Le journal de Neville Londubat
28 mai 1996
Les BUSE approchent.
C'est étrange comme deux petits mots peuvent donner l'impression qu'un plafond entier est sur le point de s'écrouler. Les couloirs bourdonnent de révisions à voix basse, de parchemins froissés, de soupirs étouffés. Même la bibliothèque semble plus nerveuse que d'habitude : les livres claquent quand on les referme trop vite, les chaises grincent sous des élèves qui n'arrivent plus à rester assis.
Moi non plus, je n'y arrive plus.
Je me surprends à relire les mêmes lignes encore et encore sans les comprendre. Les mots glissent sur mon esprit comme de l'eau sur une feuille de lotus. C'est comme si la peur prenait toute la place.
Avant, j'aurais révisé avec l'AD.
On ne parlait pas seulement de sortilèges ou de formules. On se corrigeait, on se soutenait. Il y avait toujours quelqu'un pour expliquer autrement, pour recommencer sans se moquer, pour te faire croire que tu pouvais y arriver. C'était plus qu'un groupe d'entraînement. C'était... une équipe. Une famille. Et aujourd'hui, ce manque me fait presque plus mal que la perspective des examens eux-mêmes.
Mais on ne peut pas rester figés à regretter ce qui n'existe plus.
Alors, sans trop savoir comment, j'ai créé quelque chose. Pas une armée, pas un groupe clandestin, juste... un coin de table partagé dans la salle commune de Gryffondor.
Dean et Seamus.
Au départ, c'était presque un accident. Je révisais l'herboristerie, entouré de mes notes et de mes pots de terre sèche, quand Dean est venu s'asseoir en soupirant comme si on l'avait condamné à la prison à vie. Il m'a demandé si je comprenais quoi que ce soit à l'Arithmancie. J'ai répondu non, évidemment. Seamus s'est joint à nous quelques minutes plus tard, un manuel de Divination sous le bras et une expression désespérée.
On a ri.
Un vrai rire. Le genre de rire qui fait oublier, ne serait-ce qu'un instant, Ombrage, la Brigade Inquisitoriale, les décrets, les murs qui écoutent.
Alors on s'est dit : pourquoi pas ?
Depuis, on se retrouve presque tous les soirs.
On s'installe près de la fenêtre, là où la lumière du crépuscule glisse encore sur les parchemins. Dean nous aide pour la Divination — il a une façon très calme d'expliquer les symboles, les présages, les associations étranges entre les objets. Là où je ne vois qu'une tasse de thé mal lavée, lui voit des lignes, des formes, des possibilités. Il ne se moque jamais quand je me trompe. Il recommence, il reformule, il patiente.
En Arithmancie aussi, c'est lui le pilier. Les chiffres ne me parlent pas. Ils se mélangent, se confondent, refusent de rester sages sur la page. Dean, lui, semble entendre leur logique secrète. Il trace des colonnes, explique les séquences, transforme des équations monstrueuses en quelque chose de presque humain.
Seamus, de son côté, m'aide pour l'Étude des Moldus. Lui, au moins, a grandi entre deux mondes. Il me parle des objets moldus comme de choses ordinaires : la façon dont ils communiquent sans magie, leurs moyens de transport, leurs villes bruyantes, leur technologie fragile mais ingénieuse. Je l'écoute comme on écoute un explorateur raconter ses voyages. C'est fou, tout ce que je ne sais pas.
Et moi...
Moi, je leur parle de plantes.
Je leur montre comment reconnaître une Mandragore encore immature, comment calmer une Tentacula Venomous avec la bonne infusion, comment ne pas confondre une Bruyère Lunaire avec sa cousine toxique. Quand je parle d'herboristerie, je ne tremble plus. Mes phrases deviennent sûres. Mes mains cessent de trembler. C'est comme si, dans ce domaine précis, je pouvais enfin respirer normalement.
Je crois que c'est ça, la plus grande surprise de ces soirées.
Je ne suis plus "celui qui ne sait pas".
Je suis celui qui explique.
Bien sûr, la peur est toujours là.
Elle revient surtout la nuit, quand le dortoir se vide peu à peu, quand les rideaux de mon lit se referment et que le silence se fait trop présent. Je pense aux BUSE, à la pile de parchemins, aux questions pièges, aux professeurs qui observent, qui évaluent, qui décident.
Je pense aussi à l'AD.
À la façon dont Harry corrigeait un mouvement de poignet, à la voix d'Hermione quand elle t'expliquait pour la dixième fois une incantation sans jamais lever les yeux au ciel, à Ginny qui te lançait un sourire quand tu réussissais enfin.
Je me demande comment ça aurait été de réviser avec eux. Comment on se serait encouragés. Comment on se serait moqués de nos propres erreurs.
Et puis je pense à mes parents.
À ce qu'ils auraient voulu pour moi. À ce qu'ils ont perdu. À ce qu'ils ne verront jamais. Je me demande s'ils auraient été fiers de me voir penché sur mes notes avec Dean et Seamus, à m'acharner sur une carte astrale ou une équation arithmantique.
Peut-être.
Peut-être que ce qui compte, ce n'est pas d'être brillant. Peut-être que ce qui compte, c'est d'essayer.
Je ne sais pas ce que je vais obtenir aux BUSE. Je sais seulement que je ne suis plus seul pour les affronter. Que, malgré Ombrage, malgré la peur, malgré la fin de l'AD, quelque chose de nouveau a poussé entre les pierres de Poudlard.
Un petit groupe bancal. Un peu maladroit. Mais bien réel.
Et pour la première fois depuis longtemps, je me dis que peut-être... juste peut-être... je survivrai à ces examens.