire. Il faut de toute façon que nous parlions de l’argent en général, je ne peux pas continuer de le laisser tout m’offrir comme ça et notamment l’appareil à raclette, qui ne servira qu’une seule fois pour nous quatre avant de me revenir.

Nous nous arrêtons dans une cave sur le chemin, à la demande d’Hunter, puis nous rentrons dans notre petit chalet.

Laisser un commentaire ?