The Darkside
Chapitre 4 : The Darkside, par delà le miroir
2400 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 29/04/2026 19:32
Le guerrier mystérieux, toujours accompagné de son dragon, conduisit les jumeaux vers une grande citadelle, avec en son centre un majestueux palais qu ils n avaient pas remarqué auparavant, depuis le champ de fleurs argentées. Ils traversèrent les allées dallées, sous les regards scrutateurs des autres mercenaires. Leurs visages étaient, comme pour les soldats aperçus plus tôt, camouflés à l aide de casques à visière, de telle sorte qu Ulysse ne sut interpréter les emotions peintes sur leurs visages épuisés par le labeur. Aux côtés du garçon, Ariane peinait à suivre le rythme imposé par l illustre personnage. Ses pas se faisaient de plus en plus malhabiles. L inconnu grommela, tâtant du bout de sa lance le dos couvert de sueur de la jeune fille. Celle-ci grogna, incapable de prononcer le moindre mot. Ulysse, lui, tiqua, son poing se serrant contre son torse. Malheureusement, et il le savait, sa soeur et lui n étaient pas en position de force. Cela signerait sûrement leur arrêt de mort, et il était hors de question que cela n arrive. Le reptile, à l arrière de l escorte, laissa échapper un petit panache de fumée lorsque le trio arriva enfin devant les immenses portes de la demeure impériale. A présent assez proche pour l observer sous toutes les coutures, Ulysse, malgré son malaise et sa peur croissante, ne put rester indifférent à cette merveille architecturale. Le chateau ressemblait à toutes les demeures royales décrites dans les contes de fée : des tourelles surmontées de toits pointus, un donjon si haut qu il semblait atteindre les nuages, et des murs entièrement faits d une pierre grise et luisante, aussi résistante que le plus solide des rocs. Les seules différences notables entre les demeures de nobles décrites dans les contes que les jumeaux connaissaient et celle-ci, étaient que les portes s avéraient incrustées de joyaux scintillants, miroitant sous la lumière ambiante, et que l entrée, au lieu d être gardée par des chevaliers en armure sophistiquée, était protégée par des dragons d au moins 8 mètres de long. Lorsque Ulysse croisa le regard ambré de l un d entre eux, brillant d intelligence, il ne put s empêcher de lâcher un petit gémissement plaintif.
- Bah alors, t as perdu toute ton assurance on dirait ! Lança le soldat, dédaigneux.
Le garçon sentit le rouge lui monter aux joues. Bien qu il mourrait de trouille, il détestait que l on se moque de lui. Cela lui rappelait trop le lycée, les méchantes brutes et les proffesseurs qui le méprisaient. Ce guerrier prétentieux, aussi effrayant soit il, commençait donc à agacer l adolescent.
- Où sommes donc tombés grand frère ? Lui demanda Ariane, qui avait déjà repris quelques couleurs.
- Je n en ai pas la moindre idée, lui répondit son frère, tout aussi perdu qu elle.
A ses yeux, tout les couloirs qu ils venaient de traverser se ressemblaient parfaitement, comme si le château avait été spécialement conçu pour former un dédale excentrique.
- Je ne comprend même pas comment nous avons fait pour traverser ce fichu miroir. Je suis aussi paumé que toi, je te rappelle, enchaîna t il.
- Et comment a t il fait pour disparaître ? Continua Ariane, en marmonnant, ignorant la réponse de son jumeau. Etait ce l acte d une sorte de magie ? Il était pourtant juste derrière nous...
- Vous ne voulez pas la fermer tout les deux ?! Lança tout à coup le soldat, sa voix glaciale et cassante les faisant sursauter tout deux.
Maintenant c était sûr. Ulysse avait vraiment envie de baffer cet énergumène, et ce, peu importe les représailles. Le garçon s apprêtait à se retourner afin de balancer un coup de poing bien placé dans la tronche dissimulée de l inconnu, lorsque celui-ci reprit la parole :
- Attendez. Vous voulez dire que vous ne venez pas d ici ? Demanda le guerrier, étrangement intéressé.
- Je croyais qu on devait la fermer, c est pas ce que vous aviez dit ? Répliqua Ulysse avec fougue.
Le soldat s apprêtait à lui donner un coup de lance à un endroit particulièrement sensible de l anatomie masculine, avant de s arrêter brusquement. Sa posture se fit droite, respectueuse. Ulysse comprit alors. Ils étaient arrivés à destination. Le guerrier s inclina avec respect, avant de tourner les talons, comme si il avait plus important à faire. Son dragon lui emboîta le pas, son pas lourd soulevant de petits nuages de poussière dans l immense pièce où les jumeaux se trouvaient à présent. Quand le duo méprisable fut enfin parti, le frère et la soeur se décidèrent à se retourner, ne voulant cependant pas regarder plus haut que l estrade qui leur faisait face. Ulysse, courageux, fut finalement le premier à oser lever le regard, qui se posa sur un trône, entièrement constitué d ossements, dont le jeune homme préférait ignorer la provenance. Sur ce dernier, était installé un homme, maigre à faire peur, qui les regardait étrangement. Il portait une cape noire brodée de fil d or et sur sa tête, siégait un crâne de cervidé en guise de couronne. Il faisait si sombre dans la salle que les jumeaux ne purent déterminer avec exactitude la couleur de peau de l inconnu.
- A vous voilà enfin, Ulysse, Ariane, je vous attendais, murmura l homme, d une voix rauque.
Celle-ci semblait provenir du fin-fond de ses entrailles, comme si elle ne lui appartenait pas totalement.
Ce n est pas normal... Songea Ulysse, comme jamais il ne l avait été.
- Grâce à vous, mes précieux petits pions, je vais enfin pouvoir renaître et me venger de ceux qui m ont fait souffrir.
Son regard fou passait d Ariane à Ulysse sans interruption, comme si n avait pas besoin de cligner des yeux. Le charabia de leur interlocuteur semblait tout à fait incompréhensible aux yeux des jumeaux. Malgré tout, un détail capta l attention de la jeune fille.
- Mais enfin, de quoi vous parlez ?! Demanda Ariane, tremblotante. C est bien la première fois que nous vous voyons. Alors comment connaissez vous nos noms ?! Hurla t elle presque.
- Et bien, à vrai dire, je vous connais tout les deux depuis votre plus tendre enfance.
L individu prit une longue et laborieuse inspiration, avant de reprendre :
- Vois tu, chère petite, j entrevois ta destinée à toi ainsi que celle de ton frère. Celle-ci n est que colère, honte et désespoir, mais si vous décidez de me servir, je vous promet un avenir glorieux, nimbé de richesse et de pouvoir, ainsi qu une vie éternelle...
Décidément, ce type ne plaisait pas du tout à Ulysse. Il sentait qu il était dangereux et que si ils le servaient, leur avenir serait bien tout sauf comme ce que leur en avait prédit l Empereur. Le garçon ne le sentait pas, un point c est tout, comme il se méfiait des brutes épaisses qui le regardaient avec un peu trop d insistance dans la cour de récréation. Ulysse avait l impression d être une proie acculée, faible et sans défense, face aux griffes acérées qu étaient les fausses promesses de l inconnu.
- Jamais nous ne vous servirons ! Lança alors sa soeur avec toute la volonté qu il lui restait.
- Mais tu n as pas le choix, chère petite. Vois-tu, j ai les moyens de vous y contraindre, toi et ton frère, même si je préfère éviter d y recourir.
Ulysse sentait que l homme était en train de perdre patience, jouer avec ces proies si nouvellement acquises commençait à l ennuyer.
Il faut qu on file, pensa le garçon.
Et comme si elle l avait entendu, Ariane lui adressa un regard, signifiant qu ils n avaient pas une minute à perdre. La fuite était quasiment impossible mais malheureusement, ils n avaient pas d autre plan. L Empereur, ayant sûrement deviné leur intention, lança un appel strident pour rameuter ses soldats.
- C est le moment ! Lança Ulysse à l adresse de sa soeur.
Et réagissant par un simple accord tacite, les jumeaux dévalèrent l estrade à toute vitesse, traversèrent la grande salle et se dirigèrent vers la porte qu ils avaient empruntée à l allé. Les hurlements de l Empereur et de ses soldats se faisaient de plus en plus ténus, le frère et la soeur commençant à les distancer. Ils parvinrent à franchir le premier couloir sans encombre ainsi que le deuxième, leurs pas foulant le sol de marbre avec toute la vigueur qu ils leur insufflaient. On peut y arriver... On peut arriver... Répéta en boucle le garçon espérant que ses simples paroles suffiraient à ce qu ils puissent en réchapper vivants. Ariane adressa un sourire à son jumeau, lui faisant comprendre qu ils devaient avoir parcouru une bonne moitié du chemin. La sortie ne se trouvait plus qu à quelques foulées, Ulysse en avait la certitude à présent. Mais une fois arrivés au dernier tournent, le frère et la soeur s arrêtèrent net, se rendant compte que trois bêtes féroces leur bloquaient le passage. Les créatures grognèrent leur yeux bleu glacier plongés dans ceux remplis d effroi de leurs futures victimes. Ulysse déglutit avec peine, ses mains commençant à trembler de manière incontrôlable. Il détailla alors les bêtes, son cerveau tournant à plein régime. A première vue, les animaux ressemblaient à des chiens d assez gros gabarit à l épais pelage argenté et tigré, mais il suffisait de poser le regard sur leurs queues pour se rendre compte que les similarités s arrêtaient là. En effet, les bêtes n avaient pas une queue, mais bien trois chacune, aussi touffues et épaisses que celles qu arboraient les renards. Leurs crocs faisaient au moins chacun la taille du majeur du garçon et leurs griffes, qui semblaient entièrement constituées de bronze, avaient l air de pouvoir déchiqueter n importe quoi. Les adversaires se toisèrent, un bref moment d accalmie permettant au vent de porter le son puissant des chausses des soldats battant le sol de marbre.
Soudain, le premier chien attaqua, prenant Ulysse pour cible. Mais au lieu d essayer de lacérer le jeune homme, la créature de contenta d arracher un bout de son t-shirt, à l aide de ses crocs aiguisés.
- Hé ! S exclama l adolescent, trop perturbé pour faire quoi que ce soit.
La bête montra ensuite son butin à ses congenénères, qu ils se mirent à renifler rapidement pour s imprégner de l odeur du garçon.
- C est étrange, pourquoi n attaquent ils pas ? Se demanda Ulysse, une main plaquée sur la partie nue de son torse.
- Ulysse, j entend les soldats qui se rapprochent ! Dépêchons nous de filer ! Lança tout à coup Ariane, en tirant son frère par le bras, manquant de peu de lui démettre l épaule.
Les jumeaux s empressèrent de traverser le dernier couloir en courant encore plus vite que pour n importe quel cours d EPS. Bizzarement, les chiens ne les suivaient pas, trop occupés à s imprégner du t-shirt déchiré du jeune homme. En revanche, les redoutables guerriers les pourchassaient toujours, ne se trouvant qu à quelques pas d eux. Le frère et la soeur accélérèrent encore la cadence, guidés par l énergie du désespoir, malgré la fatigue qui commençait à transparaître. Les juemaux aperçurent alors la grande porte, les rubis et saphirs qui l ornementaient éclairant le sol d une lueur surnaturelle. Celle qui mettrait fin à ce supplice insoutenable. Plus que quelques mètres et cet enfer serait enfin terminé.
- Allez Ariane, on y est presque ! L encouragea son frère, en reprenant son souffle.
Mais la jeune fille peinait à tenir le rythme, elle n avait jamais eu beaucoup d endurance. Ariane gémit, inspirant de l air avec difficulté lorsque soudain, elle trébucha.
- ARIANE ! Cria Ulysse.
Il se stoppa net pour aider sa jumelle. Mais c était déjà trop tard. En l espace d un seul instant, les soldats furent sur elle, brandissant leurs armes d un air menaçant.
- ARIANE ! S époumonna de nouveau le jeune homme, effondré.
La jeune fille le regarda alors avec tout l amour possible qu une soeur pouvait ressentir à l égard de son jumeau, des larmes éclatantes humidifiants ses iris bleutés.
- Non grand frère, sauve toi ! Ne te préocupe pas de moi, lui répondit la jeune fille, courageusement.
- Mais...
- Non Ulysse, fuis. S il te plaît, fais le pour moi !
Ariane peinait à retenir ses larmes. Un aboiement retentit soudain, signe que le temps pressait.
- SAUVE TOI ! Hurla t elle au désespoir, sa voix se transformant en sanglots.
Ulysse fit trois pas en arrière, le séparant de plus en plus de sa soeur. De sa meilleure amie. De la seule personne qui l aimait encore. Mais il se devait de lui obéir et de se montrer courageux. Pour lui. Pour elle. Le jeune homme, le coeur gros et rongé par la culpabilité, prit une grande inspiration et tourna les talons, ignorant les pleurs de sa jumelle. La distance se creusa immédiatement, un gouffre s ouvrant en lui comme le néant lui même. Ensuite, Ulysse fuit comme si sa vie en dépendait. ( Ce qui était effectivement le cas ).
- Je te retrouverais Ariane, je te le promet, lança t il alors dans le vent. Jamais je ne t abandonnerais, murmura le jeune homme, en laissant enfin les larmes brûlantes qu il tentait en vain de retenir lui maculer les joues.