Le conte des trois frères
Le samedi matin, trois jours après que Lily ait accepté la proposition de Momiji, quatre jeunes gens se tenaient devant l'appartement des Takumi. Lily se tenait devant la porte, la clé à la main, incapable de bouger tandis que derrière elle, Momiji, Haru et Yuki attendaient patiemment avec des cartons vides dans les bras.
« Lily-chan ? » murmura doucement Momiji. « On peut attendre dehors si tu préfères faire un tour seule d'abord… »
Elle secoua la tête et inspira profondément avant de répondre d'une voix qu'elle espérait stable :
« Non. Ça va. Entrons. »
Mais sa main tremblait en insérant la clé dans la serrure, trahissant son anxiété.
La porte s'ouvrit sur le silence, ce silence terrible qu'elle connaissait si bien maintenant, celui qui résonnait dans les pièces vides et les cœurs brisés. L'appartement était exactement comme elle l'avait laissé — vide, froid, hanté par les fantômes de ceux qu'elle avait perdus.
Lily fit un pas à l'intérieur et les souvenirs l'assaillirent immédiatement, défilant devant ses yeux comme un film qu'elle ne pouvait pas arrêter. Tsuyo riant dans le salon en se moquant gentiment d'elle, Kurai cuisinant dans la cuisine en goûtant sa sauce avec concentration, les trois frères enlacés sur le canapé regardant un film ensemble, Mikasa prenant des photos avec son sourire radieux qui illuminait toute la pièce. Puis vinrent les images terribles, celles qui hantaient ses nuits — le sang sur le sol, Tsuyo effondré après avoir été poignardé, les jambes de Kurai qui pendaient dans le vide.
« Lily ? »
La voix de Yuki la ramena doucement au présent, et elle cligna des yeux en réalisant qu'elle était figée au milieu du couloir, les mains tremblantes et le souffle court.
« Je… désolée. Ça va, » murmura-t-elle, mais ça n'allait pas du tout, et elle le savait.
« Prends ton temps, » dit gentiment Yuki avec cette politesse naturelle qui le caractérisait. « On n'est pas pressés. »
Lily hocha la tête et s'avança lentement dans le salon, sentant chaque pas comme une épreuve. Chaque coin de l'appartement portait un souvenir, chaque mur murmurait leurs noms, et elle avait l'impression de marcher dans un mausolée vivant. Momiji posa doucement les cartons près de l'entrée et s'approcha d'elle avec précaution, comme on s'approche d'un animal blessé.
« Par où veux-tu commencer ? » demanda-t-il.
Lily regarda autour d'elle, l'estomac noué par l'appréhension, avant de répondre d'une voix à peine audible :
« Les… les chambres. Tsuyo d'abord. »
Parce qu'elle devait le faire, parce qu'elle ne pouvait pas laisser leurs affaires ici pour toujours, parce qu'elle devait dire au revoir même si cela lui déchirait le cœur.
Quelques minutes plus tard, Lily se tenait devant la chambre de Tsuyo, une pièce dans laquelle elle n'était pas entrée depuis sa mort. Sa main se posa sur la poignée et resta là, hésitante, tandis que Momiji se tenait à ses côtés et proposait doucement :
« Tu veux que je vienne avec toi ? »
Elle secoua la tête en murmurant :
« Non. Je… je dois le faire seule. »
Puis elle poussa la porte d'un geste décidé avant de perdre courage.
La chambre était exactement comme Tsuyo l'avait laissée — son lit défait témoignait de son départ précipité ce matin-là, ses vêtements étaient éparpillés sur la chaise comme toujours, des magazines de sport traînaient encore sur le bureau, et son sweat à capuche rouge était accroché au mur. Celui qu'il portait toujours, celui dans lequel elle avait pleuré tant de fois, celui qui sentait encore son frère.
Lily s'approcha lentement et décrocha le sweat avec des gestes précautionneux, comme si elle manipulait quelque chose de sacré. Le tissu était doux sous ses doigts et portait encore l'odeur de Tsuyo — son déodorant, son shampoing, cette essence unique qui le définissait et qui maintenant n'existait plus que dans ses souvenirs et dans ce vêtement.
Les sanglots explosèrent sans prévenir, la submergeant comme une vague. Elle s'effondra sur le lit de Tsuyo, le sweat pressé contre son visage, pleurant comme elle n'avait pas pleuré depuis des jours. Les larmes coulaient sans retenue tandis qu'elle murmurait son nom encore et encore, comme une prière ou un reproche, peut-être les deux à la fois.
Momiji apparut dans l'encadrement de la porte mais ne dit rien, respectant sa douleur. Il s'assit simplement à côté d'elle et posa une main réconfortante sur son dos, une présence silencieuse et bienveillante qui lui rappelait qu'elle n'était pas complètement seule dans cette épreuve.
Lily pleura longtemps, versant toutes les larmes qu'elle avait retenues, pleurant pour Tsuyo qui ne rirait plus jamais, pour Tsuyo qui ne la taquinerait plus jamais, pour Tsuyo qui était parti trop tôt, trop violemment, trop injustement. Puis, finalement, quand elle n'eut plus de larmes à verser, elle se redressa lentement, essuya ses yeux rougis et commença à trier ses affaires avec des gestes mécaniques.
Qu'est-ce qu'on garde quand quelqu'un meurt ? se demanda-t-elle en contemplant les vêtements, les livres, les objets qui avaient composé la vie de son frère. Le sweat rouge — elle le gardait, sans aucun doute, c'était une évidence. Ses photos également, tous ces souvenirs figés sur papier glacé. Le bandana qu'il portait parfois quand il faisait du sport. Mais le reste… le reste pouvait partir.
« Pour les bonnes œuvres, » murmura-t-elle en remplissant un carton de vêtements soigneusement pliés. « Quelqu'un en aura besoin. »
Momiji l'aida en silence, respectant sa douleur et ne posant pas de questions, se contentant d'être là comme un soutien discret mais constant.
Quand le dernier carton fut rempli, Lily jeta un dernier regard à la chambre maintenant presque vide et murmura dans le silence :
« Au revoir, Tsuyo. Je t'aime. »
Puis elle ferma la porte doucement, comme on referme un chapitre de sa vie.
La chambre de Kurai fut encore plus difficile, beaucoup plus éprouvante que celle de Tsuyo. C'était là qu'il avait écrit sa lettre de suicide, là qu'il avait pris sa décision fatale, là que tout avait basculé dans l'irréparable. Lily s'arrêta sur le seuil, le souffle court, incapable de franchir cette frontière invisible qui séparait le couloir de cette pièce chargée de douleur.
« Je peux le faire pour toi, » proposa Yuki qui passait dans le couloir avec des cartons pleins, son visage exprimant une compassion sincère.
« Non, » souffla-t-elle en serrant les poings pour se donner du courage. « Je dois… je dois lui dire au revoir. »
Puis elle entra, forçant ses jambes à avancer malgré la terreur qui lui nouait l'estomac.
La chambre était impeccablement rangée, témoignant de la personnalité ordonnée et méticuleuse de Kurai qui avait toujours été ainsi — méthodique, organisé, chaque chose à sa place. Lily s'assit sur son lit, sentant le matelas s'affaisser légèrement sous son poids, et murmura à la chambre vide :
« Je suis désolée. Je suis tellement désolée de ne pas avoir été là, de ne pas t'avoir sauvé, de t'avoir laissé seul dans ta douleur. »
Mais seul le silence lui répondit, ce silence impitoyable et définitif.
Elle commença à emballer ses affaires avec des mains tremblantes et des larmes qui coulaient sans retenue. Les livres de Kurai, rangés par ordre alphabétique comme toujours, ses vêtements soigneusement pliés dans l'armoire, et son tablier de cuisine — ce tablier qu'il portait quand il cuisinait pour eux, ce tablier qui sentait encore les épices, la sauce soja, le curry qu'il préparait avec tant d'amour.
Lily le serra contre elle, respirant profondément cette odeur qui évoquait tant de souvenirs heureux. Kurai qui cuisinait pour eux, Kurai qui prenait soin d'eux avec une dévotion silencieuse, Kurai qui était parti parce qu'il ne supportait plus la douleur de vivre sans ceux qu'il aimait.
« Je te pardonne, » murmura-t-elle en serrant le tablier contre son cœur. « Je ne comprends pas pourquoi tu as fait ça, je ne comprendrai peut-être jamais, mais je te pardonne. »
Elle emballa le tablier avec précaution, comme un trésor précieux, puis continua méthodiquement avec le reste de ses affaires.
Quand ce fut terminé, elle resta assise sur le lit, regardant la chambre maintenant vide et froide, vidée de toute présence.
« Au revoir, Kurai, » souffla-t-elle dans le silence. « Repose en paix. J'espère que là où tu es, tu as retrouvé maman, Mikasa et Tsuyo. J'espère que tu n'as plus mal. »
Quand Lily retourna dans le salon quelques heures plus tard, épuisée émotionnellement et physiquement, elle se figea sur le seuil. L'appartement était complètement vide — les meubles étaient partis pendant qu'elle triait les chambres, emportés par Haru et Yuki vers les bonnes œuvres. Les photos avaient été décrochées des murs, laissant des rectangles plus clairs sur la peinture fanée, les rideaux avaient été enlevés, et il ne restait que les murs nus et le parquet rayé par des années de vie quotidienne.
C'était comme s'ils n'avaient jamais vécu ici, comme si Tsuyo, Kurai et elle n'avaient jamais existé, comme si toutes ces mois de rires et de larmes n'avaient été qu'une illusion. Lily fit lentement le tour du salon, ses pas résonnant dans le vide avec un écho sinistre. Là, c'était le canapé où ils s'asseyaient tous les trois, blottis les uns contre les autres pour regarder des films en mangeant du pop-corn. Là, la table où ils prenaient leurs repas ensemble, se chamaillant et riant comme le font tous les frères et sœurs. Là, l'endroit précis où Tsuyo était tombé après avoir été poignardé, où son sang s'était répandu sur le parquet qu'elle avait dû nettoyer avec des mains tremblantes.
Et là, au plafond, la poutre où Kurai s'était pendu. Lily leva les yeux vers cette marque sur le bois, légère et presque invisible mais terriblement présente, une cicatrice permanente qui resterait là même après qu'elle soit partie, même après que tout le monde ait oublié ce qui s'était passé ici.
« Lily ? » La voix de Momiji, inquiète, brisa le silence oppressant. Il se tenait dans l'encadrement de la porte, l'observant avec une sollicitude évidente. « Ça va ? »
« Je… » Sa voix se brisa avant qu'elle ne puisse continuer. « C'est fini. C'est vraiment fini. Ils sont vraiment partis et plus rien ne reste d'eux. »
Elle s'effondra, ses jambes ne la portant plus, et Momiji se précipita vers elle pour la rattraper avant qu'elle ne tombe.
« C'est vraiment fini, » sanglota-t-elle contre son épaule, s'accrochant à lui comme à une bouée de sauvetage. « Ils sont vraiment partis et je ne peux plus rien faire pour les ramener. »
« Je sais, » murmura-t-il en serrant fort ses mains, lui offrant cette chaleur humaine dont elle avait désespérément besoin. « Je sais et je suis tellement désolé. »
Ils restèrent ainsi au milieu du salon vide, enlacés dans leur douleur commune, pleurant ensemble pour ceux qui étaient partis. Puis Lily se redressa lentement, essuya ses yeux rougis et gonflés, et inspira profondément pour reprendre le contrôle de ses émotions.
« Allons-y. Il n'y a plus rien pour moi ici. Plus rien qui puisse me retenir. »
Elle jeta un dernier regard circulaire à l'appartement — ce lieu qui avait été leur foyer, leur refuge, leur monde entier pendant tant d'années. Tant de souvenirs étaient ancrés dans ces murs, tant de rires et de larmes, tant de moments partagés qui ne reviendraient jamais. Puis elle se retourna d'un mouvement décidé et sortit sans regarder en arrière, parce que si elle regardait en arrière, si elle laissait ne serait-ce qu'un instant le doute s'installer, elle ne pourrait pas partir.
Ils se rendirent ensuite au café où Lily travaillait, un petit établissement chaleureux niché dans une rue commerçante. Son patron — un homme d'une cinquantaine d'années au visage rond et bienveillant nommé M. Yamada — les accueillit avec un sourire soulagé qui illumina ses traits habituellement sérieux.
« Takumi-san ! J'ai appris que tu déménageais, » dit-il en s'essuyant les mains sur son tablier. « C'est une bonne nouvelle. »
« Oui, » répondit Lily en lui tendant sa nouvelle adresse soigneusement notée sur un papier. « Je voulais aussi vous demander… serait-il possible d'ajuster mon emploi du temps ? Je ne peux plus faire autant d'heures qu'avant… »
Elle s'attendait à une réaction négative, à des reproches ou au moins à de la déception, mais le patron sourit largement.
« Bien sûr que c'est possible ! Honnêtement, j'étais très inquiet pour toi ces dernières semaines. Tu travaillais beaucoup trop d'heures pour une lycéenne, ce n'est pas sain du tout. Combien d'heures voudrais-tu faire maintenant ? »
« Peut-être… quatre heures par jour, quatre jours par semaine ? » proposa-t-elle timidement, s'attendant encore à ce qu'il refuse.
« Parfait ! C'est beaucoup plus raisonnable. Je suis vraiment soulagé que tu aies trouvé un meilleur arrangement pour ta situation. Tu es une bonne employée et je veux que tu prennes soin de toi. »
Lily sentit un poids énorme se soulever de ses épaules, comme si quelqu'un avait retiré un sac de pierres qu'elle portait depuis des semaines.
« Merci… merci beaucoup pour votre compréhension… » murmura-t-elle, la voix chargée d'émotion.
Momiji lui serra discrètement la main sous le comptoir, un geste simple mais réconfortant qui lui rappelait qu'elle n'était pas seule dans cette transition difficile.
Puis ils allèrent voir le propriétaire de l'appartement, le vieil homme qui leur avait loué ce lieu pendant tous ces mois. M. Tanaka — aux cheveux blancs comme la neige et au dos légèrement voûté par l'âge — les accueillit dans son petit bureau encombré de papiers et de dossiers jaunis par le temps.
« Mademoiselle Takumi, » dit-il en prenant la lettre de préavis qu'elle lui tendait, la lisant attentivement par-dessus ses lunettes à monture dorée. « Je suis vraiment désolé pour vos frères. C'étaient de bons garçons, toujours polis, toujours à l'heure pour le loyer. Votre frère aîné m'aidait même parfois à porter mes courses quand il me croisait. »
Lily sentit les larmes monter à nouveau en entendant cette description de Tsuyo, ce rappel de sa gentillesse naturelle.
« Merci… c'est gentil de vous en souvenir, » murmura-t-elle d'une voix étranglée.
« Quand les lieux seront complètement vides, venez me voir pour l'état des lieux, » continua-t-il en posant la lettre sur son bureau. « Vous ne paierez que jusqu'à la fin de la semaine. Pas la totalité du mois comme le prévoit le contrat. »
Lily le regarda avec stupéfaction, incapable de croire ce qu'elle venait d'entendre.
« Vraiment ? Mais… le contrat dit clairement que… »
« Je sais parfaitement ce que dit le contrat, » l'interrompit-il gentiment avec un sourire paternel. « Mais vous avez déjà assez de problèmes sur les épaules, jeune fille. Je ne vais pas en rajouter avec des questions d'argent. Considérez ça comme… un dernier cadeau pour vos frères, en mémoire de leur gentillesse. »
Les larmes coulèrent librement sur les joues de Lily, des larmes de soulagement cette fois, pas seulement de douleur.
« Merci… merci infiniment… je ne sais vraiment pas comment vous remercier pour cette générosité… »
« Vivez bien, » dit-il simplement en lui tapotant la main avec affection. « C'est tout ce que je demande. Honorez leur mémoire en vivant une belle vie. »
Momiji lui serra la main discrètement, la soutenant tandis qu'elle pleurait de gratitude et de soulagement. C'étaient de petites choses, de petits gestes de bonté, mais ces petites choses faisaient toute la différence dans sa situation désespérée.
C'est avec des épaules sensiblement moins raides et un cœur un peu moins lourd qu'elle retourna à l'appartement pour emballer les derniers cartons — ceux contenant ses propres affaires personnelles, ses vêtements, ses livres, tout ce qui constituait sa vie à elle. Haru et Yuki avaient presque terminé leur travail pendant son absence, et les cartons étaient maintenant empilés soigneusement près de la porte, prêts à être transportés.
« Lily ? » appela doucement Hatsuharu en s'approchant d'elle. « Que comptes-tu faire des meubles qui restent encore ? Il y en a quelques-uns que nous n'avons pas pris. »
La jeune fille détailla les quelques objets qui n'avaient pas encore été emportés — une petite table basse, deux chaises dépareillées, quelques ustensiles de cuisine qui avaient connu des jours meilleurs.
« Je vais les vendre, » répondit-elle après un moment de réflexion. « L'argent me servira à payer les dernières factures qui restent. Quand notre père est parti, il a tout laissé derrière lui sans un regard en arrière. On avait récupéré ces meubles… mais je n'ai pas très envie de les garder maintenant. Ils ne représentent rien de bon pour moi. Si vous connaissez des personnes qui seraient intéressées ou si vous voulez quelque chose pour vous, n'hésitez surtout pas. »
« Tu devrais voir avec Momiji s'il y a des choses que vous pourriez prendre pour sa maison, » intervint Yuki en lui offrant un de ses doux sourires qui avaient le don de mettre les gens à l'aise. « L'électroménager, par exemple. Ça pourrait être utile. »
La Takumi entraîna donc le lapin dans la cuisine et commença à dresser une liste mentale de ce qui pourrait être utile. Mais il s'avéra rapidement que cette démarche était inutile — Momiji semblait être parfaitement équipé pour vivre seul et confortablement, sa maison ne manquant apparemment de rien.
« Je te remercie quand même d'avoir proposé, » dit-elle avec un petit sourire reconnaissant. « Au moins, je sais maintenant que je ne manquerai de rien chez toi et que je n'aurai pas besoin d'acheter quoi que ce soit. »
« Absolument ! » sourit Momiji avec son enthousiasme habituel. « On va vraiment bien s'amuser tous les deux ! Tu vas voir, ce sera super ! »
Lily hocha la tête, essayant sincèrement d'y croire malgré les doutes qui persistaient dans un coin de son esprit. Quand tout fut finalement emballé et prêt à partir, elle se tourna vers les trois cousins et s'inclina profondément devant eux en signe de respect et de gratitude.
« Je tiens vraiment à vous remercier du fond du cœur de m'avoir aidée à déménager aujourd'hui, » dit-elle avec émotion. « Sans vous, je n'aurais jamais pu faire tout ça seule. »
« Momiji peut être très convaincant quand il veut quelque chose… » répondit Haru avec un sourire en coin qui laissait entendre toute une histoire derrière ces mots.
Lily cligna des yeux, surprise et intriguée, et dévisagea le lapin pour avoir des explications sur ce commentaire mystérieux. Mais il ignora complètement son regard inquisiteur et s'extasia soudainement devant un nouveau sachet de bonbons colorés qu'il venait apparemment de découvrir dans sa poche, comme si c'était la chose la plus fascinante du monde.
La jeune fille décida de laisser tomber cette question pour le moment et se remit au travail, écoutant d'une oreille distraite Momiji parler de tout et de rien avec son énergie habituelle, tandis que Haru semblait taquiner Yuki sur quelque sujet apparemment embarrassant. Elle observa les deux cousins avec un sourire attendri, remarquant la complicité évidente qui les liait malgré leurs personnalités si différentes.
Le rat, remarquant qu'elle les observait, décida de la mêler à la conversation et lui posa plusieurs questions sur l'entretien qu'elle avait eu avec son employeur, questions auxquelles elle répondit avec un soulagement palpable dans la voix. Pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité, elle se sentait… presque normale, presque comme une adolescente ordinaire entourée d'amis.
La maison de Momiji était située au cœur du domaine Sohma, un vaste espace entouré d'arbres majestueux et de jardins traditionnels parfaitement entretenus qui respiraient la sérénité. C'était une maison japonaise traditionnelle authentique, avec des tatamis qui craquaient légèrement sous les pas, des portes coulissantes en papier de riz qui laissaient filtrer une lumière douce, et un petit jardin zen avec un bassin rempli de carpes koï aux couleurs chatoyantes.
« Voilà ! Nous y sommes ! » annonça joyeusement Momiji en ouvrant la porte d'entrée d'un geste théâtral. « Bienvenue chez toi, Lily ! »
Lily entra lentement, un carton dans les bras et le regard prudent de quelqu'un qui découvre un territoire inconnu. La maison était immense, beaucoup trop grande pour une seule personne, et elle se demanda comment Momiji ne se sentait pas perdu dans tout cet espace. Des couloirs s'étendaient dans plusieurs directions comme les branches d'un arbre, les plafonds étaient hauts et élégants, et tout était impeccablement propre et ordonné avec un soin méticuleux.
« Ta chambre est par ici, » dit Momiji en la guidant à travers un couloir dont les murs étaient ornés de peintures traditionnelles. « J'espère vraiment qu'elle te plaira. »
Il ouvrit une porte coulissante avec un mouvement fluide, révélant une chambre spacieuse et lumineuse. Une grande fenêtre donnait sur le jardin, offrant une vue paisible sur les arbres et le bassin. Un futon soigneusement plié attendait dans un coin, une armoire en bois sombre occupait un mur entier, un bureau simple mais élégant était placé près de la fenêtre, et une lampe en papier diffusait une lumière douce.
La chambre était plus grande que toute sa chambre dans l'ancien appartement, plus grande même que le salon où ils prenaient leurs repas tous ensemble.
« C'est… c'est vraiment magnifique, » murmura Lily en posant son carton, impressionnée malgré elle par la beauté sobre de la pièce.
« Je suis vraiment content qu'elle te plaise ! » sourit Momiji avec une joie sincère. « Installe-toi tranquillement, prends tout ton temps. Je vais nous préparer du thé bien chaud pour nous réchauffer. »
Il s'éclipsa en fermant doucement la porte derrière lui, la laissant seule avec ses pensées et ses cartons. Lily posa les boîtes qu'elle portait et s'assit lentement sur le futon, sentant la douceur du matelas sous elle. C'était étrange, vraiment étrange d'être dans un nouvel endroit, un lieu qui ne portait aucun de ses souvenirs. Sans Tsuyo pour la taquiner dès le réveil, sans Kurai pour préparer le petit-déjeuner en fredonnant doucement, seule avec Momiji qu'elle ne connaissait finalement que depuis quelques mois.
Elle se sentait… déplacée, comme un puzzle dont la pièce ne s'emboîte pas tout à fait. Comme si elle ne devrait pas être là, comme si elle avait abandonné ses frères en quittant l'appartement, comme si elle les trahissait en acceptant cette nouvelle vie. Les larmes coulèrent à nouveau, silencieuses et chaudes sur ses joues froides.
« Pardon, » murmura-t-elle au vide qui l'entourait, au silence qui résonnait dans cette nouvelle chambre. « Pardon de vous avoir laissés là-bas, seuls dans cet appartement vide. »
Mais elle n'avait pas eu le choix, n'est-ce pas ? Elle devait survivre, continuer à vivre, et c'est exactement ce qu'ils auraient voulu pour elle.
Les heures suivantes passèrent dans un brouillard d'activité mécanique. Lily déballa ses affaires méthodiquement, presque comme un automate, rangeant ses vêtements dans l'armoire en bois sombre, plaçant ses livres sur le bureau près de la fenêtre, disposant ses photos — ces images si précieuses de moments qui ne reviendraient jamais — sur l'étagère où elle pourrait les voir chaque jour.
Quand le dernier carton fut vidé et soigneusement plié, elle s'étira longuement et détailla sa nouvelle chambre avec un mélange d'émerveillement et d'incrédulité. Elle était toujours ébahie de vivre dans une telle maison, dans un tel espace. Cette pièce à elle seule était plus grande que sa précédente chambre, et toute la maison lui semblait si immense, presque démesurée, surtout en sachant que Momiji y vivait seul depuis des années.
Si elle avait bien compris ce que Momiji lui avait expliqué lors de leurs conversations, il faisait partie des membres « privilégiés » du clan Sohma parce qu'il était possédé par le signe du lapin, l'un des douze animaux du zodiaque chinois. Quelque part, elle n'avait pas vraiment l'impression que ce soit un avantage ou un privilège. Pour elle, cela ressemblait plutôt à un moyen détourné d'apaiser une culpabilité collective, comme si le clan essayait de se racheter en offrant des maisons luxueuses aux enfants maudits.
Elle soupira en pliant le dernier carton, chassant ces pensées sombres de son esprit. Des coups légers retentirent alors à sa porte, interrompant ses réflexions.
« Entre, » dit-elle en se retournant vers l'entrée.
Momiji passa la tête par l'ouverture, jetant un coup d'œil prudent dans la pièce avant d'entrer complètement. Il observa la chambre maintenant organisée avec satisfaction, admirant visiblement le travail qu'elle avait accompli.
« Tu es bien installée ? Tu as vraiment tout ce qu'il te faut ? Il ne manque rien ? » demanda-t-il avec cette sollicitude qui le caractérisait.
« C'est parfait, Momiji. Vraiment. Merci encore pour tout ce que tu fais pour moi, » répondit-elle avec sincérité.
« Si tu es prête et que tu as faim, le repas est préparé et nous attend, » dit-il avec un sourire. « Heureusement qu'on a pensé à ramener ce que tu avais dans ton frigo, car moi je n'avais vraiment plus grand-chose à part des bonbons ! » s'esclaffa-t-il avec cette innocence qui lui était propre.
Lily le suivit en silence à travers les couloirs de la maison, le laissant mener la conversation avec son babillage habituel, n'ajoutant que quelques mots de temps à autre pour le rassurer sur l'attention qu'elle portait à ses dires. Le repas fut simple mais savoureux — Momijiy avait préparé un riz frit avec les restes récupérés du frigo, y ajoutant quelques légumes et des œufs.
Quand ce fut terminé et que les assiettes furent vides, la jeune fille se leva naturellement pour faire la vaisselle et resta ahurie en regardant Momiji s'empiffrer consciencieusement d'un bol entier de guimauves en forme de nounours, comme si c'était un dessert parfaitement normal et équilibré.
« Tu vas vraiment te rendre malade si tu continues à manger autant de sucreries, » remarqua-t-elle avec un mélange d'amusement et d'inquiétude.
« Jamais de la vie ! » protesta-t-il avec véhémence, la bouche encore pleine de guimauves colorées. « Les bonbons ne rendent jamais malade ! »
Lily secoua la tête avec un soupir résigné, un sourire flottant malgré elle sur ses lèvres. Au moins, certaines choses ne changeaient jamais.
Ce soir-là, Momiji insista pour qu'ils regardent son anime préféré ensemble, un dessin animé étrange appelé Mogeta qu'il adorait visiblement. Lily s'installa donc sur le canapé confortable, une tasse de thé fumante à la main, et regarda l'écran de télévision sans vraiment voir ce qui s'y passait. Son esprit était ailleurs, perdu dans ses pensées, errant dans l'appartement vide qu'elle venait de quitter, auprès de ses frères disparus qui ne reviendraient jamais.
Mais la présence chaleureuse de Momiji à ses côtés, son rire spontané face aux péripéties du personnage principal, l'ancrait dans le présent et l'empêchait de sombrer complètement dans la mélancolie. Elle n'était pas seule, pas complètement, et c'était déjà quelque chose.
Cette nuit-là pourtant, Lily se réveilla en hurlant, arrachée à son sommeil par un cauchemar terrible. Les jambes de Kurai qui pendaient dans le vide, le sang de Tsuyo qui se répandait sur le sol, encore et encore, en boucle infernale. Elle se redressa brusquement dans le futon, trempée de sueur froide, tremblante de tous ses membres, désorientée et paniquée.
Où était-elle ? Cette pièce inconnue, ces murs étrangers… Ah oui, chez Momiji. Pas chez elle. Plus jamais chez elle. Des coups légers retentirent presque immédiatement à sa porte, comme si quelqu'un avait attendu, à l'affût.
« Lily ? » La voix inquiète de Momiji traversa le papier de riz. « Ça va ? Je t'ai entendue crier. »
Elle ne répondit pas, incapable de parler tant sa gorge était serrée par l'angoisse. La porte coulissa doucement et Momiji apparut dans l'encadrement, les yeux encore ensommeillés et les cheveux complètement en bataille, mais le visage marqué par l'inquiétude.
« Cauchemar ? » demanda-t-il doucement en s'approchant avec précaution.
Elle hocha la tête silencieusement, les larmes coulant sur ses joues sans qu'elle puisse les retenir. Il entra dans la chambre et s'assit à côté d'elle sur le futon sans dire un mot, respectant son besoin de silence.
« Je suis désolée de t'avoir réveillé… » souffla-t-elle finalement d'une voix brisée. « Je ne voulais pas te déranger. »
« Ne t'excuse jamais pour ça, » répondit-il fermement. « Tu veux en parler ou tu préfères que je reste juste là ? »
« Non, je ne veux pas en parler. Juste… reste un peu avec moi, s'il te plaît. Je ne veux pas être seule. »
« Aussi longtemps que tu voudras, » promit-il simplement.
Et il resta assis à côté d'elle dans le silence de la nuit jusqu'à ce qu'elle finisse par se rendormir, épuisée, veillant sur elle comme un gardien silencieux et bienveillant qui ne la laisserait pas affronter ses démons seule.
Le lundi matin arriva bien trop vite au goût de Lily, qui aurait préféré rester cachée dans sa chambre pour toujours. Elle enfila son uniforme scolaire avec des gestes mécaniques et lents, l'estomac noué d'appréhension à l'idée de retourner au lycée et d'affronter les regards, les questions, les murmures inévitables. Elle descendit pour le petit-déjeuner et trouva Momiji déjà habillé et rayonnant d'une énergie presque surhumaine.
« Bonjour Lily ! J'ai préparé des toasts avec de la confiture ! » annonça-t-il joyeusement, comme si c'était le plus beau jour du monde.
Lily sourit faiblement en s'asseyant à table, se demandant comment il pouvait être si joyeux et énergique dès le réveil alors qu'elle-même avait l'impression d'avoir été écrasée par un camion. Après le petit-déjeuner, ils enfilèrent leurs chaussures ensemble dans l'entrée.
« Prête pour cette nouvelle journée ? » demanda Momiji avec optimisme.
« Pas vraiment, non, » admit-elle honnêtement.
« Ça va bien se passer, tu verras. Je suis là avec toi, » dit-il en lui prenant la main avec assurance.
Ils sortirent ensemble et se dirigèrent vers le lycée à pied, profitant du temps clément. Dès qu'ils franchirent le portail de l'établissement scolaire, les murmures commencèrent immédiatement, se propageant comme une traînée de poudre.
« C'est elle… celle qui vit avec Sohma Momiji maintenant… »
« Ils vivent vraiment ensemble ? Comme un couple ? »
« Ça doit être sérieux alors s'ils habitent sous le même toit… »
« Je me demande depuis quand ça dure… »
Lily sentit son estomac se nouer douloureusement tandis que les regards se tournaient vers eux, curieux, envieux, parfois même hostiles.
Oh non, pensa-t-elle, c'était exactement ce qu'elle craignait.
« Ne les écoute pas, » murmura Momiji en serrant sa main un peu plus fort. « Ils ne savent rien de la situation réelle. Ils ne te connaissent pas. »
Mais c'était difficile, vraiment difficile de les ignorer quand leurs voix résonnaient tout autour d'eux. Les choses empirèrent considérablement quand Haru apparut soudainement devant eux avec son sourire narquois habituel, se déchaussant bruyamment dans l'entrée.
« Salut, les amoureux ! » lança-t-il assez fort pour que la moitié du couloir l'entende clairement. « Alors, comment se passe votre petite vie de couple ? C'est romantique de vivre ensemble ? »
Une véritable explosion de chuchotements suivit sa déclaration provocante, et Lily devint cramoisie en sentant tous les regards se braquer sur elle avec une intensité accrue, analysant chacun de ses gestes et de ses réactions.
« Haru ! » siffla-t-elle entre ses dents, complètement mortifiée par la situation.
Mais le bœuf se contentait de rire tranquillement, apparemment très satisfait du chaos qu'il venait de créer. Momiji s'esclaffa également, semblant totalement inconscient de l'embarras profond qu'il causait à Lily ou simplement s'en fichant complètement.
« Je crois que c'est vraiment la première fois que je te vois rougir autant ! C'est adorable ! Bonjour Haru ! » dit-il joyeusement. « C'est génial de vivre ensemble ! »
Les regards se tournèrent immédiatement vers Lily avec encore plus d'intensité, et elle put clairement distinguer les regards assassins de plusieurs filles qui la fusillaient du regard.
Oh non, oh non, oh non, pensa-t-elle avec désespoir.
Lily soupira profondément, résignée à son sort. Elle allait sûrement encore voir disparaître mystérieusement ses chaussures comme la dernière fois. Par mesure de précaution et de sécurité, elle récupéra rapidement ses souliers de l'armoire à chaussures et les fourra sans cérémonie dans son sac sous le rire amusé du bœuf qui observait la scène.
« Faudrait vraiment faire des courses pour remplir tes placards… » marmonna-t-elle en direction de Momiji. « Manger uniquement des bonbons et des sucreries ne te fera certainement pas grandir, tu sais. »
Ils se dirigèrent tous les trois vers leur salle de classe sous les cris de protestation véhémente du lapin qui ne voyait absolument pas, mais alors vraiment pas du tout, ce qu'il y avait de mal à avoir une cuisine remplie à quatre-vingt-dix pour cent de sucreries variées.
Les cours de la journée furent un véritable calvaire pour Lily, bien pire que tout ce qu'elle avait imaginé. Entre chaque période de cours, des groupes de filles venaient la voir avec des sourires faussement amicaux et des questions beaucoup trop personnelles.
« Alors, c'est vraiment vrai que tu vis avec Momiji-kun maintenant ? »
« Depuis exactement combien de temps vous sortez ensemble ? »
« Il est comment à la maison ? Est-ce qu'il est aussi mignon et gentil qu'à l'école ? »
« Vous partagez le même lit ou vous avez des chambres séparées ? »
Lily essaya d'expliquer patiemment — encore et encore, répétant les mêmes mots comme un disque rayé — que c'était un énorme malentendu, que Momiji l'hébergeait uniquement par gentillesse parce qu'elle traversait une période difficile, que ce n'était absolument PAS ce qu'elles pensaient ou imaginaient. Mais personne ne semblait la croire vraiment, ou alors elles ne voulaient simplement pas la croire parce que l'histoire romantique était tellement plus intéressante.
Certaines filles la regardaient avec une envie non dissimulée, d'autres avec une jalousie évidente qui se lisait clairement dans leurs yeux, et quelques-unes avec un mépris à peine voilé qui lui faisait mal au cœur.
« Elle a perdu ses deux frères en à peine deux semaines et elle est déjà passée à autre chose avec un nouveau petit ami ? » murmura l'une d'elles suffisamment fort pour que Lily entende distinctement chaque mot blessant. « C'est vraiment indécent comme comportement. »
Le coup frappa Lily directement au cœur, plus douloureusement qu'un coup physique. Elle baissa immédiatement les yeux sur son cahier de cours, les larmes brûlant dangereusement ses paupières et menaçant de déborder à tout moment.
« Ignore-les complètement, » murmura Momiji à côté d'elle en posant une main réconfortante sur son bras. « Elles ne savent absolument rien de ta situation. Elles ne te connaissent pas vraiment. »
Mais les mots faisaient mal quand même, terriblement mal, et elle ne pouvait pas simplement les effacer de son esprit. Beaucoup de filles étaient venues lui présenter leurs condoléances sincères pour la perte de ses frères — et Lily les remerciait chaleureusement et sincèrement pour leur gentillesse. Mais la plupart avaient cette lueur de curiosité malsaine dans les yeux, comme si elles voulaient des détails croustillants, des histoires dramatiques à raconter, du drame à partager avec leurs amies. Lily refusait catégoriquement de leur donner cette satisfaction morbide.
À l'heure du déjeuner, elle mangea dans la salle de classe en compagnie des deux cousins Sohma, ignorant férocement et délibérément les regards insistants et les chuchotements qui continuaient tout autour d'eux. Hatsuharu resta dîner avec eux ce soir-là chez Momiji, et ils firent leurs devoirs ensemble dans le salon confortable, créant une petite bulle de normalité dans le chaos.
La jeune fille se surprit à sourire beaucoup plus facilement avec eux à ses côtés, leur présence réchauffant quelque chose en elle qui était resté gelé depuis trop longtemps. Ils étaient chaleureux, doux, gentils, et leur compagnie apaisait progressivement son cœur meurtri et brisé.
Elle écouta leur conversation amicale tout en continuant à étudier ses mathématiques complexes, jusqu'à ce qu'elle se rende compte avec amusement qu'elle les avait totalement délaissées pour suivre avec attention un débat intense et passionné entre les deux cousins sur la ressemblance apparente entre une certaine Rin et elle-même. Elle reposa son crayon et dévisagea Haru avec curiosité, remarquant la manière dont son visage s'illuminait quand il parlait de cette mystérieuse personne.
« Qui est exactement Rin ? » demanda-t-elle finalement, sa curiosité piquée au vif. « Vous en parlez beaucoup. »
« C'est la petite amie de Haru, » répondit joyeusement Momiji en lui tendant avec générosité un nounours en guimauve qu'elle attrapa distraitement sans vraiment y penser. « Elle fait également partie de la famille Sohma. Elle est possédée par le signe du cheval, comme Haru est possédé par le bœuf. »
« J'espère vraiment la revoir très bientôt… » souffla Haru avec un air béat qui ne lui ressemblait pas du tout. « J'aimerais tellement que ses seins soient encore plus gros quand je la reverrai… »
La déclaration complètement inattendue et terriblement directe du bœuf fut si surprenante et si choquante que Lily se mit à rire spontanément — un vrai rire, franc et libérateur, qui venait du fond de son ventre. Elle était absolument persuadée que si cette fameuse Rin était présente dans la pièce en ce moment même, elle aurait sûrement été terriblement gênée et embarrassée, et qu'elle aurait très probablement frappé Haru pour son commentaire déplacé.
Momiji rit également de bon cœur, hochant la tête comme si c'était une observation parfaitement normale et acceptable, ce qui ne fit qu'amplifier l'hilarité de la situation.
Lily soupira doucement quand la porte d'entrée se referma finalement sur Haru quelques heures plus tard, le laissant rentrer chez lui dans la nuit tombante. Elle avait passé une journée longue et éprouvante, mais étonnamment bonne dans l'ensemble, bien meilleure qu'elle ne l'avait anticipé ce matin. Elle devrait vraiment remercier sincèrement les Sohma pour tout ce qu'ils faisaient pour elle, pour leur présence et leur soutien constants.
La jeune fille étouffa un bâillement derrière sa main et commença à ranger machinalement le salon, ramassant les tasses de thé vides qui traînaient, les assiettes sales, les cahiers éparpillés. Momiji attrapa soudainement son poignet avec une douceur inattendue et y plaça quelque chose de délicat.
Lily baissa les yeux et découvrit un fin bracelet de perles blanches, délicates et brillantes comme des gouttes de lune, qui ornait maintenant son poignet. Elle détailla le bijou pendant de longues secondes, admirant sa beauté simple, avant de jeter un regard interrogateur et curieux au lapin, ne comprenant pas vraiment ce geste soudain ni la signification de ce présent.
« Je voulais te l'offrir pour Noël, mais je n'ai vraiment pas eu l'occasion de le faire avec tout ce qui s'est passé, » expliqua-t-il avec ce sourire si chaleureux et sincère qui semblait être une constante chez lui. « Il te plaît ? J'espère qu'il te va bien. »
La jeune fille sourit largement, profondément touchée par cette attention inattendue et cette gentillesse gratuite.
« Il est absolument magnifique. Merci beaucoup, Momiji. C'est vraiment gentil de ta part. »
« Je suis vraiment content qu'il te plaise ! » dit-il avec une joie évidente.
« Pour te remercier, je te ferai ton gâteau favori ce week-end prochain, » promit-elle. « Dis-moi juste lequel tu préfères. »
Momiji rit avec enthousiasme et l'entraîna vers le canapé confortable du salon.
« Allez, viens maintenant ! C'est l'heure de Mogeta ! On ne peut pas manquer ça ! »
Ils s'installèrent confortablement côte à côte, et Lily regarda l'anime étrange avec un sourire qui se fit progressivement plus naturel. Pour la première fois depuis ce qui lui semblait être une éternité, elle se sentait… presque en paix, presque heureuse.
Le samedi matin suivant arriva baigné de soleil, étonnamment chaud et lumineux pour un mois de janvier habituellement glacial. Lily se réveilla progressivement, attirée hors de son sommeil par l'odeur alléchante d'un petit-déjeuner en train d'être préparé par Momiji — des crêpes apparemment, si elle identifiait correctement l'arôme sucré qui flottait dans l'air.
Le soleil brillait généreusement à travers la fenêtre de sa chambre, réchauffant agréablement la pièce et chassant le froid de la nuit. Tout ceci — le soleil, l'odeur des crêpes, la promesse d'une journée libre — avait amplement suffi à la rendre de très bonne humeur dès le réveil.
Elle avait une journée entière de libre devant elle et cela l'enchantait au plus haut point. Momiji devait partir rendre visite à son oncle Hatori dans l'après-midi pour un examen médical de routine, et elle en profiterait tranquillement pour faire un peu de ménage dans sa chambre et s'occuper de sa lessive qui s'accumulait dangereusement.
La cohabitation avec le lapin se déroulait à merveille jusqu'à présent, bien mieux qu'elle ne l'avait espéré, et cela la rassurait énormément sur sa décision d'accepter son offre. Après le petit-déjeuner copieux et délicieux, elle décida de prendre une longue douche bien chaude pour se détendre complètement.
Elle chantonna sous l'eau chaude qui coulait sur ses épaules, se relaxant véritablement pour la première fois depuis des semaines interminables. Avec un léger rire insouciant, elle éteignit finalement l'eau et s'enroula confortablement dans sa serviette moelleuse, tout en continuant de fredonner une mélodie sans vraiment y penser.
Elle se retourna vers la petite étagère près de la douche et tendit naturellement la main pour attraper ses vêtements propres qu'elle était certaine d'avoir préparés avant d'entrer. Mais sa main ne rencontra que le vide décevant, aucun tissu sous ses doigts.
Elle cligna des yeux avec confusion et eut un sourire triste et nostalgique en se souvenant immédiatement des innombrables moqueries affectueuses de Tsuyo face à cet oubli répété qui la caractérisait depuis toujours.
« Lily, un jour tu vas sortir complètement nue de la salle de bains et tu vas provoquer une crise cardiaque à quelqu'un ! » lui disait-il en riant.
« Tais-toi, Tsuyo ! Ce n'est arrivé qu'une fois ! » protestait-elle invariablement.
Elle secoua vigoureusement la tête pour chasser ces souvenirs douloureux, bien décidée à ne pas laisser sa bonne humeur matinale s'envoler à cause de la mélancolie. Elle sortirait juste rapidement de la salle de bains, traverserait le couloir en vitesse et récupérerait ses vêtements dans sa chambre. Momiji était probablement dans sa propre chambre en train de se préparer de toute façon, donc il n'y avait aucun risque de le croiser.
Alors que Lily traversait donc le couloir d'un pas rapide, emmitouflée dans sa serviette et fredonnant distraitement sa mélodie, la porte d'entrée principale de la maison s'ouvrit soudainement et brutalement, la faisant sursauter violemment.
« Lily ! Je suis rentré plus tôt que prévu ! J'ai complètement oublié mon portefeuille sur la table ! » annonça joyeusement Momiji en entrant dans la maison, commençant déjà à retirer son manteau tout en parlant.
Il leva les yeux et leurs regards se croisèrent dans ce qui sembla être un moment suspendu hors du temps. Lily, debout dans le couloir en simple serviette, les cheveux encore mouillés dégoulinant sur ses épaules nues, des gouttes d'eau traçant des chemins sur sa peau. Momiji, figé complètement dans l'entrée, son manteau à moitié enlevé, les yeux écarquillés par la surprise totale.
Le temps sembla s'arrêter pendant une fraction de seconde interminable, comme si l'univers entier retenait son souffle. Puis Lily hurla, un cri aigu de surprise et de panique qui résonna dans toute la maison.
Et la chaleur explosa soudainement dans ses veines avec une violence qu'elle n'avait jamais ressentie auparavant, brûlante et incontrôlable.
Non, non, non, pas maintenant, pas comme ça, pas devant lui, pensa-t-elle avec une panique grandissante.
Elle lutta désespérément pour garder le contrôle de son pouvoir — comme elle l'avait fait des centaines, peut-être des milliers de fois auparavant dans sa vie. Mais elle était fatiguée, tellement fatiguée, épuisée physiquement et émotionnellement, complètement à bout de forces. Et le pouvoir maudit était tellement plus fort qu'elle, tellement plus puissant, surtout quand elle était dans cet état de faiblesse.
Elle sentit la transformation commencer inexorablement — cette sensation absolument terrible et familière de son corps qui changeait de forme, qui se modifiait, qui rétrécissait rapidement sur lui-même.
« Non ! » cria-t-elle désespérément, mais c'était déjà beaucoup trop tard.
Puis, sur le sol de bois poli, là exactement où elle se tenait quelques secondes auparavant, ne se trouvait plus rien. Lily avait disparu.
Momiji écarquilla les yeux encore plus grands, sous le choc le plus complet.
« Lily… ? » murmura-t-il, incertain de ce qu'il venait exactement de voir.
REECRIT : 10/02/2026