Minimalistic is Fantastic
Par une journée nuageuse, le 17 mai 2008, à Grandview, au salon de la grande maison de Gabriel Gordon.
Le jeune homme regardait d’un air amusé les esprits errants dans son salon. Là, deux jouaient au billard ; autour d’une table, cinq jouaient aux cartes ; dans un autre coin, un vieux couple regardait un téléviseur. Tout à coup, sans aucun avertissement, voilà qu'il remarqua qu'un esprit familier se manifesta devant lui : Son père, le procureur adjoint Thomas Gordon. Il le reconnut entre mille. Toujours le même : un quarantenaire, aux traits sévères, ce qui était accentué par ses yeux bleus. Il était vêtu d'une chemise bleue et d'un pantalon bleu marine. Le revenant déposa une feuille de papier pliée en deux sur la table basse devant son fils puis disparut aussitôt. Intrigué, Gabriel prit la lettre.
14 mai 2008
19, rue Sire,
Grandview,
D4N 9V2
2222, rue Front,
Grandview,
Z9X 8W0
À mon cher Gabriel, mon fiston,
Si tu lis cette lettre, c’est que je ne suis plus de ce monde.
C'est d'une main tremblante que je te l'écris. Je dois me confesser avant de mourir. J'ai l'impression que j'en ai pas encore pour longtemps...
Premièrement, au sujet de Melinda. Tu penses bien qu'elle est ma fille (et donc ta demi-sœur) ?
Pourtant, je te confirme que Melinda N'est PAS ma fille. Son père est l'ancien fiancé de ma femme, Paul Eastman. Je m'excuse seulement de vous avoir menti, à Melinda et à toi. Est-ce que tu me pardonnes ? Et veux-tu transmettre ce message à Melinda ? Je réalise à quel point j'ai mal agi envers Paul. J'en suis vraiment désolé. S'il m'était possible de revenir dans le temps, j'aurai sérieusement tout fait pour le sortir de prison... Je ne me serai jamais rapproché d'Elizabeth... J'aurai dû mieux agir... Mais il est trop tard... Le mal est fait et j'aurai sans doute une mauvaise réputation après ma mort. J'espère seulement que je ne serais pas longtemps un esprit errant... Mais bon, au moins je me libère de ce poids qui me pèse sur l'âme par écrit.
Deuxièmement, au sujet de toi...
Oui, je te confirme, Gabriel, que tu es mon seul fils, la fierté de ton père. Et bien je profite de cette lettre pour te demander tes excuses. Je suis désolé de ne pas t'avoir cru lorsque tu m'as rapporté le cas de ton premier esprit errant lorsque tu étais petit. C'est mon cœur de père qui a souffert à chaque visite à l'asile les fins de semaines. Est-ce que tu me pardonnes d'avoir gâché ton enfance ? Par réalisme, je dirai que non... Je sais très bien qu'il est difficile de pardonner à un tel père. Moi-même, je ne parviens pas à me pardonner.
Une fois mes confessions faites, je te prie de ne pas les prendre pour personnelles. C'est seulement moi qui veut me débarrasser de ce poids lourd sur mon âme avant d'y être entraîné comme un condamné à je ne sais quelle punition dans l'Au-delà... Comme quoi que, proche de la mort, je deviens plus lucide. Ça, personne ne me l'a encore dit, mais ce n'est pas grave. J'espère tellement quitter ce monde, sauf que je ne sais plus que faire.
Je pense que tu as assez lu mes lamentations sur moi-même.
Ton père, qui n'en est pas vraiment un.
Thomas