Tome 1 : La Louve des Braises
Le sentier escarpé serpentait entre les rochers acérés du Conflans, s’élevant en lacets étroits qui semblaient s’accrocher à la montagne comme des doigts tremblants. Le vent giflait les visages, mordant la peau jusqu’à l’os, hurlant entre les falaises comme un animal affamé et invisible. Catelyn Stark avançait en tête, la cape battue par les rafales, le visage durci comme une pièce d’acier. La fatigue pesait sur ses épaules, mais la peur, plus sournoise, rongeait ses entrailles comme une lame lente. Derrière elle, Tyrion Lannister tentait tant bien que mal de tenir en selle, entravé mais droit, les yeux plissés contre la morsure du vent.
« Je dois admettre, Lady Stark, » lança-t-il entre deux bourrasques, « que si j’avais imaginé ma journée, ce charmant enlèvement n’était certainement pas sur la liste. La vue est splendide, certes… mais vos hommes manquent cruellement d’humour. Je plains vos soirées d’hiver. »
Catelyn ne répondit pas. Elle n’entendait presque plus sa voix, tant ses pensées étaient lourdes. La lettre de Lysa. Les mots tremblants. La certitude folle. Les Lannister ont tué Jon Arryn. Ils ont voulu tuer Bran. Puis le visage de sa sœur quand elle l’avait revue. Défait, fiévreux, perdu dans une paranoïa dévorante. Elle avait reconnu la panique… Mais aussi la démence. Et quelque chose s’était brisé en elle. Ce n’était pas la vérité qu’elle avait vue dans les yeux de Lysa. Ce n’était que la peur. Catelyn avait alors pris une décision silencieuse, brutale, impossible à expliquer. Elle ne monterait pas au Val. Elle ne livrerait pas Tyrion à la folie de sa sœur. Elle ramènerait le Lannister à Winterfell. Chez elle. Là où Robb, debout à la place de son père, pourrait l’aider à chercher la vérité au milieu des mensonges. Mais la montagne ne laisserait pas passer cette vérité si facilement. Le sol vibra faiblement. Puis un sifflement fendant l’air.
« À couvert ! » cria un garde.
Une pluie de flèches s’abattit sur eux comme une nuée noire. Les chevaux se cabrèrent, paniqués. Un homme fut touché à la gorge et bascula dans le vide, son cri se perdant au fond du ravin. Des silhouettes surgirent des parois rocheuses, glissant entre les pierres comme des prédateurs. Des brigands. Affamés. Désespérés. Alléchés par les promesses d’or que représentait un Lannister capturé.
« Protégez Lady Stark ! »
L’ordre éclata. Mais le chaos éclata plus fort encore. Catelyn dégaina, mais un homme la surprit par-derrière, une lame déjà levée pour lui fendre le crâne. Tyrion, toujours ligoté, pivota d’un geste maladroit, presque désespéré, et se jeta de côté, percutant l’assaillant de tout son poids. Ils roulèrent dans la neige. Le poignet du brigand dévia, et la lame n’érafla que le bras de Catelyn au lieu de sa gorge.
« Je refuse de mourir pour une erreur que je n’ai pas commise ! » gronda Tyrion en se débattant furieusement.
Catelyn attrapa une dague tombée au sol et frappa. Le combat fut court, brutal, incontrôlé. Le sang éclaboussa la neige, rouge vif sur le blanc pur. Les brigands, voyant qu’ils n’auraient pas leur prix, se dispersèrent dans les rochers, disparaissant comme des ombres qu’un souffle de vent efface. Puis le silence retomba. Un silence dur, épuisé. Catelyn tremblait de froid. Peut-être, d’effroi sans doute. Tyrion se releva, secouant la neige de ses vêtements, sa respiration courte et sifflante.
« Eh bien… » souffla-t-il, un sourire douloureux aux lèvres. « Il semble que nous ayons partagé plus qu’un trajet. Une attaque ratée renforce les liens, paraît-il. »
Catelyn le fixa longuement.
« Vous avez sauvé ma vie. »
« Non, Lady Stark. » Il secoua la tête. « J’ai sauvé la mienne. Et la vôtre… était, disons, attachée à la mienne. »
Malgré elle, un souffle de sourire lui échappa.
« Détachez-le. »
Ses hommes protestèrent aussitôt.
« Mais Lady ! C’est un Lannister ! Il pourrait s’enfuir ! »
« On ne peut pas... »
« Faites-le, » répéta Catelyn, sa voix claquant comme un ordre de Ned lui-même.
« Nous n’avons aucune chance de survivre à une autre attaque si nos bras sont liés par la peur. »
Les chaînes tombèrent dans la neige avec un tintement clair. Tyrion se massa les poignets, les yeux baissés. Mais quand il releva le regard, il était sérieux. Presque… respectueux.
« Merci. Je ne l’oublierai pas. »
Ils reprirent la route, plus silencieux, plus lourds, plus inquiets.
Le feu crépitait doucement, projetant des ombres vacillantes sur les visages fatigués. La nuit enveloppait la montagne d’un froid mordant. Tyrion s’assit près de Catelyn, tenant une tasse de bouillon entre ses mains gelées.
« Je vous dis la vérité, Lady Stark. »
Elle tourna légèrement la tête, méfiante.
« J’ai bien été à Winterfell, » dit-il calmement. « J’ai parlé à votre fils. À Bran. Et je lui ai laissé un schéma pour une selle adaptée… pour qu’il puisse monter malgré sa blessure. »
Catelyn se figea. Son cœur manqua un battement. Tyrion poursuivit, plus doucement encore :
« Je n’ai jamais voulu du mal à votre garçon. Je ne savais même pas qu’il existait avant de le voir immobile dans son lit. »
Le silence. Un long silence. Comme une neige qui tombait sur une vérité difficile à accepter. Catelyn finit par détourner le regard, la mâchoire tremblante.
« Si vos mots sont vrais… alors je dois découvrir ce qui est réellement arrivé. Pour Bran.
Le ciel se teinta d’un rose froid. La montagne sembla respirer lentement à travers la brume. Catelyn remonta en selle. Tyrion monta à sa suite, libre mais étroitement surveillé. Ils prirent la route du Nord. Vers Winterfell. Vers les Stark. Vers la vérité qui les attendait. Et Catelyn sentit, au plus profond d’elle-même, qu’elle avait fait le choix le plus difficile… mais le bon. Le Val n’aurait rien apporté. Rien que la folie. Rien que la peur. Mais Robb… Robb trouverait la lumière dans la neige.
À Winterfell, la lumière grise de l’après-midi filtrait à travers les hautes fenêtres, tirant sur la pièce des teintes froides et bleutées. Bran Stark était assis dans son fauteuil de bois, une table basse devant lui, recouverte d’une grande carte de Westeros. Les montagnes, les fleuves, les mers… tout s’étirait sous ses yeux comme un monde qu’il ne pourrait plus parcourir avec ses propres jambes. Mestre Luwin, penché au-dessus de lui, traçait du doigt les frontières du royaume.
« Les Andals ont traversé la mer par vagues successives, affrontant les Premiers Hommes et... Bran ? »
Le garçon ne répondit pas. Il fixait le Nord de la carte. Winterfell. Le Mur. Le vide entre les deux. Il finit par murmurer :
« Mestre Luwin… pourquoi mère n’est-elle pas encore revenue ? »
Sa voix était presque un souffle. Mais un souffle lourd de solitude. Un silence s’installa aussitôt. Mestre Luwin se redressa lentement, puis posa une main douce. Trop douce sur l’épaule frêle du garçon.
« Lady Catelyn fait ce qu’elle pense juste, » répondit-il. « Elle veut protéger vos frères. Vous protéger. Elle cherche à comprendre ce qui vous est arrivé. Elle vous aime plus que tout, Bran. »
Bran serra les dents. Son jeune visage se crispa.
« C’est difficile de le croire, » murmura-t-il, « quand elle n’est jamais là. »
Les mots étaient simples. Bruts. Vrais. Et ils frappèrent Luwin comme un coup de vent glacé. La porte s’ouvrit alors dans un claquement léger, laissant entrer Theon Greyjoy. Il s’avança, les bras croisés, l’insolence habituelle plaquée sur le visage comme une armure trop brillante.
« Tu finiras par t’y faire, Bran, » lança-t-il en fixant la carte. « Nos mères ne sont jamais là quand on en a vraiment besoin. »
Bran leva les yeux. Son regard, encore enfant, était pourtant aiguisé par une nouvelle lucidité douloureuse.
« Tu n’as pas l’air de t’en être remis, » répliqua-t-il.
La phrase tomba comme une pierre dans un puits. Theon, pris de court, eut un léger mouvement de recul. Son sourire vacilla. Une ombre, discrète mais profonde, passa dans ses yeux. Un éclat de chaînes invisibles, de solitude qu’il portait comme une seconde peau. Mestre Luwin posa une main apaisante sur l’accoudoir du fauteuil de Bran.
« Ce n’est pas le moment de... »
Theon leva une main pour l’interrompre, mais pas avec l’arrogance habituelle. Avec quelque chose de plus… fatigué.
« Laisse, Mestre. Le petit Stark voit clair. Plus que la plupart. »
Il tourna les talons, son pas soudain plus lourd, comme si Bran avait fissuré quelque chose en lui. Plus tard, dans le silence d’une chambre oubliée du château, Ros glissa ses doigts dans les cheveux de Theon. Il ne parlait pas. Il ne souriait plus. Il n’était plus le garçon sûr de lui, insolent, moqueur. Juste un jeune homme perdu, cherchant dans la chaleur d’un autre corps un refuge contre ses propres démons. Ros posa une main sur sa joue.
« Tu ne vaux pas moins qu’un Stark, Theon Greyjoy. »
Il ferma les yeux très fort. Comme si le croire lui faisait mal. Comme s’il redoutait que ce soit un mensonge. Au-dehors, Winterfell était plongé dans la quiétude glaciale du soir. Mais chaque âme entre ses murs. Bran, Theon, Elya, Robb. Portait ses propres fractures. Et bientôt, aucune ne serait plus ignorée.
Pendant ce temps, Eddard Stark avançait d’un pas lourd dans les couloirs labyrinthiques du Donjon Rouge, guidé par la silhouette glissante de Varys. Leurs pas résonnaient sur la pierre polie comme un murmure funèbre. L’air y semblait plus froid qu’ailleurs, saturé d’intrigues, de secrets, de mensonges accumulés au fil des rois morts. Varys parlait bas, trop bas, comme si les murs eux-mêmes avaient des oreilles.
« Jon Arryn n’est pas mort de maladie, » souffla-t-il.
La phrase flotta dans l’air comme un poison. Ned s’immobilisa net.
« Alors comment ? »
Le maître des chuchoteurs inclina lentement la tête, ses yeux pâles brillants comme ceux d’une araignée en pleine toile.
« Il a été… aidé. Par un poison très subtil. Sans douleur. Sans trace. Un poison venu des larmes de Lys. »
Ned sentit sa gorge se serrer.
« Par qui ? » demanda-t-il d’une voix plus dure qu’il ne l’aurait cru.
Varys se rapprocha d’un pas, presque compatissant, presque tendre, à sa manière tordue.
« Par ceux qui craignaient les questions de Lord Arryn. Et surtout… les réponses qu’il trouvait. »
Il fit glisser ses doigts pâles le long d’une tapisserie représentant Aegon le Conquérant.
« Il cherchait à comprendre pourquoi les enfants d’une même maison… ne se ressemblent pas toujours. Pourquoi certains portent un sang… plus fort que d’autres. »
Ned sentit son cœur cogner dans sa poitrine. Un battement lourd. Sourd. Comme un marteau frappant l’enclume de son propre destin. Les mots de Varys continuaient de tourner dans l’air, légers comme du poison invisible : le sang plus fort que les autres… les enfants qui ne se ressemblent pas… Et soudain, tout s’assembla. Il revoyait Joffrey. Ses cheveux d’or. Son teint clair. Son visage altièrement Lannister. Puis Tommen. Rond, doux, façonné comme un petit lion blond. Et Myrcella. Pure, lumineuse, avec le même sourire que sa mère. Puis Gendry. Il revit l’apprenti de la forge. Les cheveux noirs. Les yeux sombres. La mâchoire de Robert. Le sang Baratheon… criant dans chaque trait. Les souvenirs s’entrechoquèrent dans sa tête. Robert, jeune, fort, les cheveux noirs comme la nuit. Même Stannis. Même Renly. Même la lignée entière de leur maison, peinte dans les livres comme un étendard : Cheveux noirs. Toujours noirs. Depuis des siècles. La vérité bondit alors sur Ned comme un loup jaillissant de l’ombre. Joffrey n’avait rien d’un Baratheon. Rien. Pas un seul fil de son sang. Et Tommen. Et Myrcella. Ned agrippa le bord de la table derrière lui, comme si le monde venait de glisser sous ses pieds. Son souffle se fit court. La salle semblait tourner. Les murs du Donjon Rouge se resserrèrent. Le silence, soudain, devint un glas. Il n’avait besoin de personne pour lui confirmer. La vérité était là. Incontestable. Implacable. Ses doigts se crispèrent. Mais l’aveu. Cette vérité monstrueuse, fracassante, lourde de sang et de mort resta prisonnier de sa gorge. Impossible à prononcer. Impossible à ignorer. Impossible à fuir. Ned Stark ferma brièvement les yeux. Tout s’éclairait. Et tout s’effondrait.
Dans les sous-sols du château, là où l’air sentait la poussière ancienne et la pierre humide, Arya Stark glissait entre les colonnes et les tonneaux comme une ombre. Elle avait poursuivi un chat. Un gros matou gris aux yeux jaunes, vif comme une flèche. Elle voulait l’attraper, montrer qu’elle en était capable, prouver qu’elle pouvait être rapide, rusée, silencieuse. Mais quelque chose avait mal tourné. Elle avait voulu le suivre. Elle avait suivi trop loin. Très vite, elle perdit le chat. Puis la direction. Puis la lumière. Le Donjon Rouge s’étirait sous ses pieds comme un labyrinthe vivant. Les murs semblaient respirer. Les couloirs s’allongeaient derrière elle comme des serpents. Les portes déformées par les torches ressemblaient à des bouches. Arya ralentit. Elle n’était pas seulement perdue. Elle était… ailleurs. Là où les enfants ne devaient jamais mettre les pieds. Elle chercha une sortie. Chercha un escalier. Chercha la moindre trace d’air frais. C’est alors qu’elle les entendit. Des voix. Deux. Douces, basses, dangereuses. Arya se figea immédiatement, son petit corps tendu comme un arc. Elle s’accroupit, se glissa derrière un pilier, et retint son souffle. Les voix approchaient. Varys. Elle le reconnut immédiatement. La manière qu’il avait de faire glisser chaque mot comme une soie glacée. Et un autre homme… qu’elle ne connaissait pas. Un homme massif, vêtu de riches étoffes, la barbe noire soigneusement taillée. Les doigts lourds d’anneaux scintillants dans la pénombre. Illyrio Mopatis. Un nom qu’Arya ne connaissait pas.
« Les Dothraki bougeront bientôt, » dit l’homme à la barbe, sa voix grondant presque. « Le prince Viserys est impatient. Trop, peut-être. Mais la Khaleesi… elle commence à gagner leur respect. À les unir. »
Varys poussa un petit soupir, presque délicat.
« Alors il faudra hâter les choses. La guerre doit venir. Les royaumes doivent s’agiter, se fissurer. Sinon… tout ce que nous avons tissé tombera en poussière. »
Arya sentit un frisson courir le long de sa colonne vertébrale. Guerre. Ce mot, elle le comprenait. Peut-être pas les noms. Peut-être pas les jeux de pouvoir. Mais ce mot-là. Ce mot-là fit battre son cœur plus vite, plus fort, comme si quelqu’un avait serré ses petites côtes de l’intérieur. Elle porta une main à sa bouche. Un geste minuscule. Instinctif. Pour empêcher un cri, un souffle, un bruit. Varys continua, sa voix douce comme un couteau de velours :
« Bientôt, les lions, les loups, les cerfs… tous danseront dans le sang. Les rois tomberont. Les enfants pleureront. Et nous… nous serons prêts. »
Illyrio hocha la tête, ses bagues brillant dans la pénombre comme les yeux d’un prédateur.
« Alors que les vents changent, vieil ami. »
Arya ne comprenait pas tout. Mais elle comprit l’essentiel. Quelque chose de terrible se préparait. Quelque chose qui dépasserait son père. Quelque chose qui dépasserait le royaume. Quelque chose qui la dépasserait, elle. Elle était entrée dans un monde où les secrets avaient la forme de poignards, où les murs écoutaient, où les mots pouvaient tuer plus sûrement qu’une lame. Un monde où l’enfance… n’avait plus sa place. Arya recula très lentement, le cœur battant fort, trop fort. Elle devait sortir d’ici. Elle devait prévenir quelqu’un. Elle devait... Un rat passa près de son pied et elle sursauta. Les voix se turent. Puis Varys murmura, d’un ton soudain tranchant :
« Nous ne sommes pas seuls. »
Arya s’enfuit. Sans réfléchir. Sans se retourner. Et tandis qu’elle disparaissait dans le ventre du château, un fil invisible venait de se tendre entre les ombres, entre le Nord et Essos, entre un roi et un trône… un fil qui allait tirer tout Westeros dans la guerre.
Au Conseil restreint, la tension monta comme une tempête prête à fracasser les murs. Les bougies tremblaient sous les rafales de voix, et l’air semblait devenir trop mince pour contenir la colère du roi. Robert Baratheon, rouge de vin et de rage, claqua son poing sur la table si fort que les gobelets sautèrent. Un pichet se renversa, le vin se répandant comme du sang frais sur le bois.
« Cette fille Targaryen doit mourir ! » tonna-t-il. « Avant qu’elle ne donne naissance à un fils ! Avant que ces maudits Dothraki ne traversent la mer pour mettre le feu à nos maisons ! »
Silence. Puis Ned Stark répondit, d’une voix basse mais vibrante, comme une lame prête à se briser.
« Elle n’est qu’une enfant. Une jeune fille terrorisée de l’autre côté du monde. Vous voulez faire tuer une innocente parce que vous rêvez encore des démons de votre passé ? »
Robert se retourna vers lui, les yeux flamboyants. Non d’alcool, mais d’une peur ancienne, celle qu’il n’avouait jamais.
« Elle porte le sang du dragon ! » rugit-il. « Elle… et l’enfant qu’elle attend ! Si je dois trancher mille dragons dans le ventre de leurs mères pour protéger mon royaume, je le ferai ! »
Les mots tombèrent comme un coup de hache. Varys baissa les yeux, Renly ouvrit la bouche sans oser parler, et Littlefinger observa la scène avec un amusement glacé. Ned sentit un souffle de dégoût lui traverser la poitrine. Pas seulement pour la décision. Pour l’homme devant lui. Pour ce qu’était devenu son ami. Il se leva lentement. La chaise racla le sol dans un bruit sec, tranchant comme une sentence.
« Je ne serai jamais complice d’un meurtre, Majesté. Ni aujourd’hui. Ni demain. Ni jamais. »
Il retira l’insigne de Main de sa poitrine. Le métal froid sembla brûler ses doigts. Il le posa devant Robert. Le tintement résonna longtemps, trop longtemps, dans la salle silencieuse. Comme un glas. Robert resta un instant interdit, les lèvres entrouvertes, frappé au cœur non par la rébellion… mais par la perte. Ned inclina la tête.
« Je sers le royaume. Pas votre vengeance. »
Puis il tourna le dos, sa cape sombre fendant l’air comme une aile d’ombre. Il quitta la salle sans un regard en arrière. Derrière lui, Robert hurla quelque chose, une insulte mêlée de douleur, mais Ned ne ralentit pas. Son pas était ferme. Son cœur, lourd. Son honneur, intact. Dans le couloir, les torches vacillèrent au passage du vent. Et quelque part, dans ce Donjon Rouge où les secrets filtraient à travers les murs comme du poison… l’avenir de Westeros venait de basculer.
Au-dessus de la capitale, les ombres s’allongeaient comme des doigts ennemis, glissant sur les toits, les tours, les pavés brûlants de Port-Réal. Le crépuscule recouvrait la ville d’un manteau pourpre, sourd, inquiétant. Le vent changea. Un souffle nouveau, presque imperceptible, serpenta entre les ruelles, fit frémir les bannières, fit vaciller les torches. Il portait avec lui quelque chose d’indéfinissable : un parfum de fer, de sang, d’orage contenu. La ville entière sembla tressaillir. Écouter. Craindre. Dans les cours du Donjon Rouge, les soldats parlèrent plus bas. Dans les cuisines, les servantes cessèrent un instant de s’agiter, les yeux levés vers les fenêtres. Même les chiens, dans les ruelles, levèrent la tête, les oreilles dressées vers un ciel qui leur semblait soudain trop lourd. Au sommet des remparts, un garde murmura :
« On dirait que… quelque chose approche. »
Personne ne répondit. Dans le cœur de Port-Réal, les pierres elles-mêmes retenaient leur souffle, comme si le vieux dragon endormi sous la cité avait ouvert un œil. Comme si les dieux, les anciens comme les nouveaux, savaient déjà ce que les hommes ignoraient encore. Ce soir-là, sans qu’aucun cor ne sonne, sans qu’aucune lame ne s’entrechoque… la chute d’une grande maison commençait à écrire sa première ligne. Une chute faite d’honneur, de secrets, de mensonges… Une chute silencieuse, invisible, mais inévitable. Et dans la nuit naissante, tandis que Port-Réal se noyait dans l’ombre pourpre… la maison Stark, loin au Nord, venait de se trouver une ennemie plus dangereuse que la neige et que le froid. La capitale elle-même.
Dans les couloirs de Port-Réal, la chaleur semblait oppressante, poisseuse, comme si l’air lui-même voulait retenir Ned Stark en arrière. Pourtant, il avançait. D’un pas ferme. D’un pas qui ne tremblait jamais. Sa main se refermait par moments sur le pommeau de Glace, simple réflexe de guerrier perdu parmi les vipères. Jory Cassel ouvrait la marche, tendu, l’œil aux aguets. Deux gardes Stark suivaient, silhouettes droites dans cette ville qui n’aimait ni la droiture ni la neige. Et devant eux… Littlefinger. Souple. Insaisissable. Avec toujours ce sourire qui n’atteignait jamais les yeux.
« Vous allez apprécier ce détour, Lord Stark, » glissa Baelish en bifurquant dans une ruelle trop étroite pour être honnête. « Jon Arryn passait souvent par ici, vous savez. Il avait… disons… des questions. »
Ned ne répondit pas. Son silence valait méfiance. Et Baelish adorait ça. Ils débouchèrent devant une maison close élégante, presque luxueuse, dont les lanternes teintaient l’entrée d’une lumière ambrée. Rien à voir avec les bouges du Port. Littlefinger fit un geste théâtral.
« Après vous. »
L’intérieur sentait le jasmin, le vin doux et la soie. Des tentures rouges coulaient le long des murs, les rires et les murmures flottant comme des parfums. Ce n’était pas un lieu de débauche, mais un lieu de secrets. Une femme vêtue de soie rouge s’avança, courba légèrement la tête.
« Il est ici. »
Elle les mena vers une petite pièce fermée par un rideau. Quand elle le tira… Un enfant apparut. Assis sur un tabouret, les mains noires de charbon, le visage taché de poussière. Des yeux bleus très clairs. Des traits… familiers. Ned sentit son souffle se suspendre. Il n’avait pas besoin de poser la question. Il n’avait pas besoin de demander le nom de la mère, ni celui du père. Tout était dans ce visage. Dans cette mâchoire, dans ces yeux, dans cette allure. Un autre bâtard. Un autre fils de Robert. Baelish observa la réaction de Ned avec un plaisir malsain.
« Jon Arryn venait souvent ici. Pour lui. Pas pour… les services habituels. »
« Pourquoi ? » demanda Ned, la voix plus rauque que prévu.
La tenancière s’approcha, posant une main protectrice sur l’épaule du garçon.
« Parce qu’il voulait comprendre, » dit-elle doucement. « Il répétait toujours la même chose… que le sang des Baratheon était fort. Toujours noir de jais. Toujours. »
Les mots s’enfoncèrent dans Ned comme des épines. Noirs… Pas dorés. Jamais dorés. Sa respiration se fit plus lente. Plus lourde.
« Et que disait-il exactement ? » murmura Ned.
La femme baissa les yeux.
« Il disait… qu’un enfant ne ment jamais. Que les dieux mettent parfois la vérité là où personne ne la regarde. »
Littlefinger sourit, charmant comme un couteau poli.
« Vous commencez à comprendre ce que Jon Arryn cherchait. Ce qu’il a trouvé. Et pourquoi il est mort. »
Une vérité capable de détruire un royaume. Une vérité pour laquelle on avait tué Jon Arryn. Et pour laquelle, peut-être, on tuerait encore. Peut-être même… bientôt.
Lorsque Ned quitta la maison close, l’air extérieur lui frappa le visage comme une gifle brûlante. Port-Réal grondait autour de lui : clameurs, roues grinçantes, cris marchands… mais tout semblait lointain, étouffé, noyé sous le poids de ce qu’il venait de comprendre. Jory Cassel parlait encore, inquiet.
« My lord ? Vous allez bien ? Vous êtes pâle comme... »
Il s’interrompit net. Des sabots résonnaient sur les pavés. Une colonne de cavaliers surgit au coin de la rue… armure écarlate, capes carmin, lions d’or brodés sur les plastrons. La Garde Lannister. Au centre du groupe, un capitaine aux cheveux coupés courts fit avancer son cheval d’un pas, le regard dur, glacé.
« Lord Stark. Sa Majesté la reine exige que vous cessiez immédiatement de cacher Tyrion Lannister. Et que vous nous suiviez pour répondre à ses accusations. »
Ned sentit la colère monter, lente et froide.
« Je ne cache personne. Et vous n’avez aucune autorité sur moi. »
Le capitaine sourit, un sourire mince.
« C’est ce que nous pensions que vous diriez. Sa Majesté a ordonné… de vous convaincre. »
Jory posa la main sur la garde de son épée.
« Touchez-le et je vous ouvre la gorge. »
Un murmure parcourut les rangs des lions.
« Pathétique, » grogna un soldat. « Ils sont trois. »
« Ils ne seront pas trois longtemps, » répondit un autre.
Ned fit un pas en avant, Glace encore au fourreau.
« Reculez, Jory. Ces hommes ne viennent pas discuter. »
Comme pour lui donner raison, le capitaine leva la main… et la rue explosa de violence. Les Lannister fondirent sur eux comme une marée rouge. Un raz-de-marée d’acier, de colère et de lions peints sur des boucliers. Le premier garde Stark n’eut même pas le temps de comprendre. Une épée surgit dans son angle de vision, un trait de lumière, et lui ouvrit la gorge d’un côté à l’autre. Le sang jaillit en une gerbe chaude, éclaboussant les pavés, les murs, les bottes des assaillants. Il s’effondra comme une poupée de chiffon.
« Jory ! » cria Ned, la voix brisée.
Jory Cassel para un coup si violent que l’impact fit vibrer sa lame jusqu’à son épaule. Il tourna sur lui-même, esquiva, contre-attaqua. Son premier adversaire reçut un coup en pleine tempe : le casque se déforma, l’homme tomba comme un sac sans un cri. Le second reçut un coup dans la gorge ; Jory retira sa lame dans un gargouillis humide. Mais les lions étaient trop nombreux. Ils encerclaient, piétinaient, hurlaient. Un soldat Lannister surgit dans le dos de Jory. Rapide, précis. La lame courte entra sous ses côtes, s’enfonça profondément. Un bruit sourd, presque étouffé. Jory émit un souffle étranglé, une bouffée de sang sur les lèvres. Il se tourna, vacillant… juste à temps pour voir le capitaine Lannister lui planter sa longue épée droit dans le cœur. La pointe ressortit dans son dos, rouge sombre. Les yeux de Jory s’écarquillèrent avant de s’éteindre. Le capitaine le poussa du bout du pied pour dégager sa lame, et le corps s’effondra dans une mare de sang, les doigts crispés.
« Jory ! » hurla Ned dans un rugissement de douleur.
Il dégaina Glace. La grande épée décrivit un arc immense, presque lumineux. Le vent qu’elle déplaçait sifflait comme un cri. Ned frappa avec toute la rage d’un ami qui assiste à un meurtre. Son premier coup fendit un homme en deux presque jusqu’à l’épaule. Le second coupa net un casque et la tête qu’il protégeait. Le sang éclaboussait Glace, les murs, son visage. La rue résonnait d’épées qui s’entrechoquaient, de hurlements, de gargouillis, de bottes glissant sur les pavés trempés de rouge. Mais les assaillants affluaient encore. Toujours plus. Un soldat contourna Ned. Il vit l’ouverture. La lance transperça la cuisse de Ned dans un bruit de chair déchirée. La douleur fut instantanée, blanche, aveuglante. Ned hurla, tomba à genoux, Glace faillit lui échapper.
« Ne le tuez pas ! » aboya le capitaine. « La reine veut qu’il parle ! »
Le soldat arracha la lance de la chair d’un coup sec. Une pluie de sang suivit le mouvement, chaude, abondante, tapissant le sol. Ned s’effondra sur le côté, la jambe incapable de le porter. Chaque battement de son cœur envoyait un autre jet rouge sur les pavés. Le capitaine descendit de cheval. Il s’accroupit lentement devant Ned, comme s’il inspectait une bête blessée. Son visage était calme. Trop calme.
« Lady Cersei vous conseille vivement de rendre son frère, » dit-il d’une voix posée.
Il pencha légèrement la tête.
« Elle dit… »
Un sourire mince lui coupa le visage.
« … qu’elle n’a plus aucune patience pour les Stark. »
Il se releva, essuya sa lame sur la tunique d’un Stark agonisant.
« Dites à votre dame : si Tyrion n’est pas ramené… la prochaine fois, ce ne sera pas votre jambe. Ce sera votre tête. »
Il remonta en selle.
« En avant. »
Les sabots claquèrent. Les lions quittèrent la rue dans un tourbillon rouge, laissant derrière eux les cadavres, les cris mourants… et Ned Stark, étendu dans sa mare de sang. Jory gisait immobile non loin de lui, les yeux ouverts vers le ciel qu’il ne verrait plus jamais. Un garde Stark survivant cria :
« À l’aide ! Vite ! »
Ned tenta de se relever. En vain. Sa jambe refusa de répondre. Le monde vacilla.
« Catelyn… » murmura-t-il, presque dans un souffle.
Port-Réal tournait autour de lui comme un serpent affamé. Les Lannister venaient de déclarer la guerre. Sans un mot. Sans un décret. Juste du sang. Beaucoup de sang.
À Winterfell, la neige tombait depuis des heures, recouvrant la cour d’un manteau blanc qui avalait les sons et les souffles. Elya ajusta la lanière de sa dague sur sa cuisse, vérifiant d’un geste automatique qu’elle ne glisserait pas. Ses deux épées courbées restaient dans sa chambre : ce n’était qu’une balade, pas une patrouille. Bran l’attendait déjà près des écuries, installé sur son poney grâce à la nouvelle selle conçue à partir des plans laissés par Tyrion. Il trépignait presque d’impatience. Robb arriva, les bras croisés, un sourire vint éclairer son visage lorsqu’il posa les yeux sur eux.
« Alors, première balade avec cette selle ? »
« Oui ! » répondit Bran, les yeux brillants. « Mestre Luwin dit que je peux essayer sur un parcours simple. »
Elya hocha la tête, souriante. Robb leur tendit les rênes, puis posa une main sur l’encolure du cheval d’Elya.
« Faites attention à vous. Et… profitez. »
Ses yeux rencontrèrent ceux d’Elya une seconde de trop. Elle détourna le regard en rougissant légèrement, ce qui fit sourire Robb sans qu’il ne puisse se retenir.
« On sera prudents », assura Elya.
Ils mirent pied à l’étrier et partirent au trot. La neige crissait sous les sabots. Bran riait, grisé par la vitesse qu’il retrouvait enfin.
« Tu peux aller plus vite, Elya ! Je te suis ! »
« Très bien », lança-t-elle, malicieuse. « Mais ne viens pas te plaindre si tu perds ! »
Elle lança son cheval au galop. Bran éclata de rire, poussa son poney en avant, et les deux silhouettes sombres filèrent à travers la cour, puis sous les arches de pierre, jusqu’à s’enfoncer dans le bois sacré. Le barral se dressait là, immobile, majestueux, ses branches saupoudrées de neige, ses yeux rouges étincelant comme deux braises dans la pénombre du soir. Bran tira légèrement sur les rênes, ralentissant. « Je veux… je veux le voir de près. »
Elya descendit de cheval, venant l’aider à stabiliser sa monture. Mais à peine Bran posa-t-il la main sur le côté sculpté du tronc… que son regard se vida.
« Bran ? »
Il ne répondit pas. Ses yeux se dilatèrent, entièrement happés par quelque chose qu’Elya ne voyait pas. Et soudain, son corps se mit à basculer.
« Bran ! »
Elle bondit. Elle le rattrapa juste avant qu’il ne tombe de cheval, l’entourant de ses bras, amortissant sa chute. Ils roulèrent légèrement dans la neige, mais Elya garda Bran serré contre elle, sa tête posée sur ses cuisses.
« Respire… tout va bien… je suis là », murmura-t-elle en lui caressant doucement les cheveux.
Puis la vision déferla à travers Bran comme un torrent. Un lion d’or, éclaboussé de rouge. Un homme tombant à genoux, la main pressée contre une plaie béante. Un corbeau s’écrasant dans une mare de sang. Un éclat d’acier massif souillé. La neige, lourde, silencieuse… tombant sur un cœur brisé Bran haleta. Son souffle revint en un hoquet douloureux, arrachant Elya à son inquiétude.
« Bran ? Bran, écoute ma voix. C’est fini. C’est fini… »
Il cligna des yeux, comme s’il sortait d’un rêve trop réel. Son regard bleu remonta lentement vers elle.
« E-Elya… »
Elle posa une main sur sa joue, chaude malgré le froid.
« Je suis là. Tu es en sécurité. Dis-moi ce qu’il s’est passé. »
Mais Bran secoua la tête, paniqué, perdu, incapable de mettre des mots sur ce qu’il avait vu.
« Quelqu’un… quelqu’un souffre. Quelqu’un que j’aime. Là-bas… loin… »
Sa voix trembla.
« Je l’ai senti tomber. »
Elya sentit son ventre se nouer violemment. Elle serra Bran plus fort contre elle.
« On va rentrer. Tu n’es pas seul. Je ne te lâcherai pas. »
La neige se remit à tomber, lente, dense. Innocente en apparence. Mais au cœur du bois sacré, sous les yeux rouges du barral… Bran Stark venait de faire son premier pas dans un monde que même les anciens dieux craignaient de nommer.
Au Donjon Rouge, Ned Stark rouvrit les yeux dans un brouillard de douleur. Sa jambe pulsait comme si un marteau battait la plaie à chaque battement de son cœur. La pièce tournait lentement autour de lui, traversée par les ombres dansantes des torches. Deux silhouettes se tenaient devant son lit. L’une imposante, large d’épaules, vêtue de velours bleu et d’or, la barbe éparse et les yeux injectés de sang : Robert Baratheon, le roi des Sept Couronnes. Ou ce qu’il en restait. Il empestait le vin. Mais derrière l’alcool se cachait autre chose. Une rage. Une peur. Un regret qu’il ne savait pas nommer.
« Par les Sept, Ned… » grogna-t-il en se passant une main tremblante sur le visage. « Je tourne le dos un instant et tu mets Port-Réal à feu et à sang ? »
Il tentait l’humour. Mais sa voix tremblait trop. L’autre silhouette, plus mince, plus sombre, se pencha légèrement : Yoren, recruteur de la Garde de Nuit, les cheveux en bataille, l’odeur du voyage encore sur ses vêtements. Son regard épiait tout, dans une prudence instinctive.
« M’lors », dit-il d’une voix grave et basse, presque un murmure de corbeau. « Vous devez m’écouter. »
Ned tenta de se redresser, grimaça sous la douleur fulgurante qui traversa sa cuisse.
« Parle », souffla-t-il.
Yoren s’approcha, surveillant la porte malgré la présence du roi.
« J’ai vu votre femme. Juste avant de quitter le Conflans. Elle… »
Il hésita une seconde, comme si chaque mot pouvait déclencher une tempête.
« … elle a capturé Tyrion Lannister. »
Ned sentit son estomac se nouer brutalement. Un vertige grimpa dans sa gorge. Il ferma un instant les yeux. Pas de douleur, mais de fatalisme. Catelyn .Elle avait agi. Et maintenant, tout s’emboîtait. La Reine avaient attaqué dans la rue. Les Lions avait tué Jory. Robert… ne contrôlait plus rien. Le royaume se fissurait déjà sous leurs pieds. Quand Ned rouvrit les yeux, Robert le fixait avec un mélange étrange : colère, désarroi… et un fond de loyauté blessée.
« Par les dieux, Ned… » murmura le roi. « Pourquoi… pourquoi ma vie devient-elle toujours un champ de bataille dès que tu es là ? »
Ned voulut répondre. Aucune phrase ne vint. Alors Robert ajouta, la voix grave, presque brisée :
« Tu es mon ami. Le seul. Mais si ta femme retient mon beau-frère… Cersei ne laissera pas passer ça. »
Un silence lourd tomba. Un silence rempli de menaces invisibles. Ned inspira profondément. Le goût du sang et de l’acier semblait flotter dans l’air.
« Alors je devrai parler à Cersei », dit-il enfin.
Sa voix était faible, mais sa volonté, elle, restait de fer. Robert secoua la tête.
« Non. Reste où tu es. Tu peux à peine tenir debout. »
Yoren croisa les bras.
« Ce que vous devez faire, Lord Stark… c’est vite envoyer un corbeau à votre fils. Avant que les Loups et les Lions n’en viennent aux crocs. »
Ned sentit quelque chose se resserrer en lui. Une sensation glaciale. Une prémonition qu’il ne pouvait ignorer. Tout s’emboîtait trop parfaitement. Tout allait trop vite. Les lions grondaient. Les loups se rassemblaient. La guerre rampait sous leurs pieds. Et au-dessus d’eux tous… l’hiver approchait, silencieux, patient, inévitable.