Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé
Chapitre 76 : Sous le poids des héritages
1549 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 03/02/2026 21:32
Scorpius marchait d’un pas rapide, presque nerveux, en quittant le repaire de la Rose Noire. D’ordinaire, les missions qu’elle lui confiait ne lui inspiraient ni doute ni remords. Il obéissait, simplement. Sans réfléchir. Sans questionner. Mais cette fois… quelque chose clochait.
Chercher des informations pour nuire à Elizabeth Potter. Une enfant. Une gamine qui n’avait rien demandé. Et pourtant, il n’avait pas le choix. L’échec n’était pas une option. La Rose Noire l’avait dit clairement : si sa mission échouait, c’était toute sa famille qui paierait le prix.
Orion.
Son fils.
Cette pensée lui serra la gorge. Il transplana devant le domaine familial, le manoir Malefoy, dont les pierres pâles semblaient encore porter l’ombre d’un passé que personne n’osait vraiment évoquer. Le vent soufflait entre les colonnes, soulevant la poussière comme des spectres familiers.
Il inspira profondément avant de frapper. L’elfe de maison apparut aussitôt, s’inclinant avec respect.
— Préviens mon père que je suis là, dit-il simplement.
L’elfe hocha la tête et l’invita à entrer. Scorpius traversa le hall silencieux, ce hall où chaque tableau semblait le suivre du regard, comme s’il jugeait ses choix, ses faiblesses, ses mensonges.
Il passa devant le grand escalier, celui qu’il avait dévalé enfant, poursuivi par les rires d’Astoria. Un pincement lui traversa la poitrine. Même après toutes ces années, son absence restait une plaie ouverte.
Il fut conduit jusqu’au salon où son père l’attendait déjà. Drago Malefoy se tenait debout, droit comme une lame, les mains croisées derrière le dos. Ses cheveux argentés, plus ternes qu’autrefois, accentuaient la dureté de son regard. Il avait vieilli, mais pas de la manière habituelle. Il avait vieilli comme quelqu’un qui avait trop survécu.
— Fils, dit-il d’un ton neutre. Cela faisait longtemps. Tu dis avoir besoin de mon aide ?
Scorpius hocha la tête, mal à l’aise.
— La Rose Noire m’a confié une mission. Je dois trouver quelque chose… n’importe quoi… qui pourrait servir contre Elizabeth Potter. Mais elle n’est qu’une enfant, père. Je ne sais même pas ce que je suis censé chercher.
Un silence lourd s’installa. Drago le fixa longuement, comme s’il cherchait à lire au-delà de ses mots, au-delà de ses mensonges, au-delà de sa peur.
— Si tu penses que je vais te mâcher le travail, tu te trompes, répondit-il finalement.
Scorpius sentit son cœur se serrer.
— Père… je n’ai pas le droit d’échouer. Et… elle m’a ordonné d’amener Orion la prochaine fois que je la verrai.
Drago se figea. Puis, dans un mouvement brusque, il s’avança vers son fils, les yeux soudain brûlants de colère — mais derrière cette colère, Scorpius distingua quelque chose qu’il n’avait pas vu depuis longtemps : de la peur.
— Tu oses mettre la vie de mon petit-fils en danger ?
Sa voix claqua comme un fouet, mais elle tremblait légèrement. Drago Malefoy ne tremblait jamais.
— Nous t’avons élevé mieux que ça, Scorpius. Être père signifie protéger son enfant. Pas l’offrir en sacrifice.
Scorpius baissa la tête, honteux. Il s’attendait à un sermon, à un jugement. Mais Drago resta silencieux un moment, et lorsqu’il reprit la parole, sa voix s’était adoucie, presque imperceptiblement.
— Tu sais… ta mère avait peur pour toi, murmura-t-il. Même quand tu étais petit. Elle disait toujours que le monde avait déjà trop exigé de notre famille. Qu’il ne devait jamais t’arracher ce qu’elle avait réussi à te donner.
Scorpius releva les yeux, surpris. Drago parlait rarement d’Astoria. Jamais ainsi.
— Elle voulait que tu sois libre, continua-t-il. Libre de choisir ta vie. Libre de ne pas répéter nos erreurs. Elle se battait contre sa malédiction… mais elle se battait surtout pour toi.
Il marqua une pause, et son regard se perdit un instant dans le vide, comme s’il revoyait un souvenir trop lourd.
— Quand elle est morte, j’ai juré que je protégerais ce qu’elle avait laissé derrière elle. Toi. Et maintenant Orion.
Il posa une main sur l’épaule de Scorpius. Un geste rare. Un geste qui disait plus que des mots.
— Je sais que tu as peur. Je sais ce que c’est que d’être pris au piège. Mais tu n’es plus seul, Scorpius. Pas cette fois. Je ne laisserai pas la Rose Noire toucher Orion. Ni toi.
Scorpius sentit sa gorge se serrer. Il n’avait pas entendu son père parler ainsi depuis… peut-être jamais.
— Père… je ne voulais pas…
— Je sais, coupa Drago. Et c’est pour ça que je vais t’aider. Pas pour elle. Pas pour une mission. Pour toi. Pour Orion. Pour ta mère.
Il inspira profondément, retrouvant un semblant de froideur maîtrisée.
— Tu m’as dit qu’Elizabeth était devenue un loup-garou. Alors commence par là. Cherche dans les registres des créatures magiques. Si elle n’est pas inscrite… tu tiens peut-être ce que la Rose Noire veut.
Puis, plus doucement :
— Et quoi qu’il arrive… tu reviendras ici. Avec Orion. Toujours. Ce manoir est votre refuge. Tant que je suis vivant, aucun Seigneur Noir ne mettra la main sur mon petit-fils.
Scorpius sentit un frisson lui parcourir l’échine. Pour la première fois depuis longtemps, il ne se sentit plus seul. Il sentit… un père. Drago reprit, plus grave :
— Voldemort ne nous donnait jamais le choix. Il nous faisait croire que nous l’avions. C’était pire. On pensait servir une cause. La pureté du sang. La grandeur des familles. La tradition…
Il secoua lentement la tête.
— Mais nous n’étions que des pions sacrifiables. J’ai vu des familles entières disparaître pour un simple soupçon de trahison. J’ai vu des enfants payer pour des fautes qu’ils ne comprenaient même pas.
Scorpius sentit son estomac se nouer. Il avait grandi avec les histoires, les murmures, les silences lourds. Mais jamais son père n’avait parlé ainsi. Jamais avec cette fatigue, cette lucidité, cette douleur.
— Et la Rose Noire… elle a la même manière de regarder les gens, continua Drago. Comme s’ils étaient déjà morts. Comme si elle décidait simplement du moment.
Il marqua une pause.
— Mais elle est plus dangereuse encore.
— Plus que Voldemort ?
— Oui. Parce qu’elle ne veut pas régner. Elle veut se venger.
Le mot résonna durement. Venger. Pas conquérir. Pas dominer. Détruire.
— Vaseras croyait à sa prophétie comme un fanatique religieux. Comme Voldemort avant lui avec Potter. Ils pensaient tous deux qu’un enfant causerait leur chute… alors ils ont voulu tuer cet enfant avant même qu’il ne grandisse.
Il soupira.
— Et regarde ce que ça a donné. Ils ont eux-mêmes provoqué leur propre fin.
Le destin. Toujours ironique. Scorpius sentit un frisson lui parcourir l’échine.
Il pensa à Orion. À ses yeux clairs. À son rire. À sa fragilité. À la manière dont il s’accrochait à lui quand il avait peur.
Il pensa à Astoria, encore. À ce qu’elle aurait dit si elle avait su que son petit-fils était menacé par une nouvelle ombre.
— Elizabeth est devenue l’obsession de la Rose Noire, reprit Drago. Elle la tient responsable de la disparition de son mari. Alors elle veut la briser avant même qu’elle n’ait la chance de devenir une menace.
— Mais ce n’est qu’une enfant…
— Pour nous, oui. Pour elle, c’est déjà une ennemie.
Ces mots glacèrent Scorpius. Il sentit la pièce se resserrer autour de lui, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle.
Drago posa finalement une main sur son épaule une seconde fois — un geste qui, chez lui, valait une étreinte.
— Souviens-toi d’une chose. Un Seigneur Noir ne récompense jamais la loyauté. Il ne fait qu’exiger davantage… jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de toi.
Il releva les yeux vers son fils.
— Ne fais jamais l’erreur de la sous-estimer. Jamais.
Un silence pesant s’installa. Puis Scorpius inspira profondément, comme pour se donner du courage.
— Très bien, dit-il d’une voix plus ferme. Je vais commencer par là.
Drago hocha lentement la tête.
— Et Scorpius…
Il se retourna.
— Ta mère serait fière de toi. Pas de ce que tu fais… mais du fait que tu te battes encore pour protéger ceux que tu aimes. Ne laisse personne t’enlever ça.
Le cœur de Scorpius se serra. Il hocha la tête, incapable de parler.
Puis il quitta la pièce, le poids des héritages — les siens, ceux de son père, ceux de sa mère — pesant sur ses épaules comme une cape trop lourde. Il savait ce qu’il devait faire. Mais il savait aussi que chaque pas qu’il ferait désormais le rapprocherait d’un gouffre dont il n’était pas sûr de pouvoir revenir