Les agneaux ont cessé de bêler

Chapitre 2 : Fin du flou pour Clarice

1503 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 29/05/2021 13:03

Je me réveille avec une joie immense pour la première fois depuis des semaines. Je mets quelques instants pour situer mon nouvel environnement et me rappeler qui je suis.

Clarice Starling, ex agent du FBI, la trentaine, vivant chez l'homme qui a permis à ma carrière de décoller, qui m'a sauvé d'un mort certaine chez son ennemi Mason.

Je me redresse dans le grand lit où je couche depuis qu'Hannibal Lecter et moi avons fui les lieux où nous avons quelque peu semé le chaos. Je me sens à ma place ici mais un mal de crâne commence à montrer le bout de son nez. Pour éviter de me concentrer sur la douleur, j'applique les consignes que mon mentor m'a expliquées : rendre visite à son palais intérieur. Je me rends sans difficulté dans l'étable où Hannah, ma jument, loge dans mon antre personnelle.

Je caresse l'animal en silence de nombreuses minutes avant de reprendre contact avec la réalité.

Hannibal se tient dans l'embrasure de ma porte, souriant de ses petites dents blanches de bébé, l'épaule contre le cadre de cette dernière.


- Bonjour Clarice. Vous êtes de retour parmi nous !

- Bonjour Docteur. J'applique vos conseils.

- La visite avec Hannah vous a-t-elle soulagé ?

- Tout à fait. Je me sens bien mieux.

- Voulez-vous venir boire un café avec moi dans le salon ?


Je me lève sans porter d'importance au fait que je porte uniquement un culotte. Comment le docteur Lecter fait-il pour tout savoir ? Un don plus qu'évident pour l'observation et le décryptage humain. Pendant que j'enfile un long t-shirt gris chiné et un short, je sens le regard bleu translucide de mon hôte glisser sur mon corps. J'ai beau vivre ici depuis quelques temps déjà, je suis toujours incapable de savoir à quoi pense Hannibal.

Ce dernier m'offre son bras pour me guider dans l'immense demeure. Arrivé devant la longue table, en bon gentleman, il tire la chaise pour que je puisse m'asseoir. Il me laisse un court instant pour aller chercher la boisson promise.

Je pose ma tête dans le creux de ma main droite pour la soutenir le temps de laisser mon esprit divaguer un temps. Je revois par flash les dernières semaines. Hannibal conduisant ma Mustang pour me conduire ici, Paul Krendler dans ce salon, ma robe de soirée, Hannibal jouant du piano, le squelette de mon père avec son chapeau. Tout est dans un flou organisé fort inquiétant. Depuis deux jours je commence à reprendre possession de mes gestes, pensées. Je redeviens lucide.


- Voilà pour vous Clarice, sans sucre.

- Merci Docteur. Puis-je vous poser une question ?

- Bien sûr ma chère.

- M'avez-vous drogué ? J'ai l'impression de sortir d'un brouillard. Particulièrement aujourd'hui.

- Drogué ! En voilà une idée qui me blesse ! Je vous ai fait prendre quelques médicaments afin de vous aider à soulager vos peurs et vos doutes. Nos séances ayant montré une stabilité psychologique, j'ai décidé de stopper votre traitement.

- Ho... Vous me trouvez stable psychologiquement ?

- Vous n'êtes pas un danger pour vous ni pour moi. Mais je pense que les derniers événements ont laissé une trace indélébile en vous.

- He bien... Oui... Je suis en colère.

- Contre qui Clarice ?

- Contre le FBI ! Ils vous ont mis en danger. Ils n'ont pas voulu m'écouter. Je ne pouvais me résigner à vous laisser mourir Docteur.

- Pourquoi aider un criminel ? Pour avoir l'impression de sauver quelqu'un à défaut d'avoir pu sauver votre père ?

- Parce que vous êtes mon ami !! Je suis liée à vous d'une étrange façon. Je ne peux expliquer mais je tiens à vous. Oui peut-être que je me devais de vous sauver au risque de mourir pour remplacer le fait que je n'ai pu sauver papa.

- Nous sommes amis ?


Contre toute attente, cette question me met dans une colère noire. Une colère comme jamais encore je n'avais osé exprimer verbalement.


- Enfin Hannibal ! Vous vous saviez traqué par Mason et son armée et vous avez tenu à me faire un cadeau pour mon anniversaire. C'est de l'absurde ! C'était irrationnel ! Vous voir vous faire enlever m'a retourné. Non bien plus, m'a fait perdre pied. La preuve : j'ai couru tête baissée pour vous sauver. Vous êtes mon ami si ce n'est plus.

- Si ce n'est plus ? Pouvez-vous être plus claire Mademoiselle Starling ?


Les yeux du Docteur me toisent. C'est fou comment cet homme est capable de lire dans l'âme des autres comme dans un livre ouvert. Je le sens forcer mes barrières psychiques avec ce bleu azur et translucide. Je garde toutefois le silence.


- Clarice ? Comptez-vous répondre à ma question ?

- Non Docteur.

- Vous cacher des choses à vos amis ? Je ne pensais pas que vous aviez des secrets pour votre colocataire.

- Ardelia ? Non bien sûr que non. Nous avons toujours été transparente l'une pour l'autre.


Ardelia... En pensant à elle, ma bonne humeur me quitte instantanément.


- Quelque chose vous tracasse ? Me demande Hannibal.

- Ardelia... Elle doit être folle d'inquiétude. Je devrais lui faire un signe de vie, pour qu'elle cesse ses recherches et se consacre à sa vie.

- Vous ne souhaitez pas retrouver votre vie d'avant ?


Ma vie d'avant ? Paul Klender a brisé ma carrière. Je n'ai plus envie de faire ce métier bien que le frisson et les risques de cette ancienne vie vont me manquer. Mais qu'est ce que je vais faire ? M'expatrier en Europe ? Je vais devoir trouver un travail et changer d'identité pour que personne ne puisse jamais retrouver ma trace.


- Non. Je crois que je vais me réinventer comme vous.

- Vous êtes une battante Starling. Puis-je vous inviter à rester ici le temps qu'il vous sera nécessaire ?

- Je vous remercie pour cette offre.

- Vous êtes mon amie...


Mon interlocuteur pose un silence appuyé avant de reprendre.


- ...Si ce n'est plus.


Un petit sourire en coin se dessine sur le visage rond d'Hannibal. Un sourire qui d'ordinaire aurait dû m'effrayer mais qui, maintenant que je vis continuellement avec sa présence, électrise mon corps. Je prends la parole d'une voix mal assurée.


- Pouvez-vous être plus clair Docteur ?


Il ne cesse de me dire qu'il ne dit que la vérité. Il n'élude jamais rien. Il me tend une perche que je me dois de saisir.


- Êtes-vous sûre d'être prête à entendre ce que j'ai à vous dire ? Je ne veux pas précipiter une conversation en vue des derniers événements traumatisants et violents que vous venez de subir. Mon rôle était/est d'être une épaule pour vous. Je pense qu'il serait plus judicieux de laisser un peu de temps au temps ? Ne pensez-vous pas Mademoiselle Starling ?


Je sens en moi monter la petite fille prête à faire un scandale. J'ai besoin de savoir. J'ai besoin de l'entendre me le dire. J'ai besoin de savoir que je ne suis pas la seule malgré toutes les différences qui nous séparent.


- C'est vous le Docteur.


Je suis assez déçue de ne pas savoir. Mais que dire de plus. Je ne vais pas me mettre à le supplier non plus.


- Bien ! Je vous parlerai de tout cela en temps venu ! Dit-il en claquant ses deux mains avant de reprendre, que voulez-vous que nous fassions aujourd'hui ? Que diriez-vous de partir en forêt faire quelques tirs à l'arbalète ? Pour vous exercer. J'irais me procurer une arme silencieuse si cela peut vous faire plaisir. Nous pourrions construire des cibles. Quand dites-vous ?

- Ho chic !!! Quand partons-nous ?

- Changez vous pendant que je nous prépare un pique-nique. Dès que vous serez prête, nous irons dans une réserve naturelle à quelques kilomètres.


Sans attendre, je me lève et pars dans ma chambre pour exécuter les instructions d'Hannibal Lecter.

En revenant avec une tenue plus adaptée dans le salon, les notes du piano me parviennent aux oreilles. Il interprète comme souvent une pièce écrite par Henry VIII, Le Très-Saint verdit la terre. Mes yeux se posent sur un beau panier de pique-nique de chez Hammacher Schlemmer.


- Vous excuserez le service, c' est pour ma plus grande honte, dépareillé. Je ne pensais pas avoir de la compagnie pour partir en balade champêtre. J'irais acheter un nouveau panier pour nous deux à la première occasion.

- Ne vous sentez pas obligé. Manger en votre compagnie m'est amplement suffisant.


À ma grande surprise, cette déclaration déclenche un courant électrique dans mon dos et les joues d'Hannibal se colorent d'un doux rouge. Il toussote légèrement avant de reprendre contenance.


- Suivez moi Clarice. Nous allons au garage.


Je prends le bras que me tend le Docteur. Et nous voilà bras dessus bras dessous.

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