Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé
Naomi était de retour à Poudlard.
Ce simple constat avait mis du temps à devenir réel pour elle. Après plus d’un mois enfermée chez elle, coupée du monde, protégée autant que surveillée, elle avait parfois eu l’impression que le château n’était plus qu’un souvenir lointain, presque irréel. Pourtant, en descendant du Poudlard Express et en apercevant les tours familières se découper contre le ciel, une émotion brutale l’avait traversée : un mélange de soulagement, de peur et d’appréhension.
Elle avait eu besoin de ce mois de retrait. Loin de la pression médiatique, loin des murmures, loin des regards accusateurs ou curieux. Les questions incessantes des adultes, les non-dits des élèves, tout cela aurait été trop lourd à porter alors qu’elle tentait simplement de se reconstruire. Le rituel avait laissé des marques bien plus profondes qu’elle ne l’aurait imaginé. Perdre une partie de sa magie avait été une épreuve douloureuse, presque intime, comme si on lui avait arraché une part d’elle-même.
L’acceptation n’avait pas été immédiate.
Chez elle, entourée de sa famille, Naomi avait appris à ralentir. On lui remplissait ses journées pour l’empêcher de trop penser : promenades, discussions, activités simples. Pourtant, une chose lui avait cruellement manqué : la lecture. Les livres lui avaient été interdits pendant un temps, par précaution. Une mesure de protection, lui avait-on dit. Mais pour elle, cela avait été une punition silencieuse. Les livres avaient toujours été son refuge, sa manière de comprendre le monde et la magie.
Alors, retrouver Poudlard signifiait aussi retrouver cela. Pas les grimoires de magie noire — elle n’en voulait plus — mais des ouvrages d’histoire, de théorie magique, de sortilèges fondamentaux. Elle savait que tout serait désormais surveillé, contrôlé, mais cela ne l’effrayait pas. Au contraire. Elle voulait apprendre autrement.
Elle avait choisi de suivre Nolan.
Cette pensée revenait souvent, comme un refrain lancinant. Elle aurait pu dire non. Elle aurait pu alerter un adulte, un professeur, quelqu’un. Mais elle ne l’avait pas fait. Non par ambition ou par orgueil, mais par amour. Nolan souffrait, elle l’avait vu sombrer, et elle n’avait pas supporté l’idée de rester spectatrice. Lui en voulait-elle aujourd’hui ? Non. Elle comprenait trop bien l’état d’esprit qui avait été le sien. Quand Nolan avait une idée en tête, surtout une idée nourrie par la douleur, il était presque impossible de l’arrêter.
Elle en payait désormais le prix.
Après l’entretien avec la directrice, chacun avait pris un chemin différent. Liliana était retournée à la salle commune de Serpentard. Nolan avait préféré s’isoler. Quant à Naomi, elle avait suivi son instinct. Ses pas l’avaient menée vers un endroit qu’elle aimait plus que tout : le Lac Noir.
Peu d’élèves s’y rendaient réellement. Le lieu inspirait souvent une forme de crainte diffuse, nourrie par les histoires et les créatures qui y vivaient. Mais Naomi avait toujours trouvé cet endroit apaisant. Le lac était profond, silencieux, immobile en apparence… exactement comme elle se sentait à cet instant.
Assise dans l’herbe humide, un livre posé sur ses genoux, elle tenta de se replonger dans sa lecture. Pourtant, les mots avaient du mal à s’ancrer dans son esprit. Sa magie, encore fragile, vibrait faiblement en elle, différente. Moins fluide. Elle ferma les yeux un instant, respirant lentement, cherchant à accepter cette nouvelle réalité.
— Naomi ? On peut te parler ?
Elle sursauta, refermant son livre d’un geste brusque. En relevant la tête, elle aperçut trois élèves de Serpentard. Elle les reconnut sans réellement les connaître. L’un d’eux portait l’insigne de préfet-en-chef.
— Oui… répondit-elle d’une voix timide.
Ils s’approchèrent sans hostilité, sans jugement apparent.
— Nous avons appris que tu étais de retour, dit le préfet. Comme tes cousins. On ne t’en veut pas pour ce qui s’est passé. Mais… on ne comprend pas pourquoi tu n’as rien dit quand tout a commencé à déraper. Tu pensais vraiment qu’on t’aurait rejetée ?
Naomi baissa les yeux.
— Non. Ce n’est pas ça. J’avais honte. J’ai plongé dans les ténèbres pour mon cousin… et je ne pensais pas que ça irait aussi loin. Je ne savais pas qu’un tel rituel demanderait un tel sacrifice. Si je n’ai rien dit, c’est parce que je n’y arrivais pas. J’étais trop concentrée sur l’idée de l’aider… de réaliser son souhait. Je suis désolée.
Un silence s’installa, mais il n’était pas lourd.
— Donc tu as agi par amour, reprit le préfet-en-chef doucement. Tu sais, ici, à Serpentard, les choses ont changé. Depuis longtemps déjà. La guerre nous a forcés à nous remettre en question. Et quand la vérité sur Voldemort a éclaté… quand on a compris qu’il n’était pas ce qu’il prétendait être… beaucoup de certitudes se sont effondrées.
Il la regarda droit dans les yeux.
— Ce n’est pas un nom de famille qui définit ce que l’on devient. Pas aujourd’hui. Pas ici.
Naomi inspira profondément.
— Je le sais… mais ma famille porte un héritage lourd. Des héros de guerre. Je voulais vous prouver que je n’étais pas enfermée dans cette image, que j’avais ma place parmi vous.
— Et tu l’as, répondit-il sans hésiter. Tu n’es pas eux. Tu es Naomi. Et après tout ce que tu as traversé, tu sais désormais ce que tu veux éviter… et ce que tu veux devenir.
Elle hocha lentement la tête.
— Oui. Et la directrice nous a dit que les préfets-en-chef nous aideraient à rattraper notre retard.
— On sait. Et tu peux compter sur nous. Sur toute la maison.
Un sourire timide se dessina sur son visage.
— Merci… vraiment.
Naomi regarda le lac une dernière fois. Une seconde chance s’offrait à elle. Et cette fois, elle ne la gâcherait pas.