Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé

Chapitre 78 : Le prix d’un père

1436 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 10/02/2026 18:49

Scorpius n’avait pas transplané directement chez lui ; il n’en avait ni la force, ni le courage, ni même la lucidité, et ses pas l’avaient mené presque malgré lui jusqu’au manoir de son père, comme si une part de lui, archaïque et blessée, cherchait encore un refuge ancien, un lieu où il pourrait respirer avant de commettre l’irréparable, un endroit où l’ombre de la Rose Noire ne semblait pas encore avoir glissé entre les murs. Le domaine Malefoy se dressait devant lui, immobile et austère, témoin silencieux de générations d’erreurs, de secrets, de choix impossibles et de sacrifices que personne n’avait jamais vraiment assumés, et il sentit, en franchissant le seuil sans frapper, le poids de cette histoire familiale se refermer sur lui comme une chape.


Il traversa les couloirs familiers où résonnaient encore, parfois, les échos d’une voix qu’il ne reverrait jamais. Astoria n’était plus là depuis longtemps, mais son absence avait laissé une empreinte si profonde que chaque pièce semblait encore porter la trace de sa douceur, de sa lumière fragile, de cette force silencieuse qui avait tenu la famille debout plus longtemps qu’elle n’aurait dû. En passant devant le petit salon d’hiver, là où elle aimait lire près de la fenêtre, baignée dans une lumière pâle, Scorpius sentit sa gorge se serrer ; la pièce était vide, mais elle semblait étrangement pleine, saturée de souvenirs qui ne voulaient pas mourir.


Drago était assis dans un fauteuil, un verre intact posé sur la table basse, comme s’il avait oublié jusqu’à l’idée de boire. Lorsqu’il leva les yeux, Scorpius vit dans son regard quelque chose qu’il n’avait pas vu depuis longtemps : une inquiétude brute, presque animale, celle d’un homme qui a trop perdu pour supporter l’idée de perdre encore.


— Scorpius… tu as cette expression. Celle que tu avais le jour où ta mère est morte. Qu’est-ce que tu as découvert ?


Le jeune homme resta un instant immobile, incapable de parler, incapable même de respirer, et il sentit, face à cet homme qui avait survécu à deux guerres, à la honte, à la culpabilité, à la perte, ses défenses se fissurer.


— Père… j’ai trouvé ce qu’elle voulait… et je ne sais pas si je peux lui donner ça.


Drago se redressa lentement, comme si chaque muscle de son corps anticipait une catastrophe.


— Qu’as-tu trouvé ?


Scorpius ferma les yeux un instant, cherchant les mots, cherchant la force.


— De quoi détruire la vie d’une enfant. Une enfant innocente. Elizabeth Potter n’a rien demandé, elle n’a rien fait, elle n’a même pas conscience de ce qui se joue autour d’elle. Mais si je ne lui apporte pas ce qu’elle veut… c’est Orion qu’elle prendra. C’est Lavinia. C’est toi. C’est tout ce que j’aime.


Un silence lourd s’abattit sur la pièce. Drago inspira profondément, comme si l’air lui manquait.


— Tu savais que ce jour viendrait. Les Seigneurs Noirs ne demandent pas ta loyauté. Ils exigent ton sacrifice.


— Je ne peux pas la défier, père. Elle nous tuerait tous. Tu l’as vue. Tu sais ce qu’elle est capable de faire.


Drago posa une main lourde sur l’épaule de son fils, un geste rare, presque solennel.


— Alors tu vas faire ce que tu dois faire. Tu vas jouer son jeu, tu vas lui donner ce qu’elle attend, mais tu ne la laisseras jamais croire qu’elle t’a brisé. Et surtout… tu protégeras ton fils. Même si cela doit te coûter tout le reste. Même si cela doit te coûter ta conscience, ton honneur, ta paix. C’est cela, être père.


Scorpius hocha la tête, incapable de prononcer un mot, et resta encore quelques minutes, silencieux, assis près de son père, comme lorsqu’il était enfant et qu’il venait chercher refuge après un cauchemar. Puis il quitta le manoir, le cœur plus lourd qu’avant, mais étrangement plus stable, comme si Drago avait replacé une pierre manquante dans l’édifice fragile de son courage.


Quand il rentra chez lui, la maison semblait glacée, comme si elle retenait son souffle. Il savait que Lavinia était dans la bibliothèque, qu’elle l’attendait, qu’elle souffrait, et qu’il allait devoir affronter cette souffrance. Il entra. Elle ne leva pas les yeux. Pas un regard. Pas un mot. Ce silence le transperça plus sûrement qu’un Doloris. Il s’approcha, referma doucement le livre qu’elle tenait, et lorsqu’elle releva enfin la tête, il vit dans ses yeux quelque chose qu’il n’avait jamais vu : une peur nue, profonde, presque violente, mêlée à une incompréhension douloureuse.


— Ne parle pas, dit-elle d’une voix tremblante mais étrangement ferme. Pas avant que je te dise ce que je ressens.


Elle se leva lentement, comme si chaque mouvement lui coûtait un effort immense.


— Je ne sais pas ce que tu fais, Scorpius. Je ne sais pas ce que tu caches. Mais je sens que tu t’éloignes de nous. Je sens que tu portes quelque chose d’horrible. Je sens que tu nous mets en danger. Et je ne peux plus faire semblant de ne rien voir.


Il voulut répondre, mais elle leva la main.


— Laisse-moi finir. Orion est tout pour moi. Tout. Je ne peux pas supporter l’idée qu’il lui arrive quelque chose. Et toi… tu reviens chaque jour un peu plus pâle, un peu plus brisé, un peu plus absent. Je ne sais pas ce que tu fais, mais je sais que ça nous détruit.


Scorpius sentit ses jambes céder et tomba à genoux devant elle, incapable de tenir debout sous le poids de sa culpabilité.


— Je n’ai pas eu le choix… Je t’en supplie, Lavinia… comprends-moi…


— Alors dis-moi la vérité. Toute la vérité. Maintenant. Je préfère une vérité qui me déchire à un mensonge qui me tue à petit feu.


Il ferma les yeux. Il n’avait plus d’échappatoire.


— La Rose Noire m’a donné une mission. Elle veut quelque chose contre Elizabeth Potter. Et si je refuse… elle prendra Orion. Elle me l’a dit clairement.


Lavinia pâlit.


— Une enfant… tu parles d’une enfant.


— Oui.


— Et tu as trouvé quelque chose.


— Oui.


Elle chancela, comme si le sol venait de se dérober sous ses pieds.


— Pourquoi ne m’as-tu rien dit ? Pourquoi as-tu porté ça seul ? Pourquoi m’as-tu laissée dans le noir alors que notre fils était menacé ?


— Parce que je voulais te protéger. Parce que je ne voulais pas que tu vives avec cette peur. Parce que je ne voulais pas que tu me regardes comme tu me regardes maintenant.


Elle ferma les yeux, deux larmes roulant sur ses joues.


— Scorpius… je ne te regarde pas comme un monstre. Je te regarde comme un homme qui se noie. Mais tu aurais dû me laisser nager avec toi.


— Je suis désolé… tellement désolé…


Elle posa une main tremblante sur sa joue.


— Alors promets-moi une chose. Une seule. Promets-moi que tu protégeras Orion. Quoi qu’il t’en coûte.


— Je te le promets.


Elle essuya ses larmes, se redressa.


— Alors fais ce que tu dois faire. Mais si quelque chose arrive à notre fils… je ne te pardonnerai jamais. Et je ne survivrai pas.


Il baissa la tête, écrasé par le poids de ses mots, puis monta chercher Orion. L’enfant jouait, insouciant, ignorant tout du monde qui s’effondrait autour de lui.


— Mon grand… on doit aller quelque part. Mets du noir, d’accord ? C’est important.


— D’accord papa… mais après je pourrai rejouer ?


— Oui. Après, tu pourras rejouer.


Il l’habilla, ses mains tremblant légèrement, chaque bouton lui donnant l’impression de sceller le destin de son fils. Ils descendirent au salon. Scorpius s’accroupit, posa les mains sur les petites épaules d’Orion.


— Là où on va, c’est dangereux. Tu dois m’écouter. Tu dois faire exactement ce que je dis. Je veux te protéger, d’accord ?


— D’accord papa.


Scorpius inspira profondément, prit la main de son fils. Et ils transplanèrent chez la Rose Noire.



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