Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 77 : Les archives du Ministère

1599 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 03/02/2026 22:00

Scorpius se leva tôt, bien plus tôt qu’il ne l’aurait voulu.


La nuit avait été courte, hachée, traversée de sursauts et de pensées qui tournaient en boucle, comme si son esprit refusait de lui accorder le moindre répit. La voix de la Rose Noire résonnait encore dans sa tête, froide, précise, implacable, et chaque mot semblait s’être imprimé dans sa mémoire comme une marque au fer rouge. Il n’avait pas parlé à Lavinia — il n’en avait ni le courage ni la force — et il avait quitté la maison en silence, comme un homme qui marche vers une sentence qu’il ne peut éviter.


Il transplana devant le Ministère, le cœur lourd, les muscles tendus, et traversa le hall d’entrée avec la sensation étrange que chaque regard se posait sur lui un peu trop longtemps, comme si les murs eux-mêmes savaient qu’il portait en lui quelque chose de dangereux, de fragile, de potentiellement explosif.


Il tenta de reprendre contenance en s’asseyant à son bureau, mais à peine avait-il posé la main sur un dossier qu’un courrier officiel apparut devant lui, scellé du sceau du conseil d’administration de Poudlard.

Il était attendu. Une fierté automatique, presque mécanique, remonta en lui — un réflexe hérité, inculqué, presque conditionné.


 Président du conseil d’administration. Un titre prestigieux, lourd, intimidant, qu’il n’avait pas cherché mais qu’il avait reçu comme on reçoit un héritage empoisonné. Lucius Malefoy avait occupé ce poste pendant des décennies, imposant sa vision, ses exigences, ses idéaux.


 Drago, lui, avait refusé d’y toucher. Et Scorpius, malgré lui, marchait dans les traces de son grand‑père. Il se rendit donc au bureau du conseil, où les membres l’attendaient déjà, assis autour de la grande table circulaire en bois sombre. Le silence se fit lorsqu’il entra.


— Messieurs, Mesdames, dit-il en prenant place, nous pouvons commencer.


La réunion débuta, mais contrairement aux séances habituelles, celle-ci s’étira, dense, chargée de dossiers, de plaintes, de demandes officielles, de rapports en retard.


 On évoqua les rénovations nécessaires dans les dortoirs de Serdaigle, les plaintes de parents concernant la sécurité autour de la Forêt interdite, les tensions entre deux professeurs dont les méthodes pédagogiques s’opposaient frontalement, et même une proposition de réforme concernant l’enseignement des potions avancées.


Scorpius écoutait, opinait, tranchait, distribuant les responsabilités avec une autorité calme, presque glacée, qui rappelait parfois Lucius, malgré lui. Mais son esprit, lui, restait ailleurs, tendu vers la mission qui pesait sur ses épaules.


— Dernier point, annonça l’un des membres, Poudlard n’a toujours pas trouvé de remplaçants pour les professeurs de Défense contre les forces du Mal et de Soins aux créatures magiques, qui partiront à la retraite l’an prochain. Comme le veut la règle, nous pouvons proposer des candidats.


Scorpius hocha la tête, mais son attention se focalisa sur un détail précis.


— Avant de proposer qui que ce soit, dit-il d’une voix posée, j’aimerais consulter la liste à jour du service des créatures magiques. Il me semble qu’un professeur de l’école est un loup-garou, n’est-ce pas ?


Un murmure parcourut la table.


— Il me semble aussi, répondit un membre, mais vous pouvez vérifier. Si jamais ce n’est pas le cas, nous ferons le signalement.


— Parfait. Je m’en occuperai après la réunion. D’autres points à aborder ?


— Aucun, Monsieur Malefoy. Nous pouvons lever la séance.


La réunion se termina enfin. Scorpius salua les membres, puis se dirigea vers le département des créatures magiques, son pas rapide, presque trop rapide, comme s’il craignait que son courage ne s’effrite s’il ralentissait.


Les archives étaient vastes, silencieuses, presque solennelles. Des étagères interminables, des dossiers classés par année, par espèce, par statut. Une odeur de parchemin ancien flottait dans l’air, mêlée à celle de la poussière et de l’encre sèche.


Il présenta un mot officiel lui donnant accès aux archives. Personne ne posa de question : il était le président du conseil, après tout.


Il commença par chercher le dossier du professeur lycanthrope. Il le trouva rapidement… mais un détail le perturba : l’homme ne s’était pas recensé depuis deux ans. Une infraction. Punissable. Exploitée par la presse. Utilisable par la Rose Noire.


Il glissa le dossier dans son manteau, puis se concentra sur sa véritable mission.


Il fouilla. Longtemps. Plus longtemps qu’il ne l’aurait cru. Ses mains tremblaient légèrement, mais il se força à rester méthodique, précis, presque chirurgical. Il ne pouvait pas se permettre d’être imprudent. Pas aujourd’hui.

Il passa en revue les registres des créatures, les listes de lycanthropes déclarés, les dossiers médicaux, les signalements, les archives confidentielles.


 Chaque tiroir qu’il ouvrait semblait grincer comme pour protester, chaque dossier exhalait une odeur de poussière et de secrets trop longtemps enfouis. Il ouvrait, lisait, refermait, classait, recommençait, dans un cycle mécanique qui lui donnait l’impression de s’enfoncer un peu plus profondément dans un labyrinthe sans issue.


Les pages défilaient sous ses doigts, mais plus il avançait, plus une sensation étrange s’insinuait en lui : comme si chaque document pesait davantage que le précédent, comme si le Ministère lui-même tentait de lui faire comprendre qu’il ne trouverait rien de bon ici.


 Son souffle se fit plus court. Ses mains, plus crispées. Et puis, enfin, il tomba sur ce qu’il redoutait — ou espérait — trouver.


Un vide. Un silence administratif. Une absence qui criait plus fort que n’importe quelle ligne d’encre. Elizabeth Potter n’apparaissait nulle part dans les registres.


Son cœur se serra violemment, comme si une main invisible venait de l’empoigner. Son père avait raison. Il resta immobile, figé, le dossier ouvert devant lui, incapable de respirer. Le monde sembla se rétrécir autour de lui, réduit à cette simple constatation : l’enfant n’était pas déclaré. Pas suivie. Pas enregistrée. Invisible aux yeux de la loi.


Il savait ce que cela signifiait. Il savait ce que la Rose Noire ferait de cette information. Il savait ce que cela déclencherait — un scandale, une chasse, une humiliation publique, peut-être pire encore. Mais il n’avait pas le choix. Il referma le registre avec une lenteur presque cérémonielle, comme si ce geste scellait quelque chose d’irréversible.


Il le glissa dans sa pile, inspira profondément, puis se dirigea vers le service des naissances. Là où étaient répertoriés tous les sorciers. Tous. Sans exception.


Le gardien leva les yeux vers lui, surpris de le voir ici, dans cette section où seuls les archivistes les plus anciens se rendaient encore. Scorpius sortit discrètement une bourse de sa poche, la posa sur le comptoir sans un mot.


— Je veux consulter un dossier. Et je veux que personne ne sache que je suis passé.


Le gardien hésita, son regard oscillant entre l’or et le visage fermé de Scorpius. Puis il prit l’argent et s’écarta. Scorpius s’enfonça dans les rayonnages, fouillant les registres, les tiroirs, les classeurs, les archives scellées dont les sceaux craquaient sous ses doigts.


Chaque minute qui passait semblait étirer le temps, comme si le Ministère retenait son souffle. Jusqu’à ce qu’il trouve enfin le dossier de l’enfant. Il l’ouvrit et tomba de haut.


Des informations banales. Presque vides. Un dossier qui semblait avoir été rédigé à la hâte, comme pour remplir une obligation administrative sans y croire.


« Parents décédés. Recueillie par son oncle et parrain, Albus Potter. »


Rien d’autre. Aucune mention de lycanthropie. Aucune mention de transformation. Aucune mention de suivi médical. Aucune mention de déclaration officielle.


Une fraude. Punissable par la loi. Et dans les mains de la mauvaise personne, une arme.


Il sentit un poids écraser sa poitrine, un poids si lourd qu’il dut s’appuyer contre l’étagère pour ne pas vaciller. Il ne voulait pas faire ça. Il ne voulait pas être celui qui détruirait la vie d’une enfant. Il ne voulait pas être celui qui provoquerait un scandale national, qui mettrait le feu à une poudrière déjà prête à exploser.


Mais il n’avait pas le choix. S’il échouait, sa famille serait détruite. Et même si Elizabeth était innocente… il devait protéger Orion.


Il fit une copie du dossier, le rangea soigneusement, presque avec dégoût, puis quitta le Ministère.


En marchant dans le couloir, il sentit son estomac se nouer, se tordre, comme si son corps lui-même rejetait ce qu’il venait de faire.


Il ne comprenait pas pourquoi Albus Potter — son vieil ami devenu ennemi — n’avait pas déclaré l’enfant. Pourquoi il avait pris un tel risque.Pourquoi il avait menti. Pourquoi il avait laissé cette faille béante, prête à être exploitée.


Mais une chose était certaine : C’était une erreur qui allait provoquer un scandale colossal. Et Scorpius Malefoy venait d’en devenir l’instrument.


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