Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé
Chapitre 75 : Le premier pion de la Rose Noire
1280 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 03/02/2026 21:19
Cela faisait des semaines qu’elle n’avait pas agi. Des semaines à observer, à calculer, à tisser patiemment les fils de son futur triomphe.
La Rose Noire ne se précipitait jamais. La précipitation était l’alliée de l’échec, et l’échec n’avait jamais eu sa place dans son vocabulaire. Elle avait appris, au fil des années, que les victoires les plus éclatantes étaient celles qui se préparaient dans le silence, dans l’ombre, dans la lenteur méthodique d’un esprit qui ne laissait rien au hasard.
Son plan ne souffrait d’aucune faiblesse.
Pour réussir, elle avait besoin de pions. De pièces soigneusement choisies, placées exactement là où elle le voulait, comme sur un échiquier dont elle seule connaissait les règles véritables. Certains pions étaient déjà en place, d’autres attendaient encore d’être façonnés, brisés, remodelés selon ses besoins. Mais aujourd’hui, elle allait avancer le premier. Celui qui ouvrirait la voie à tous les autres. Elle avait ordonné qu’on lui amène Scorpius Malefoy.
L’un de ses fidèles s’était incliné profondément, sans poser de questions — personne n’osait jamais questionner ses décisions — puis avait disparu dans les couloirs sombres de leur repaire. Elle, assise sur son trône noir et argent, attendait.
Le siège n’était pas qu’un symbole : il avait été conçu pour inspirer la crainte. Haut, anguleux, orné de motifs serpentins et de runes anciennes, il dominait la salle comme un rappel constant de son pouvoir. La Rose Noire y siégeait avec une aisance souveraine, un verre de vin rouge à la main, dont la couleur rappelait presque le sang. Elle faisait tourner lentement le liquide dans le cristal, observant les reflets sombres danser à la lueur des torches.
La salle de réunion était silencieuse.
Seules quelques flammes vacillantes projetaient des ombres mouvantes sur les murs de pierre. L’air était froid, chargé d’une odeur de poussière, de cire brûlée et de magie ancienne. Chaque recoin semblait murmurer des secrets oubliés, des serments brisés, des cris étouffés.
Une heure passa. Une heure durant laquelle son impatience se mua lentement en irritation glaciale. Elle n’était pas habituée à attendre. Encore moins lorsqu’elle avait donné un ordre direct.
Quand Scorpius entra enfin, la Rose Noire sentit une vague de mépris la traverser. Il avait l’air épuisé, les traits tirés, les yeux cernés. Ses vêtements étaient froissés, comme s’il avait couru ou s’était débattu pour arriver jusqu’ici. Il referma la porte derrière lui avec une lenteur hésitante, puis s’avança de quelques pas avant de s’immobiliser, raide comme une statue.
— Comment oses-tu me faire attendre autant de temps, souffla-t-elle d’une voix tranchante. C’est inacceptable.
Scorpius blêmit aussitôt. Il s’inclina si vite qu’il manqua de perdre l’équilibre.
— Je… je suis désolé, Maîtresse. Je n’ai pas pu me libérer plus tôt. Je vous en supplie… ne me tuez pas.
Le silence qui suivit fut plus terrifiant que n’importe quelle menace. Elle le fixa longuement, sans ciller, comme si elle évaluait la meilleure manière de le briser. Puis, dans un geste sec, elle jeta son verre au sol. Le cristal éclata à quelques centimètres des pieds de Scorpius, qui sursauta comme si on venait de le frapper. Elle se leva. Avança lentement vers lui. Chaque pas résonnait comme une sentence.
— Te voilà réduit à supplier pour ta vie… murmura-t-elle avec un sourire cruel. Toi qui as déjà tué pour Lord Vaseras. Toi qui as servi mes ordres sans jamais trembler. Et maintenant… te voilà pathétique.
Elle leva sa baguette. Le sortilège jaillit dans un éclair rouge. La douleur le traversa comme une lame brûlante. Scorpius s’effondra, le souffle coupé, incapable de retenir un cri. Ses doigts griffèrent le sol, cherchant un appui, une échappatoire, n’importe quoi pour échapper à la souffrance qui déchirait ses nerfs.
— Lève-toi, ordonna-t-elle d’un ton glacial.
Il obéit, tremblant, les jambes encore secouées par les spasmes du Doloris. Son visage était pâle, presque translucide, et une fine pellicule de sueur perlait sur son front. Il avait l’air d’un enfant pris au piège, d’un animal blessé qui sait qu’il ne survivra que s’il se soumet.
— Je ne compte pas te tuer aujourd’hui, reprit-elle. J’ai une mission pour toi. Une mission de la plus haute importance. Mais si tu échoues… c’est ta famille entière qui en paiera le prix.
Scorpius sentit son cœur se serrer.
Il hocha la tête, incapable de parler. Il savait qu’elle ne mentait jamais. Pas sur ce genre de choses.
— Je ferai tout ce que vous voulez, Maîtresse.
Elle sourit. Un sourire lent, presque satisfait, qui n’atteignit jamais ses yeux.
— Bien. Voilà ce que j’attends de toi. Tu sais que je veux détruire Elizabeth Potter. Pour cela, j’ai besoin d’informations. Tu vas fouiller les archives du Ministère. Tout ce qui pourrait, un jour, m’être utile. La moindre faiblesse. Le moindre secret. Le moindre détail exploitable.
Il déglutit difficilement.
— La… la moindre chose ? répéta-t-il, perdu.
La Rose Noire s’approcha encore, si près que Scorpius sentit son souffle se bloquer dans sa gorge. Son ombre glissa sur lui comme une main glacée.
— Tu n’as pas besoin de comprendre, murmura-t-elle, chaque mot tranchant comme une lame fine. Tu as besoin d’obéir. Tu vas ouvrir les yeux, Malefoy… vraiment les ouvrir. Tu vas fouiller, écouter, t’insinuer là où personne n’ose regarder. Et tu me rapporteras tout ce qui peut être utilisé, retourné, déformé, détruit. Tout.
Elle inclina légèrement la tête, un sourire presque tendre déformant ses lèvres.
— Je saurai si tu oublies la moindre chose.
Il sentit son estomac se nouer. Elle venait de lui retirer jusqu’à la possibilité de l’erreur. Il n’était plus un serviteur : il était un instrument.
— Et lorsque tu auras terminé… tu m’amèneras ton fils. Sans discussion possible.
Le monde de Scorpius sembla s’effondrer en un instant. Un frisson glacé remonta le long de sa colonne vertébrale. Il sentit ses jambes vaciller, son souffle se bloquer dans sa gorge. Son fils. Son unique faiblesse. La seule chose qu’il avait encore réussi à protéger de cette vie de servitude et de terreur.
— Ma… Maîtresse… pourquoi… ?
Elle ne répondit pas. Elle n’avait pas besoin de répondre. Le silence était plus cruel que n’importe quelle explication.
Il s’inclina une dernière fois avant de quitter la salle, le souffle court, le cœur battant trop vite. Ses pas résonnaient dans le couloir comme ceux d’un condamné marchant vers l’échafaud. Chaque torche qu’il dépassait semblait projeter une ombre plus longue, plus menaçante, comme si les murs eux-mêmes tentaient de refermer leurs griffes sur lui. En refermant la porte derrière lui, une seule pensée tournait dans son esprit, obsédante, suffocante :
Qu’est-ce que la Rose Noire espérait trouver dans ces archives… et pourquoi voulait-elle son fils ?
Il savait qu’il n’avait pas le choix. Il savait qu’il allait obéir. Et il savait, au fond de lui, que ce premier pion qu’elle venait d’avancer…c’était lui.